
Grâce à des
jeunes groupe comme le trio Matulão la tradition du forró se perpétue |
|
BRESIL
Forcément
majoritaires dans ce festival placé sous le signe de la lusophonie,
les artistes venus du Brésil représentaient les courants
principaux des musiques de ce pays riche en traditions rythmiques et mélodiques.
L'originalité de la programmation brésilienne du festival
tient au fait qu'elle fut concoctée avec l'aide d'un musicologue
de Recife Carlos Sandroni qui présenta à Bertrand de Laporte
de nombreux musiciens Nordestins.
Bien sûr le festival ouvrit ses portes à l'école de
Samba de Nantes Coração do Brasil qui, tamborim, pandeiro
ganza et agogo en avant, paradèrent chaque jour apportant leur
vision européenne du carnaval. Plus brésiliens les membres
du Maracatu Estrela Brilhante viennent d'une favela de Recife. C'est au
rythme d'une vingtaine de gros tambours que leur rituel coloré
égaya les allées du festival. Inévitablement les
capoiristes nantais étaient de la fête et chaque jour ils
donnaient de dynamiques démonstrations de leur art sur l'herbe
du village. Avant de recevoir lors de la soirée de clôture
une rencontre internationale où des maîtres venus du monde
entier coupèrent le souffle aux spectateurs de la cale.
Moins attendus mais tout aussi essentiels à recréer une
ambiance brésilienne les Repentistas est un duo armé de
guitares qui pratique les " repentes " des joutes rimées
et chantées qui s'improvisent en direct. Chaque chanteur exécute
un couplet avant que l'autre ne lui réponde sur la même base
de rimes et de mélodie. Un après-midi ils narrèrent
la rencontre de Cesaria Evora et Dona Rosa, décrivant la star quasi
gênée de se retrouver, face à une femme dont la voix
est la seule richesse et qui devait lui rappeler de lointains et désagréables
souvenirs.
Princesa Do Agreste est un banda de pifanos, soit un ensemble traditionnel
de flûtes et tambours. Ces messieurs d'un âge certains donnèrent
plusieurs représentations sympathiques et l'on pouvait s'amuser
de l'uniformité de leurs vêtements lors de celles ci comme
hors de scène.
Le trio Matulão fait partie de ces jeunes groupes qui fleurirent
à la suite du succès rencontré par Chico Science
en s'appropriant et en modernisant des musiques traditionnelles du Nordeste.
Le trio Matulão s'est spécialisé dans le forró,
terme désignant initialement les bals régionaux et qui aujourd'hui
donne son nom à la musique qui s'y joue. Musique dansante et ancienne
que le trio enrichit d'une énergie propre à leur jeunesse
sans pour autant renier les instruments classiques du forró : tambours,
triangle et accordéon.
Chão e Chinelo est également un jeune groupe, eux allient
avec le même entrain coco, forró et rythmiques proches du
rock'n'roll. Ils eurent la charge d'ouvrir la première soirée
de l'édition 2000 de Musiques sur l'île et s'acquittèrent
avec bonheur de cette lourde tâche. Leur musique, où se mêlent
tambours, voix guitares classiques ou électrique et le violon rustique
rabeca, se rapproche de celle jouée par leurs jeunes aînés
Mestre Ambrosio.
De toutes ces formations qui réveillent le passé Comadre
Florzinha est sans doute la plus attachante. Ce groupe de femmes où,
au trio de base composé de trois chanteuses percussionnistes vient
s'ajouter, au gré des évènements, deux autres invitées
-à Nantes une saxophoniste et une quatrième chanteuse percussionniste.
Leur entrain semble infini, jouant la journée en animation, improvisant
le soir dans les allées du village avec leurs potes de Chão
e Chinelo et dansant la nuit durant au Magic Mirror. Elle donnèrent
leur pleine mesure en première partie de Cristina Branco. Leurs
compositions originales, leurs reprises de chansons populaires ou de morceaux
de Chico Science et de Tom Zé sonnent comme une espèce de
musique punk acoustique ou la colère aurait était remplacée
par la gaieté. Etonnantes jeunes filles qui manient avec dextérité
des tambours aussi grands qu'elles, tout en chantant à gorges déployées
leurs hymnes poétiques.
João Bosco était la tête d'affiche du premier soir
et ses chansons riches en harmonies flirtant peut-être un peu trop
avec un jazz rock F.M d'un autre âge, les années 70-80 ne
me laissèrent pas un grand souvenir.
Lenine est sans conteste le Brésilien de l'année. Fatigué,
mais heureux de jouer dans une ville qu'il déclara proche de Recife,
sa ville natale, il s'adapta à son état. Il donna à
Nantes un concert un peu moins explosif que d'habitude mais chaloupé
et onctueux, tendre et sensuel. Au premier rang Les Comadre Florzinha
dansaient et chantaient à tue tête partageant leurs joies
avec un public nantais pas aussi vaste qu'escompté mais visiblement
enchanté par sa soirée.
|