A La Villette, Lenine est chez lui
LenineInCité

Paulo Moura


A La Villette, Lenine est chez lui. Il découvre l'énergie de ce haut lieu musical en 1998 au Trabendo. L'année suivante, c'est le prince Caetano Veloso qui le présente à son large public à l'occasion de la carte blanche offerte par la Cité de la Musique et, en 2000, il revient à l'invitation cette fois de Gilberto Gil et Nana Vasconcelos, conseillers artistique d'un ambitieux Latitude Brésil qui lui permit de démontrer sur la scène de la Grande Halle la puissance de son propre groupe et sa grande souplesse lors d'un mémorable concert acoustique réunissant, outre les deux parrains de la manifestation, ses vieux complices : le percussionniste Marcos Suzano, roi du pandeiro, et le flûtiste prince du piffe, Carlos Mata.
Cinq ans après Veloso, c'est à Lenine que la Cité de la Musique a offert une carte blanche. Il n'a pas voulu trop la noircir, préférant révéler en trio de nouvelles chansons, vierges d'audience, plutôt que de convoquer un plateau de stars chargées d'exécuter des classiques. Pour ajouter du piment il a décidé de filmer et d'enregistrer ce concert en vue de publier un DVD qui, une fois n'est pas coutume, précédera la sortie de l'album LenineInCité.

Deux soirs de suite le public est venu nombreux. Aux côtés du surdoué de Recife, deux musiciens hors pairs suffisent à remplacer un orchestre de virtuoses. A trois, ils représentent autant de nations d'une Amérique du Sud gavée de rythmes et de mélodies. La bassiste cubaine Yussa possède dans la voix et dans le jeu de basse autant de groove que son île natale n'abrite de cigares. En 20 ans d'études brésiliennes l'argentin Ramiro Musotto s'est hissé au rang des meilleurs percussionnistes du pays. En deux heures de spectacle, avec Lenine qui joue et chante comme il respire, ils ont refait le monde trois ou quatre fois, laissant le public pantelant. Les nouvelles chansons sont dans la lignée des anciennes, surprenantes et évidentes en même temps. Dans l'une des plus spectaculaire, " Todas els juntas num só ser ", il compare son amour à toutes les femmes mythiques qui hantent la chanson populaire. De celle de Luis Gonzaga à celle de Carlinhos Brown, toutes les muses brésiliennes défilent, de Funny Valentine à Roxanne, la culture anglo-saxonne n'est pas en reste et il n'oublie pas la BB de Gainsbourg ni la Madeleine de Jacques Brel. Pourtant, à ses yeux, à elles toutes elles ne valent pas sa compagne et, quand on découvre ainsi l'étendue de son amour de la musique, on se dit que cette femme adulée doit être comblée. Tout comme le public de la Cité qui non content d'avoir la primeur de nouveaux joyaux, se fait offrir des versions splendides des standards de Lenine : Jack Soul Brasileiro, Relampiano, Rosebud ou Olho de Peix, il revisite les points d'orgue de sa carrière avec naturel et conviction, avec sobriété et passion. La salle bondée explose, ce disque et ce DVD embryonnaires sont des succès avant même d'être pressés.

Pour la deuxième partie de soirée la salle s'est vidée de ses sièges et semble encore plus pleine. Brésiliens parisiens et aficionados des musiques populaires du Brésil se pressent pour danser sur les airs enjoués de la gafieira de Paulo Moura.
Réponse carioca aux big band jazzy du milieu du siècle passé, la gafieira, après avoir traversé le désert pendant quelques années, renaît de ses cendres par l'impulsion de celui qui avait créé ce genre. L'homme est droit, puissante et calme sa clarinette infuse des harmonies légères à des rythmiques chaleureuses et chaloupées. Guitare et cavaquinho flirtent avec les percussions et accueillent parfois une voix féminine et sensuelle, très souvent les traits d'esprit d'un harmonica.
De temps à autre des danseurs et danseuses sexy viennent esquisser des pas acrobates. La soirée joyeuse s'achève à deux heures du matin et préfigure avec bonheur d'une future année du Brésil, en 2005, qui s'annonce torride.


Benjamin MiNiMuM