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Raoui : Au fil des morceaux
RAOUI
(le conteur)
Titre qui donne son nom à l'album tant cette chanson est emblématique
de l'univers de Souad. Dans le style musical, tout d'abord, car
elle chante s'accompagnant seulement à la guitare acoustique. Les
accords tissent un écrin à cette voix sublime, sans fioriture ni
arrangements pesants. D'emblée l'auditeur est propulsé au cour même
de l'émotion. L'écriture est également très symptomatique du style
de Souad, où le texte a une signification apparente et révèle ses
sens cachés au fil des écoutes. La poésie et le rêve sont autant
d'armes pour transcender une réalité trop tragique et la dernière
strophe opère un retournement de situation (que la traduction française
restitue difficilement): si dans les couplets précédents, la chanteuse
demande au conteur de nous faire oublier la dureté de la vie, à
la fin elle met en garde ceux qui racontent des histoires pour falsifier
l'Histoire et les écrits. Historiquement, c'est en fait la première
chanson que Souad ai écrite. C'était l'époque où, la nuit, elle
s'enfermait dans la cuisine de la maison familiale et composait
jusqu'aux lueurs de l'aube, au grand désespoir de ses frères et
sours qui ne pouvaient même pas entrer pour aller boire un verre
d'eau.
BLADI
(Mon pays)
Cette chanson a été inspirée par un événement
sanglant. Lors d'une commémoration officielle, des enfants
ont été déchiquetés par une gerbe piégée
qu'ils étaient en train de déposer au pied d'un monument.
Empreinte de douleur, " Bladi " se clôt non pas
par une note d'espoir mais par une aspiration à l'espoir,
parce qu'il faudra bien que cela s'arrête un jour.
Cette chanson a été doublement censurée en
Algérie : non seulement parce qu'elle dresse un constat de
ce qui est mais aussi parce que son refrain est en français.
A ce titre, "on" a parfois interdit à Souad de
l'interpréter en public.
La version de " Bladi " qui figure sur cet album a été
basée sur un rythme militaire et Hamid Djouri y a interprété
de splendides parties de oud.
AMESSA
(Un jour viendra)
Hommage aux hommes bleus, " Amessa " est d'inspiration
africaine. D'ailleurs le brillant Jeff Kelner (guitariste de Souad,
qui joue également dans plusieurs formation de musique africaine)
s'en donne à cur joie. Le gumbri (joué ici par
Aziz Sahmaoui, de l'Orchestre National de Barbès) et les
karkabous qui mènent la rythmique symbolisent la tradition
touareg qui a su rester vivante en dépit des tentatives pour
la faire taire. En saluant la culture des gens du désert,
Souad s'élève contre la normalisation et les diverses
formes d'oppression qui cherchent à annihiler les différences
: " Nous avons trop souffert des injustices/ Mais un jour viendra
où le soleil se lèvera, où l'on connaîtra
la vérité ".
Comme toujours dans l'écriture de ses chansons, " Amessa
" recèle un autre sens. C'est aussi un réquisitoire
en faveur de la vraie générosité : " Ne
regrette pas le bien que tu fais/ Fais le sans rien attendre "
TANT
PIS POUR MOI
C'est le seul titre qui ne soit pas entièrement signé
par Souad, mais dont le texte a été écrit par
Yazid Ben Yahya. Chantée entièrement en français,
c'est aussi la chanson la plus faible de l'album car on ne retrouve
pas ce double sens qui donne tant de force aux textes.
De surcroît la voix manque de force, reste un peu linéaire,
et l'orchestration est trop traînante.
HAYATI
(ma vie)
" Je vis comme dans un rêve/ Parfois j'y crois, parfois
je n'y crois pas/ On me dit qu'avec le temps, la lumière
reviendra
". C'est la chanson phare de l'univers de Souad,
celle où se révèlent ses fragilités,
ses abîmes et sa force.
Pour mieux comprendre son histoire, il faut savoir que la vie de
Souad a été véritablement changée par
un rêve. Elle vivait une période très dure.
Elle était perdue et une nuit elle a fait un rêve qui,
au matin, lui a permis de trouver un sens à sa vie. Dès
lors, elle s'est mise à chanter et à composer (de
préférence la nuit, dans la cuisine). Ceci permet
sans doute de mieux saisir pourquoi l'onirisme et les métaphores
sont omniprésents dans son univers artistique, même
lorsqu'elle écrit des compositions plus engagées,
plus sociales. Au cur du combat, elle garde cette distance
que donne la vision poétique des choses.
" Hyayti " raconte son histoire, ses doutes, ses désespoirs.
Une chanson déchirée. Sous la force de l'émotion,
la voix se brise par instant avant de repartir en de sublimes envolées.
Longue et belle introduction au oud.
NEKREH
EL KELD (Je hais ce coeur qui t'aime encore)
Chanson de style chaâbi qui devrait faire couler de l'encre de l'autre
côté de la Méditerranée puisque traditionnellement, seuls les hommes
interprètent ce style. Dans " Nekhred el keld ", une femme s'adresse
à l'homme qui l'a délaissée, fustigeant son propre cour qui la fait
tant souffrir en continuant à aimer alors que tout est fini : "
Je souhaite que tu souffres/ Comme tu m'as fait souffrir/ Et là
seulement tu te diras/ Je n'aurai pas dû m'approcher d'elle ". Là
aussi quelques dents vont grincer, car les femmes ne parlent pas
comme ça.Enfin, " normalement ", on ne les laisse pas s'exprimer
ainsi. A noter que c'est ici en France que Souad a véritablement
découvert et apprécié le chaâbi (genre musical qu'écoute beaucoup
son père) et elle a rajouté une petite touche personnelle vers la
fin du morceau, en incorporant un rythme haïtien au final.
DENYA
(La terre)
Morceau enjoué sur les vicissitudes de l'existence, traitées
en reggae groovy. Rien n'est acquis, ni en bien ni en mal, et sommes-nous
vraiment maîtres de nos destins, hein, hein ?
Avec ce titre, Souad se rattache à toute cette nouvelle scène
algéroise dont elle est issue (Intik, Hama & co) puisqu'elle
a demandé à Samir Toukour d'improviser un free-style
ragga.
KHSARA
AALIK (Dommage)
Mélange musical de reggae et d'arabo-andalou. Une partie
des paroles est chantée en anglais (que Souad mêle
à l'arabe) et à l'origine, le titre de la chanson
était "It's a Shame".
RANI
RAYHA (Un jour viendra)
Au départ, ce texte était une lettre écrite
à un proche. Et puis la musique est venue et l'ensemble s'est
transformé en chanson dans le style arabo-andalou (où
le violoniste Moktari fait des prouesses de délicatesse).
Vers la fin, Souad pousse une note aiguë, que ses musiciens
guettent avec amusement en concert (surtout les jours où
elle est enrhumée..)
J'AI
PAS LE TEMPS
Ce morceau est une critique sociale, une très belle chanson
sur la pauvreté et sur l'urgence. " J'ai plus de rêve/
J'ai pas de maison/ J'ai plus d'époque/ J'ai pas de saison/
J'ai pas de temps pour ce jeu". Malheureusement sur le disque,
le traitement mollasson et plaintif affadit tout. Dommage.
AWHAM
(illusions)
En Algérie Souad tournait avec Atakor, un groupe de hard
rock. Si en Occident, on a aujourd'hui oublié l'aspect contestataire
du rock, là-bas, il prend encore tout son sens. Surtout si
c'est une fille qui le chante.
LAMEN
(Confiance)
Dans les premières versions, " Lamen " était
plutôt une ballade country. C'est devenu le titre le plus
rock de l'album, avec un clin d'il aux Cranberries.
Il s'en dégage une tension impressionnante , les guitares
acoustique et électrique (aux accents orientaux) viennent
sous-tendre la voix puissante. La retenue du départ se termine
en cris, où le chant devient poignant. Superbe.
ENTA
DARI (Tu le sais)
Sous ses allures pop de chansons pour adolescentes, "Enta Dari"
est osée dans la culture maghrébine puisqu'une jeune
fille y avoue son amour.
MATEBKICHE
(Ne pleure pas)
Composé en plein hiver, un jour d'immense solitude.
Au départ, ce titre n'était pas prévu sur le
disque. Et puis au cours de l'enregistrement, pendant une pause,
Souad a attrapé sa guitare et s'est isolée dans un
coin. Elle s'est mise à chanter doucement cette chanson et
tout le monde est resté scotché.
Réalisé unplunged en une seule prise
Texte: Magali Bergès
Images : Jorane Castro et Alberto Marquardt et Virginie Guibbaud
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