Okna Tsahan Tzam
chant diphonique Epi
Mérin khour, chant
Kalmoukie - Mongolie Il
faut une grande force pour maintenir en vie cet univers fragile et splendide qui
oscille entre rêve et réalité. Le Djangar est une épopée
qui raconte l'histoire d'un pays où les hommes jouissent d'une harmonie
idéale entre eux, mais aussi avec la nature et l'univers. Cette force,
Okna Tsahan Tzam la possède, elle s'est éveillée dans le
creux des songes, où cet ex-ingénieur atomiste se voyait chanter
l'histoire chère à son peuple kalmouk. Alors l'énergie onirique
a supplanté l'énergie atomique, la lutte des neutrons et des protons
a cédé la place à l'étonnante danse des notes du chant
diphonique "khöömii" conduite par les accords du tuupshur. Autant
la massive silhouette du barde kalmouk inspire la robustesse, autant la frêle
apparence de Enkh Jargal dit Epi évoque la souplesse. Les yeux de cet ancien
élève du conservatoire d'Oulan Bator sont injectés de malice.
En début d'après-midi, à l'issue d'une rencontre avec des
enfants venus interroger les deux musiciens sur leurs spectaculaires traditions,
le mongol a terminé la présentation en leur faisant chanter "Frère
Jacques", comme pour renvoyer les jeunes français à leurs propres
racines A dix-sept heures, les deux musiciens s'installent sur la scène
du TDV. Tsahan Tzam est vêtu d'une tunique pourpre, couleur favorisant
l'émanation de bonnes vibrations. Le tuupshur a beau être un instrument
rudimentaire, il possède toutes les qualités requises à l'évocation
de la riche tradition du Djangar. Sans être encombrant, ce cordophone est
suffisamment robuste pour être transporté à cheval. Ses deux
cordes représentent l'homme et la femme et sous les doigts du kalmouk,
ils unissent leurs cris pour composer les accords ancestraux. Okna attaque son
chant par des notes plus basses que la terre alors que s'élèvent
des harmoniques aussi aiguës que des aiguilles. De ces sons extrêmes
se dégagent une grâce étrange qui transporte l'auditeur au
milieu d'une steppe que domine une lune aux éclats diamantins. Cette
technique unique Epi la possède totalement. Avec moins de puissance mais
plus de nuances, sa voix évoque tour à tour celle d'un enfant, d'une
femme ou d'un vieillard. Il s'accompagne d'un mérin kour, instrument qui,
malgré ses deux seules cordes, rivalise sans complexe avec un violoncelle.
A l'extrémité du manche est sculpté la tête d'un cheval
car autrefois l'archet du mérin kour était fabriqué à
partir des crins de l'équidé. Et Epi le fait galoper ou trotter
à sa guise. Les deux artistes se partagent de longues plages en solitaire
puis se rejoignent vers la fin du spectacle. Tsahan Tzam chante et joue, Epi caresse
les cordes de son mérin kour, le paysage s'élargit. Les chevaux
courent à travers les herbes folles et les étoiles filent autour
de l'astre de nuit. Lorsque ce double récital s'achève, les
deux hommes échangent un sourire complice. Le voyage qu'ils viennent de
nous faire parcourir n'est pas près de s'estomper et il y a peu de risque
à parier que cette nuit le bruit des sabots rythmera les rêves de
nombreux membres de l'audience. Benjamin MiniMuM autres
infos sur le site du Théâtre de la Ville
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