
Dona Rosa,
chanteuse des rues de Lisbonne, pour la première fois en France
|
|
PORTUGAL
Linguistiquement
et musicalement l'espace lusophone démarre bien sûr au Portugal.
La saudade, cette exaltation mélancolique, est un sentiment commun
à tous ceux qui partagent la langue portugaise. Quoi de plus proche
du fado que la morna capverdienne ?
Si à Nantes, seuls trois artistes portugais étaient présents,
mais se furent trois découvertes essentielles.
Dona Rosa est une chanteuse aveugle qui est plus habituée à
chanter dans les rues de Lisbonne que dans les festivals de World Music.
C'est un producteur allemand qui l'a découvert et lui a fait enregistrer
un album puis participer à un festival au Maroc. Durant ces cinq
jours, les Nantais purent la découvrir à plusieurs reprises
sur la scène de la casa de Tradição ou lors d'animations
au sein du village international. S'accompagnant de temps à autre
d'un simple triangle, Dona Rosa chante des mélodies populaires
portugaises d'une voix singulière. Une voix en prise directe avec
un cur et une âme ayant survécu aux milles blessures
de la vie de mendiants. Une voix hors norme à mi-chemin entre l'extase
et la douleur, une voix renversante.
Cristina Branco est tout aussi impressionnante. Cette jolie jeune femme
à la frêle silhouette s'adonne au fado de façon quasi
mystique. Elle évoque ses concerts comme des choses qui lui arrivent,
plus qu'elle ne les suscite. Elle en parle comme des messages divins qu'elle
ne fait que transmettre et dont la beauté époustouflante
lui serait presque étrangère. Et pourtant sa présence
irradie autant que sa voix nous remue au plus profond. Cette année,
avec le décès d'Amalia Rodrigues, le fado a perdu son ambassadrice
principale, mais avec Cristina Branco le genre va se perpétuer
en conservant toute sa noblesse, y gagnant au passage une fraîcheur
qui pourrait lui procurer de nombreux nouveaux adeptes.
João
Paulo est le point commun de ses deux femmes il fut selon ses termes
le " non-arrangeur " du disque de Dona Rosa. C'est à
dire que lors de l'enregistrement, le musicien s'est évertué
à dénaturer le moins possible la voix unique de ses chansons
à la beauté brute. Il fut également sollicité
par Cristina Branco pour l'accompagner au piano sur une chanson de son
dernier album, le magnifique " Ausente " dont ils nous gratifièrent
d'une vibrante version sur la scène de la cale.
Seul avec son piano João Paulo, improvise avec élégance
sur des thèmes personnels ou issus du folklore portugais ou du
Yemen. En en caressant les touches, il parle à son piano nous donnant
l'impression qu'il lui susurre des mots tendres et l'encourage à
nous envoûter. Et son piano ne se le fait pas dire deux fois.
|