Sheikh Amin Al-Dishnawi
mûnshid de Haute-Égypte

Egypte

Programmé entre deux maîtres incontestés du chant soufi de Haute Egypte; Sheikh Yasin al-Tuhâmi, le 15 octobre et Sheikh Ahmad al-Tûni, le 14 janvier, le jeune mûnshid, Amin al-Dishnawi se produit en France pour la première fois.
Mais alors que la confrontation avec un environnement totalement inédit, qui aurait pu l'empêcher de déployer son talent dans les meilleures conditions, dix jours avant ce rendez vous avec le public parisien, il fit un rêve prémonitoire.
Durant ce songe, il découvrit Paris, les personnes qu'il allait y rencontrer et visita de fond en comble le Théâtre des Abbesses, c'est donc dans un lieu aussi familier que ceux qu'il fréquente en Egypte, qu'il s'apprête à se produire.
Une heure avant la représentation Sheikh Amin al-Dishnawi s'isole du monde terrestre. Il s'immerge dans les tréfonds de sa foi, pour trouver la force d'honorer le plus parfaitement possible celui qui lui a tout donné.
Sa voix, la souplesse avec laquelle il la pousse bien au delà de la simple prouesse, il les doit à Dieu.
Son inspiration, les rimes aériennes qui épousent si étroitement ses volutes vocales, il les doit à Dieu.
Son bonheur d'une glorieuse humilité, son impact total sur celui qui l'écoute, il les doit à Dieu.
La foi transporte des montagnes comme s'il s'agissait de détails anodins.
La foi transforme en grâce spirituelle une sensualité explosive, un charisme irradiant. Sheikh Amin al-Dishnawi se tient à trois pas devant ses musiciens. Violon, flûtes, derbouka et tambourin, ils construisent barreau après barreau le squelette d'une échelle qui mène à l'extase.
La voix du mûnshid devenue matière se cristallise autour des instruments, rendant possible le projet d'ascension.
Il est là imposant mais fluide. A travers l'impeccable droiture de son corps, on sent l'imposante colonne d'air qui propulse son chant si haut si près de son interlocuteur divin.
Ses mains guident les accents et les rythmes, doigts contre doigts, paume sur les tempes, phalanges contrôlant l'ouverture des tympans ou des yeux. Tout son corps contribue à atteindre l'impossible: cristalliser une illumination sans le moindre accent d'orgueil en la partageant généreusement avec son auditoire.
A 30 ans, Sheikh Amin al-Dishnawi avoue ne pas posséder encore toutes les clés de son art, mais celui ci surpasse déjà largement la hauteur de sa belle réputation.


Benjamin MiNiMuM