[Portrait d'Artiste] parJérôme Samuel

Farida Parveen


Bangladesh



Depuis le jour de 1973 où Farida Parveen a interprété devant une foule de Bengalis le seul chant de Lalon Shah qu'elle connaissait, l'émotion qu'elle en a retiré fut si forte, qu'elle a décidé de consacrer sa carrière à l'oeuvre du plus populaire des poètes bauls.

Le flute de Abdul Gazi Hakim délie un air léger à l'aide successive de trois instruments de tailles et de tonalité différentes. Rejoint par les percusssions, tablas et dholak puis le luth dotara, le flutiste poursuit sa mélodie joyeuse comme pour apaiser nos esprits tourmentés par le tumulte de la ville et mieux les préparer à la poésie mystique qui va suivre.

Farida Parveen entre en scène et s'assied en tailleur derrière l'harmonium. Dans sa voix les poèmes d'amour divin semble contenir bien plus que les notes et les mots qui les composent. Renforcé par les accents bondissants des percussions, son chant majestueux s'élève et apporte une lumière douce qui diffuse le message pacifique du poète. Lalon Shah (1774-1890) a vécu la vie des mystiques errants bauls aux croisements des croyances et des pratiques des hindous vaishnaves, des boudhistes tantriques et des musulmans soufis. Convaincu que toutes les religions ont le même but, l'homme aux cinq mille poèmes luttait contre le système de classes.

Son esprit humaniste plane sur la scène et dans la salle. L'écoute est attentive, recueillie et souvent au bord de l'exaltation. Farida Parveen cesse parfois d'actionner les soufflets de l'harmonium qui lui sert de guide pour pointer le ciel qui lui donne son inspiration. Encouragés par les autres instruments, la voix et la flûte font preuve de surenchères aériennes et s'enchevètrent comme deux oiseaux malicieux qu'aucune limite n'arrête.

Pour le final, seulement accompagnée de son harmonium, elle interprète un poème d'une grande délicatesse. Sa profondeur lui arrache une larme et nous plonge dans une profonde émotion qui se termine par un sourire formé sur sa bouche en accompagnant l'arrivée du silence et se répercute en nous sous la forme d'un précieux souvenir naissant.

Benjamin MiNiMuM


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