Archives pour: Mars 2009, 11
Jâse vous avez dit jazz !
par Philippe Krümm
Quand la “batterie” devint “hype”
Les percussions caisse claire et grosse caisse existaient déjà dans certaines formations musicales mais un fait nouveau est dans ces années 20 l'art de coordonner l’ensemble et en faire un véritable instrument en y rajoutant différentes percussions, triangle, cymbales, wood block…
La batterie, instrument nouveau en France, fit son apparition dans toutes les campagnes françaises.
Dès les années 1920, les percussions font leur entrée en force dans les orchestres de bals, principalement autour de l’accordéon qui lui aussi est encore un instrument moderne, surtout le chromatique.
On peut bien sûr faire un rapport avec l’arrivée du jazz des États-Unis à Paris.
À cette époque, tout ce qui venait de Paris était forcément de la dernière mode. Alors quand en plus cela venait des États-Unis…
Le mot se véhicula de bouche à oreille et l’on parla parfois de “jâse”. le groupe s’appelait un jâse band ou jazz band. Le musicien prenant en charge la rythmique était nommé un jazz bandiste. De nombreux fabricants à travers la France se mirent a en fabriquer. On vit même apparaître de nombreux systèmes automatiques surtout pour des musiciens en solo. Les “jâses men” devenaient ainsi de réelles attractions dans les estaminets du Nord ou dans les nombreuses foires de l’époque.
Ce sera également l’avènement des jazz automatiques des percussions actionnées par des pédales mettant en branle de nombreux systèmes ingénieux pour faire des effets sonores, des répétitions, des roulements. Certains jazz automatiques furent même électriques. La grosse caisse du jazz avait aussi un intérêt : on pouvait y peindre le nom du groupe — dans lequel on retrouve souvent le mot “jazz” — et son logo.

Cet article et ce florilège de photos est aussi une spéciale dédicace à Robert Santiago "chevalier" chevauchant son merveilleux jâse Bergereau.



























Petit parcours au travers de groupes exhibant un “jâse”, pardon un jazz !
Une exposition un blog autour d’Yves Menez
Paolo Soprani (1844-1918) - Le self made man Italien !
par Philippe Krümm
L’histoire commence comme un conte : il était une fois, une famille italienne. Elle vivait heureuse dans sa petite ferme de Castelfidardo dans la province d’Ancône. Dans une vallée verdoyante, Antonio Soprani et sa femme Lucia élevaient, dans un esprit religieux et celui du travail bien fait leur fils Settimio, Paolo, Pascale et Nicola.
Non loin de Castelfidardo sur une colline un haut lieu religieux, Loreto (1) attirait des pèlerins de toutes l’Europe.
Un jour, un de ces Pèlerins (un Autrichien) demanda l’asile à la famille Soprani.
Nous sommes en 1863, et l’homme portait sur lui une boîte fantastique qui permettait de faire une musique incroyable, l’homme possédait un accordéon fabriqué par l’inventeur l’Autrichien Charles Demian.
Paolo et son frère Settimio furent subjugués. En une nuit, il démontèrent et analysèrent l’instrument. Peut-être même en échange de nourriture et de l’accueil, le voyageur laissa l’instrument à la famille.
La jolie histoire sera le départ d’une des plus formidables aventures industrielles italiennes.

Le "Maitre" Paolo Soprani, La réussite !
Très vite, Paolo avec Settimio et Pascale envahissent la cave familiale pour reproduire l’accordéon mais en lui apportant déjà des modifications. De foires en foires et principalement à Loreto, lieu important de passage et de commerce où les frères se rendent à cheval, ils proposent leurs instruments. Paolo et ses frères sont aussi devenus de très bons interprètes, les meilleurs représentants de leurs créations.

Un des premiers accordéons fabriqués par Paolo Soprani
Très vite, une maison voisine est investie et, devant le succès, quelques ouvriers sont embauchés.
Des tensions au sein de la fratrie imposent au fier Paolo d’ouvrir seul en 1872 son atelier au centre de Castelfidardo.

Settimio Soprani
Settimio ouvrira son entreprise quelque temps plus tard également à Castelfidardo. Pascale ouvrira la sienne dans un village voisin à Recanati.
Paolo est également un génie de la distribution et du marketing. Il propose ses instruments dans les régions avoisinantes et aussi en Sardaigne. Le succès dans les bals est foudroyant. Vers la fin du siècle, tous les pays commandent des modèles Soprani, même les États-Unis où l’instrument a voyagé avec les immigrés italiens.
Face à la demande, Paolo industrialise sa production avec ses fils Luigi et Achille. Ils emploient dans leurs locaux spacieux et modernes plusieurs centaines d’employés. Il crée son “harmonica” (2) accordéon aux claviers révolutionnaires.
Paolo Soprani remporte le concours des instruments de musique et de la création à l’Exposition universelle de Paris. Le président Loubet le reçoit à l’Elysée.
Il fera ensuite également partie de l’Académie des inventeurs de Bruxelles et de Paris. Puis il sera élu maire de Castefidardo jusqu’à sa mort. Le commandator fit preuve d’un grand humaniste fort tinté de paternalisme…
Aujourd’hui, la glorieuse fabrique n’est plus qu’un nom racheté par un groupe financier comme d’autres marques. Et le splendide palais d’un des plus importants créateurs de l’accordéon contemporain a été diviser et vendu comme appartement de luxe.



La façade et la vue de la terrasse du palais "Soprani" lors de son aménagement...(photos Serge)

Dès les années 1860, des musiciens italiens joueurs de piffero (hautbois) accompagnant l’une des cornemuses les plus spectaculaires, la zampogne, parcouraient les routes de France. Ils colportaient divers petits objets d’artisanats. Ils impressionnaient les populations rurales françaises par la puissance et le mystère entourant ces hommes et leurs instruments.

Cette rare photo est l’une des plus anciennes connues avec de petits accordéonistes italiens.
Cette photo de Paul Géniaux date des années 1890.
Quelques années après, l’accordéon supplanta les hautbois et les cornemuses. L’accordéon était un instrument moderne, nouveau, transportable et toujours “juste” !

Dans les années 1920 aux États-unis, des Italiens posent, fiers de leur réussite. Avec un accordéon “chromatique” Paolo Soprani Monsieur Marcosignori.
(1) La cité s'est développée autour de la basilique qui abrite la Santa Casa, c'est-à-dire la maison où naquit la Vierge Marie, où elle vécut et reçut l'Annonciation de la naissance miraculeuse de Jésus. D'après une légende, quand Nazareth (où se trouvait la maison de Marie), fut sur le point d’être conquise par les Musulmans, un cortège d'anges souleva la maison au cours de la nuit du 9 au 10 décembre 1294, et la transporta au delà des mers à Loreto en cette seule nuit. Pour cette raison, la Vierge de Lorette fut plus tard adoptée comme patronne par les aviateurs. (source : Wikipédia)
(2) : “Harmonica” est le nom donné à une invention de Paolo Soprani très inspire par deux ouvriers, Mattia Beraldi et Raimondo Piatanesi (1877-1964), dans un brevet du 5 mars 1897. Le maître, en s’inspirant des évolutions de l’accordéon, propose dans ce brevet les bases des claviers de l’accordéon chromatique contemporain, avec suppression du p“ousser-tirer” et notes chromatiques pour la main droite et accords de mineurs majeurs, septième et dominantes pour la main gauche. Ils furent copiés par les Français, les Belges, les Russes. (Il est à noter que Nazzareno Piermaria (1879 –1949) fut apprenti auprès de tous ces génies. Il fondera plus tard la fabrique Piermaria, créant de nombreuses inventions et innovations sur ses accordéons.) Très vite, on parle d’accordéon chromatique. Le tournant du siècle fut riche de modèles : chromatiques “pousser-tirer” ; diatoniques unisonores ; mixtes mélangeant les deux systèmes ; des diatonique avec des demi-tons… Encore aujourd’hui, pour tenter d’être un peu plus claire , on parle d’accordéon unisonore ou bisonore pour essayer de classer les instruments.





11.03.09 20:29:11, 
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