Musique Populaire Bresilienne  
 


Samedi 19 mars
Après la conférence de Dominique Dreyfus, commissaire de l'exposition MPB Musique populaire Brésilienne, sur le samba et la société puis le débat intitulé " La musique du Brésil est-elle Brésilienne ? ", les premières notes de musique de ce cycle reviennent à Marcio Faraco.
Plutôt que de présenter son répertoire habituel, le Brésilien parisien et ses compères nous présentent un petit historique illustré du samba. Son concert commence par le tout premier samba jamais enregistré " Pelo Telefone " du au Bahianais Donga, se poursuit par un medley des années quarante, une chanson de Cartola, puis le chanteur évoque la musique pratiquée par son père le samba choro, proche du jazz. Un instrumental met en avant le cavaquinho de Fernando del Papa, connu en France comme membre de l'Orquestra do Fuba. En remontant le temps, il évoque avec humour les grandes villes du Brésil et leurs habitants, prétendant par exemple que pour les Cariocas les escargots sont des animaux stressés. Il passe aussi bien sûr par la bossa nova, ce samba lent rendu célèbre par Tom Jobim " Aguas de Beber " ou Baden Powell " Berimbau ". Sans perdre le fil rythmico mélodique, il improvise en français sur les vertus du parfum de Dominique Dreyfus et après avoir réclamé une année du Brésil au Brésil, il conclut ce concert doux et drôle par la chanson titre de son dernier album " Com Tradição ".

Dimanche 20 mars
Maria Rita, fille de la légendaire chanteuse Elis Régina, se déplaçait pour la première fois en France. Après l'énorme succès de son album éponyme dans son pays - succès beaucoup plus relatif chez nous - elle était attendue avec impatience par un public très brésilien. Gilberto Gil, Ministre de la culture, s'est fait discret pour mieux laisser la vedette. Son répertoire jazzy, relevé aux épices brésiliennes, a rythmé la soirée avec douceur.

Mercredi 23 mars
Avant d'aller faire un tour du côté de la nouvelle génération carioca, c'est avec la joyeuse bande de Barbatuques que les petits et les grands attaquent leur voyage. Ce spectacle, ballet comico-percussif, expose les possibilités sonores du corps. Fernando Barba, fondateur de ce groupe et de l'école qui va avec, propose une relecture des rythmes brésiliens traditionnels originale. Par frappes ou frottements, les musiciens utilisent leurs corps comme uniques instruments. Coloré, joyeux, ce spectacle présente forró, samba, hip hop, passés à la moulinette Barba. Les barba boys et girls sautent, tapent dans leurs mains, courent, crient, exposant une musique vivante et interactive.
Ce goûter de mi-journée préparait à la première grande soirée du cycle. Un petit tour dans les rues et les jardins du nouveau Rio de Janeiro. C'est d'abord par le jardin que l'on attaque avec le jeune Dudu Nobre. Petit phénomène du Pagode (genre de samba qui se joue en réunions informelles très souvent dans les jardins des maisons des faubourgs), ce chanteur et joueur de cavaquinho s'est fait une réputation en composant les hymnes de plusieurs écoles de sambas. Durant une heure et demie sans pause, les rythmes enflammés de Dudu Nobre ont fait bouger les corps des spectateurs prêts à se laisser emporter par les pas d'un samba à grande vitesse.

Le deuxième concert laisse entrevoir une autre facette de la grande ville. Avec Marcelo D2, le son de la rue est en première ligne. Astucieux mélange de hip hop et de samba, la musique de cet ex-chanteur de Planet Hemp (l'un des groupes adulés par la jeunesse brésilienne), amène de la fraîcheur et une nouvelle évolution de la musique populaire brésilienne. Accompagné par le fils de Baden Powell au clavier et son groupe de musiciens, le jeune homme des favelas fait tourner les " tchatches " comme ses danseurs tournent sur leurs têtes.

Vendredi 25 mars
Le Nordeste est une des régions les plus musicales du Brésil, c'est à Récife qu'est partie la dernière révolution du pays le Mangue Beat initiée par Chico Science au début des années 90 et poursuivie aujourd'hui par des artistes comme DJ Dolores qui clôture cette soirée. Mais avant d'en arriver à ces sautillants mélanges, la première partie de soirée nous présente une des plus anciennes traditions de cette région.
Banda Cabaçal dos Irmãos Aniceto appartient à ces orchestres qui animent chaque manifestation villageoise du Sertão avec leurs percussions zabumba, caixo et pratos et flûtes pifano. Cet orchestre ne s'est pas contenté de perpétuer ces habitudes festives mais a aussi croisé le son avec des artistes du niveau d'Hermeto Pascoal. Aujourd'hui les 5 frères sont venus seuls et leurs musiques et acrobaties se suffisent à elles-mêmes pour déclencher l'enthousiasme. Ces hommes au rythme implacable étonnent. Leurs pas de danses élastiques, leurs jongleries d'armes blanches et leurs trilles joyeuses transmettent aussi une irrésistible envie de danser. Qui ne va pas s'arrêter de suite.
Heleno dos 8 Baixos et son groupe viennent du centre de l'état de Pernambuco, ils travaillent la terre mais au soleil couché ils animent le forró. Avec son sanfona, diatonique à 8 basses Heleno prend la tête de son vigoureux orchestre, il enchaîne les xotes, les baiaos, les marchas ou les côcos de roda sans faiblir et le public virevolte joyeusement sur le parquet.
Dj Dolores est en charge de la fin du bal. Repéré il y a deux ans avec l'Orchestra Santa Massa, le natif de Récife a entièrement changé son groupe à l'exception de son incomparable chanteuse Isaar França qui, de son propre aveu, est sa muse. Pour la faire danser et entourer sa voix il a réuni des cuivres, un guitariste et un percussionniste, tous excellents et tous au service des compositions à haute teneur numérique du chef d'orchestre. Le sourire rivé aux lèvres, Helder Aragão se régale autant que nous de cette énergie fraîche et libératrice qu'ensemble ils dégagent.

Samedi 26 mars
Djavan n'est pas l'artiste le plus jeune de la programmation, star de la MPB en service depuis le début des années 80, sa fraîcheur sur scène est pourtant étonnante. Enchaînant ses plus grands succès, accompagné par un public qui les connaît par cœur, Djavan se balade. Il n'a rien perdu de sa sensualité et son déhanché fait toujours chavirer les foules.

Mardi 29 mars
La dernière soirée du cycle était certainement la plus attendue. Par sa beauté et ses traditions, la ville de Salvador de Bahia fascine. Ce soir ce sont deux véritables institutions qui mènent le bal. La joyeuse énergie de l'octogénaire Riachão fait office de passeport pour découvrir cette nouvelle destination. Le vieux sambiste, chanteur attitré de la Radio Sociedade depuis 1946, impressionne par sa vitalité. Pas un centimètre de la scène n'est oublié, il passe partout. Même Rémy Kolpa Kopoul, qui devait servir de traducteur, peine à le canaliser. Le couple infernal se donne en spectacle bien involontairement, l'un essayant tant bien que mal de traduire les flots de paroles ininterrompus de l'autre. Riachão est un véritable chroniqueur de rue plein de bonne humeur, son samba " la baleia ", l'histoire d'une baleine échouée à Bahia, est l'un de ses plus grands tubes radiophoniques et un bel exemple de son talent.
Pour que la bonne humeur ne retombe pas une seconde, le groupe de femmes Didá Banda Feminina du quartier Pelourinho enchaîne derrière la prestation impressionnante du chanteur. Ce groupe regroupant des jeunes mères de Bahia, issu du projet social " Didá " qui signifie " la création " en langue yorubá, représente aussi une école du même nom dirigée par Neguinho do Samba, grand maître de percussion. Elle développe, à travers un tourbillon musical et festif emmené par les célèbres tambours afoxé, cette culture afro-brésilienne chère aux habitants de Salvador de Bahia. Viviam et Adriana, les deux chanteuses du groupe, lancent la fête avec des tubes comme " País Tropical " de Jorge Ben, en moins d'une seconde la salle de la Cité qui était déjà chauffée à blanc, explose de joie, les spectateurs se déchaînent sur ce qui n'est plus qu'un grand parquet de danse dédié à la fête. La soirée de clôture de ce cycle est à l'image de cette culture brésilienne ensoleillée, mélangeant les genres et les influences avec gaieté et homogénéité pour mieux séduire le monde entier.

Benjamin MiNiMuM et Arnaud Cabanne