[Portrait d'Artiste]
par C. L.
Zakir Hussain tabla & Friends
Sultan Khan
sarangi
Inde du Nord

U. Srinivas
mandoline
Vellore Ramabhadran
mridangam
Inde du Sud

Ce concert de Zakir Hussain et de ses amis était certainement l'un des moments les plus attendus de toute la saison 2001/2002 et la locations de places s'est close il y a longtemps. Ce 9 février il règne une fébrilité certaine aux abords du Théâtre de la Ville. Le public est arrivé en avance et de nombreuses personnes brandissent fébrilement des pancartes annonçant le nombre de places qu'elles désirent acquérir.

Avant le début de la représentation l'excitation est palpable, cette même lueur de gourmandise qui anime le regard du gourmet avant le festin semble commune à la majorité des spectateurs. Les plus physionomistes remarquent dans l'audience la présence d'un spectateur illustre. Le guitariste John Mac Laughlin est venu en famille déguster les délices préparés par son ami et complice indien.
La lumière décline et sans protocole les musiciens prennent position sur le tapis où les attendent leurs instruments. Comme des rayons de soleil réchauffant l'aurore, les notes du sarangui de Sultan Khan s'élèvent en douceur, elles réveillent le chant d'oiseau de la mandoline d'U.Srinivas qui célèbre la beauté du jour. Puis les tablas soulignent les reliefs de sereins paysages.
Peu à peu les différents parfums que dégage chaque instruments provoquent, en se combinant, une légère euphorie. On s'accommode du surnaturel et on accepte les contradictions, quand nos yeux démentent ce que nos oreilles nous indiquent, nous forçant à admettre que Zakir Hussain, comme la majorité des humains ne possèdent que 10 doigts.
Au début du second raga la mandoline déguisée en guitare électrique miniature d'U.Srinivas amorce un brillant dialogue avec le sarangi, les frappes rebondies du mridangam de Vellore Ramabhadran entament l'arbitrage rapidement enrichies par la science poétique des tablas.
Au cœur du concert, une longue joute amusée entres les deux instrumentistes à cordes est pour les deux virtuoses l'occasion de tendre et de déjouer brillamment de nombreux pièges et d'aller au delà de la simple prouesse en laissant libre court à leur inventivité. Ensuite avec souplesse et connivence les deux percussionnistes les rejoignent dans ce jeu souriant où l'élégance le dispute à l'esprit, trouvant ensemble de nouvelles façons de contourner les lois de la gravité.
Passionnant échanges entre des instruments épris les uns des autres où chaque artiste en servant l'autre dépasse ses limites en ouvrant au spectateur un horizon radieux. Les cordes dessinent des volutes parfaites et les percussions exécutent de vertigineux rebonds.

Au rappel, lorsque Zakir Hussain, à l'aide d'un marteau d'argent, frappe les bords de ses deux tambours pour les accorder, plus qu'un réglage nécessaire de son instrument, c'est déjà un rythme, chargé d'histoire. Il ouvre ainsi le chemin pour une dernière féerie. Les cordes apaisées effacent doucement les lueurs du jour. Les éclats du soleil laissent la place aux scintillement des astres. Du centre de la musique la voix grave de Sultan Khan rayonne et caresse célébrant ainsi une journée magnifique, un concert d'exception.

Benjamin MiNiMuM