Baco n'est pas du style à se faire mousser, ni à rechercher coûte que coûte la lumière des projecteurs. Depuis des années, il suit son chemin, tranquille et sans compromission. Il n'a pas besoin de se revendiquer d'une quelconque authenticité; authentique il l'est naturellement, simplement. Comme il respire. Avec son nouvel album, intitulé "Questions", il atteint une certaine maturité artistique (voir rubrique "portrait"). Et à cette occasion, Baco, on voulait te dire qu'ici à Mondomix, nous sommes très contents pour toi.


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interview




"Ma musique est métissée comme l'est le monde d'aujourd'hui". Tout en étant un type cool, Baco observe la planète, ses habitants et les grands mouvements qui les animent. Ce qui l'amène à se poser des "Questions" (et par contrecoup à nous les poser/ proposer aussi…). Dans ce disque, Baco reste fidèle à ce qu'il est et à ce qu'il a toujours aimé. "Les morceaux sont plus orchestrés qu'avant, il y a des instruments nouveaux -telle la mandoline- mais c'est le même feeling…. Explique-t-il en souriant". Voici un tour d'horizons de ce nouvel album.

M'DRU WA NGOMMA (Le pas de danse)
C'est le titre qui ouvre l'album et en donne la nouvelle couleur. Il commence doucement (bruit de vague et de vent puis instruments traditionnels de l'Océan Indien) mais décolle très vite avec une rythmique pur Afro-beat. La voix de Baco prend des accents à la Fela et les chœurs féminins lui répondent avant que les cuivres ne se mettent à dépoter.
Dans cette chanson, Baco décrit une fête de village et le comportement des différents danseurs lui fait dresser une galerie de portraits.

MUSADA (L'entraide)
Chœurs féminins et fonds de claviers (façon envolées d'orgue Hamond) créent une ambiance groove pour une chanson sur la coutume. Dans Musada, Baco rappelle qu'autrefois durant les semailles ou les récoltes, la solidarité entre travailleurs était de rigueur. Une valeur que l'on a un peu tendance à négliger de nos jours, où les gens vivent dans de grandes villes et où les familles se disloquent.

HIRIZ (Talisman)
Sorte d'invocation groovy : "Gloire au Seigneur de nous avoir donné la parole et la musique destinées à calmer les esprits de ceux qui sont vivants. Merci à toutes les mamans qui transmettent le souffle de vie". Quelque part, c'est peut être le titre phare de l'album dans la mesure où Baco énonce ici sa profession de foi. Il croit en l'Homme, en l'Harmonie et aspire profondément à la Paix. Œcuménique , il colle Alleluya et Jah côte à côte et mélange mahorais et français comme pour souligner l'universalité de son chant.
A noter le groupe qui l'accompagne a pris le nom de Hiriz (Talisman). Quand on vous dit que c'est le titre phare…

BWANA
A travers un vieux monsieur nommé Bwana, qui a vécu plusieurs guerres, Baco évoque les séquelles de l'Histoire. Les chœurs en font un peu trop et l'harmonica pleure sans retenue, mais bon la misère humaine n'est pas un sujet gai.

M'SHILIYANO (L'entente)
Chanson sur la liberté et appel à l'unité. Ouais, Baco aime les bons sentiments. Et alors ? Il a un cœur d'or et le cynisme n'est pas son truc. Il revendique sa naïveté et en fait une force.

AODY (Le remède)
Ca commence en musique des îles, style plage et cocotiers que le vent balancent doucement. Puis ça se met à pulser gentiment. Dans " Aody " (chanté uniquement en mahorais), Baco dénonce l'influence de l'argent dans le monde et les souffrances que cela engendre. Un morceau à passer en boucle dans les locaux du FMI…

WANGOZI (Les guides)
C'est un hymne à l'Afrique et à ceux qui se sont battus pour faire vivre son identité. Fela, Bob Marley, Peter Tosh mais aussi Halié Selassié ou Lumba Nkruma… Ces hommes remarquables ont joué le rôle de guides pour tous les jeunes africains en général et pour Baco en particulier. Après un début un peu fanfare décalée, "Wangozi" devient reggae. Mais si les propos sont élogieux, la mélodie ne se prend pas au sérieux amenant une sorte de légèreté dans la gravité.

Halo Ipvo (L'Heure a Sonné)
Cette chanson est un appel à une prise de conscience : "La population de Mayotte doit réfléchir à l'origine et aux causes actuelles du fossé existant entre les communautés européennes et autochtones de l'île". Baco n'est pas quelqu'un qui aime se plaindre ni un pleurnichard. Et s'il dénonce le colonialisme, il fait la part des choses en mettant chacun face à ses responsabilités.

LES QUESTIONS QUI SE POSENT….
"Les questions qui se posent
Ne sont pas que celles des Nations qui s'opposent
Mais aussi celles des multiples plaies à panser
Mais laquelle pense-t-on panser
Et par où commencer ?"
Un long poème signé Baco, où s'illustre ses préoccupations liées au monde contemporain. Et ce n'est pas un hasard si son ami, son double, son complice, son frère est le journaliste comorien Soeuf Elbadawi.

Texte: Magali Bergès
Images : Jorane Castro et Camille Courau



Entre musique traditionnelle des Comores, Reggae et Afro-beat : voici Baco.





Une musique qui chaloupe et qui groove.





Baco est un homme de scène, qui sait instaurer des dialogues chaleureux avec le public.





Un musicien généreux qui se donne sans compter.





Engagé, militant, se battant sans relâche pour la Paix et l'Harmonie dans le monde.





Au delà de tous clivages, Baco dépasse les horizons de l'Océan Indien et nous invite à une fête universelle.