Silita
José Mucavelei Le
Groupe Tufo de Mafalala Mozambique
En France, rares sont les festivals où
les salles spécialisées en musique du monde qui invitent des artistes
du Mozambique. Une soirée consacrée à la musique de cette
terre bantoue ne pouvait se manquer. C'est au jeune trio Silita que revient
la charge d'inaugurer les réjouissances. Nous sommes d'abord frappé
par la dextérité avec laquelle Simao Adriano Nhacule manipule les
baguettes de son timbila (le xylophone emblématique des Chopi), mais ce
jeune porteur de dreadlocks a de qui tenir puisqu'il est le fils d'un virtuose
mozambicain de cet instrument. A sa gauche Laurindo Cuna à l'aide de ses
trois tambours imprime une cadence sûre mais légère, que Linda
Jamisse souligne de son tambourin. La jeune fille ne se contente pas de danser
avec grâce auprès de ses camarades. Après l'introduction instrumentale,
elle nous laisse découvrir la voix claire et caressante avec laquelle elle
chante les vertus de la tolérance et du travail. Le trio de Maputo nous
offre une musique fine et vive, où le charme opère sans exubérance
et la fraîcheur séduit sans détour. Même s'il
est un auteur compositeur totalement original, José Mucavele est un peu
le gardien du patrimoine musical du Mozambique. Ses chansons se sont nourries
des nombreux voyages qu'il a accompli à l'intérieur de son pays
pour découvrir les traditions musicales propres à chaque ethnie.
En observant le chanteur guitariste dans son costume de jeans et son gilet de
cuir, on l'imagine sans mal conter ses histoires au centre d'un bar agité
d'un port du Mozambique. Non pas que sa voix profonde évoque les vapeurs
de rhum, mais il y a dans ses chansons ciselées de forts accents d'authenticité.
José Mucavele est accompagné par José Esteves Guimaraes,
un jeune musicien de grande taille qui est bien plus qu'un simple percussionniste.
Bien sûr il insuffle des rythmes, mais il prolonge aussi les histoires.
Aux personnages crées par son compatriote, il adjoint des rôles secondaires
qui prennent vie par les vibrations inventives des peaux de ses tambours ou les
sons inattendus qu'il tire de sa voix. Duo atypique qui nous permet de découvrir
un artiste lusophone de premier rang. Une soirée musicale mozambicaine
sans danseurs serait totalement incomplète, voire incongrue. Le Théâtre
de la Ville a choisi de nous faire découvrir les chants et les danses du
Tufo de Mafalala, un groupe de femmes de l'ethnie Macua. Quatre hommes et
une femme munis de percussions de bois, de peaux et de cuir rouge s'installent
sur une estrade. Pendant qu'ils construisent une rythmique énergique, dix
jeunes femmes drapées de tenues pastels courent des coulisses vers le centre
de la scène comme une équipe de foot entrerait sur le terrain de
leurs exploits. Leurs déhanchements ne sont pas que sportifs, les jeunes
femmes sont gracieuses. Lorsque le rythme brutalement s'exténue, les dix
belles tombent à terre et assises entament un chant a cappella en suivant
l'une d'entre elle qui leur sert de guide. Les voix aiguës volettent telles
un essaim d'abeilles mélomanes. Plus tard et à deux reprises, c'est
en rythme qu'elles changent de tenue. Strip-tease pudique et ludique où
la principale audace tient aux teintes acidulées des costumes révélés.
Puis elles sautent à la corde avec autant d'adresse que d'élégance,
le sifflet arbitre les performances, aiguillon sonore qui n'oublie pas d'être
musical. Le public du Théâtre de la Ville est enthousiasmé
par cet étonnant cocktail de musique, de danse et de gymniques prouesses
autant que par la découverte d'une culture méconnue aux facettes
surprenantes.
Benjamin MiNiMuM |