Vendredi 31 mai 2002 (mis à jour Samedi 01 juin à 18 h GMT)

En cette soirée d'ouverture de la 8ème édition du festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde, une atmosphère de solennité se substitue à l'excitation fiévreuse des grandes premières.

Passée la porte majestueuse de la place Bab Makina, un fabuleux ballet d'hirondelles nous accueille dans les lueurs rosées du couchant. Elles nichent parmi les creux de l'enceinte monumentale qui nous surplombe de ses créneaux élevés. Toute la hiérarchie du protocole est rassemblée pour cette soirée. Un immense tapis rouge, encadré de spahis sabre au clair, a été déroulé jusqu'au dais dressé à distance idéale de la scène. Le prince Moulay Rachid, frère du roi, descend l'allée, suivi de sa cohorte d'officiels, puis s'y installe avec quatre proches, sous les applaudissements. Le Festival est alors déclaré ouvert.

La création proposée par Kudsi Erguner résonne en harmonie tant avec l'ordonnance protocolaire, qu'avec le thème de cette édition : "les voies de la sagesse". Le compositeur turc nous propose une vaste fresque empreinte de mystique soufie, partagée en deux parties. La première est consacrée à des compositions d'Abdelkader Maravi datant du XVe siècle. La seconde au répertoire plus récent des musiques soufies accompagnant la danse "sama" des derviches tourneurs de la confrérie Mevlevi, les adeptes de Mevlana, le poète et grand mystique Jalal Eddin Rumi.

Pour cette création, Kudsi Erguner a rassemblé un ensemble impressionnant. Deux rangées de huit chanteurs, parmi les plus belles voies de muezzins de Turquie, se font face au centre de la scène. Derrière, le maître Erguner et sa grande flûte ney se tient au centre, entouré de six musiciens placés de part et d'autre : percussions, zourna, qanoun, à sa droite ; kamanché, oud, et saz à sa gauche. Mais le plus impressionnant, ce sont les quatre timbales "davoules" qui encadrent la scène. Jouées autrefois à la cour des sultans, elles impriment une cadence martiale au déroulement de ce concert. Quand le chœur des muezzins ponctue le nom d'Allah, soutenant les envolées mélismatiques d'un chanteur soliste, l'ensemble produit des moments d'une impressionnante intensité. A ces phases, où le volume sonore emplit tout l'espace de la place Bab Makina pour se répandre au-dessus de la Médina voisine, succèdent des moments de respiration, où les instruments solistes nous enchantent l'un après l'autre.
Entre recueillement et extase mystique, la musique des derviches nous entraîne jusqu'au seuil des rêves, poussant la porte des mille et une nuits de Fès.

François Bensignor

 
 
Kudsi Erguner [concert]
Le voyage nocturne