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Le
Concert
Baaba
Maal n'avait pas joué à Paris depuis un bail. Pour
son précédent album studio "Nomad Soul"
il n'avait pas donné de concerts dans l'hexagone et ses fans
français avaient du se contenter d'un album et d'un Dvd enregistré
au royal Albert Hall londonien. Alors ce 19 avril le chanteur toucouleur
était très attendu tant par ses fans que par les journalistes.
Baaba
Maal au Café de la Danse le 19 avril 2001
Sans rentrer dans les détails, les divers reports du
rendez-vous fixé avec Baaba Maal, pour réaliser une
interview ont souligné une nouvelle fois les différences
d'appréhension du temps entre africains et occidentaux. L'art
de vivre des uns se frottant aux impératifs tendus des autres.
Ceci posé, les premières impressions découlant
d'une rencontre avec Baaba Maal renforcent les a priori. Professionnel
enthousiaste, pour qui le concept d'élégance semble
avoir été inventé, ce chanteur est un prince
à qui le ciel a accordé des cordes vocales de diamant.
Lorsqu'il arrive dans la salle du Café de la Danse en fin
d'après-midi, techniciens et musiciens n'attendent plus que
lui pour peaufiner les derniers réglages. En fait de balance
c'est à un véritable petit concert intimiste auquel
les quelques élus assistent à cet instant. Dans leurs
costumes de ville aux coupes européennes raffinées
le chanteur peul et ses hommes feraient rougir de jalousie n'importe
quelle "fashion victim". L'énergie alors déployée
s'avérera un peu plus retenue que lors du concert du soir,
mais l'aisance et la grâce sont déjà présentes.
A la fin de chaque morceau, amis, techniciens, attachés de
presse et journalistes ne peuvent retenir leur joie et applaudissent
le magique sénégalais et ses complices.
Nous sommes deux équipes à solliciter Baaba Maal pour
une entrevue, le temps pressant, ces rencontres se dérouleront
dans le bar du haut, dont l'accès sera bloqué aux
spectateurs qui commencent à s'installer dans la salle. L'urgence
nous fait resserrer l'étendue des questions que les journalistes
de France 2 et nous même avons l'intention de poser. L'équipe
télé démarre et, allant à l'essentiel,
leur journaliste aborde les thèmes exacts que je veux aborder.
Dans ces cas là, la deuxième position s'avère
toujours ingrate, mais Baaba Maal abordera ces deux interview s
avec la même bonne humeur, la même ferveur, narrant
les mêmes histoires avec des mots différents.
Mission accomplie, nous redescendons prendre nos positions dans
une salle, déjà bien remplie, qui ne cesse d'accueillir
de nouveaux arrivants. La communauté sénégalaise
s'est déplacée en masse, les amateurs et les fans
du musicien "Toucouleur" sont tout sourire et le petit
monde des professionnels de la musique est bien représenté.
Le Café de la Danse est un bien petit endroit pour un si
grand spectacle, mais l'affaire est habile. Tout le monde ici est
content de pouvoir observer la star de près et, sur la foi
des probables bons échos de cette soirée, les laissés
pour compte se précipiteront cet automne pour l'applaudir
dans la plus grande salle que le chanteur investira alors.
Le set acoustique démarre sur un échange instrumental
entre kora, basse électroacoustique et n'goni. Puis l'ami
de toujours, le chanteur guitariste aveugle Mansour Seck, arrive
au bras de Mammi Cissé Kanouté, l'incroyable choriste
de 18 ans que le peul magique a découvert alors qu'elle n'en
avait que 14.en même temps que la majeure partie des membres
du groupe. Baaba Maal, boubou blanc, large écharpe brodée,
collier de fétiches dorés et babouches aux pieds suscite
de vives acclamations dès son arrivée. Les africains
sont les plus exubérants, certains se sont taillé
des boubous dans des draps sur lesquels ils ont inscrits le nom
de leur idole. Il s'avérera que ces derniers se sont investis
d'une mission de grands frères. Tout au long du concert,
ils régulent les prises d'assaut de la petite scène
par les danseurs furtifs et les donneurs de billets, aidant ainsi
le service d'ordre, à majorité black, qui refoule
les audacieux tout en chantant. Sympathique remue ménage,
auquel les musiciens s'adaptent d'autant plus facilement, qu'il
doublera leur cachet.
Bien qu'acoustique le set privilégie l'énergie, les
morceaux plus calmes du dernier album ont été écartés
au profit d'hymnes efficaces tirés du répertoire du
chanteur. Baaba Maal sait mettre en valeur les talents de ses camarades,
il les présente dignement et tend son micro vers leurs instruments
lors de leurs solos. Ils sont onze à l'entourer, à
dessiner autour de sa voix précieuse et puissante toute la
gamme des paysages du Sénégal. Frénésie
rythmique et contemplation mélodique s'équilibrent
dans une ambiance festive où la bonne humeur et la décontraction
priment. Les cordes des guitares, de la kora et du n'goni, les lamelles
du hoddu, le roseau de la flûte peule et les peaux des tambours
repoussent les limites de l'espace confiné. C'est dans un
ciel sans nuages que les voix de Mansour Seck et de Mami Konouté
dialoguent avec celle de Baaba Maal autant qu'elles l'harmonisent.
C'est un souffle vital qui jaillit de la gorge de l'artiste toucouleur,
un été sonore, une caresse de l'âme qui nous
insuffle un bien-être qui dure bien au delà de ces
deux heures exceptionnelles.
Texte et photos : Benjamin MiNiMuM
Vidéo : Jorane Castro
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