Accordéon & Accordéonistes


Archives pour: Décembre 2009

La photo du lundi : et oui c'est le dernier lundi de 2009

par Philippe Krümm

Marc Savoy “Monarque” de l’accordéon “Acadian”

par Philippe Krümm

 

 
 
Un "ti noir", le mythique mélodeon allemand Monarch (Collection Gérard Dôle)
Le samedi 14 novembre 2009, sur la galerie de sa jolie vieille maison de Fiquétaïque dans la campagne, en présence d’Ann et de Christine, je lisais la transcription d’une interview réalisée le samedi 21 avril 1979 à l’hôtel La Louisiane, fiefs des existentialistes de Saint-Germain-des-Prés à l’époque de Sartre. Plus de trente ans s’étaient écoulés entre ces deux moments.
Marc Savoy, le 21 Avril 1979, le jour de l'interview
 
Marc Savoy, ému, tirait de temps à autre sur son cigare, nuançant tel passage, précisant un détail ou corrigeant l’orthographe d’un nom, ou ajoutant une anecdote. Ainsi nous confia-t-il que son père, Joel Savoy, un homme admirable que j’avais eu la chance de rencontrer en 1975, avait coutume de mettre le plus grand soin dans l’ouvrage qu’il entreprenait. Tout prétexte était bon pour critiquer la gaucherie manuelle de son fils — attitude qui me rappelait celle de mon propre père — jusqu’au fameux soir où il le surprit jouant de l’accordéon, comme on le verra plus loin. À partir de ce moment, Joel Savoy ne tarit plus d’éloges sur son fils, ne manquant jamais de vanter son habileté musicale hors du commun, chaque fois que l’occasion se présentait.
 
Sarah et sa mère Ann Savoy
Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique cajun, Marc ?
Je me rappelle la première fois que j’avais entendu la musique. Un après-midi, je vas jamais oublier ça, mon père a parti de chez lui pour aller chez son popa et sa maman, là où j’habite à c’t’heure, la même maison. J’avais été avec, et quand on a rentré dans la maison, il a demandé : « Pap, attrape ton violon, allons entendre une danse. » Mon grand-père, son nom était Louis-Valentin Savoy. C’était un grand homme maigre, mince. Il a été dans la chambre en avant, il a sorti son violon, il est revenu à la cuisine. Il a ouvert la caisse du violon et il a sorti une tite boîte manière brune avec des cordes dessus. Là, il a attrapé un tit bâton qu’il frottait dessus ça. Puis il a fait du train pour l’accorder, puis il es venu à jouer. J’avais jamais vu ça avant, tu connais, j’avais peut-être 7, 8 ans. J’avais jamais vu un instrument de musique encore, et j’étais après observer tout ça : heu, j’ai manqué m’évanouir. J’ai trouvé ça c’était quelque chose pouvoir faire la musique avec un instrument. Et j’ai dit : « Quand moi je vas devenir grand, c’est ça, moi je veux être, je veux être capable de faire ça, prendre une tite boite et faire la musique. »
 
Et l’accordéon ?
Y avait des vieux hommes dans le voisinage qui venaient souvent jouer de la musique à la maison ; très bons joueurs d’accordéon et de violon aussi. Ça venait, et quand ça repartait, le soir dans mon lit je pouvais pas dormir. La musique restait à faire ça dans ma tête, je passais toutes ces danses et toutes ces danses, tu connais.
 
À quel âge t’es-tu mis à jouer de l’accordéon ?
J’ai commencé à jouer l’accordéon à l’âge de 12 ans.
 
Sur quel modèle ?
La première accordéon j’ai acheté, elle venait de Sears & Roebuck. Je vas jamais oublier ça, j’ai eu l’accordéon le 12 décembre. Et dans ce temps-là, j’aimais beaucoup la chasse, la chasse aux tourtes, et le jour que j’ai eu l’accordéon, décembre le 12, je vas jamais oublier ça.
 
C’était en quelle année ?
Well, j’ai 38 ans. J’avais 12 ans, c’était en 1952. Le jour que l’accordéon arrivait, c’était le jour de la chasse. Avec mon père, on avait été ramasser l’accordéon à Eunice, ça fait il y avait juste le temps, quand on est revenu, de s’assire et puis manger et se préparer pour la chasse de tourte derrière le clos de la maison. Ça fait il a dit : « Tu vas venir avec moi à la chasse ? » Il savait que j’aimais ça beaucoup. « Oh, je dis, non, je vas pas aller à la chasse. Je veux rester ici avec mon accordéon. » Il a prêché pour que je vas avec lui à la chasse de tourtes, but he knows je veux rester ici à c’t’heure avec mon accordéon. Ça fait quand mon père est revenu de la chasse de tourte l’après-midi, il a rentré dans la maison et moi j’étais après jouer de mon accordéon déjà [pendant] ce temps là. Pap a rentré dans la maison, il a dit à Mam il pouvait entendre la musique : « Qui c’est qui est là, c’est Hilaire Ardouin qui est après visiter ? » J’étais assis dans la chambre en avant, là-bas, y pouvait pas voir. Elle dit : « Vas voir qui c’est qui est après jouer l’accordéon. » Ça fait il est rentré dans la chambre et c’était moi qu’étais après jouer. J’avais déjà appris à force j’aimais ça. Je rêvais à ça le soir, je rêvais à toutes qualités d’accordéons. Mais la première fois que j’ai vu une vieille accordéon, une vieille Monarch, j’ai vu ça chez une de mes cousines. C’était l’accordéon de Althène Landreneau. C’est un premier cousin à Cyprien Landreneau. Cyprien, dans ce temps-là, jouait le violon. Althène était le vrai bon joueur d’accordéon. Ça fait un jour j’étais après apprendre à jouer ; on va chez ma cousine, Blanche Savoy, elle était mariée avec un frère à Cyprien. Et Althène était là après jouer l’accordéon. Althène avait une vieille Monarch. Je pouvais te dire que le son était différent, tu connais, c’était pas pareil. Oh et puis j’aimais ça ce son, j’aimais ce son. Et j’ai passé tout l’après-midi qu’ils ont joué, j’ai resté assis, voir comment ils jouaient et entendre ce son d’accordéon. Ça fait, je savais y avait d’autres accordéons que les Honher. Et puis tous les vieux joueurs à Eunice, c’était tout des vieilles accordéons noires ils avions. Un jour j’ai mis les mains sur une vieille accordéon comme ça, cassée. Y avait des pièces qui manquaient, puis beaucoup qui étaient brisées. Ça fait j’ai appris à jouer avec mon accordéon et essayer de fabriquer des morceaux et réparer l’accordéon qu’elle pouvait jouer [pour qu’elle puisse jouer]. Là, le mot s’est épaillé dans le voisinage que j’avais arrangé mon accordéon. Et d’abord, y avait beaucoup de joueurs d’accordéons dans le voisinage, ça disait à tous que j’avais arrangé mon accordéon. Ça fait quand leur accordéon à eux cassait, ça m’amenait leur accordéon à la maison. Et avant peu de temps, j’avais un business de réparer les accordéons qu’était après aller. Un jour, j’ai vu que j’étais après faire tous les pièces et je pouvais réparer les accordéons et je pouvais seulement aussi accorder les anches. Un des premier accordéon fabriqué par Sydney Brown
Sydney Brown Dans son atelier en 1979
 
Je crois aussi je pouvais faire des accordéons, mais y avait un gens qui déjà faisait des accordéons à Lake Charles, Sydney Brown. Il faisait des accordéons, mais il prendait les tites accordéons Hohner qu’étaient faites en Allemagne et juste il faisait des pièces, mais il usait les même musiques (les même anches) et les même soufflets et beaucoup d’autres choses. C’était presque tout un Hohner mais elle était différent, elle était peinturée noire. Je voyais qu’il y avait une grande demande pour les accordéons, et si un aurait pu faire des accordéons, des bonnes accordéons, il aurait pu faire de l’argent.
 
Quel âge avais-tu ?
Ben dans c’temps-là j’avais fini mon école. J’avais peut-être
22 [ans].
Et mis à part Sidney Brown ?
Tu connais, quand c’était plus possible d’avoir des accordéons de l’Allemagne après la guerre, tous les Cajuns de la Louisiane après envoyer leurs vieilles accordéons, les vieilles Sterling, les vieilles Monarch, les vieilles Eagle Brand, et tout ça, après envoyer ces accordéons là-bas à Huston, Texas, parce qu’il y avait ce John D. Manustik qui réparait bien, très bien. C’était un vieux bougre qui s’appelait « l’Allemand », mais c’était pas un Allemand. Il venait de Tchécoslovaquia. Un jour moi j’ai venu intéressé dans ça, moi j’voulais voir, j’voulais le rencontrer. Ça fait j’ai monté dans ma voiture, j’ai pris la route pour le visiter. Mais il voulait pas me dire rien, il voulait pas me donner d’informations. C’était pas avant des années, quand il était bien malade, qu’il a convenu de me vendre les pièces. Il voulait faire 100 ou 200 accordéons, et pis il avait tous les anches et tous les soufflets pour. Ça fait quand il est venu malade, qu’il pouvait pas faire les accordéons, moi j’ai acheté les anches et les soufflets avec, et j’ai commencé à faire les accordéons. J’ai commencé à faire des accordéons avec des anches qui venaient de Manustik à Huston. Et pis la nouvelle s’est épaillé que j’étais après faire des bonnes accordéons avec des bonnes anches, et de ce jour là, ça a parti.
 
Raconte-moi, quels sont les joueurs d’accordéons que tu as bien aimé.
Quand j’étais petit garçon ? Ben, d’autres que les joueurs qu’étaient alentour mon voisinage, y avait des disques à défunt Amédée. Oh j’aimais beaucoup beaucoup la manière que lui jouait. J’avais tous les disques à défunt Joe Falcon, mais je pouvais pas croire qu’il y avait grand talent dans ça, tu connais. C’était différent parce c’est lui qu’avait fait la guitare commencer à jouer avec l’accordéon, mais il était pas bon joueur d’accordéon, pas du tout. Défunt Amédée était bon joueur. Il faisait beaucoup de notes dessus le clavier. Et dans les joueurs qu’y avait autour de chez nous, là-bas, y avait Iram Courville, Aladin Thibodeaux, Thedbald Frugé, et beaucoup d’autres joueurs ; mais aussi y avait les disques d’Iry Lejeune. J’étais trop petit pour aller au bal, j’allais pas au bal, mais y avait des disques et les disques moi je préférais c’était Amédée Ardoin et pis Iry Lejeune. Ça qu’étaient les joueurs d’accordéon.
 
Marc Savoy et ses deux fils, Joel et Wilson
 
 
 
Et quand t’es tu mis à jouer du violon.
 
Oh, mais j’ai jamais appris à jouer le violon. J’ai jamais pratiqué ça. Le seul temps que j’ai joué le violon c’est quand on se mettait ensemble et y avait un autre joueur d’accordéon. Je suis pas un joueur de violon, je suis un tchacailleur de violon ! (rires)
Un des dix accordéon fabriqué par Marc savoy pour ses 50 ans de fabrication.
 
Entretien mené et enregistré par Gérard Dôle à l’Hôtel La Louisiane, Paris 6e, le samedi 21 avril 1979 à 18h.
Transcription effectuée par Marie-Paule Vadunthun et Stéphane Vielle.
 
Article paru dans  N°129.de TRAD'MAGAZINE

 

Photo du lundi : Nathan Abshire, simple et génial !

par Philippe Krümm

 

 
 
Ce lundi, une petite pensée pour Nathan Abshire (23 juin Geydan Louisiane/13 mai 1981 Basile, Louisiane) — un maître de la musique cajun, là-bas dans le sud de la Louisiane.  
Quand la gauche arrivait au pouvoir en France, l’Amérique et la musique des cajuns de Louisiane étaient en deuil. Nathan Abshire, un des musiciens les plus créatifs, venait de décéder dans la misère, dans sa petite maison de Basile. Hélas, peu de gens à l’époque en parlèrent et se rendirent compte de l’importance de cette disparition. Sa mort passa quasiment inaperçue…
 
Ce monument (musicien-ferrailleur) de la musique cajun avait doucement sombré dans l’alcoolisme, abandonné de tous. On le voyait de temps à autre jouer au Bearcat, un bar dancing posé quelques dizaines de mètres en contrebas de sa petite masure. J’ai le souvenir de ses derniers concerts, entre autres avec le trio (jazz rock) de Link Davis Junior (sax). La musique et la force de Nathan étaient encore présentes à l’époque. Dès qu’il chantait et surtout pressait son “p'tit noir” (son mélodéon), la magie était là. Son style était une flamboyante synthèse entre le zydeco des noirs et le cajun traditionnel des blancs. Il n’avait plus d’argent. Il se faisait principalement payer en bières.
 
Même chez lui, en short et en maillot de corps, déjà très malade, il pouvait à peine se lever de sa chaise. Il demandait à sa femme ou a son fils de lui donner son “Sterling noir” orné de ses initiales en perles. Et alors, il posait son accordéon sur ses genoux. Il poussait un puissant « Oh yeah ya ! » comme pour se ramener à la vie. Et tout recommençait. Il était à nouveau pour quelques instants le musicien unique et recherché qu’il avait été. Il tournait une danse, une valse, un two-step et chantait de sa voix fatiguée mais généreuse son unique “hit”, Ma négresse.
 Nathan sa femme et son fils
Pour l’anecdote : ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais bu d’alcool. Alors pendant quelques semaines où je restais en Louisiane, je suis resté près de lui, il ne but quasiment que de l’eau et des jus de fruits. Et recommença un peu à manger normalement. Un jour où je le trouvais particulièrement en forme, je l’emmenais en voiture à Ville Plate chez Swallows Records afin de rencontrer Floyd, fondateur et patron de ce label historique de la musique de Louisiane. Il fut surpris de voir Nathan “en forme” et chez lui. Il lui donna quelques dollars, lui offrit un petit magnétophone à cassette et quelques bandes pour qu’il les écoute, les apprenne et peut-être qu’il enregistre un nouveau disque. On était en septembre 1980. Il mourut quelques mois plus tard.
C’est pour moi l’un des plus grands musiciens que j’ai eu le privilège de rencontrer.
 
Aujourd’hui, il reste heureusement des enregistrements et quelques vidéos pour voir ce merveilleux musicien (dont le DVD “Dedans le Sud de la Louisiane” de Jean-Pierre Bruneau, paru chez Cinq Planètes/L’Autre Distribution). Mais sa maison est démontée. Et il y a peu, le Bearcat était à vendre. Ce lieu aurait été unique pour faire une sorte de “pôle” (mot à la mode chez nous) de la musique populaire des “Français” de la Louisiane, zydeco, cajun, avec des concerts, des expos et un centre de documentation. Mais personne ne semble intéressé. Dommage, vraiment dommage.
Cher Barry Ancelet, bouge ! Il n’y a pas que l’université et les institutions pour parler de la musique de la Louisiane (clin d’œil personnel).
 
Les photos sont l’œuvre de Daniel Rouiller. Elles furent prises lors d’un reportage que l’on fit ensemble en Louisiane durant l’été 1979.
Dans les prochaines semaines, je mettrais régulièrement sur mon blog des photos de cette époque pas si lointaine ou tous les fondateurs de cette musique unique étaient encore vivants. Une musique et des musiciens que j’aime particulièrement…Vous l’aurez compris.

 

La photo du lundi : Johnny et André à la neige !

par Philippe Krümm

 


 
 
Une photo prise à une époque ou Johnny était en pleine forme !
 
La rencontre est historique. Nous sommes au début des années 60 . Imaginez : Le roi de l’accordéon André Verchuren (né le 28 décembre 1920) croisa Johnny Hallyday (né le 15 juin 1943) l’idole des jeunes, à Courchevel…
Nous ne savons pas ce qu’ils se disent sur le cliché. Mais après cette rencontre mémorable, André « le King du dépliant » déclara : « Il skiait plus mal que moi ! »
Voilà, je voulais absolument partager avec tous les lecteurs de mon blog cette phrase fondamentale et historique à un moment ou l’idole, que dis-je, la star est au plus mal.
Une pensée, pour entre autres pour François G. mon secrétaire de rédaction, à Accordéon & Accordéonistes - qui comme certainement des milliers de fans - suit minute après minute l’évolution de la maladie du grand Johnny.
Il a quatre billets pour les prochains concerts  à Bercy! c’est chaud !

 

Le plus beau son après le silence

par Philippe Krümm

ECM, la maison de disques créée par Manfred Eicher, fête ses 40 ans en 2009. Retour sur une saga pas comme les autres et sur les (quelques) accordéonistes qui ont croisé la route du label allemand.


1969, année érotique. À Munich, c’est l’année du déclic pour le jeune bassiste-producteur Manfred Eicher. Ce passionné par les techniques d’enregistrement, ancien assistant de la maison de disques Deutsche Grammophon et producteur freelance d’albums de jazz, emprunte de l’argent à un homme d’affaires. Il créé son propre label, Edition of Contemporary Music (ECM). Avec un modèle en tête : celui du chef-d’œuvre de Miles Davis, “Kind Of Blue”, produit par Teo Macero dix ans plus tôt — « ce disque m’a enseigné comment enregistrer de la musique ». La première production estampillée ECM sort fin 1969, tirée à cinq cents copies. Il s’agit d’un disque du pianiste de jazz américain Mal Waldron. Son titre est riche de sens : “Free At Last”. Libre de ses choix, Eicher poursuit sur la voie qu’il s’est fixé (le jazz comme musique de chambre). Il met à profit, avec beaucoup d’intuition, son expérience de musicien et sa vision à part de la production sonore. Quelques mois plus tard, il sort en licence deux albums de Paul Bley. Puis il se rend à Oslo pour y enregistrer le quartet d’un jeune saxophoniste norvégien, Jan Garbarek. Avec lui, Eicher a trouvé son poulain, et ECM, sa mascotte.

 


La ville d’Oslo n’a pas de secret pour Manfred. C’est là, entre autres, qu’il enregistrera, en personne, avec le concours de l’ingénieur Jan Erik Kongshaug (l’un des artisans du son ECM), une partie des mille albums que comptent aujourd’hui, quarante ans après ses débuts, le catalogue de son label. Un catalogue ahurissant, regroupant des artistes d’origine géographique et de styles musicaux très variés. Après avoir d’abord établi sa réputation dans le monde du jazz et des musiques improvisées avec des enregistrements majeurs — ceux de Garbarek, Keith Jarrett (auteur du best-seller “The Köln Concert” en 1975), Chick Corea, Pat Metheny, Jack DeJohnette ou encore de l’Art Ensemble of Chicago — ECM commence vers la fin des seventies à s’ouvrir aux champs de la musique contemporaine. ECM New Series voit ainsi le jour en 1984 avec la parution de “Tabula rasa”, album essentiel par quoi la musique d’Arvo Pärt fut introduite en Occident.

C’est l’extrême soin apporté par ECM dans la réalisation de ses disques à tous les niveaux de la chaîne — depuis la qualité des musiciens invités jusqu’aux choix graphiques des pochettes, en passant par la minutie de la production et de la prise de son — qui a fait sa renommée exceptionnelle. ECM n’a pas seulement accompagné quarante ans d’invention sonore, il a souvent anticipé les métamorphoses esthétiques de la musique instrumentale. De Munich à Tokyo, de Paris à Rio ou Istanbul, l’évocation des trois lettres ECM suffit à renvoyer les mélomanes aux mêmes images : un monde bien à lui, fait de sonorités ouatées et de grands espaces dépouillés. Un monde tout de suite identifiable, qui fait la fierté de son créateur. Alors que l’industrie du disque se meurt peu à peu, et avec elle les vrais producteurs d’antan, depuis son camp de base de Lindau, siège du label (où travaille une quinzaine d’employés) dans la banlieue de Munich, Manfred Eicher, 66 ans, tel un missionnaire, en véritable patron et boulimique de travail qu’il est, continue de régner sur son mini empire (un modèle d’équilibre économique, avec ses 40 productions par an) et d’écrire les pages de sa success story, sillonnant la planète tout au long de l’année en perpétuelle quête de sons et musiques nouvelles.

Jonathan Duclos-Arkilovitch

 

• Anouar Brahem

“Khomsa” (1994) et “Le pas du chat noir” (2005)

Après deux disques immergés dans la tradition de la musique classique arabe, et la rencontre intemporelle avec Jan Garbarek sur “Madar”, le Tunisien sans frontière ouvre son spectre et accouche du magnifique “Khomsa”. Richard Galliano est notamment de la partie. Oud et accordéon, il fallait oser. Un mariage insolite d’instruments, de timbres, et de personnalités fortes, au service de compositions sublimes. En 2001 et 2005, ce mélodiste et improvisateur de génie prolonge l’expérience mais dans une forme épurée, en boudoir, en trio. Cette fois, c’est la boite à frissons de Jean-Louis Matinier qui s’y colle, associé au piano de François Coututier. Jazz de chambre, tout en apesanteur, à la puissance hypnotique. De bien belles réussites.

 

• François Couturier

“Noltaghia — Song For Tarkovsky” (2006)

À l’occasion des 20 ans de la disparition du russe Andrei Tarkovsky, François Couturier brode un disque-hommage particulièrement inspiré. Il fait appel à deux de ses vieux complices (Jean-Louis Matinier et Jean-Marc Larché) associés à la violoncelliste allemande Anja Lechner. Chaque morceau renvoie à un des thèmes ou émotions de l’univers du cinéaste. Loin de la décorer, la musique de Couturier entre dans l’œuvre de son réalisateur favori et l’honore. 

Savina Yannatou

“Sumiglia” (2004)

C’est par l’album live “Terra Nostra” que la presse internationale a découvert en 2001 l’univers de cette chanteuse grecque et de son groupe Primavera en Salonico. Trois ans plus tard, Savina Yannatou enfonce le clou et prend de la hauteur en sortant son premier album studio. Dans un subtil jeu d’équilibre, sa musique du monde parvient à concilier de nombreuses traditions de la planète (grecque, corse, palestinienne, albanaise, bulgare etc) sans jamais sonner “traditionnel”. À ses côtés, une équipe de musiciens “libres-penseurs”, d’où émerge notamment la voix de son compatriote l’accordéoniste Kostas Vomvolos, qui signe aussi chacun des arrangements.


• Dino Saluzzi

“Mojotoro” (1992) et “Juan Condori” (2005)

Difficile de choisir un album plutôt qu’un autre dans la très riche discographie du maestro argentin pour ECM. De son premier album solo, en 1982, où l’on s’émerveillait devant la puissance narrative et la poésie de cet incomparable conteur d’histoires, jusqu’à ce bel “Ojos Negros” en duo avec Anja Lechner vingt cinq ans plus tard, son bandonéon s’est frotté aux meilleurs musiciens du label. Mais c’est peut-être avec “les siens”, en famille, que l’ancien compagnon de route de Piazzola et Gato Barbieri atteint les sommets les plus hauts et improvise le mieux la milonga de ses propres amours, comme dans “Mojotoro” et plus récemment “Juan Condori”.

 


Louis Sclavis

“Dans la nuit” (2001)

“Dans la nuit” est le cinqiuième disque du clarinettiste chez ECM, Improvisateur phare de la scène musicale tricolore, Sclavis est aussi un compositeur très courtisé par le monde du cinéma. À l’initiative de ce projet à part, le réalisateur Bertrand Tavernier, qui commente dans le livret la partition originale en ces termes : « Dans l'art difficile de poser en 2001 une musique sur un film de 1930, Louis Sclavis et ses musiciens se sont montrés d'un talent magique et d'un enthousiasme communicatif. Ils subliment les images de Charles Vanel et rendent en l'enrichissant un hommage fiévreux à ce film étrange. » L’accordéon de Jean-Louis Matinier (encore lui) restitue comme il se doit l’ambiance de l’époque. Il se taille une place de roi au milieu de ce quintet de luxe, dans cette suite de pièces courtes, tendues et nuancées, jamais en rupture.


Frode Haltli

“Passing Images” (2004)

Lauréat du Prix Gus Viseur, le Norvégien Frode Haltli a plusieurs cordes à son arc. Cet album, son deuxième en leader, atteste à merveille des différentes facettes de cet accordéoniste virtuose. Le travail de ce dernier tangue si miraculeusement entre tradition et modernité, écriture et improvisation, savant et populaire. Il y réinvente avec beaucoup d’imagination et de maturité le folklore de son pays. Il alterne vieilles chansons du pays des fjords, valses folkloriques et morceaux tziganes reprises à la mode Albert Ayler. 

 


• Gianluigi Trovesi & Gianni Coscia

“Round About Weill” (2004)

La musique d’un des grands songwriters de Broadway magnifiée par une paire de gros bras du jazz instrumental italien. Un régal. Dans la droite ligne de leur première production en duo, “In cerca di cibo”, Trovesi et Coscia récidivent à partir d’un programme librement inspiré de l’opéra “Grandeur et décadence de la ville de Mahogonny” de Kurt Weill. Dans le livret, l’écrivain Umberto Eco s’enthousiasme de nouveau en entendant ce vibrant corps à corps de la clarinette et de l’accordéon. Un petit miracle à l’italienne, gorgé d’humour et de poésie.


Edward Vesala

“Nordic Gallery” (1995)

Connu pour ses collaborations avec le trompettiste polonais Tomasz Stanko et le saxophoniste Jan Garbarek dans les années 1970, le batteur, compositeur et pédagogue finlandais s’est ensuite consacré à la direction de son groupe Sound And Fury, composé d’une dizaine de musiciens, pour la plupart des étudiants à lui (la future crème du jazz nordique), et qui incluait aussi sa femme (la harpiste Iro Haarla) et les accordéonistes Petri Ikkela et Taito Vainio. Disparu en 1999, Edward Vesala laisse une poignée d’albums au style très personnel. Comme cet étonnant “Nordic Gallery”, qui englobe habilement des éléments de jazz, musique contemporaine, tango, rock et folk.

 


• Miroslav Vitous

“Universal Syncopations II” (2005)

Le premier volet du projet, avec John Mc Laughlin et Chick Corea, s’était hissé en tête des ventes jazz de l’année 2003. La presse internationale plébiscite à sa sortie cette suite pour ensemble de jazz, orchestre et chœur, composée, archivée, arrangée, dirigée, produite et enregistrée par l’ancien contrebassiste du groupe Weather Report. Il y explore une multitude de directions, de textures, à la tête d’un all-stars où l’on peut entendre le bandonéoniste italien Daniele di Bonaventura. Avec lui, le jazz évolue vers des contrées jusqu’alors inexplorées.


Sofia Gubaidulina

“Sofia Gubaidulina” (2001)

Shostakovich, Webern, Bach mais aussi les musiques folkloriques et rituelles du Caucase comptent parmi les inspirations de la compositrice originaire de la République soviétique du Tatar, une des figures de la musique contemporaine. Ce premier album ECM est une bonne porte d’entrée à son écriture. Elsbeth Moser, virtuose du bayan (l’accordéon à boutons russe), l’une des deux solistes du disque, y réalise une véritable performance, notamment sur la pièce De Profundis.

J. D.-A.


Article paru dans Accordéon & accordéonistes N°92

 

Anche libre sur BeatBox

par Philippe Krümm

 
Ce n'est pas le plus grand accordéoniste (Alors que l'accordéon semble être un beau modèle avec registres au menton) mais notre "beat boxer" nous fait un petit mixe sympathique...Peut être qu'en bossant un peu l'accordéon le camarade pourra faire concurence aux accordéons MIDI à lui tout seul...
Je crois qu'il se nomme Azael et on peut le voir sur d'autres vidéos...Il est très très bon à l'accordéon, mais en homme beatBox, j'aime vraiment. Comme sur la vidéo ci-dessous...Et il y en a d'autres....
 

 
 

 

La photo du lundi : Au temps des accordéons « made in Paris » !

par Philippe Krümm

 

 

Les fabriques d’accordéons ont existé à Paris depuis 1830. Elles furent nombreuses à créer des accordéons romantiques. C’étaient souvent des ateliers de facteurs d’orgues puis d’harmoniums implantés à Paris depuis longtemps pour certaines et dirigés par des Français : Fourneaux, Busson, Debain, Boulay...

Sur la photo du lundi un portrait de François Doerflinger (22 ans sur la photo) résidant à Saint Denis. Il était professeur, mais se produisait aussi dans les banquets, en attractions ou simplement en concerts. Il était fier de jouer sur son accordéon à basses spéciales, fabriqué par Emilio Acerbis – 47 rue Archereau, Paris 19e - Et oui un Italien !

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, ils furent nombreux à immigrer à Paris pour fabriquer de splendides chromatiques.

Ils s’appelaient Schenardi, Marzella, Costa, Buzzi, Bratti, Busato, Crozio, Piermaria…Ils furent les artisans de la réussite de l’arrivée d’une nouvelle musique : le musette.

Leurs accordéons « hand made » étaient de petits bijoux…Si vous êtes accordéoniste, même amateur, vous vous devez de posséder un modèle de ces précurseurs.

 

Et comme toujours, si vous avez des informations, des photos ou des documents sur ces fabricants ou d’autres à Paris…N’hésitez pas à nous les faire partager.

 

A vichy ils sont beaux les accordéons...

par Philippe Krümm

 

Le samedi 12 décembre à la salle des ventes de VIchy, comme tous les ans, aura lieu une belle vente d'instruments de musiques : des Cordes pincées et frottées, des instruments à vent en pagaille et une serie d'accordéons dont quelques très très beaux modèles...

Alors quelques photos pour vous mettre l'eau a la bouche...Noel n'est pas loin, une bonne raison pour se faire un petit cadeau.

Hôtel des ventes de vichy, Me Guy Laurent, Tel : 04 70 30 11 20 ou sur Interencheres.com

Ci-dessous une petite liste et les photos d'instruments remarquables.
 
111     Accordéon diatonique Kalbs Imperial Accordéon, deux rangs quatre basses cuilleres. Mauvais état

 
112     Accordéon romantique. Très mauvais état. Nombreux manques
113     Accordéon romantique de Busson à Paris. Complet, deux registres. Vers 1860.
114     Accordéon romantique à Paris vers 1850. Etat très moyen, nombreux manques
115     Accordéon chromatique touches piano, modèle tango des années 50 de MAUGEIN
116     English Concertina LACHENAL n°37589 vers 1880. Manque deux touches, soufflet percé
117     Accordéon chromatique de BERTONNE et LOCATELLI, six rangs, 120 basses. Sympatique marqueterie, belle grille. En l'état. Ayant appartenu à Mr Rambaux
118     Bandonéon chromatique. Carrosserie en perloid "J. Lecoq". Etat moyen.
119     Accordéon romantique, marqueterie, bascule d'harmonie. Nombreux manques et restaurations douteuses.
120     Superbe concertina chromatique (english) The Edeophone par Lachenal & Co à Londres. Très bel état dans sa malette en cuir. (N° 60258)
121     Accordéon diatonique trois rangs seize basses de fabrication allemande sous plaque Réale Annibale Via Po n°10, Torino. Quelques restaurations.
122     Gros chromatique classe JA KLASEKA à LOUNY. Cinq rangs, 154 basses, registres. Manque boutons de nacre main gauche. Bel état. Spectaculaire.
123     Bandonéon Alfred ARNOLD. Chromatique. Etat moyen. Boutons manquants.
 
124     Accordéon diatonique de Rafael TORRES à Valence, 3 rangs diatoniques main droite et 39 basses chromatiques main gauche.
125     Exceptionnel romantique marqueterie écaille et laiton. Très belles touches et clapet en nacre sculpté. Complet.
126     Accordéon romantique bois de rose, barre à tête de chien. Nombreux manques.
127     Accordéon chromatique de SCHENARDI 68 rue de Flandres à Paris, 5 rangs 100 basses. Début années 50. A réviser.

129     Accorédon romantique Busson, deux basses. Nombreux manques.
131     Superbe accordéon chromatique COOPERATIVA ARMONICHE, Italie. Très belle marqueterie au faune musicien. Années 30. Légers manques.
 
132     Accordéon romantique vendu par Chevreux à Laval avec marqueterie. Nombreux manques. Etat moyen.
133     Accordéon chromatique de ROBERT à Charleroi, système de basses spéciales. Complet, bon état.
134     Accordéon touches piano Pugini Cardonari, 120 basses. Bel état. A réviser
135     Très joli Chemnizer concertina. Joli état à restaurer. Fin XIXème.
136     Accordéon chromatique de KRATT-GULA, 5 rangs, 120 basses.
137     Joli petit romantique à bascule d'harmonie vers 1840. Marqueterie. Complet toutes ses nacres. Bel état.
138     Accordéon chromatique ORGANOLA, 4 rangs, 120 basses. Années 50. Etat de jeu, à réviser.
139     Joli accordéon diatonique de Sante CRUCIANELLI et fils, 3 rangs, 12 basses. Bel état.
141     Petit diatonique deux rangs huit basses, touches en os de PAJOT à JEANZAT.
142     Accordéon romantique vers 1840. Nombreuses restaurations.
144     Accordéon chromatique Paolo SOPRANI, trois rangs, quatre vingt basses. Etat moyen
145     Très beau Sila (modèle aux deux visages) à Camerano en Italie. Inspiration scandali. Très belle forme Louis Quinzé. Vers 1930. Complet. Pour collectionneur avisé.
146     Accordéon HOHNER "mascotte" deux rangs et demi, huit basses
147     Petit diatonique deux rangs deux boutons huit basses par John TRIMMEL à Wien. Registre complet, bel état. A réviser
148     Accordéon diatonique écophone HOHNER, un rang, deux basses, deux registres. Etat exceptionnel
149     Accordéon chromatique de GUGLIELMO RANCO Vercceli Italie, 5 rangs, 120 basses. Années 50. Complet. A réviser.
150     Bel accordéon de SOLARI, système Belge à clefs main gauche. Très bel état. Avec sa caisse d'origine.
151     Chromatique Piana Marcello, modèle psychadélique. Quatre rangs, 140 basses. Registre complet. Années 1960. Bon état. A réviser.
152     Accordéon à touches piano HOHNER
153     Bandonéon chromatique Alfred ARNOLD. En état.
154     Accordéon romantique évolutif modèle de base par KANEGUISSERT en bois de rose, modèle amélioré et complété par Boullay rue Baubourg à Paris (belle plaque de nacre).
155     Joli diatonique Royal Standard modèle Stradella. Trois rangs, seize basses. Très bel état. A réviser.
156     Accordéon diatonique Royal Standard, deux rangs et demi, huit basses. Mauvais état.
157     Accordéon romantique complet, bel état. Certainement par KANEGUISSERT, vendu à Lyon par Treumann, passage de l'Argue.
158     Concertina complet, bel état.
159     Belle basse à pieds en état de marche
 
160     Très beau petit harmonium en palissandre et bois de rose, trois registres, jalousie, touches en ivoire. Vers 1870. Très bel état, exceptionnel.
 

 

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