Nassima
chant et mandol, voix soufie, voix d'amour, six siècles de poésie soufie
Algérie
Noureddine Aliane oud
Rachid Brahimdjelloul violon
Pierre Rigopoulos daf
Mustapha Belkaïd basse
Kamel Labbaci ney
Khalfa percussions
Pour son troisième concert au Théâtre de la Ville, Nassima nous invite à la suivre sur les routes du mysticisme. Cette grande dame de la musique arabo-andalouse présente le fruit de ses longues recherches sur les textes des poètes soufis « qui ont choisis la voie de l'amour, le chemin de la paix » : Ibn Arabi, Ahmed el-Alawî ou l'Emir Abd el-Kader.
La salle déjà prête à accueillir ces paroles, Nassima décide, pour ouvrir ce rendez-vous, de déclâmer une traduction du poème « L'Amour Divin » de l'un des plus grands maîtres spirituel musulman du XIIème siècle, Ibn Arabi : « Mon coeur contient désormais toutes les formes : Il est pâturage pour les gazelles, monastère pour les moines, demeure pour les idoles, kaaba aux pèlerins, tablettes de la Torah, exemplaire du Coran. Ma religion est l'Amour, là où ses montures le mènent, l'Amour est ma religion et ma foi ».
Après ce rappel de l'esprit fondateur du soufisme et de l'origine du mot Islam qui vient de Salâm signifiant la paix, l'ensemble entourant Nassima se lance dans une très belle pièce musicale. Le violon de Rachid Brahim Djelloul ouvre avec souplesse la première suite mystique soufie. La voix de la chanteuse originaire de Blida, la « ville des roses » fondée en 1535 autour de la retraite du soufi Sid Ahmed El-Kebir par les Juifs et les Musulmans expulsés d'Espagne, s'élève grâce à ses puissants effets vocaux. « Au cœur de la nuit », le poème suivant, est justement issue de cette tradition. Nassima conte avec intensité la rencontre de l'être d'amour dans les limbes nocturnes avant de lancer « Mon Dieu très aimé », texte qui ouvre son nouvel album sorti sur le label de l'Institut du Monde Arabe. Son mandol affirme doucement sa présence entre le violon au pouvoir incantatoire et le duo rythmique formé de Pierre Rigopoulos et Dahmane Khalfa. Ce poème très joyeux donne au ney de Kamel Abbassi un espace pour souffler un vent chaleureux sur les rangés de fauteuil du Théâtre. Pour la première fois du concert la voix basse de Mustapha Kaïd s’allie à celle de Nassima augmentant la puissance des vers récités.
Laissant Ibn Arabî quelques minutes, Nassima nous emmène découvrir les paroles de Cheikh Ahmed el-Alawî, le maître spirituel algérien de la confrérie soufie Al-Alawiyya. Connu pour la simplicité de ses poèsies qui ont pour but de toucher le plus grand nombre, elle est allée étudier auprès de son arrière petit-fils, Cheikh Khaled Bentounès, pour mieux comprendre son approche. Avec le poème « Présence Divine », c'est une sublime ode à la beauté qui s'élève vers le ciel. Le ney ouvre la marche au chœur d’hommes formé de Mustapha Kaïd, Noureddine Aliane et Rachid Brahim Djelloul, entonnant le nom d'Allah. Leurs très belles voix s’échangent la politesse avec celle de Nassima sur un bouillonnement contrôlé du zarb et de la darbouka.
Noureddine Aliane et son oud ne sont pas en reste, rivalisant de subtilité pour mettre en valeur les poèmes. Et lorsque les bendirs sonnent ensemble pour soutenir la voix de Nassima, toute la force de la culture et des rythmes musulmans s’exprime. Elle attaque les paroles de « sagesse, complainte », des textes de Ibn Arabî et Ibn Messaïb mis à la suite l'un de l'autre, provoquant les youyous et les applaudissements du public. L'ambiance chaleureuse ne retombera plus. Pour le rappel, Nassima revient chanter debout, un texte de l'émir Abd el-Kader qu'elle aimerait voir plus souvent présenté comme l'homme de culture et de bonté plutôt que comme le chef de guerre.
Arnaud Cabanne
autres infos sur le site du Théâtre de la Ville
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