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Tradition et modernité dans les deux Congos
Mantsiémé [République du Congo]
Konono n°1 [République démocratique du Congo]


Dès le début nous sommes frappés par l'étrangeté des sonorités de la musique de Mantsiemé. Nous plongeons dans une ambiance à la fois archaïque et moderne qui évoque aussi bien les mystérieux écarts pentatoniques de la musique pygmée que les répétitions de notes vertigineuses pratiquées par certains musiciens contemporains.

Mantsième est le pluriel de cornes et la principale particularité de leur musique provient de l'emploi de défenses d'éléphants de cinq tailles différentes, qui produisent chacune une note au rôle spécifique : la première ntaata introduit la musique, la seconde ndzaki lui fait suite, les 3ème, onkali et 4 ème onloumi, sont mâle et femelle et se chamaillent tout autant qu'elles s'équilibrent, quant à la dernière koko, elle semble vouloir mettre tout le monde d'accord.

Ensemble elles créent des accords vibratoires aussi majestueux que l'animal qui a servi à leur confection. Les défenses aujourd'hui exhibées ne sont plus de première jeunesse. Devenues poreuses elles ont été emmaillotées à l'aide de chatterton afin de boucher de petits trous tueurs d'harmonies. Demain, des essais ont été faits dans ce sens, les cornes seront peut-être remplacées par des tuyaux de caoutchouc ou de plastique.

La première partie du spectacle est basée sur les vertus acoustiques de l'ivoire, accompagnés de chants, qui, sous forme de paraboles, puisent dans l'équilibre de la nature pour donner à réfléchir à l'homme sur les notions de courage ou d'esprit d'entraide.

Ensuite cette musique de la Cour royale fait des détours vers la tradition populaire. Une danse rythmée par des baguettes de bois s'inspire de la démarche des gorilles. Une autre, plus rituelle, accompagne habituellement l'acte de transmission du pouvoir de guérison.
Même si l'on devine que ces profondes sonorités les enivrent, danseurs et souffleurs, batteurs et griots, vêtus de tissus tressés dans du raphia, se meuvent avec noblesse et dignité..

La dernière phase redonne le premier rôle aux instruments à vent, et l'on assiste avec la même émotion à l'exécution d'une chanson de veillée funéraire, à une danse d'amour ou à une évocation de la cueillette des champignons. Le final est dédié aux dignitaires que l'on accueille puis que l'on salue lorsqu'ils s'en vont. Et, avant de les voir partir, le public salue dignement ces fiers représentants d'une tradition fascinante


Konono n°1

La nouvelle signature du label Crammed, déjà responsable de la découverte en Europe du Taraf de Haïdouks, de Bebel Gilberto ou du Kocani Orkestar, était très attendue. Une rumeur toute parisienne avait fait de Konono n°1 le groupe africain à découvrir de toute urgence. Beaucoup de professionnels (journalistes, programmateurs, tourneurs..) s'étaient déplacés pour assister à ce premier concert français. Mais Konono n°1 a joué de malchance.

L'intérêt suscité auprès des faiseurs d'opinions était basé sur le son très particulier de cet orchestre de likembés. Accompagnés par une batterie faite de morceaux de tôle frappés, les pianos à pouce sont électrifiés et amplifiés avec les moyens du bord, bobines électriques, batteries de voitures et porte voix. Autant d'accessoires qui apportent un son distordu et unique au groupe, autant d'accessoires qui sont restés dans une malle qui n'est jamais arrivée à Paris.

En plus de ce handicap, le choix scénographique adopté pour ce concert s'est avéré discutable. Ce genre de groupe, habitué à jouer dans des petits clubs ou des scènes de terre battue, doit souvent son impact grâce à une forte proximité avec le public. Or, les musiciens ont été placés sur l'estrade de fond de scène, pouvant ainsi difficilement reproduire l'ambiance festive de leurs concerts et donner l'entrain nécessaire aux danseurs déjà perturbés par la différence de son et un peu perdus sur l'avant scène trop grande pour leur modeste chorégraphie.

Ces détails n'ont pas permis à Konono d'accéder à la place numéro 1 dans le cœur du public parisien et la salle s'est rapidement vidée. Toutefois le charme festif de leur musique n'a pas échappé à tout le monde. Dans les travées de la salle, de petits groupes de danseurs se sont formés, arborant d'aussi larges sourires que ceux de chacun des membres de Konono n° 1 qu'il nous tarde désormais de découvrir dans sa véritable formule.

Site montrant Konono n°1 chez eux à Kinshasa

Benjamin MiNiMuM