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Edito du 14 juillet 2001 Si, au fil des jours, le QG du festival se peuplait
de plus en plus tard, ce matin c'était quasiment le désert.
Aucun de nos invités potentiels ne semblait s'être réveillé
. Comme nous venions d'avoir une conversation animée avec Marie
José Justamond (directrice artistique du festival) au sujet
du très controversé concert de Diego Carrasco, la veille
au Théâtre Antique, nous avons donc décidé
de lui laisser la parole. Avec passion, elle nous a raconté
sa vision du concert , les circonstances dans lesquelles elle avait
rencontré Diego Carrasco, la dimension artistique du bonhomme
..
En l'écoutant, je crois que tout auditeur ayant quitté
les gradins au milieu du spectacle a dû se dire "Ah
je
suis peut être passé à côté de quelque
chose
". Dans la ville traversée de fanfares (qui parfois se croisaient) montait une ambiance festive. L'apéro dédicace regorgeait de cuivres, de percussion, de hautbois. Les chalands dansaient, leur gobelet de pastis à la main tout en se dirigeant doucement vers la place de la Roquette où se déroulait le traditionnel repas de quartier. Le principe est simple : on descend des chaises et des tables dans la rue et chacun amène de quoi partager avec ses voisins. Bouteilles, quiches, salades tout ça s'échange avec bonne humeur et sincérité. Au milieu de la place, une scène accueille ceux qui veulent bien y monter. En ce 14 juillet, y ont notamment défilé : la plastico fanfare , Guylaine Renaud (venue de Marseille) et son atelier de chants féminins, Susan McClelland, une jeune chanteuse de folk américaine, évidemment les Fatches d'Eux (leur copine Guylaine est venue leur prêter main forte) . Déjà 15h 30 ! Vite, il fallait filer
vers l'espace Van Gogh où Paco El Lobo animait la sieste musicale.
Ironie du sort, cet après-midi là, ce lieu où
a été interné l'homme à l'oreille coupée
fut habité de musique. Durant quelques heures, les notes surpassèrent
les traces de pinceaux. La dernière émission de Radio Fatche s'est terminée avec une telle émotion que nous étions incapables de lancer nos conneries habituelles, ayant tous la gorge serrée et les larmes aux yeux. Jérôme (le technicien) a même tenu à quitter sa console pour remercier Jean-François et Alain au micro. Par leur joie de vivre communicative et leur générosité, les Fatche d'Eux contribuent à créer chaque année le "festival off", élément essentiel des Suds. Ici, ils sont des figures locales et ils font partie de cette équipe exceptionnelle qui recentre l'humain au cur de chaque acte, naturellement, sans donner de leçon. En fin d'après-midi, le ciel commençait à se couvrir de nuages. Le Grotorkèstre (formation où se jouxtent percussions, clarinettes, trompettes, basson, hélicon, hautbois et tuba une trentaine d'instrumentistes selon les jours) avait installé son autobus/scène dépliable sur la place de la République pour le grand bal du 14 juillet. Mais les dieux de la météo en ont décidé autrement . Les premières gouttes commençaient à tomber quand le feu d'artifice s'est déclenché. Il s'est achevé sous une pluie battante (après une semaine de canicule) obligeant les arlésiens à courir dans les rues pour s'abriter sous les portes cochères ou sous les ponts. Rapidement les rues se transformaient en petits torrents , les nuages déversant leur larmes sur la fête avortée. La nuit s'écourtait à vue d'il, comme pour nous laisser plus de temps pour rêver à nouveau de l'après-midi irréel que nous avions vécu. Autant la journée ressemblait à un film (un tour chez Pagnol pour le repas de quartier, un chez Tony Gatlif pour l'Espace VanGogh), autant il demeure de cette soirée des instantanés dignes des fameuses "Rencontres Photos" qui ont lieu ici chaque année. Un diaporama imprimé dans nos mémoires : l'orage qui éclate au moment du feu d'artifice, les fusées jaillissant au milieu des éclairs, le bouquet final se reflétant sur le macadan trempé, Arles le14 juillet. Magali Bergès |