Archives pour: Janvier 2009
C'est quoi un accordéon ?
par Philippe Krümm
Dans cette rubrique évolutive, je vais mettre, de temps en temps, les définitions du mot "accordéon" que l’on trouve dans les dictionnaires anciens de mots ou de musique .
Pour commencer un petit glossaire, des mots pour nommer l’accordéon…Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à me les transmettre….
Accordéon :
- Boite à Frissons (Attribué Jo Privat)
- Dépliant - besogneux du dépliant - (Attribué à Jo Privat)
- Le piano du pauvre (Attribué à Léo Ferré)
- L’accordéon le petit (pour le diatonique)
et Le Grosmatique (pour chromatique) (Attribué a Léa Saint-Pé)
- Kordéon ( créole)
- Branle poumon
- Kilo de sucre
- Boite à punaises (Attribué à Aimable)
- Biniou
- Boite du Diable
- Le piano à bretelles
Les mots des dictionnaires :
- Dictionnaire pratique & raisonné des instruments de musique
Albert Jacquot – Paris – Librairie Fischbacher – 1886
Accordéon : Petit harmonium portatif à système d’anches libres, avec réservoir d’air et clavier vertical correspondant à des lames métalliques, inventé par C. Buffet, en 1827. La soufflerie de cet instrument est tirée et poussée à la main, les doigts faisant ouvrir ou fermer les touches qui laissent passer l’air au travers des lames vibrantes.
Il y a des accordéons à bascules, nommés ainsi parce qu’il faut appuyer sur deux petites bascules de cuivres placées sur le dessus, afin d’ouvrir les soupapes d’harmonie. Ce genre est déjà ancien. Il y a des accordéons depuis six touches jusqu’à quatorze et seize Touches.
Accordéon piano : Instrument dans le genre de l’harmoniflûte, inventé en 1852, par Bouton, de Paris.
Accordéon à piston : Instrument à anches, muni de registres faisant parler une ou plusieurs notes, à volonté, par la même touche.
.jpg)
Un des premiers accordéon bisonore « Romantique (1835) directement issu du brevet de C. Demian (1829) –
Deuxième instrument du facteur Keith Prowse and Co 48 Cheap Side à Londres.
- Histoire des instruments de musique
René Brancour
Paris – Henri Laurens - 1921
Instruments sans tuyaux et sans clavier
Le type en est l’accordéon, qu’inventa en 1829 le viennois Damian. Il est constitué par une série d’anches libres en métal que met en vibration l’air contenu dans un réservoir alimenté par un soufflet ; celui-ci est mû par une des mains de l’exécutant, dont l’autre actionne les clefs de l’instrument.

Tout premier concertina Fabriqué par Wheatstone (1802 – 1875), 20 Conduit St Regent street, Londres.
Brevet N°5803 du 19 Juin 1829 .
Alan Day excellent joueur anglais de concertina diatonique (anglo) interprête une jolie valse sur son concertina Jeffries (Sol/do)
Et Raymond Devos grand amateur de concertina en duo dans "la Marine"
L’accordéon est rectangulaire, tandis que la forme hexagonale caractérise son heureux rival le concertina, qui date de la même époque mais est l’œuvre de l’Anglais Wheatstone. Un certain nombre de musiciens se sont exercés sur cet élégiaque instrument pour lequel furent écrites d’assez nombreuses compositions, telles que les deux concertos et la sonate de Molique, le quintette pour concertina et cordes de Macfarren, l’adagio pour huit concertinas de Silas. On n’en sera pas surpris si l’on considère que ces instruments forment une famille comprenant les concertinas soprano, alto, ténor, basse et contrebasse. Berlioz a ainsi apprécié les qualités de ce groupe : « L’accordéon, qui pendant quelques années fut un jouet musical, a été le point de départ du concertina et par la suite du mélodium. Le son du concertina est à la fois mordant et doux : malgré sa faiblesse, il porte au loin ; il se marie aisément avec le timbre de la harpe et avec celui du piano. »
Le mélophone *, inventé en 1837 par notre compatriote l’horloger Leclerc, appartient à la même famille : il affecte la forme d’une guitare de grande dimensions. Le cecilium *, dû à Quentin de Gromard (1861) et offrant l’apparence d’une sorte de violoncelle, appartient à la même catégorie.
Sans Paul Hervieu, l'accordéon ne pourrait revendiquer la moindre place dans le domaine des lettres .Qu’il remercie donc l'auteur de Bagatelle d’avoir tracé dans cette pièce les paroles suivantes : « Vos lectures sont somnifères. Quand vous avez un livre entre les mains, par les sons que vous en tirez cela devient accordéon. »
Vous constaterez que au fils des années, souvent les uns copient les autres, sans aucune vérification !!!!!
- Dictionnaire pratique et historique de la musique
Michel Brenet
Paris - Librairie Armand Colin - 1926
Accordéon n.m.
Instrument populaire à vent et à clavier, inventé à Vienne en 1829 par Damien , développé en France par Buffet en 1837.Il se compose d’un soufflet muni sur l’une de ses faces d’un clavier de soupapes, actionné par la main droite, qui partage en même temps avec la main gauche, placée sous l’autre face, le mouvement de compression et d’extension du soufflet. A chaque soupape correspond une petit lame métallique que le passage de l’air fait vibrer comme une anche libre. Selon l’importance de l’accordéon qui n’est souvent qu’un jouet ou un article de bazar, le nombre des soupapes varie de 5 à 40. Deux autres, placées en dessous, réalisent à volonté un effet de bourdon.Utilisé surtout en Allemagne et en Italie, dans les bals villageois et les divertissements populaires, l’accordéon n’est apte à aucun service artistique.
Dictionnaire de l’Académie Française 8eme édition Paris (1932 -1935)
ACCORDÉON. n. m.
Petit instrument de musique composé d'un soufflet et de lames d'acier correspondant à des touches qui forment un clavier. Le son de l'accordéon a peu de volume. Les accordéons sont plutôt des jouets que des instruments de musique.
(a-kor-dé-on) s. m.
- Nouveau Larousse Universel
Paris – Augé, Gillon, hollier-larousse, Moreau et Cie – 1948
Accordéon (akor) n.m. (allem. Akkordion) .
Instrument de musique composé de languettes de métal qui sont mises en vibration par un soufflet. En accordéon, se dit de plis rappelant le souflet d’un l’accordéon.
- Encycl . L’accordéon a été inventé à Vienne par l’autrichien Damian en 1929 et perfectionné en France en 1837 par C. Buffet . Pour jouer de cet instrument, que l’on maintient en général par une bretelle, on fait agir la soufflerie avec la main gauche en tirant et en poussant alternativement le soufflet, tandis que les doigts, agissant sur un système de clefs (dix au minimum), obtiennent de chacune d’elles le son désiré.
A suivre !
Le mélophone et le cécilium étant des instruments très peu décrits, j’ai commencé une recherche sur la documentation et pour retrouver des instruments afin de les répertorier et de les photographier. Si vous avez des renseignements, n’hésitez pas à me contacter.
Coup de soufflet sur zanzibar !
par Philippe Krümm

Culture Musical Club Zanzibar
(World Village / Harmonia Mundi)
Merci au Buena Vista Social Club. Car depuis l’avènement du “papy’s band” cubain, nombreux sont les producteurs qui traquent à travers le monde le club d’anciens musiciens à révéler. Avec le Culture Musical Club de Zanzibar créé en 1956, le producteur allemand Werner Graebner ne s’est pas trompé en allant dans l’océan Indien réaliser un nouvel album de l’important taarab. Le groupe prouve une fois de plus qu’il est vraiment bon. Nos amis anglophones (la pochette n’est pas traduite en français) sont depuis longtemps sensibles à la riche musique des clubs de l’archipel mythique. Connaissez-vous Said Mwinyi et Taimur Rukun ? Ce sont les deux accordéonistes touches piano du Club. L’accordéon est très présent dans les groupes. Il attaque souvent le premier, dès l’ouverture du morceau. Il ouvre le chemin pour les autres instrumentistes (percussions, quanun, oud, contrebasse, violons et chant soliste, souvent repris par des chœurs). Makam Faki, le chanteur le plus présent du disque, a rejoint le club au début des années 70. C’est dire s’il connaît le répertoire qu’il distille d’une belle voix, légèrement usée, mais tout en volupté. J’aurais une petite tendresse pour la chanteuse Rukia Ramadhani qui apparaît sur deux titres. Le nom de Zanzibar fait rêver et est synonyme de voyage, la musique est un complément. Il est vraiment facile de s’évader avec de belles images dans la tête. Il suffit de fermer les yeux et d’apprécier le calme la finesse et le rythme de l’historique Culture Musical Club .

Chauffe, chauffe Nounours !
par Philippe Krümm
Un peu de jolie nostalgie dans ce monde de brut…
Peut-être que, petit, regardant tous les soirs Nounours, cet épisode de “Bonne nuit les petits“ me marqua de manière subliminale.
Peut-être que grâce à Nounours, plus tard, grâce au gentil plantigrade musicien, je devins passionné d’accordéon.
Un oeil sur le soufflet !
par Philippe Krümm
Bill Akwa Bétotè
Quand l’œil aime la musique
Bill Akwa Bétotè est un incontournable des soirées et des festivals où la musique est bonne. On reconnaît de loin sa grande silhouette de dignitaire africain, bardée de boîtiers Nikon.
Bill découvre la photo en 1976, surtout à travers les portraits au départ d’amis et de relations qu’il photographie principalement en studio. En 1978, sa passion pour le jazz, le reggae, la fusion l’entraîne très vite au contact des musiciens principalement du continent africain. Il passera professionnel en 1979. Quelques années plus tard, il aura aussi une tendresse pour l’accordéon et les accordéonistes. Sa rencontre improbable avec Yvette Horner scellera le lien qu’il a avec la boîte à frissons.
Aujourd’hui, toujours à l’affût des nouveaux courants musicaux mais fidèle au jazz, au reggae et aux musiques du monde, on peut voir son travail dans des expositions, de nombreux magazines et quelques beaux livres.
Le blog & Bill vous offrent une petite exposition de portraits d'accordéonistes :

Bill converti au swing et à l'accordéon "touche piano"!
Pour joindre l'artiste : akwa.betote@wanadoo.fr

Yvette Horner

Yasmine Vega

Lionel Suarez
.jpg)
André Verchuren
.jpg)
Angelique
.jpg)
B'Roy

Manu Dibango

Wendy Mac Neil
.jpg)
Jason Webley

Olivier Manoury
.jpg)
Jean Corti

Yéti

Zazie Musette
J'aime bien !
par Philippe Krümm
Le rapport : l'accordéon, évidemment. C'est juste une petite vidéo sympathique sur le thème de la boîte à frissons. Un peu de poésie dans le monde du soufflet.
(Les spécialistes auront remarqué qu'il y a un joueur de diatonique et un concertina)
Simplement beau ! "Stand by me", interprêté par la planète !
par Philippe Krümm
Une version « universelle » de Stand by me, la chanson composée par Ben E. King avec Jerry Leiber et Mike Stoller en 1961. Cette chanson fut maintes fois traduite, transformée,interprétée par de nombreux artistes .
Dans ce petit clip, la chanson est interprétée de manière brillante par des chanteurs et des musiciens dans diffèrents pays.
Le résultat est simplement beau…
Et en plus, il y avait un alibi pour le mettre sur mon blog consacré à l’accordéon et aux instruments à anche libre, puisqu’il y a un petit passage avec un harmonica !
Emile Vacher
par Philippe Krümm
Il fut le créateur du genre Musette.
Rencontre postume avec
Monsieur Emile Vacher, le maître du mixte !
Émile Vacher, où êtes-vous né ?
À Tours le 7 mai 1883.


Vous n’avez jamais connu votre père ?
Non, tu sais, à l’époque, les gens de la haute employaient des jeunes Bretonnes pour leurs taches quotidiennes. Ma mère, Maryvonne Guilloux, travaillait pour un comte tourangeau qui, comme on disait, a fauté et, comme on dit aujourd’hui, n’a pas assumé. Il l’a foutue à la porte. Elle a accouché à Tours, mais elle est tout de suite venue à Paris où elle avait quelques connaissances. C’est là qu’elle est connue, mon beau-père. Louis Vacher, pour moi, c’est mon vrai père, celui qui m’a tout donné : un nom, le goût de la musique…

Vous souvenez-vous de votre premier instrument ?
Oui, j’avais 10 ans. Nous étions aux Puces de Saint-Ouen avec mon père. Sur un étal, il y avait un drôle d’instrument, je l’ai pris et j’ai fait quelques notes. Cela m’a tout de suite plu. Mon père, qui était un peu musicien, l’a compris et il me l’a acheté : 3 francs… C’était une somme.

Comment avez-vous appris ?
Tout seul, j’ai vite pigé les notes. J’ai joué tous les airs que j’entendais autour de moi. Ceux que les gens sifflaient, la musique des chanteurs de rue, des orgues de foire et les airs que j’entendais en passant devant les bals des Auvergnats. En ce temps-là, on habitait Charonne.
Mais vous jouiez pour les gens ?
Dès que j’ai un peu maîtrisé le “biniou”, mon père — on n’était pas très riche — m’a emmené jouer dans les cafés. Ça plaisait bien, j’étais du genre gamin surdoué. Après, je passais aux tables récolter mon dû. Ça donnait pas mal !
Vous deviez avoir plein d’argent de poche, pour vous offrir des sucreries !
Tu parles ! Le père, il piquait toute la monnaie. Mais là), laisse-moi te raconter un de mes premiers drames avec l’argent. J’avais bricolé la doublure de ma veste et après chaque quête, j’arrivais, sans que “l’impresario” me voit, à y glisser quelques thunes. Le soir, discrètement, j’enterrais le magot sous un petit rosier qui était dans le jardinet devant notre baraque. Un soir que je rentrais peinard, voilà que je trouve ma mère dans tous ses états. Émile, qu’elle me dit, « j’ai arraché notre pauvre rosier pour en mettre un plus beau et là, entre ses racines, devine ? Un vrai miracle ! » T’imagine ma tronche. Le miracle, je le connaissais. Tu parles, deux ans de gratte qu’elle attribuait à un don du ciel. Moi, il venait de me tomber sur la tête.
Quand avez-vous commencé à jouer en “fixe” ?
C’était en 1898 chez la mère Delpech, elle tenait un bal à Montreuil. L’ordre y régnait. Tu parles, elle faisait au moins 120 kilos, alors quand elle la ramenait, y en a pas un qui mouftait. Il y avait un vieil Italien qui assurait le turbin sur son biniou. C’était pas un caïd, mais moi je l’trouvais bon. Il m’a laissé sa place plusieurs week-ends de suite pendant quelques heures. Au bout de trois semaines, la buvette explosait. Les gens venaient voir le plus jeune as de l’accordéon. Alors la mère Delpech, qu’avait un compte en banque à la place du cœur, a dit au vieux Rital que c’était fini pour lui, que dorénavant ce serait le petit Vacher qui charmerait les esgourdes de sa clientèle distinguée. Un soir en sortant, le vieux Rital m’a sauté dessus avec un surin. J’ai pu l’éviter, à peu près. Mais il m’avait planté la main, pas trop grave mais spectaculaire. J’ai toujours une cicatrice en étoile à la main droite. À l’époque, j’avais pensé qu’il était raide fou. Plus tard un soir en regardant ma balafre, j’ai compris que j’avais piqué le boulot d’un gars, qu’avait, vu son âge, que la musique pour manger, lui et sa famille. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, mais j’y pense souvent, avec une certaine tristesse. Le lieu est devenu très prisé, je gagnais 6 francs par jour. Un peu avant 1900, il y avait Leca et Manda, qui fréquentaient le lieu, j’y ai donc connu Amélie Elie, plus connue sous le nom de Casque d’Or.
Tout ça, c’était un peu du “bricolage”. Quand avez-vous joué dans votre premier vrai bal ?
Après Montreuil où mon père m’accompagnait à la batterie, je suis allé jouer au bal du Sabot. Puis à celui de La Chapelle avant qu’il ne soit transformé en bouillon Chartier. Le grand saut a eu lieu en 1910. Mon père a acheté le bal chez Octobre au 46 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève dans le 5e arrondissement. C’était le premier bal rive gauche.

Sous le nom de Bal Vacher puis Bal de la Montagne, le succès a été foudroyant et considérable.

Ce 13 septembre 1910, Louis Vacher a sa mine des mauvais jours. Les deux policiers qui s’éloignent péniblement dans la montée de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève avec leurs bicyclettes viennent de lui délivrer un pli en provenance directe de la préfecture. « Interdiction formelle de jouer de la batterie dans le local — dit bal Vacher — situé au 46 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, sous peine de fermeture immédiate. »
Émile, le fils adopté, a 27 ans. Il esquisse un petit sourire. Il faut dire que le vieux n’est pas un Mozart de la grosse caisse. Et côtoyer d’autres musiciens à la place de ce père qui rythme sa vie musicale depuis maintenant plus de vingt ans n’est pas pour lui déplaire.
En plus, depuis quelque temps, lors de ses heures de loisirs, il retrouve son camarade Charles Péguri, joueur et fabriquant d’accordéons, du côté de la Bastoche. Là, un autre musicien l’a impressionné. Il est Italien et s’appelle Jean Demarco. Toujours en costume et coiffé d’un petit chapeau melon, Demarco joue de la harpe depuis sa plus tendre enfance.
Il est arrivé à Paris voilà cinq ans. C’est un musicien classique, et Émile est ravi d’entendre de la “grande musique”. Voilà que depuis quelques semaines, ils se sont mis à jouer ensemble... et sa marche ! Alors c’est sans complexe que notre jeune surdoué annonce à son père que son remplaçant est déjà connu : ce sera son ami Jean Demarco et sa “grande harpe” classique ! Le Louis aime la musique. Même s’il n’est pas doué, cela le rend triste de quitter le “métier”. Une chose lui importe encore plus que la grosse caisse… C’est la petite, celle où l’on fait sonner l’artiche.
De toute façon il n’a pas le choix. Il faut assurer l’après-midi. Il est déjà 10 heures. Ce sera harpe et accordéon. Bien sûr, les premiers clients et danseurs en cette journée grise de septembre furent au départ surpris. Puis, après quelques danses, séduits. Et carrément conquis à la fin de la journée.
Le succès sera au rendez-vous, faisant du bal Vacher le lieu incontournable des noctambules parisiens : des marlous au bourgeois, des grisettes aux actrices à la mode, des rois du vélo et de la boxe aux princes de la finance. Un nouveau genre était né : le musette, avec ses polkas, ses valses, ses mazurkas et ses javas. Le style ornementé et syncopé de Vacher et de son accordéon “mixte” allait imposer le musette.
Déjà à l’époque, vous aviez des problèmes de voisinage ?
Oui (rires), on a commencé par jouer, mon père à la batterie et moi, mais très vite les voisins ses ont plaints du bruit. Alors le vieux est passé à la caisse. Et on a embauché Jean Demarco dit Jean le harpiste, à cause de son drôle de “biniou”. T’imagines, avec le recul, je me marre. On inventait le musette avec l’accordéon, un instrument tout neuf. Mais déjà, l’instrument du peuple et on le mélangeait à la harpe, un des symboles des concerts classiques ! Faut dire que l’argent commençait à rentrer. Je faisais 200 francs par jour. Je ne sais pas si la harpe en est la cause, mais le bal devint un des endroits “select” à Paris où venaient danser les aristos. Les calèches faisaient la queue devant la porte et il n’était pas rare qu’à minuit, on refuse du monde.
Et votre rencontre avec le pianiste Jean Peyronin
Là, j’avais quitté le bal de la Montagne en 1921, on l’avait vendu en 1919. Je venais de jouer Chez Gégène, rue des Gravilliers, au Petit Jardin, avenue de Clichy, puis c’est en 1924 à l’Abbaye, rue de Puteaux, où je jouais depuis deux ans, que j’ai commencé à travailler avec Jean PEYRONIN au piano, Charles Chener dit Charlot Jazz au saxo, et Gusti Malla, le gitan, au banjo et à la guitare.
Vous les quittez quand ?
En 1930, quand je pars à la Grande Roue, rue du Mont-Dore, eux restent à l’Abbaye. Mais on est resté potes. On faisait des disques ensemble, quelques galas et surtout, Jean notait les airs que je composais pour les déposer à la Sacem. En 1930, j’ai composé entre autres “Les triolets” et “Reine de musette”, que je lui ai donné, car il lui manquait un sixième titre pour rentrer comme compositeur à la Sacem.

Emile Vacher en 1928

Liste d'airs pour un bal de la main du maître !
Et Mado, votre femme, quand l’avez-vous connue ?
C’était un soir au bal de la Montagne. J’avais plein de potos dans le vélo.J’étais perché sur mon balcon avec Demarco quand Léon Didier, un as de la pédale, est entré avec deux autres gars et leurs dames. Eux, ils venaient de temps en temps, puis derrière, elle est rentrée. Tu sais, le genre que tu voyais descendre des automobiles devant l’Opéra.

Elle avait un manteau de fourrure incroyable. J’ai stoppé, je suis descendu et je lui ai pris son manteau pour le mettre à côté de moi. Notre vestiaire était propre, mais pas pour une œuvre pareille. Et puis c’était un peu pour la voir de près et que l’on me présente. Léon m’a présenté à elle, en me disant qu’elle avait perdu son ami voilà un an. Elle m’a à peine regardé. Je suis remonté jouer, les gens commençaient à s’impatienter, je ne l’ai pas quittée des yeux de la soirée. Quand elle est partie, pour moi cela a été comme si le bal était terminé. Grâce à ses beaux-frères et à ses sœurs, je l’ai revue. Mais comment la séduire ? Elle avait tout, l’hôtel particulier, les larbins, le chauffeur. Sa cantine, c’était Maxim’s alors tu parles ! Moi, je n’avais pas encore beaucoup de sous. J’étais juste la vedette pour les petites frappes de la barrière d’Italie… Je l’ai revue, je lui ai fait une cour effrénée. Un jour, je l’ai demandée en mariage. Elle a dit oui. J’ai monté une grande fête avec tous les potes. Elle n’est pas venue. Alors j’ai dit aux invités que c’était une blague et j’ai joué pour eux toute la nuit. On a fini par se marier, quelques années plus tard, juste avec des témoins. C’était la plus merveilleuse des femmes, et tellement belle !

Qu’est-ce que j’ai dû l’emmerder avec ma jalousie. Mais quand t’es sur le perchoir, que tu joues et que tu vois plein d’arsouilles tourner autour de ta femme, faut bien descendre donner le nom du proprio ! Y a jamais eu de problèmes, avec mon quintal (rires) !
Vos accordéons, c’était quoi ?
Oh, j’ai eu différentes marques : Ranco Luigi, Martin Cayla, Paul Beuscher, Fratelli Crosio. Mais dès mes premiers bals, c’était des 3 rangs, 3 voix, 52 ou 72 basses chromatiques.

Toujours entretenus par Charlot, Charles Péguri, le magicien du biniou. Il avait même inventé le système chromatique pour le bando.
Il s’est suicidé ?
Oui, il s’est pendu en 1930 dans son atelier, il ne supportait pas de vieillir !
Vous n’avez jamais joué “chromatique“ des deux côtés ?
J’ai bien essayé un peu. Cayla me disait que l’avenir était là, mais j’avais mon doigté et les coups de soufflet ancrés en moi. Et puis regarde, combien n’ont jamais réussi à faire ce que je faisais avec mon diato, sur leur gros biniou.

Encore aujourd’hui, la grosseur de l’artillerie compte peu, seules la précision et la vitesse des tirs font la différence. Vers la fin, quand je ne faisais plus les bals mais du music-hall, j’ai souvent joué pour Philippe Roth dans des salles ou des lieux, comme l’Alhambra, l’ABC, l’Olympia… C’était un gros organisateur de combats de boxe, mais surtout un homme d’affaires. J’avais un sketch, j’étais en train de jouer quand un poster en uniforme rentrait sur scène et me demandait si j’étais Monsieur Émile Vacher, parce qu’il y avait un colis urgent. Bien gentiment, je lui demandais d’attendre en coulisses la fin de mon spectacle.Mais il insistait lourdement, alors je m’excusais auprès du public qui était d’ailleurs déjà plutôt hilare. Là, le préposé m’amenait une énorme malle que j’ouvrais, pour en sortir une autre moins grosse, et ainsi de suite.Au bout de dix, j’avais dans les mains une petite valise, d’où je sortais un petit diato 10 boutons, 2 basses. Je le regardais sous toutes les coutures. Je le faisais couiner un peu. Et d’un seul coup, je te faisais péter une “Valse tyrolienne”, insensée sur ce petit “biniou”. La salle était médusée et enthousiaste, le succès immense. Je l’ai toujours ce petit accordéon. Il est rouge, “fluo” on dirait aujourd’hui.

Vous n’avez jamais arrêté de jouer ?
Pour moi, non. Toute ma vie, j’ai eu un accordéon avec moi partout, dans les hôtels, le week-end à la campagne… J’avais toujours des airs en tête.
Comment faisiez-vous pour les retenir ?
La mémoire. Je n’ai jamais écrit une note de ma vie. Tu sais, la seule loi en bal, c’est la cadence et faire briller les notes.Pour déposer les airs à la Sacem nombreux sont ceux qui ont noté les airs pour moi. Alors pour les remercier ou, comme PEYRONIN, pour rentrer à la Sacem, je leur ai donné des airs, ou plutôt souvent, ils les ont choisis. Ils ne m’ont pas pris les plus mauvais, comme le révélera l’histoire. Mais je m’en foutais ! Moi, c’était la musique et les copains avant tout.

Tu sais, j’ai enregistré plusieurs centaines de titres, pour les marques Idéal, Henry, Barclay, Odéon, Riviera, Parlophone…
À la grande époque, vous avez eu beaucoup de jeunes “doublures” ?
Oui. Geno Autry, Louis Péguri, Jo Privat,Fredo Gardoni, Guérino, Antoine Tedeschi, Tony Murena… Je peux dire que beaucoup de gloires d’aujourd’hui sont venues me demander “l’absolution ” (rires).



Et le jeu, les courses ?
Oui, les courses. J’en étais fou, j’ai nommé de nombreux airs en hommage à ce grand sport : Auteuil, Longchamp, il allait au PMU, au galop… J’y ai tout laissé. Quand j’avais de gros revenus, ma rente tenait le coup. Mais quand je suis passé de mode, ma passion est restée et là, j’y ai tout laissé. Regarde, aujourd’hui, je finis ma vie dans le petit appartement qui me servait de local de répétition, avant d’aller au bal. Mais je m’en fous, j’ai bien vécu. La seule chose, c’est que je suis malade et que à part les droits d’auteurs — si je suis joué ! — je laisse pas grand-chose à Mado, elle qui a été deux fois “millionnaire“ dans sa vie. Mais tu sais, elle ne m’en a jamais voulu.

Vous ne jouez plus ?
Non. On m’invite de temps en temps, un peu comme un fossile de la préhistoire. On veut toucher le “créateur du genre musette“. Je ne suis pas dupe. Les acteurs du genre musette d’aujourd’hui en ont rien à foutre du père Vacher. Tu verras, le jour où j’irai au paradis des musiciens, ils ne seront pas nombreux à accompagner ma boîte au cimetière. Ils seront certainement en tournée et seront navrés. Moi, j’ai toujours fait le bien, respecté les gens. Alors si, à l’approche de l’an 2000, ma musique résonne encore un peu, si le “biniou” est toujours le roi de la guinche, moi de là-haut, je serais comme un ange.

Émile Vacher décéda des suites “d’une longue maladie” le 14 avril 1969.
Chauffe Marcel !
par Philippe Krümm
Jacques Brel (1929 à Bruxelles /1978 Île d’Hiva Oa -Archipel des Marquises)
Une vidéo ou le Grand Jacques fait une brillante démonstration de l'apport de l'accordéon sur “Vesoul” !
L'accordéon explose dans les mains de Marcel Azzola. Et alors il chauffe, il chauffe, Marcel. Lors de la création de “Vesoul” (voir vidéo “Azzola chauffe toujours”), Marcel se lâche et fait franchir un palier à l'accordéon. Il faut replacer ce que fait Azzola en 1968, lorsqu’il crée cet accompagnement extraordinaire. Et j’ose dire, au risque de faire sourire (mais j'assume et le revendique), que ce jour-là, Marcel Azzola a révolutionné l'accordéon. Il a libéré l’instrument à anche libre.
Il est à l'accordéon ce que Jimi Hendrix est à la guitare électrique ! Pour l'accordéon chromatique, il y a un avant et un après “Vesoul”.
(Cet enregistrement musical est suivi d’une interview menée par le brillant “questionneur” Jacques Chancel : « Dites-nous, Jacques Brel, le lyrisme c’est quoi ? » — C’est Jérôme Bosch qui dessinerait pour un quotidien !)
Et Marcel Azzola chauffe toujours !
par Philippe Krümm
Dans l’intimité d’un grand musicien.
Marcel Azzola, chez lui, parle avec émotion de Jacques Brel et de la chanson “Vesoul”. De la séance ou ce superbe improvisateur rencontra un chanteur à la personnalité unique. Avec humour, il raconte comment est né la grande interjection passée dans le langage populaire :
« Chauffe, chauffe, Marcel ! ».
Marcel Azzola
Marcel Azzola aurait voulu être violoniste. Mais son père, lui cherchant un métier, en déduit que l’accordéon pratiqué par le fils d’un ami de la petite communauté italienne de la banlieue parisienne serait un instrument d’avenir… Ce père visionnaire n’imaginait certainement pas qu’il venait de mettre dans les mains de ce petit garçon de 10 ans un instrument de musique dont l’histoire était encore à écrire et qu’il allait révolutionner l’instrument. L’emmener dans la musique du vingt-et-unième siècle.
Le cursus est classique. Sa route d’apprenti est parsemée de professeur prestigieux : Attilio Bonomi, Médard Ferrero… Il sera lauréat de la coupe mondiale. Puis il fera le métier. Les bals, les brasseries. Véritable juke-box de l’époque. Sur les traces de Marceau, Adolphe Deprince, il assimile tous les styles.
Toute sa vie, Marcel Azzola sera un musicien curieux, attentif, disponible aux autres. Le swing de Tony Murena et de Gus Viseur le passionnera. Le jazz et l’improvisation seront toujours dans ses mains. Le classique le fera vibrer. Dans sa riche carrière, il fut accordéoniste chez Streha, un cabaret russe à la mode. Puis il ajouta des anches à son talent en appréhendant le bandonéon en une nuit ! À la demande d’un futur employeur.
Sa popularité explose lorsqu’il entre chez Pathé Marconi en 1952. Il donnera des centaines de bals. Mais aussi des galas, des concerts, de l’accompagnement. Il croisera même la route chaotique des Sex Pistols. Il parcourt le monde comme accompagnateur modeste mais génial, entre autres avec Yves Montand. Avec le grand Jacques Brel, ce sera une rencontre décisive. Lors d’un enregistrement mémorable, une page de l’histoire de l’instrument va se tourner… Arrivée en retard. Quelques accords sur une feuille. Marcel Azzola se jette dans Vesoul. Une introduction fulgurante. Le chanteur le ressent. Il sait que quelque chose de grand se joue : « Chauffe ! Chauffe ! Marcel ! » Les limites de l’instrument ont été repoussées. Il ne sera plus jamais le même. L’instrument expressif de Demian, son inventeur, a enfin osé se libérer sous les mains d’un artiste. Marcel Azzola est entré dans la légende.
Abonnez vous à Accordéon & Accordéonistes
par Philippe Krümm
Pour vous abonner au seul magazine consacré à tous les accordéons, une bonne solution... Abonnez vous en imprimant (Cliquez sur "imprimer le formulaire d'abonnement" - Ci-dessous ) et en retournant complété le formulaire !
Imprimer le formulaire d'abonnement





31.01.09 15:59:14,
Musique et cultures dans le Monde - magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète