Ghazal
Kayhan Kalhor kamantché
Iran
Shujaat Husain Khan
sitar
Inde
Sandup Das tablas
Inde
Shujaat Husain Khan et Kayhan Kahlor
ont fondé Ghazal il y a quelques années par plaisir
et aussi accessoirement pour montrer les nombreux croisements existants
entre les musiques classiques indiennes et iraniennes.
Les deux hommes sont des virtuoses. L'Indien est le fils de l'immense
sitariste Vilayat Khan et le dernier représentant d'une lignée
ininterrompue de sept ustasdts incontestés. Le joueur de kamantché
a pour sa part déjà conquis le public du Théâtre
de la Ville lors d'un concert où il accompagnait le chanteur
Reza Shajariane en septembre dernier.
Aujourd'hui le joueur de tablas Sandup Das va leur donner la réplique.
Très vite les instruments semblent entrer en fusion, comme
sous l'influence d'une attraction irrésistible. Ils suivent
les mêmes impulsions de fougue ou de douceur. Alors que son
maître lui arrache des accords d'une suave élégance
le kamantché de Kayhan Kahlor se balance comme le fléau
d'une horloge. Shujaat Husain Khan ponctue les lignes mélodiques
par des interjections de satisfactions comme pour remercier son sitar
de lui offrir le meilleur de lui-même avant de chanter d'une
voix profonde et posée. Lorsque la percussion entre dans la
danse elle le fait avec délicatesse. Le rythme peu à
peu s'insinue dans les échanges mélodiques pour les
renforcer. Au deuxième morceau Kalhor démarre seul puis
est rejoint par Husain Khan et au fur et à mesure les interventions
des deux solistes se font plus longues, plus colorées. Ils
vivent la musique de tout leur corps. Le buste de l'Iranien danse
en accompagnant le va et vient de son archet, tout le corps du sitariste
ondule au gré des notes. Lorsqu'il chante sa main dessine les
phrases comme pour faciliter leurs envols.
Par instant l'un des cordophones fait un bout de chemin seul avec
le tabla, ils se fondent l'un à l'autre avant d'être
rejoints par le deuxième instrument à cordes. Le relief
ainsi créé se mue en intensité dramatique qui,
après l'ultime accord, arrache des cris de plaisir aux spectateurs.
Sur la troisième pièce l'ambiance est nostalgique, sitar
et kamantché mélangent leurs tristesses et flirtent
avec le silence. Une fois réconfortés, les deux instruments
reprennent un dialogue de plus en plus léger où la gaieté
finit par l'emporter.
Lors du rappel, après une introduction de Kayan Kahlor,
Shujaat Hussain Khan entonne une vieille mélodie du folklore
hindoustani qu'il souligne de son sitar. C'est avec l'apport rythmique
du tabla que le thème semble reprendre ses couleurs et s'ancre
dans le présent. Chacun à leur tour les trois musiciens
exécutent un dernier solo avant de repartir ensemble vers
un brillant et magnifique coda qui conclut en beauté un concert
d'ores et déjà inoubliable.
Benjamin MiNiMuM
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