Accordéon & Accordéonistes


Archives pour: Janvier 2010

La photo du lundi : le son de Cobra Verde

par Philippe Krümm

 


 
 
L’accordéoniste du Nordeste ,Cobra Verde prépare actuellement son premier album . L’opus réalisé par Damien Chemin sortira en France en mai sur Cinq planètes/l’Autre Distribution. Une belle occasion de découvrir le son du forro de Cobra Verde. Nous vous en dirons plus très bientôt…
 

 

Azzola, Corti, Lassagne et Olivier Une "dream team" pour l'accordéon

par Philippe Krümm

Lassagne et Azzola en grande discussion...

 
Lundi 28 novembre 2003, place de la Bastille (Paris), au Lounge Café. Dans ce lieu cosy branché où chaque soir des DJs font tourner les platines, une salle au premier étage était réservée pour l'événement. Les premiers sur les lieux furent Marcel Azzola et notre photographe Serge. Armand Lassagne arriva peu après, puis Christian Olivier — chanteur-accordéoniste des Têtes Raides — et quelques minutes plus tard Jean Corti. La belle équipe était au complet. Paroles aux accordéonistes. Récit d'un déjeuner pas comme les autres, comme si vous y étiez.
 
Après un apéritif très sage et une séance photo un peu moins (peut-être un peu longue mais nécessaire), nous voilà à table avec du vin et de l'eau à bulle.
 
JEAN CORTI : Tiens, une San Pellegrino ! J'avais un cousin qui travaillait pour cette compagnie dans les thermes.
MARCEL AZZOLA : J'avais de la famille qui y vivait.
J. C. : Oui mais j'avais un cousin qui y travaillait. Et un jour il m'a conseillé d'acheter des parts de cette source. Je n'avais pas de sous, donc aujourd'hui je ne bois pas de mon eau et je ne suis pas riche. (rires)
 
Comment vous êtes-vous rencontré les uns les autres ?
J. C. : Avec Armand, nous nous sommes connus chez le professeur Guy Ducas à Montrouge. C'était juste après la Libération.
MARCEL AZZOLA :J'ai connu aussi ce professeur mais le mien c'etait Médard Ferrero.
J. C. : Marcel, toujours après la guerre, on s'est croisé chez Fratelli Crosio. J'avais 18 ans, et Marcel 55 ans ! (rires de tous)
M. A. : Voilà pourquoi je ne veux pas me souvenir trop du passé car cela fait toujours dire des bêtises aux autres.
CHRISTIAN OLIVIER (après quelques instants de réflexion) : Je ne veux vexer personne mais le premier nom que j'ai découvert parmi vous, ce fut celui de Marcel Azzola, puis Jean Corti et enfin Armand Lassagne.
M. A. : Il est malin, il garde l'ordre alphabétique. Et les premiers seront les derniers.
C. O. : Il faut dire que quand j'ai débuté l'accordéon, je n'avais pas écouté grand-chose dans ce domaine. Je connaissais juste des chanteurs et chanteuses qui s'accompagnaient avec l'instrument mais c'était tout.
Car j'ai découvert l'accordéon par hasard. Je jouais de la guitare et lors d'une répétition un ami est venu avec un accordéon. J'ai essayé. Et deux jours après, j'ai acheté un biniou. Je me suis tout de suite senti à l'aise avec l'instrument, autant physiquement que pour écrire. J'avais 20 ans. J'ai suivi une seule heure de cours, le prof n'a pas compris ce que j'attendais de cet instrument.
M. A. : Oui, ce qui est important, c'est que le professeur comprenne chaque élève. C'est la première chose à faire quand on se dit pédagogue.
 
Et vous, à quel âge avez-vous commencé ?
M. A. : 8 ans.
J. C. : 9 ans.
A. L. : Vraiment à 10 ans car avant j'avais eu un petit touches piano, puis un diatonique et à 10 ans enfin un “vrai” accordéon.
M. A. : J'avais déjà tâté du violon avec mes sœurs. Puis je suis passé à l'accordéon par la faute au père de Joë Rossi. C'est lui qui a poussé mon père vers cet instrument en lui disant : « Il ne va pas apprendre le violon, il y a des violonistes partout. Alors qu'avec l'accordéon, il gagnera toujours sa vie. » Il ne s'était pas trompé.
J. C. : Tu connais cette histoire, Marcel ? À cette époque, en Italie, quand un garçon naissait, on le jetait contre un mur. Et s'il restait collé il serait maçon : s'il tombait au pied du mur, il deviendrait accordéoniste.
M. A. : J'ai trouvé qu'il existait des similitudes entre le maniement de l'archet et le coup de soufflet.
 
Rêviez-vous de devenir des rois du bal musette ?
A. L. : L'accordéon, c'était une envie car un ami de mon père en jouait. Je ne savais pas trop quels seraient les débouchés.
M. A. : Je fréquentais les bals avec mon père. Il aimait ça, cette musique de fête.
J. C. : J'ai fait du bal, mais parce que je jouais de l'accordéon. Je ne me suis pas mis à cet instrument pour faire du bal. Une chose est sûre : c'est une bonne discipline.
 
Corti et Olivier
Vous souvenez vous de votre première prestation publique ?
M. A. : Ma première prestation, c'était avec un ami de Médard Ferrero qui jouait le dimanche dans une guinguette à Bobigny. J'allais les retrouver à vélo, et ce que j'avais travaillé la semaine, je le jouais dans cet établissement. Il m'accompagnait au jâse pendant ma prestation, et après je m'installais à la batterie. Je n'étais pas batteur mais je lui faisais une sorte de métronome. Toutefois, mon premier vrai travail, ça a été de me produire dans des brasseries. Parce que l'école Ferrero, ce n'était pas la musique de bal mais plutôt Mozart et Rossini. Comme je lisais la musique, j'ai fait l'affaire tout de suite.
J. C. : Tu as joué dans une brasserie vers Richelieu-Drouot.
M. A. : Oui, à la Taverne de Paris et chez Maxéville. En ce temps-là, il y avait Adolphe Deprince et sa nièce Simone Bultiau au Balthazar. Il y avait tout un réseau. Je suis aussi resté au Globe avec un orchestre de balalaïka pendant quatre ans. J'avais même appris le russe et cela a épaté les gens quand je suis allé avec Yves Montand à Moscou. J'y retourne dans trois semaines… Après une année sabbatique, tout repart de plus belle.
J. C. : On a fini de travailler, Armand ! Marcel revient en force. Je me demandais pourquoi je travaillais si bien en 2003. Fini de pavoiser. Il va falloir baisser les tarifs. (rires)
A. L. : Tu sais, les tarifs n'ont pas beaucoup augmenté depuis dix ans. C'est curieux ce métier, aujourd'hui c'est vraiment dur pour les musiciens.
J. C. : Et depuis que je connais les Têtes Raides, c'est pire. (rires)
A. L. : Mais c'est pour le plaisir !
 
Armand lassagne, jean Corti, Christian Olivier et Marcel Azzola La belle rencontre !
Y a-t-il une différence entre vos premiers accordéons et ceux d'aujourd'hui ?
J. C. : Ceux de maintenant sont plus légers.
M. A. : Je ne peux pas dire ça, ils ont évolué. Mon premier, c'était un Dedenis trois rangs mais sans basses. Vous pouvez imaginer ce qui s'est passé quand je suis arrivé chez le professeur Paul Seve. Il a fallu que je change d'instrument. Puis je suis parti rapidement car Paul Seve n'etait pas un prof pour moi. Je suis resté six mois.
J. C. : C'était celui de Jo Privat.
M. A. : Et celui de René Sudre.
J. C. : Pour revenir à l'accordéon, si les grosses différences ne se situent pas dans le poids, en revanche les sonorités ont bien changé. Le basson, entre autres, n'existait pas.
M. A. : Je ne me souviens pas de l'accord de mon premier instrument mais mon second, c'était un Coopé avec un accordage et un son magnifique. Mon père l'a vendu pour acheter celui de Joë Rossi. Et le miracle, c'est que j'ai racheté mon Coopé cinquante ans plus tard. J'ai compris pourquoi je gagnais les concours : parce qu'il était bien accordé. Avec Médard, de toute façon, il fallait un accordage parfait.
J. C. : J'avais un Ranco Gugliermo, blanc, avec des perles partout, des lames en “bronze”, un son extra mais un poids redoutable.
M. A. : Accord musette ?
J. C. : Non, j'ai toujours eu des instruments accordage américain avec un peu plus de vibration que maintenant mais jamais totalement musette.
A. L. : Mon premier chromatique, c'était un Bellini trois rangées. À l'époque, on avait du mal à trouver des accordeurs. Alors on prenait un peu les accordéons comme on les trouvait. Aujourd'hui, c'est plus facile d'acheter un accordéon pour un jeune. Peut-être est-ce un peu moins cher aujourd'hui. À l'époque, il fallait vraiment les moyens.
M. A. : Nos parents ont vraiment fait des efforts pour que l'on ait des instruments. Nous, on était cinq mômes et je peux te dire que le paternel a dû vraiment faire des sacrifices. Je ne crois pas l'avoir remercié suffisamment. On ne se rend pas compte on est jeunes.
C. O. : Oui, l'accordéon est un instrument qui coûte cher. On peut trouver une guitare correcte pour apprendre à quelques dizaines d'euros. Un accordéon, ça coûte dès le départ plusieurs centaines d'euros.
M. A. : Je conseille toujours pour débuter de regarder dans les occasions.
A. L. : C'est le piano du riche.
J. C. : On peut aussi en louer un.
A. L. : C'est vraiment plus difficile pour les basses chromatiques. Débuter sur ce genre de modèle, ça coûte encore beaucoup plus cher.
 
Avez-vous participé à des concours ?
M. A. : Oui, ça obligeait à travailler. Ferrero inscrivait ses élèves aux concours. Ça permet d'atteindre des niveaux intéressants. C'est une bonne discipline.
C. O. : Le seul concours que j'ai fait, c'est de former le groupe Têtes Raides.
M. A. : Je ne suis pas une bête à concours mais le peu que j'ai fait, j'ai été content de les faire.
A. L. : C'était une période où il y avait beaucoup à dire sur les concours, il y avait beaucoup de 1er prix.
M. A. : Ce n'est pas grave, le tout c'est de motiver le jeune pour travailler. La préparation est fondamentale.
C. O. : Je n'aime pas trop l'état d'esprit que l'on trouve dans les compétitions, surtout pour la musique. Après, comme dit Marcel, ça pousse à travailler. Mais terminer 1er, 2e ou 25e, c'est pas ma tasse de thé.
J. C. : Moi, ce qui me gêne, c'est quand on parle de “champions du monde”. On est champion du monde de boxe, de course à pied, pas d'accordéon. Je préfère quand on parle de coupe mondiale.
 
Quand avez-vous sorti votre premier disque respectif ?
J. C. : C'est le CD “Couka” en 2001, celui que j'ai fait avec Mon Slip, le label des Têtes Raides. Avant, je jouais avec d'autres musiciens. J'ai placé aussi des titres dans des compilations.
C. O. : Il est en début de carrière !
M. A. : Mes premiers enregistrements, c'était pour des émissions de radios. Je me préparais pour des coupes mondiales. Je me rappelle que j'avais joué une étude de Chopin. C'était en différé. En écoutant l'émission, j'ai été subjugué de m'entendre tellement c'était beau (rires). Je me suis impressionné moi-même. Mes premiers disques, je ne me souviens plus de leurs dates de parutions. J'ai eu un espèce de micmac. J'ai eu deux propositions en même temps. Après une audition pour Pathé-Marconi, on devait me donner une réponse quelques jours plus tard. Trois jours plus tard, je fais une séance studio avec Ermelin chez Barclay. Eddie Barclay m'appelle et me fait tout de suite signer un contrat. Bien sûr, le lendemain, Pathé m'appelle pour que je passe signer. Sur mon premier enregistrement, comme j'ai beaucoup d'amis, j'ai fait participer Gaston Durand à la guitare, Louis Peguri au coup de cymbale, et Borel l'inventeur de l'accordina. Le résultat était propre mais pas formidable. Ça s'intitulait Rose ponpon et papillon, un morceau assez pompier mais Borel explosait avec son accordina. C'était plus des séance d'édition que de musique. Tout comme aujourd'hui, à l'époque une maison de disques ne pouvait pas tout faire. On devait s'occuper soi-même de sa propre promotion, pour se faire voir et pouvoir jouer, pour que le public nous connaisse.
A. L. : J'avais fait deux disques souples pour m'entendre. Mais les vrais enregistrements, cela a commencé à 17 ans avec l'orchestre de Roger Vaisses chez Decca. J'ai fait l'accordéoniste aussi dans l'orchestre musette de la rue de Lappe. Un de mes premiers morceaux, c'était Rue de la Chine de Marcel. À l'époque, j'étais accompagné par Matelo et Sarane Ferret. J'avais moi aussi deux contrats possibles. Mais j'ai dû partir au service militaire et cela a foutu tout à l'eau. Mais quand je suis revenu, j'ai enregistré chez Vega
C. O. : Avec les Têtes Raides, on a sorti notre premier 45 tours en 1987, cela faisait juste six mois que je pratiquais l'accordéon ! (rires de tous) C'était génial, le morceau s'appelait Les petits pois. J'avais un modèle 80 basses. Avant, je composais à la guitare. C'était ma première composition à l'accordéon et cela a beaucoup influencé le rythme, la couleur, l'ambiance de notre musique. Ça a complètement changé mon écriture. À cette époque, on ne jouait que dans les bars.
J. C. : On vient d'ailleurs de se produire dans un bar il y a quelques jours.
C. O. : Une des différences que j'ai avec les trois maîtres ici présents, c'est que je chante et que l'accordéon est un instrument d'accompagnement. Après je fais quelques petites lignes mélodiques. J'ai débuté par le chant qui m'a dirigé vers l'accordéon, lequel m'a fait rebondir en matière de textes, de composition. Mais quand on joue dans les bistrots ça reste un instrument super.
M. A. : C'est ça, la richesse de l'instrument. La démarche de Christian est autre que la nôtre mais l'instrument reste le même.
C. O. : Je suis arrivé au début du renouveau. Quelques années avant, il y avait eu Gérard Blanchard et son tube Rock amadour en 1981. On commençait à entr'apercevoir des accordéons dans le rock. Mais quand on se produsait dans les bistrots, il nous est arrivé de rencontrer des personnes qui ne pouvaient plus entendre une note de cet instrument. Cela rappelait trop la guerre à certains anciens, et pour les plus jeunes c'etait limite ringard.
M. A. : Il y a eu un petit gag avec Blanchard, on faisait une émission pour Europe 1, j'étais assis à côté de lui. Pour passer le temps, je lui ai demandé avec qui il avait étudié. Il m'a regardé et m'a répondu : « Tu te fous de ma gueule ?! » C'était une autre façon d'aborder l'accordéon qui arrivait. Moi, je pensais toujours professeur et étude de l'instrument ; lui, spontanéité et efficacité.
J. C. : J'ai bien aimé cette nouvelle vague. Je suis favorable à tout ce qui peut se développer autour de l'accordéon. On peut aimer l'accordéon sans aimer la valse musette.
 
Quelle est la première personne que vous ayez accompagné ?
A. L. : Eh bien, c'était mon voisin de palier ! Non, sérieusement, j'ai commencé très tôt, vers 14 ans. Tous les week-ends, j'accompagnais des chanteurs et chanteuses, amateurs et semi-professionnels, en alternance avec un pianiste de jazz. Mon éducation musicale s'est faite par les disques d'artistes comme Nat “King” Cole. Sinon, les premiers pros, c'était Audie renall, Ray Boroin. Je passais dans les cabarets, en attraction dans les stades et dans les lieux à chansonniers. Parmi les vedettes de l'époque, j'ai accompagné Georgette Plana.
M. A. : Moi c'était à Ménilmontant, avec Renée Lebas qui interprétait Mademoiselle de Paris.
J. C. : À l'instar d'Armand, j'ai dû accompagné ma voisine de palier, même si lui c'était son voisin. Dans le vedettariat, mon premier ça a été Jacques Brel.
M. A. : Je n'ai pas connu de baisse de régime dans mon travail. Mais j'avais touché a beaucoup de styles. J'avais du métier, comme on dit aujourd'hui. Je pouvais passer du bal au classique, de l'accompagnement au solo à la séance de studio. Et pendant trente ans, j'ai eu mon orchestre de huit personnes.
J. C. : Marcel a été mon employé.
M. A. : C'est vrai, dans ton dancing.
J. C. : Quand j'ai quitté Brel en 1967, j'ai acheté une guinguette au Muraux. J'organisais des bals pour des sociétés de sport, et Marcel est venu deux fois.
 
Alors Jean, une bonne fois pour toutes, comment s'est passée l'articulation avec Jacques Brel entre Marcel et toi ?
A. L. : J'ai failli faire partie des musiciens de Brel. On m'avait contacté, mais j'avais d'autres contrats.
C. O. : Brel avait hésité à m'appeler. (rires)
M. A. : Jean a quitté Brel pour ouvrir son dancing. À ce moment-là, André Dauchy a pris la relève. Par la suite, Brel ne chantait plus, il a fait une pause. Moi j'étais aussi un accordéoniste de séance, comme il y avait Freddy Balta ou Joë Rossi…
J. C. : Les requins de studios.
M. A. : Ce n'était pas si facile, il fallait s'accrocher. Car quand on se retrouve comme moi avec André Oder un jour où je suis arrivé en retard et que le premier morceau c'était le mien, eh bien j'ai ressenti comme un trou noir et je me devais d'assurer. Car en plus, le chef n'a pas voulu changer l'ordre des séances. J'étais anxieux. Une fois mon travail effectué, quand je lui ai demandé comment je m'étais débrouillé, il m'a répondu : « La musique a peu d'importance car il y aura du texte dessus. »
A. L. : On n'avait pas le droit à l'erreur. C'était sur partition d'un seul tenant avec de grands orchestres, parfois des philharmoniques.
M. A. : À l'époque, on se rendait à une séance de studio sans trop savoir ce qu'on allait jouer. Les plus forts c'était sans doute Gilbert Roussel, Freddy Balta. Mais nous, nous étions là aussi.
A. L. : En plus, le reste du temps, on jouait souvent en petite formation. Alors se retrouver au sein d'un grand orchestre, c'était souvent un choc, une vraie expérience. Avec tout l'orchestre dans les oreilles, parfois on avait même du mal à s'entendre jouer.
M. A. : Je n'avais pas ce problème car quand je jouais, tout le monde s'arrêtait pour m'écouter. (rires)
J. C. : J'ai fait quelques séance à l'époque avec Brel, puis Barbara, Cora Vaucaire et même avec Anthony Perkins au studio Pathé-Marconi à Boulogne. La manière de travailler est aujourd'hui totalement différente en studio. Avant, quand on enregistrait live, on n'avait pas le droit a l'erreur.
C. O. : Au sein des Têtes Raides, on travaille aussi avec des partitions. Sauf qu'on n'est pas des requins de studio comme l'ont été ces messieurs. Mais lorsqu'on enregistre un album en live, on a peu de marges d'erreurs possibles.
A. L. : Ce n'est pas la même école. Dans nos disques, si un seul musicien se trompait, il fallait tout recommencer.
M. A. : Mais pour votre live, vous aviez forcément répété. Alors que la folie, c'était d'arriver en séance, de ne pas connaître les morceaux et de travailler à vue avec la partition. Sans droit a l'erreur. Parfois, c'était un peu stupide car en jouant direct on ne joue pas soi-même, on joue la partition mais on ne peut pas développer son propre style. Il faut faire vite. J'ai participé à des musiques de films avec Delrue sans répétition : de la folie. De nos jours, on est prudent, on demande à voir les partitions avant.
J. C. : Oui, il faut recevoir les partitions avant. Pour mettre en boîte ma partie dans la chanson Rosa de Brel, j'arrive au studio Barclay avec mon biniou. Brel me demande si je joue du bandonéon. Je lui réponds : « Oui, j'en ai fait. » Il me répond alors : « Eh bien, va le chercher. » J'habitais a Nanterre, Brel a bloqué le studio en attendant que je fasse mon aller-retour. Tout était en place pour l'accordéon. J'arrive avec mon bando. Je m'installe sur un petit podium. Il me dit : « Donne le La. » J'étais terriblement bas. Vous auriez vu la tête de ceux qui jouaient des instruments à cordes, obligées de se reaccorder ! Ils etaient verts
M. A. : Surtout à l'époque où souvent on jouait à 444. Même Joss (Baselli, NDLR) avait un biniou à 445.
J. C. : C'est la dernière fois que j'ai joué du bando. À part il y a deux ans avec les Têtes Raides qui m'ont fait ressortir la bête.
C. O. : J'avais un bando mais il a brûlé dans un incendie.
J. C. : Tant mieux, maintenant on est tranquille.
M. A. : Dès le début, au dancing, nous étions obligés de jouer du bando. C'est la faute à Fernand Garbazzi
A. L. : Dans le dancing où je passais régulièrement, la patronne m'a obligé à avoir un bando. Je n'en avais pas. Alors je me suis procuré un. Sinon pas de travail.
J. C. : Il fallait les deux, accordéon et bando. Impensable de faire du dancing autrement. Et éventuellement, il fallait maîtriser la contrebasse. J'ai été le premier contrebassiste de Georges Brassens. Pendant six mois, en 1953 a la VILLA BES, avant Pierre Nicolas. Brassens avait déjà composé Le gorille, Les papillons, La mauvaise réputation… Quand la salle applaudissait, il ne savait pas trop quoi faire. Alors il se tournait vers son contrebassiste et me disait n'importe quoi, pour se donner une contenance. Puis il repartait sur un autre morceau. Il n'aurait pas fait un bon accordéoniste car la “banane” (le sourire en permanence, NDLR) il ne savait pas faire ça.
M. A. : Je retravaille de nouveau. J'ai fait une séance avec Georges Moustaki. Et l'autre jour, j'ai participé à une autre séance, j'ai joué sur une reprise de Jacques Brel par Jean-François Bernardi (I Muvrini) et improvisé sur un de ses textes. Avant que la séance soit totalement terminée, pensant que tout était OK pour moi, en plus j'étais assez fatigué — il faut bien se trouver des excuses —, j'ai commis l'erreur de rentrer à mon domicile. Quand les techniciens ont réécouté le deuxième morceau, ils se sont aperçus que celui-ci était abîmé par le bourdonnement d'un portable. Ils m'ont rappelé et laissé des messages sur mon répondeur. Je n'ai pu en prendre connaissance bien sûr qu'une fois arrivé chez moi. Mais il était trop tard, ils avaient rangé la technique. Il ne faut jamais quitter une séance avant la fin totale de l'enregistrement.
 
Parmi la jeune génération d'accordéonistes, quels sont ceux qui vous séduisent ?
M. A. : Il y en a beaucoup. Mais il est très dur de donner des noms. Parmi les maquettes et les demandes de préfaces que je reçois, il y a des trucs magnifiques.
A. L. : J'enseigne toujours un peu. Si on parle dans le temps, il y a une différence. Aujourd'hui, la technique est plus poussé. On a plus de moyens pour les faire travailler. La technique a évolué et les moyens de l'enseigner sont au point. On tâtonne moins. Et comme dit Marcel, on ne peut pas donner de noms. Mais certains sortent vraiment du lot.
M. A. : La relève est assurée. Mais je ne citerai pas de noms. Je les aime tous.
C. O. : Les fans des Têtes Raides ne me demande pas si je peux leur donner des cours (rires). Mais on nous demande des partitions pour jouer dans le style, la ligne mélodique. C'est moins technique que vous trois, c'est sûr. Mais quand on s'est croisé pour la première fois avec Jean Corti, on a d'abord un peu parlé. Et quand on a fait notre première date ensemble, on ne savait pas, ni lui ni nous, de quelle façon le public des Têtes allait l'accepter. On a été très à l'aise de jouer avec Jean, je pense que lui aussi. La boucle était bouclée.
J. C. : J'ai été très agréablement surpris de la réaction de leur public. Pour revenir au renouveau de l'accordéon, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Je ne dis pas que j'ai raison. Certes, tous ces jeunes ont une technique foudroyante. Chapeau bas pour la technique. Seulement, ce que l'on voit à la télé, ça ne m'excite pas du tout. Ils devraient apprendre à faire vivre l'instrument. Et peu d'entre eux le font.
M. A. : Ceux-là passent peu à la télé.
J. C. : Même les très bons, quand ils passent à la télé, le répertoire choisi fait qu'on ne distingue pas leur style. Ils ne font pas avancer les choses et ne s'adressent qu'à la clientèle 100 % musette. Ils ont du mal à proposer autre chose. Ils sont coincés par le marché dit “du musette”.
A. L. : C'est pour cela que lorsqu'ils viennent me voir, je leur spécifie bien qu'il faut qu'ils jouent ce qu'ils ont envie de jouer. Il faut qu'ils fassent connaître au public d'autres répertoires.
M. A. : Tu voudrais qu'ils jouent tes morceaux ! (rires de tous)
A. L. : Non mais souvent, les conseils qu'on leur donne, c'est « le public aime ce style alors joue comme ça ». Il faut oser sa musique. Marcel, Jean et moi, on a pris des risques dans notre musique et pour nos répertoires. Il faut s'affirmer. Et à terme, ça paie. On devient différent et on fait avancer la musique en matière d'accordéon. On sait que cela plaira moins que si on reprenait pour la énième fois Reine de musette, Le dénicheur ou Aubade d'oiseaux, mais peu importe.
 
Vous composez toujours ?
M. A. : Oui, peut-être même des œuvres plus ardues qu'avant.
A. L. : Oui, un peu par vague. Dans mon dernier disque, il y a quelques compositions inédites.
J. C. : Je travaille sur mon nouveau CD pour le label des Têtes. Des morceaux un peu compliqués, barbares, sans paroles. Ce disque devrait sortir en septembre 2004.
C. O. : Au sein des Têtes Raides, on compose tout le temps. Mais moi en plus, il y a toujours l'écriture. Le texte est lié a une musique. Je passe de l'un à l'autre. J'appuie sur la touche du magnéto et je travaille.
 
À l'occasion de Noël et de la nouvelle année, quels sont vos souhaits pour l'accordéon ?
J. C. : Il y a dans cet instrument un tel arc-en-ciel de talent que cela mériterait d'être beaucoup plus médiatisé.
M. A. : On se cantonne trop dans les valses, pasos, javas. Il faut déployer l'éventail, ouvrir de nouvelles voies.
C. O. : C'est un instrument planétaire connu et reconnu dans le monde entier. La France est le berceau de l'accordéon. Mais je trouve que l'on n'est pas assez informé de ce que les autres peuples en on fait. Alors qu'il y a des choses incroyables… Donc partez à la découverte. Sinon mon souhait c'est que Marcel, Jean et Armand viennent en février faire un dimanche après-midi au Bataclan lors de notre série de concerts.
J. C. : Je souhaite que tous les jeunes qui jouent comme des bêtes se réveillent et jouent de la façon dont ils ont vraiment envie. Cela changerait le repertoire et la clientèle…Mais qu'ils ne comprennent pas cela trop vite, parce qu'ils nous piqueraient notre place (rires).
A. L. : Accordéonistes, prenez des risques.
 
Un accordéoniste, ça n'arrête jamais ?
LES QUATRE ACCORDÉONISTES (en chœur) : Jamais… La preuve.
 
Article paru dans Accordéon et Accordéonistes (decembre 2003)
 

 

La photo du lundi : à cheval pour 2010...Et plus !

par Philippe Krümm

 

La photo du lundi, n‘a aucun rapport avec l’accordéon, quoi qu’à cette époque, les années 30, en Bretagne, l’accordéon devenait « la boîte du diable » pour le clergé, car grâce à lui, les jeunes gens dansaient en couples… Une horreur pour les bons curés !
Mais revenons à la photo, elle fut prise par Yann de la Fosse-David. Un homme passionné de chevaux, qui toute sa vie mit son art du petit boîtier 6/6, au service des Haras Nationaux et des chevaux.
Cette photo est vraiment pleine de nostalgie. Prise à une époque où le cheval était encore la force de l’homme et son moyen de transport. Comme il l’avait été depuis des millénaires… La fin du cheval en France dans la vie des hommes fut pour moi un des éléments marquants du 20eme siècle.
Alors en classant des photos de chevaux - Une autre de mes passions- je suis tombé sur ce document, avec ce paysan et son cheval, un postier breton. ( Car évidemment vous savez qu’il y a neuf races de chevaux de trait en France : Breton, Percheron, Trait du nord, Ardennais, Auxois, Comtois, Cob Normand, Boulonnais, et Mulassier du Poitou). L’homme après une grosse journée de travail fait une halte à la mare du village pour abreuver son cheval et réfléchir … À quoi, peut être au travail du lendemain…

 

René Sudre le virtuose injustement oublié

par Philippe Krümm


 
 
Outre son château, Vincennes fut sans doute un lieu de prédilection pour plusieurs accordéonistes célèbres qui habitèrent cette agréable banlieue située aux portes de Paris. Jean Vaissade y vécut les trente dernières années de sa vie, derrière le comptoir de son café-bar Le Vincennes-Bastille, face à la gare devenue aujourd’hui la station Vincennes du R.E.R. Il décéda tout à côté en mai 1979, dans son coquet appartement de la rue de Montreuil. Toni Jacque, qui anima avec Jo Privat les beaux soirs du Balajo, habita, lui, dans la rue des Laitières avant de se retirer dans le Doubs, son pays d’origine, où il goûte maintenant une retraite bien méritée. Jean-Pierre Coustillas, grand ami de Marcel Azzola, vécut également à Vincennes où il travailla à La Poste avant de prendre sa retraite dans le Périgord. Ce remarquable et (trop) discret accordéoniste accompagna le regretté cabrettaïre d’origine aveyronnaise Claude Séguret, très connu dans la colonie auvergnate de Paris. Disparu jeune encore, celui-ci tenait avec son épouse corrézienne un grand café-tabac rue de Fontenay. Coustillas et Séguret ont gravé ensemble quelques excellents disques de folklore auvergnat dans les années 70. Tous ont bien connu et fréquenté René Sudre qui fut, au cours de sa trop courte vie, un Vincennois fidèle ainsi qu’un client assidu des cafés de la ville.
 
René Sudre n’est pas né à Vincennes mais à Bazoches-les-Bray (Seine-et-Marne), le 11 janvier 1921, issu d’une famille originaire de Haute-Auvergne. Sudre est en effet un nom assez répandu dans le Cantal, d’où son attirance pour les nombreux musiciens du Massif central comme Martin Cayla et Jean Vaissade, avec lesquels il collabora souvent. Le premier lui édita plusieurs de ses compositions pour accordéon. Puis ce fut au tour de Jo Privat, dont le père était lui aussi de souche auvergnate, de remarquer René Sudre et de l’orienter vers le professionnalisme. Ils habitaient Belleville et Ménilmontant et avaient d’ailleurs le même professeur, l’excellent Paul Saive. Ce dernier avait déjà découvert les remarquables possibilités de René Sudre dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale.
Jean Sudre, le père, jouait un peu de cabrette et d’accordéon. Louis Péguri disait de lui qu’il s’agissait d’un des meilleurs musiciens auvergnats de Paris. René avait donc de qui tenir puisqu’il commença l’accordéon tout gamin à la Bastille dans le bal musette que son père avait acheté au 14 rue des Taillandiers, juste à deux pas du premier magasin de musique ouvert dans les années 1920, au 26 de la même rue par Martin Cayla, grand ami de la famille Sudre.
 
Une réputation grandissante
René fit de rapides progrès et sa réputation grandit aussitôt. Ses véritables débuts eurent lieu dans un autre musette du dix-huitième arrondissement, rue Polonceau, avant de passer au célèbre bal La Boule Rouge, rue de Lappe, chez Poyet. Lors de l’Exposition de Paris en 1937, il remporta le Grand Prix International d’accordéon. La Guerre arriva, puis l’Occupation allemande. Les bals étant interdits, René Sudre fut engagé avec son accordéon dans l’orchestre tzigane de Georges Streha, lequel se produisait dans plusieurs brasseries des Grands Boulevards.
Cette période noire vit, de façon paradoxale, la consécration de Raymond Legrand, le père de Michel, qui venait de fonder un nouvel et sensationnel orchestre de variétés afin de remplacer celui de Ray Ventura (qui avait dû s’expatrier en Amérique du Sud, en pleine gloire, à la fin de 1940, car il était juif). René Sudre demeura jusqu’en 1944 l’un des accordéonistes attitrés de cet orchestre au sein duquel le public, tout comme les gens du métier, avaient découvert sa grande virtuosité.
 
Recommandé par Jo Privat
À la Libération, René Sudre quitta Raymond Legrand, les attractions dans les cinémas et les brasseries pour revenir au bal musette avec le nouvel ensemble qu’il venait de constituer. On le vit à La Java, Chez Bouscat, ensuite et surtout à Ça Gaze, temple du musette de la rue de Belleville où il resta jusque vers la fin des années 1950. Mais entre-temps, René s’était fait applaudir au dancing Le Barbarina et à La Croix de Malte, à la Porte Saint-Martin, deux établissements qui permirent à d’autres as de l’accordéon comme Édouard Duleu, Maurice Larcange et Aimable de se faire un nom. On vit aussi René Sudre officier au Bal Marly, un petit musette situé dans le haut du Faubourg Saint-Martin, à la Villette, près de la station Stalingrad du métro aérien.
En 1951, René Sudre a la chance de remporter le Grand Prix de la Radio pour l’accordéon. Mais cinq ans auparavant, en 1946, Jo Privat avait réussi à décrocher un contrat d’exclusivité pour enregistrer des disques chez Pacific. Le courant passa vite entre lui et René Sudre. Ils ne rechignaient ni l’un ni l’autre pour vider une « roteuse de champ’ ou un kill de beaujolpif » ! Privat aurait pu garder ce filon pour lui tout seul, mais c’est mal le connaître. Aussi s’empressa-t-il de recommander son « pote » René au directeur de cette toute jeune maison de disques qui recherchait de bons accordéonistes pour constituer son catalogue d’accordéon. Jo le comparait à Émile Prud’homme, mais en plus “musclé” ! Ainsi, à partir de 1946, René Sudre enregistra durant une dizaine d’années une bonne cinquantaine de disques 78 tours chez Pacific. 
 
 
La chandelle brûlée par les deux bouts
René n’eut jamais “la grosse tête”. Mais le succès aidant, il brûla ensuite un peu cette chandelle par les deux bouts, en raison de son penchant pour la boisson et la cigarette. Sa santé en paya le prix. J’ai eu le plaisir, hélas douloureux, de le rencontrer une seule et unique fois. C’était en 1968 au Vincennes-Bastille, chez mon ami Jean Vaissade : un vrai modèle de modestie et de gentillesse. Pourtant, le malheureux était atteint d’un cancer à la gorge. Il venait de subir une trachéotomie et ne pouvait plus parler. Mais je me souviens encore que Jean Vaissade, en me le présentant, dit de lui qu’il était l’un des meilleurs accordéonistes qu’il ait connus. Ce qui n’était pas un mince compliment venant de la part de ce dernier, plutôt avare en la matière !
Jo Privat ne s’y était point trompé non plus puisqu’il avait participé à une collecte ouverte par Édouard Duleu auprès de lui et de ses collègues Aimable, André Verchuren et Yvette Horner. Cela permit d’acheter pour René Sudre un beau Cavagnolo et d’ensoleiller un peu les derniers jours qui lui restaient à vivre. Il mourut en 1969, âgé seulement de 48 ans.
Madame Madeleine Sudre, son épouse, est encore là, vive et alerte. Elle demeure toujours à Vincennes. Nous lui devons les quelques photographies de son mari qu’elle a bien voulu nous prêter pour la rédaction de cet article et nous l’en remercions vivement. Mais qui se souvient encore aujourd’hui de René Sudre ? Peu de monde, sans doute. Il reste heureusement quelques 78 tours conservés jalousement par des collectionneurs et recueillis au gré de foires à la brocante. Et puis, chacun sait bien que les bons musiciens ne meurent jamais.
Roland Manoury
 
Le répertoire de Sudre pour Pacific
Voici quelques titres enregistrés par René Sudre sur disques 78 tours Pacific (par ordre alphabétique + n° de matrice suivi du n° de catalogue) :
• “À Honolulu” (rumba de F. Lopez, 1946) avec au chant Jean Roy (ST1452 — MC 719).
• “Accordéon” (fox-trot de Fr. Freed, 1947) (ST 1510 — MC 724).
• “Aviatic” (marche de V. Marceau, 1948) (AI 0259 — MC 746).
• “Aye ! Mama !” (valse de J. Plante-Louiguy, 1948) (ST 1944 — MC 753).
• “Le bal défendu” (valse de V. Scotto, 1946) avec au chant Jean Roy (ST 1449 — MC 720).
• “Boléro flamenco” (boléro de J. de Sentis, F. Llénas et M. Varny, 1950) (AI 1363 — 1514).
• “Buenos dias” (paso-doble d’Émile Decotty, 1950) (AI 1364 — 1514).
• “Ça gaze” (java de V. Marceau, 1948) (AI 0258 — MC 752).
• “Coccinelle” (valse de Ch. Humel, 1948) (AI 0075 — MC 744).
• “Coco de Copacabana” (samba de J. Guigo et E. Warner, 1950) (AI 1169 — 1387).
• “La danseuse est créole” (rumba de J. Plante-Louiguy, 1948) avec au chant Jean Roy (ST 1945 — MC 753).
• “Diablo y rumbero” (rumba-guaracha de D. Leone, 1950) (AI 1171 — 1386).
• “En goguette” (valse de R. Sudre et A. Deprince (1947) (ST 1509 — MC 723).
• “Feu follet” (java de L. Péguri, 1948) (AI 0257 — MC 752).
• “Gaminerie” (valse de R. Sudre, 1946) (ST 1450 — MC 720).
• “J’ai deux chansons” (rumba de G. Ruiz, 1947) (ST 1946 — MC 735).
• “Ma belle au bois dormant” (fox de M. Vandair et H. Bourtayre, 1946) avec au chant J. Roy (ST 1455 — MC 719).
• “Marche américaine” (Souza, 1948) (AI 0260 — MC 746).
• “Martinette” (java de R. Sudre, 1948) (AI 0261 — MC 747).
• “Mazurka fantaisie” (mazurka à variations de M. Ferrero, 1947) (ST 1512 — MC 723). Grand Prix du Disque 1947 catégorie Musette à René Sudre pour “Mazurka Fantaisie”.
• “Mélodie pour toi” (tango de Collot, Bertal Maubon et T. Scala, 1946) avec au chant Jean Roy (ST 1453 — MC 717).
• “Le petit cousin” (valse de Guy Lafarge, 1949) (AI 0358 — MC 759).
• “La plus bath des javas” (java de Trémolo, 1948) (AI 0262 — MC 747).
• “Le porte-bonheur” (valse de H. Kubnick et L. Gasté, 1947) (ST 1511 — MC 724).
• “Sérénade Argentine” (Amparito) (boléro de J. Teruel et M. François-Pueca, 1950) (AI 1168 — 1386).
• “Seul dans la nuit” (slow-fox de J. Solar-Louiguy, 1946) avec au chant Jean Roy (ST 1454 — MC 717).
• “Signor spaghetti” (marche 6/8 d’Adrien Adrius, 1949) (AI 0359 — MC 759).
• “Les trois caballeros” (fox de M. Esperon, 1947) (ST 1947 — MC 735).
• “Vent d’automne” (valse de L. Péguri, 1948) (AI 0074 — MC 744).
 
René réédité en CD
Une vingtaine de titres enregistrés par René Sudre dans les années 1940 et 1950 chez Pacific feront l’objet d’une réédition imminente en CD (chez 7 Music/RDC Records). On sait que les cires des disques Pacific, dès la fin de la Guerre, n’étaient pas de très bonne qualité. Aussi, pour leur réédition en CD, ces morceaux ont été sauvegardés par la grâce des ordinateurs. Ces derniers n’ont hélas pas pu, malgré les progrès de l’informatique, éliminer totalement quelques bruits de surface. L’auditeur comprendra combien il est difficile de faire du neuf avec du vieux. Et le jeu en valait la chandelle, lorsqu’on écoute René Sudre exécuter La marche américaine de Souza, Ça gaze de Marceau et surtout la Mazurka fantaisie de Médard Ferrero qui lui valut en 1947 le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros pour l’accordéon.
 

Jean Ségurel l'homme qui faisait chanter les bruyères...

par Philippe Krümm

 

 
Jean Ségurel aurait eu 100 ans en 2008.
 
Le Relais routier de La Loge, sur la R.N. 20 entre Vierzon et Salbris, était l’étape presque obligée de tous ceux qui voyageaient tous les jours entre la Corrèze et Paris, et vice-versa dans les années 1960. L’autoroute n’existait pas encore. Et les chauffeurs routiers, en majorité corréziens, faisaient reposer leur corps et le moteur de leurs camions en entrant dans la bruyante salle du café-restaurant au milieu de laquelle trônait un rutilant juke-box américain. En attendant de passer à table, ils mettaient 20 centimes dans l’appareil pour écouter un air de Jean Ségurel choisi parmi les quarante titres proposés. Celui-ci, qui connaissait la route et l’endroit par cœur lorsqu’il “montait” dans la capitale ou en “redescendait”, ne manquait jamais de s’arrêter pour déjeuner ou boire un petit verre de blanc à La Loge.
Il avait à peine franchi la porte d’entrée de l’établissement que le juke-box déversait un flot de bourrées ou bien, par la voix des chanteurs André Var et Mario Monaco, répandait dans la salle tout entière le refrain de Bruyères corréziennes ou de Bol d’Or des Monédières. Ségurel mesurait alors sa grande popularité. Ravi, il payait une tournée générale. Tant pis s’il y avait soixante clients ! Eux-mêmes étaient ravis de l’aubaine de voir en chair et en os l’artiste le plus populaire du centre de la France. Au cœur de la Sologne, c’était bien Jean Ségurel le roi du juke-box et l’accordéoniste préféré des routiers. Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Sheila et Sylvie Vartan, dont les disques partageaient à l’époque ceux de Ségurel, n’avaient plus qu’à aller se faire rhabiller au relais de La Loge !
 
 
En 1958 Jean Ségurel et ses Troubadours : de gauche à droite Jack Erhard (frère de Jo Sony) Jacky Bonnaud, Jean Ségurel, Mario Monaco, Jo Sony, André var, max Daumont.
Il est vrai qu’un sondage réalisé en décembre 1963 l’avait hissé en plus au box-office des scopitones (ancêtres de nos vidéos actuelles). Celui de Bruyères corréziennes, tourné dans les Monédières par un cinéaste encore inconnu qui s’appelait Claude Lelouch, venait en n°2, derrière Elle est finie la belle vie (Petula Clark) et devant Je ne danserai plus jamais (Johnny Hallyday), L’école est finie (Sheila) et Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy). Belle consécration pour le petit violoneux de campagne devenu cinquante ans plus tard l’une des plus grandes vedettes du piano à bretelles. Pendant que les pavés volaient au Quartier latin, qu’il « était interdit d’interdire » et que l’accordéon était voué aux gémonies, la firme CBS remettait en mai 1968 un cinquième disque d’or à Jean Ségurel qui avait encore dix ans à vivre, le temps d’en recevoir cinq autres. Parce que dix millions de disques, ça se fêtait encore il y a trente ans !
 
Le 29 décembre 1978, Jean Ségurel mourait subitement d’une crise cardiaque dans sa maison de Chaumeil, le village corrézien qui l’avait vu naître soixante-dix ans plus tôt le 13 octobre 1908, déclaré à l’état civil sous le prénom de Jean-Baptiste. Il n’avait quitté Chaumeil que le temps de son service militaire en 1928, de sa mobilisation en 1939-1940 pendant la guerre et en raison de son métier, pour ses bals, galas, tournées, émissions de radio et de télévision, enfin pour les séances d’enregistrement de ses disques. Comme c’était la tradition dans cette région des Monédières, il débuta comme violoneux aux côtés de son père, aubergiste à Chaumeil, et jouait les jours de foire aux alentours. Passant son certificat d’études à Corrèze, au moment de l’épreuve de chant, il déclara ne pas savoir chanter mais dit qu’il jouait du violon. On accéda à sa demande et… il fut reçu. Déjà, sitôt la Grande Guerre finie, l’accordéon s’implanta en Corréze grâce aux trois Frères
En 1952 les trois frères Maugein Antoine, Jean, et Robert entourant André Thivet
 
Maugein qui fondèrent leur manufacture à Tulle en 1919. Encore adolescent, le petit “Baptistou” n’eut de cesse de devenir musicien et surtout accordéoniste. Les frères Maugein eurent vite fait de découvrir chez lui une ardeur exceptionnelle au travail et la volonté de réussir coûte que coûte. Ils réalisèrent pour lui l’un de leurs premiers accordéons chromatiques.
 
Puis Jean Ségurel devint facteur à vélo au Lonzac. Dès son retour du régiment, il fonda avec ses amis instituteurs Jean Leymarie (de Corrèze) et Roger Faure (de Saint-Yrieix-le-Déjalat) les Troubadours Corréziens qui sillonnèrent la Corrèze, puis le Limousin tout entier jusqu’à la fin des années 1930.
Au stadium de Brive-la-Gaillarde en 1965 avec Amédée Domenech
 
Les noces, banquets, bals donnés dans les cafés les jours de foire ou lors des fêtes locales eurent bientôt fait la réputation de Jean Ségurel. Ce dernier ne rechignait pas à mouiller sa chemise à la sueur de ses deux bras en jouant le folklore local ou les succès de l’époque. Ségurel savait mettre l’ambiance. On l’appréciait pour sa cadence régulière comme un métronome. Jusqu’à la fin de sa vie, il ne laissa jamais aux danseurs le temps de respirer entre deux morceaux d’accordéon. Ce fut sa force car il était lui-même une force de la nature. Au plus fort de sa carrière, après la dernière Guerre, quand il dirigeait ses Troubadours, il fut quasiment le seul accordéoniste et chef d’orchestre français à animer des bals et des galas six jours sur sept et cela, pendant plus de trente ans ! Pourtant, jusque-là il n’avait appris la musique qu’en autodidacte. Mais il finit par apprendre le solfège chez M. Balestra, alors chef de la musique municipale de Tulle.
 
Robert Monèdière,Jean Ségurel, Jo Sony
En 1931, ses amis Gervais et Antonine Goursolas — originaires de Saint-Augustin et qui dirigaient le groupe folklorique Les Chanteurs & Danseurs Limousins de Paris — présentèrent Jean Ségurel à Martin Cayla. Ce dernier lui fit enregistrer sur sa marque Le Soleil ses premiers disques. Marié au Lonzac en 1932, il quitta les P.T.T. (1) pour revenir s’établir à Chaumeil où il se fit construire une petite villa magnifiquement située en face des Monédières alors toutes recouvertes de bruyères. C’est du perron de celle-ci qu’un beau jour de l’été 1936, la vision de ces bruyères en fleurs inspira Jean Ségurel, Jean Leymarie et Roger Faure. Ainsi naquit la chanson Bruyères corréziennes, qui connut un succès immédiat. Il est vrai que la T.S.F. (on ne disait pas encore la radio) commençait à la diffuser depuis des stations comme Radio Toulouse, Radio Limoges et Radio Clermont-Auvergne.
 
Jean en 1926
 
Alfred Labounoux, liquoriste-distillateur à Montaignac (Corrèze) avait crée en 1885 son célèbre apéritif à la gentiane d’Auvergne : La Salers. Il patronna en 1937 une émission régulière sur Radio Toulouse avec Jean Ségurel en vedette, ce qui contribua à la publicité de son apéritif et… de l’accordéoniste. Cette émission était reçue jusqu’en Afrique du Nord. Ségurel interprétait ses Bruyères à chaque émission. Ilenregistra une première fois la chanson sur un disque 78 tours de sa marque Limousine-Édition,l’édition musicale qu’il venait de créer en 1935. Il faisait ainsi imprimer sur des petits formats les airs folkloriques qu’il avait recueillis ainsi que ses nouvelles compositions qu’il envoyait à la plupart des accordéonistes musette de l’époque, tant à Paris qu’en province. Au cours de sa carrière, Jean Ségurel enregistra sur disques cinq versions différentes de Bruyères corréziennes. Celle de 1945 sur un 78 tours Odéon n° 281.765 fut tirée à 650 000 exemplaires, un record pour l’époque. Elle fut exploitée en 33 et 45 tours vinyles jusque vers la fin des années 1950, ce qui valut à Jean Ségurel d’être en avril 1960 le quatrième accordéoniste à recevoir un disque d’Or, les trois premiers étant Émile Prud’homme (en 1955), André Verchuren (en 1956) et Maurice Alexander (en 1957). La chanteuse Lina Margy, native de Bort-les Orgues, puis plus tard Annette Lajon, Mireille Desbois et Jean-Marc Thibault enregistrèrent Bruyères corréziennes. Quatre-vingt versions de la chanson existent, interprétées par de nombreux accordéonistes dont les plus inattendues sont celles de Tony Murena il y a cinquante ans et du jeune champion du monde Sébastien Farge en 2002.
 
Fête à Durenque en 1966
Jean Ségurel eut une autre passion que la musique et l’accordéon : le vélo. Ancien coureur amateur lui-même, ayant gagné quelques épreuves locales dans sa jeunesse, il entreprit dès 1952 de faire partager à ses compatriotes sa passion pour les courses cyclistes en créant le Bol d’Or cycliste des Monédières qui vit affluer jusqu’à cent mille personnes à Chaumeil qui ne comptait que… 250 habitants ! 
Avec jacques Anquetil en 1965
 
De Robic à Géminiani en passant par Coppi, Bobet, Gimondi, Bahamontès, Stablinski, Van Looy, Altig, puis Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, tous les rois de la Petite Reine sont venus courir le Bol d’Or à Chaumeil du vivant de Jean Ségurel.
 
Au Bol d'Or des Monédières en 1954 Raphaël Géminiani donne une aubade à Jean et à Louison Bobet
C’est lui seul qui finançait entièrement de sa poche cette épreuve. Interrompue à la suite des événements de mai 1968, elle fut reprise par son fils Alain en 1982 avec un succès tout aussi éclatant. 
 
Avec son chanteur Roger Faure en 1936
 
Dans le monde de l’accordéon, Jean Ségurel a tenu une place à part. Il n’a jamais été un virtuose et le clamait lui-même bien haut. Mais lorsqu’il voulait sentimentaliser une valse ou un tango, il savait donner de l’expression au soufflet de son Maugein qui était le seul à posséder un timbre si particulier qu’il s’en était réservé jalousement l’exclusivité. Depuis sa mort, la fabrique de Tulle, dirigée par René Lachèze, a créé un modèle d’accordéon possédant “l’accord Ségurel”. Car la demande est grande de la part d’accordéonistes rêvant d’être un nouveau Ségurel. Souvent imité, il ne fut pourtant jamais égalé et l’on peut reconnaître son jeu et son style entre mille. Titulaire de nombreuses décorations dont les palmes académiques et la légion d’honneur, Jean Ségurel a su rester un homme discret, toujours proche du public. Il dépensa une petite fortune en offrant ici et là un verre à boire, celui de l’amitié.
 
Il était aussi prompt à arrêter sa voiture sur le bord d’une route afin de donner un billet de 10 000 francs de l’époque (100 francs) au cantonnier de Chaumeil qu’il connaissait : « Il a cinq gosses à nourrir, disait-il, et je sais qu’il n’est pas bien riche ! » Il était comme ça, Jean Ségurel, même si les musiciens de son orchestre le trouvaient parfois un peu… pingre. Cependant, ils ne l’ont jamais considéré comme un patron. Jo Sony en sait quelque chose puisqu’il travailla quinze ans avec lui. Il était ami avec des musiciens, des personnalités du sport ou de la politique. Il avait sur celle-ci ses idées, mais jamais il n’adhéra à aucun parti. Il animait des bals aussi bien pour les communistes que pour les gaullistes. Jacques Chirac a été son ami dans les années 1970. Jean Ségurel avait même prédit qu’il deviendrait un jour président de la République. Il ne s’était pas trompé. Les députés et les sénateurs de la Corrèze, qu’ils soient de gauche comme de droite, étaient reçus chez lui à Chaumeil. On dit même que le président Georges Pompidou, en tant qu’Auvergnat, possédait tous ses disques.
 
 
Devant sa villa à Chaumeil avec son Chanteur André Var
 
Revenu sain et sauf du conflit en 1940, les bals étant interdits, Jean Ségurel monta une petite troupe théâtrale avec des artistes réfugiés à Chaumeil à la suite de l’Exode, comme les accordéonistes Édouard Duleu et Jean Prez, ou les fantaisistes Mourier, Goudard et Pierre Doris. Après la Libération, certains lui reprochèrent d’avoir exercé son métier de musicien sous le régime de Vichy pendant la guerre , mais il donnait ses représentations au profit des prisonniers de guerre en Allemagne. Son autre chanson à succès Retour aux champs, qui date de 1941, prônait le Retour à la terre cher au maréchal Pétain, mais les paroles avaient été écrites par Jean Darville, un parolier ami d’Édouard Duleu qui le présenta à Jean Ségurel. Arrêté en 1943 par les nazis et déporté en Allemagne, Jean Darville, qui était Juif, mourut peu après sa libération des camps en 1945, des suites de leurs sévices. Au début de 1944, Jean Ségurel s’engagea dans la Résistance (Armée Secrète) alors fortement implantée en Corrèze. Il brava l’Occupant en animant, seul à l’accordéon et la grosse caisse au pied, un grand nombre de bals clandestins dans les montagnes corréziennes où venaient se retrouver dans des granges isolées, les maquisards et la jeunesse du pays. Par chance, il ne fut jamais dénoncé.
Les bals étant à nouveau autorisés après la Libération, Jean Ségurel se mit en quête de remonter un orchestre de danse. Toujours en 1945, il prit pour partenaire son ami et compatriote de Chaumeil Robert Monédière (1918-2006), lui-même excellent accordéoniste. Ce dernier venait de passer sept ans sous les drapeaux, dont cinq de captivité en Allemagne. L’orchestre enfin reconstitué connut un succès phénoménal. Parcourant la France entière six jours sur sept, Jean Ségurel et ses Troubadours attira les foules, aussi bien dans les petites salles de café enfumées que lors de grands galas comme le bal des Corréziens de Paris au Palais de la Mutualité et la “Nuit arverne” à la Porte de Versailles.
 
Jean Ségurel Alias Baptistou devant l'église de Chaumeil en 1964
Cela dura jusqu’en 1967, année où Jean Ségurel décida de prendre sa retraite de chef d’orchestre, laissant à son partenaire Jo Sony, qu’il avait engagé en 1958, le soin de poursuivre l’exploitation de l’orchestre. De son côté, ayant fait sécession, Robert Monédière fonda son propre orchestre de danse tout en continuant d’accompagner Ségurel pour ses enregistrements. Jean voulut et sut toujours s’entourer des meilleurs musiciens. Outre Jo Sony et Robert Monédière, il eut aussi d’excellents éléments comme Jack Erhard, Max Daumont, Raymond Barbat ou Robert d’Amico, qui firent aussi leurs preuves dans d’autres orchestres réputés. Des chanteurs comme Roger Vincent, Jacques Mario, Mario Monaco et surtout André Var apportèrent à Jean Ségurel et à son orchestre une grande part de popularité. De plus, pour l’enregistrement en studio de ses nombreux disques, les labels Odéon puis CBS firent appel à des musiciens prestigieux qui assuraient par ailleurs les séances des grandes vedettes de variétés. Bien qu’ils n’aient jamais été crédités sur les étiquettes et les pochettes des disques, le batteur Armand Molinetti, le guitariste Marcel Blanche et Pierre Nicolas (contrebassiste de Georges Brassens) ont très souvent accompagné Jean Ségurel dans ses disques.
Peu avant la guerre, Jean Ségurel enregistra quelques disques chez Pathé à la suite de son succès remporté en 1937 à l’“Exposition internationale” de Paris, au pavillon des Provinces Françaises. Il enregistra une série de 78 tours pour Polydor mais cette société étant allemande, seul un disque fut édité commercialement en août 1939 et la firme fut mise alors sous séquestre. C’est en 1945 que ses amis les accordéonistes (et beaux-frères) Émile Prud’homme et Tony Murena le présentèrent à Édouard Dory, alors tout puissant directeur artistique du label Odéon, chez qui ils enregistraient leurs disques depuis plusieurs années.
Au cours de sa longue carrière, Jean Ségurel enregistra au total 646 titres différents. Ce qui demanderait une audition totale de près de trente-six heures si on les écoutait sans discontinuer. Reçu en 1936 comme compositeur à la Sacem (2), il en devint vite Sociétaire définitif. Au total, il déposa 830 œuvres, la plupart écrites en collaboration et dont certaines devaient devenir des succès populaires : La marche des célibataires, Oh ! Maria, Retour aux champs, La Cati, Bernadette-java, Un p’tit gars corrézien, Les coiffes blanches, Paris sans Auvergnats, Le Pays des Mille Sources, On danse en Auvergne, Une Espagnole à Saint-Flour, Marie des bruyères, Nostalgie de son pays, sans oublier bien entendu ses fameuses Bruyères corréziennes qui lui rapportèrent — et rapportent toujours à ses héritiers — plusieurs millions de francs de droits d’auteur. Il a également collaboré avec toutes les grandes vedettes de l’accordéon. Une chanson signée avec Jean Ségurel était synonyme de succès.
 
 
 
La Nuit des Auvergnats de Paris (la “Nuit arverne”) attirait des milliers de personnes chaque année au mois de décembre. En 1963, Jean Ségurel lui fit battre tous les records : treize mille entrées payantes ! De leur côté, les amicales des Chanteurs et Danseurs Limousins et les Corréziens de Paris le faisaient venir tous les ans au mois de novembre au Palais de la Mutualité. Résultat : entre trois mille et cinq mille personnes ! Il est vrai que la firme de disques CBS, cette année-là, avait fait placarder sur toutes les colonnes Morris de Paris et dans les couloirs du métro une grande affiche rouge de Jean Ségurel pour annoncer le bal et qui ne pouvait passer inaperçue.
 
 
En 1964 et 1965, la “Quinzaine auvergnate” fut organisée dans le quartier de la Bastille dans ce temple du music-hall qu’était le Concert Pacra, aujourd’hui disparu. Jean Ségurel en fut la vedette aux côtés des chanteurs Jean Cambon, Gérard Delord, Alain Nancey, Mireille Desbois, Anny Flore et des accordéonistes Jean Vaissade, Deprince, André Thivet et René Joly. Le succès fut tel que la Société Saint-Raphaël (l’apéritif), qui avait son siège social à côté dans le quartier du Marais, demanda à Roland Manoury d’organiser en 1968 une tournée sous chapiteau dans le Massif central pour le lancement de l’Avèze, un nouvel apérifif à la gentiane d’Auvergne. Mais c’était à la condition que Ségurel soit la vedette du spectacle en plus des autres artistes. Le succès dépassa toutes les espérances puisque Jean participa à la “Tournée Avèze” (devenue ensuite “L’Auvergne qui chante”) pendant dix ans jusqu’en 1977. Celle de 1975 vit les débuts prometteurs de Patrick Sébastien. Hélas, fatigué et mal remis d’un début d’infarctus en 1977, Jean Ségurel ne prit pas le départ de la dernière tournée prévue au cours de l’été 1978. Comme il n’était plus à l’affiche, le succès fut moindre.
 
 
Son état de santé aurait voulu qu’il se reposât chez lui à Chaumeil. Son médecin attitré, le docteur Bénassy, alors conseiller général du canton de Corrèze, décéda en octobre 1978, précédé quelques jours auparavant par celui de Jean Leymarie, le parolier de Bruyères corréziennes et grand ami de Jean Ségurel. Ces deux disparitions l’affectèrent énormément. Comme son épouse Anna, longtemps maire de Chaumeil, n’avait pas voulu se représenter, il s’était porté candidat aux élections municipales. Mais n’ayant pas été élu, il en fut profondément déçu et attristé. Toutefois, comme Jean Ségurel n’était pas du genre à se laisser abattre, son activité redoubla en ce mois de décembre 1978. Dans l’ordre : la “Nuit arverne”(il avait été invité au banquet), des émissions de télévision et de radio tant à Paris qu’à Limoges, de nombreuses prestations dans les maisons de retraite de la Corrèze, et enfin la traditionnelle veillée de Noël des Compagnons de la Joie au Village(le groupe folklorique de l’abbé Buge à Ussel). Le 23 décembre, Jean Ségurel prit une dernière fois le chemin du Studio Davout à Paris afin d’enregistrer son nouvel album chez CBS mais il ne put jamais l’écouter. Ce disque, publié en 1979 et réédité en CD par Sony-Music, passe encore aujourd’hui pour être l’un de ses meilleurs.
 
Roland Manoury filme Jean Ségurel pour le film "Au flanc des Monédières" en 1959.
De retour en Corrèze, il fut victime six jours plus tard d’un arrêt cardiaque. Il mourut subitement dans son lit et dans les bras de son vieil ami André Bayol, représentant de la société Maugein pour l’Aveyron, qui était venu à Chaumeil avec quelques jours d’avance pour lui souhaiter... la bonne année. Jean Ségurel venait de fêter quelques jours auparavant ses 70 ans. Il avait exigé dans ses dernières volontés qu’il n’y ait ni fleurs ni couronnes le jour de ses obsèques. En ce premier jour de l’année 1979, il faisait à Chaumeil un froid glacial. La neige tombée en abondance avait rendu les routes très glissantes, ce qui empêcha beaucoup de monde d’assister à son enterrement. Ce fut sans doute le jour le plus triste de toute l’histoire de ce petit village qu’il avait rendu célèbre. Pour la première fois, les Monédières venaient de prendre le deuil. Jean Ségurel était mort et le village ne fut tout à fait pareil.
 
En 1971 en Aubrac : de gauche à droite Jean Canevet, Gérard Delord, Marcel Pelat, Jean Ségurel, Jean Pons, Pierre Roux, Remi Remise, Robert Quinrin, Marcel Marginier.
 
Dès février 1979, s’est constituée l’association Les Amis de Jean Ségurel, dont le but initial était d’ériger une stèle en son hommage à Chaumeil. Elle fut inaugurée en 1981 face au rond-point qui porte son nom, comme quelques rues de plusieurs localités corréziennes, dont un square à Tulle. L’association, qui regroupa près d’un millier d’adhérents à ses débuts, en compte encore près de deux cent cinquante aujourd’hui. Elle organise chaque année depuis 1984 le Grand Prix Jean Ségurel de la Chanson Populaire , qui attire un nombreux public.
Trente ans après, la popularité de Jean Ségurel n’a pas faibli. Ses chansons sont toujours jouées dans les bals de France par de nombreux accordéonistes qui réclament toujours de la musique imprimée et les recueils de ses succès à Limousine-Édition. En 1981, la télévision régionale de Limoges réalisa une émission qui fut diffusée la même année dans toute la France sur le réseau FR3. En 1998, une autre émission fut tournée en Corrèze mais pour des raisons obscures de blocage des droits du réalisateur et du producteur, elle n’a jamais pu être diffusée ni éditée en vidéo. Les  disques I.L.D.  à Boulogne-Billancourt poursuivent l’édition sur un DVD de “Il était une fois Jean Ségurel” et “Le Bol d’Or des Monédières”. La même société exploite toujours d’autre part “L’intégrale des enregistrements de Jean Ségurel” en quatre albums : “Volume 1 : 1931-1936”, “Vol. 2 : 1936-1939”, “Vol. 3 : 1945-1952”. Le “Vol. 4. : 1952-1956” (Les Années Odéon) sortira dans l’été 2008. Les volumes 3 et 4 sont éditésen coffrets contenant deux CDs chacun. Par ailleurs, la Société Sony Music France, repreneur des Disques Odéon et CBS, a exploité cinq CDs de Jean Ségurel jusqu’en 2006. Il semble qu’elle n’en exploite plus aujourd’hui que deux ou trois.
Un autre producteur discographique, L.E.P.M. (Les Éditions Provençales Music), installé à Montfavet dans le Vaucluse, a repris aussi des enregistrements anciens et originaux de Jean Ségurel en 78 tours. Il va rééditer en 2008 les enregistrements de Jean Ségurel datant de la période CBS puisque Sony Music France ne désire plus les exploiter. Trente ans après sa mort, Jean Ségurel bat encore tous les records de vente de disques d’accordéon dans le Massif central. Le jeudi 7 Août dernier, la Corrèze a fêté avec éclat le centième anniversaire de sa naissance à Chaumeil le jour de l’arrivée de la course cycliste “Paris-Corrèze / Bol d’Or des Monédières” par une animation de 10 heures à 18 heures donnée par de nombreux accordéonistes et en soirée sous chapiteau un grand gala du centenaire a été présenté par son fils Alain Ségurel. Quant au festival des “Nuits de nacre” à Tulle, il y aura une soirée consacrée à Jean Ségurel le vendredi 19 septembre 2008 avec une rétrospective des “Grands Prix Jean Ségurel de la Chanson”, suivie d’un bal de nuit avec de nombreux accordéonistes.
Lorsqu’en décembre 2006, s’est éteint à son tour Robert Monédière, partenaire de Jean Ségurel et autre figure importante de l’accordéon, le village de Chaumeil est resté fidèle à cet instrument de musique populaire car il reste encore François Martini, Bernard Plas et Bernard Rual. Du vivant de Jean Ségurel, Chaumeil avait dans ses murs six orchestres de danse différents qui étaient dirigés par un accordéoniste. Grâce à l’accordéon, au vélo et à la course «“Paris-Corrèze”, Chaumeil est un village pas comme les autres. Si les bruyères ont disparu aujourd’hui tout comme Jean Ségurel et Robert Monédière, il est néanmoins entré désormais dans la légende de l’accordéon et du folklore.
Roland Manoury
(1) : Postes, télécommunications et télédiffusion.
(2) : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
Un livre grand format (21 cm x 29 cm), retraçant la vie en images de Jean Ségurel,  est publié depuis Février 2004. Un second tirage a été réalisé en juillet 2006. Il est essentiellement composé de très nombreuses photos en couleurs et en noir et blanc extraites de la collection de Roland Manoury et des archives mise à sa disposition par la famille du célèbre accordéoniste. Il comporte également sa discographie complète.
chez Roland Manoury, (Place de l’Église — 19800 Vitrac-sur-Montane).:
 
 
 
 
Discographie disponible de Ségurel en 2008
 
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Au concert Pacra à la bastille en 1965 pour la quinzaine auvergnate
 
 
 
— Sony Music France  (Fnac, disquaires et par internet) :
• “Et vive la bourrée d’Auvergne !” : CD Versailles VER 480735-2 Enregistrements originaux CBS. 25 titres en stéréo (1995-2007).
• “Les fiancés d’Auvergne” : CD Versailles VER 480734-2 Enregistrements originaux CBS. 16 titres en stéréo (1995-2007).
• “Les plus grands succès de Jean Ségurel” : CD SMM 505348-2 Enregistrements originaux CBS. 20 titres en stéréo (2001).
• “Bruyères corréziennes” : CD Versailles COL 477199-2 Enregistrements originaux CBS. 31 titres en stéréo (1994).
— Membran Music (site internet : www.membran.net) :
• “Bruyères Corréziennes” : CD 231102-205. 22 titres en stéréo (2007).
— Wagram Distribution (Fnac Disquaires) :
• “Jean Ségurel” : CD Wagram 311429-2. 14 titres en stéréo (2006).
— Disques I.L.D. (vente par correspondance et par internet : I.L.D. — 37 rue de la Belle Feuille — 92100 Boulogne-Billancourt. Site internet : www.ild.tm.fr) :
• “Intégrale 1955-1958 (vol. 4)” : 2 CDs ILD 642266 / 642267 31 titres en mono d’origine 33 et 45 tours Odéon (2008).
• “Intégrale 1952-1956 (vol. 4)” : 2 CDs ILD 642258 / 642259 52 titres en mono d’origine 78 et 45 tours Odéon (2007).
• “Intégrale 1945-1952 (vol. 3)” : 2 CDs ILD 642181 / 642182   40 titres en mono d’origine 78 tours Odéon (1998).
• “Intégrale 1937-1939 (vol. 2)” : CD ILD 642079 22 titres en mono d’origine 78 tours Salers, Pathé et Polydor (1993).
• “Intégrale 1931-1936 (vol. 1)” : CD ILD 642078. 23 titres en mono d’origine 78 tours Le Soleil et Limousine-Édition (1992).
Toute l’intégrale des enregistrements de Jean Ségurel de 1931 à 1958 est dans ce label.
— Disques L.E.P.M. (Contact : L.E.P.M. — Chemin de Tartay — 84140 Montfavet. Site internet : www.accordeonboutique.com) :
• “Centenaire de Jean Ségurel” : CD de 25 titres d’origine Odéon dont “Une Espagnole à Saint-Flour” et “Bol d’Or des Monédières” (2008).
• “Hommage à Jean Ségurel (vol. 7)” : CD de 29 titres enregistrés par Robert Monédière, AndréVerchuren, Jo Sony, Edouard Duleu, Christian Peschel, André Roques, Gérard Delord, Aimable, etc. (2007).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 4)” : CD 034802 25 titres d’origine 78 et 45 tours Odéon (2006).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 3)” : CD 044982 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2005).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 2)” : CD 044612 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2004).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 1)” : CD 044472 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2003).
— JDC Music (47000 Agen. Site internet : www.jdcmusic.fr)
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 3)” : CD de 20 titres d’origine 78 et 33 tours Odéon (2008).
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 2)” : CD de 20 titres d’origine 78 tours Odéon et Pathé (2005).
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 1)” : CD de 16 titres d’origine 78 tours Odéon et Pacific (1999).
 
 
 

 

La photo du lundi : Pour Haïti !

par Philippe Krümm

Bonnes nouvelles ! Nous savons que tous les musiciens sont saufs. Mais 4 n'ont plus de maison... Nous sommes plusieurs à travailler à un événement....le 11 Février...bientôt des informations sur ce projet d'aide aux musiciens.
 

 
 
 
Au travers de Ti-Coca et Wanga-Nègès, une grande pensée vers tout le peuple haïtien et tous les fantastiques artistes de cette île de légende.
(Des idées commencent à germer, pour dans un deuxieme temps, venir en aide aux artistes. Si vous avez vous aussi des idées n'hesitez pas à nous les communiquer !)
 
 
Aujourd’hui, dimanche 17 janvier, nous n’avons toujours aucune nouvelle de Ti-Coca et de ses musiciens
Richard Hector : banjo
Wilfrid Bolane : Contrebasse
Mathieu Chertoute : Percussion
Allen Juste : Accordéon
 
Le groupe « Wanga-Nègès » est constitué des 4 musiciens qui accompagnent le Chanteur Ti-Coca * Le groupe naît en 1976 et prend sa vitesse de croisière dans les années 80, au restaurant »C’est si bon » de Pétion ville. Il voyage pour la première fois ç l’étranger, au festival de musique de Fort-de-France, en 1988.
 
 
TI-Coca
David Mettelus est né en 1950 à Port-de-Paix (nord-Ouest d’Haïti). Il a appris le répertoire vaudou dès l’enfance dans le cadre familial, avant de commencer à chanter dans les bals de troubadours et de s’installer à la capitale pendant les années 70. « Un jour, en raison de ma petite taille, quelqu’un m’a comparé avec une bouteille de Coca-Cola, qui était beaucoup plus petite à cette époque. Le nom m’est resté. »
 
Textes extrait du disque : Ti-Coca & Wanga-Nègès - Haïti Colibri
Accords croisés / harmonia Mundi

 

Mimile Prud’homme (1913-1974)

par Philippe Krümm

 


 
 
Le plus Parisien des accordéonistes parisiens a été aussi vedette de cinéma.
 
« Onze livres ! Magnifique ! Ça représente le poids d’un beau filet de bœuf ! » Ainsi s’extasiait l’oncle Alfred à la vue du gros bébé que venait de mettre au monde sa belle-sœur en ce jour du 6 mars 1913 à Aubervilliers, dans la banlieue nord de Paris. On avait prénommé l’enfant Émile. Dans la famille Prud’homme, la tradition voulait qu’on soit boucher ou meneur de bestiaux aux abattoirs de La Villette tout proches. Ce qui explique qu’on avait un peu le goût des plaisanteries saignantes au sein de cette famille de gens simples mais braves et honnêtes.
On y aimait surtout la musique. L’oncle Marius jouait… du phonographe tandis que l’oncle Gaston était quelque peu pianiste et l’oncle Fernand accordéoniste. Quant à maman Prud’homme, elle tâtait du jazz, comme on disait à l’époque en parlant d’une batterie. Ces deux derniers (frère et sœur) avaient même formé un petit orchestre musette qui faisait danser les amoureux chaque dimanche dans une guinguette de Drancy, sur les bords du canal de l’Ourcq.
Ayant grandi dans cette ambiance, le jeune Mimile se sentit attiré par la musique. Il accepta de suivre des cours de piano, ce qui lui donna déjà un solide bagage. Lorsqu’il eut passé avec succès son certif’ et afin de rester dans la tradition familiale, on le fit travailler comme “grouillot” à la Bourse, puis aide-pointeur et enfin “agneau” à La Villette (ainsi appelait-on un apprenti boucher).
En 1933 il a 20 ans
Pendant les années 20, l’accordéon règnant en maître dans les bals musette de Paris et sa banlieue, le gamin décida qu’il deviendrait musicien professionnel, ce qui ne déplut pas à ses parents et au clan familial. C’est alors que l’oncle Fernand se “fendit” de 550 balles pour lui offrir un superbeDomenico Cavagnolo à trois rangées etquatre-vingts basses. À partir de ce moment, la chance n’allait plus quitter Mimile. Lequel, après avoir atteint sa majorité et accompli son service militaire au Maroc, devint un accordéoniste de plus en plus remarquable et... remarqué. Il fut engagé dans de nombreux musettes comme L’Ermitage à Maisons-Alfort, Chez Bousca rue de Lappe ainsi qu’au célèbre Tourbillon, rue de Tanger, où officiaient déjà Albert Carrara et Jean Vaissade.
 
Premiers disques, premiers succès
Vers le milieu des années 30, Émile Prud’homme devint l’un des plus authentiques représentants de ce style musette très parisien qui n’eut pas toujours bonne presse en raison des univers dans lesquels il évoluait : bals mal fréquentés, milieux louches où éclataient des bagarres entre durs de durs, prostitution, etc. Inspiré par le jeu d’un autre Émile, le grand Vacher (son maître), et celui des Frères Péguri, Prud’homme a su s’imposer en devenant un artiste extrêmement populaire dont le style, à la fois léger et spirituel, était mêlé à sa gouaille verbale de vrai titi parisien en qui se reconnaissait le petit peuple des bals musette. Il sut en tirer le meilleur parti durant toute sa vie.
 
En 1935, il enregistre ses premiers disques 78 tours dans une petite marque appelée Bengali. Un an plus tard, il entre par la grande porte chez Odéon, où il supplantera peu à peu la vedette maison Émile Vacher, dont l’étoile commençait à pâlir. Prud’homme avait en plus un cousin qui travaillait dans le cinéma. On le vit alors fréquenter de plus en plus les studios et figurer dans de nombreux films où il tenait son propre rôle d’accordéoniste et de chef d’orchestre. Ce furent “La charrette fantôme” (1939) avec Louis Jouvet, “Circonstances atténuantes” (1939) avec Michel Simon et Arletty (on ne le voit pas à l’image mais c’est lui qui double l’accordéoniste). Puis il y eut “Les musiciens du ciel” (1940) avec René Lefèvre et Madeleine Renaud et, après la Guerre, on le vit également dans “Les grandes vacances” avec Louis de Funès et “Gangsters en jupons” avec Ginette Leclerc. Mais le plus célèbre reste son premier film, “Un mauvais garçon” avec Danielle Darrieux et Henry Garat. Dans ses souvenirs (qu’il avait relatés voilà cinquante ans dans La Revue de l’Accordéoniste de Léon Agel), il raconte ainsi son voyage en Allemagne en 1936, où il était allé tourner ce film dans les célèbres studios de la U.F.A. de Babelsberg, près de Berlin.
 
Rencontre avec Moustache de Léopard
« Engagé pour tourner le film, j’avais prévenu mon patron Marius, qui tenait le bal de la rue des Vertus, où je travaillais au fixe, afin qu’il me trouve un remplaçant, car il avait ses gueules comme accordéonistes. Le samedi, j’arrivais à la Gare de l’Est une demi-heure avant le départ du train pour Berlin. Je grimpais dans le compartiment qui m’était réservé. J’ouvrais mes quinquets, n’ayant jamais mis les pinceaux dans un vrai train de luxe. Avec les tapis qu’il y avait dans le wagon, j’aurais pu meubler mon trois pièces ! Et avec la marquetterie, me faire une belle salle à becqueter… Enfin, c’était un vrai palace roulant.
19 heures : coup de sifflet. Le train s’ébranle et me voilà barré pour l’Allemagne. C’est en regardant par la vitre que je m’aperçus que nous roulions : j’en revenais pas ! Aussi sec, je pensais déjà à ce que j’allais faire comme boulot et, en même temps, j’avais un peu le cafard de quitter ma famille et la France. Enfin, j’étais dans le bain et je gambergeais comment j’allais me défendre pour faire ce film.
 
À 10 heures du soir, on passait la douane belge. Je déclarais mon biniou au douanier, enquiquinant comme tous ses confrères et à minuit, le train arrivait à la frontière allemande. Je n’avais jamais vu de douaniers allemands. Il fallait voir comment ils étaient sapés. Contrairement à ce que je pensais, celui qui me contrôla était beaucoup moins emm… que son collègue belge, surtout quand il prit connaissance de mon contrat avec la U.F.A. J’aurais pu passer n’importe quoi et c’est avec tous les honneurs que je rentrais en Allemagne. J’ai regagné ma couchette et j’en écrasais jusqu’au lendemain matin où notre train arriva à 7 h 30 exactement à la Gare du Zoo de Berlin.
À l’arrivée, on devait venir me chercher en bagnole, mais que dalle, personne. Vous parlez d’une bougie que je faisais, surtout que je ne jaspinais pas un mot de uhlan. Comme j’avais pris l’adresse où je devais rejoindre l’équipe et les artistes, la “Pension Impériale” sur le Kürfurstendamm, je m’expliquais tant bien que mal au chauffeur de taxi qui m’emmenait vers cet hôtel.
En cours de route, nous avons rencontré une foule immense qui semblait se diriger vers un point, je serais incapable de dire où, mais vous n’allez pas tarder à comprendre. Vu cette énorme foule, mon taxi n’a pas tardé à être bloqué. Un peu curieux, j’ai voulu savoir ce qui se passait : sur une immense estrade, entourée de centaines de drapeaux et d’oriflammes, vous savez, les mêmes que ceux qu’on a vus sur les Champs-Élysées pendant que les “Mirontons” étaient là de 1940 à 1944, un gars en chemise brune (on peut dire qu’il a été une vedette pendant un sacré bout de temps !) leur balançait un discours maison que la foule scandait par des “heil !”, “heil !”. À croire qu’en voyant que j’étais un “Françouze”, où ce sacré chauffeur m’avait-il fourré ? C’était une vacherie. Voilà mon premier souvenir de Berlin et il est “maison” : je venais de faire connaissance avec celui qui fit ch… le monde pendant dix piges, et j’suis modeste.
Arrivé à la pension, je retrouvais le compositeur Georges Van Parys et le réalisateur Jean Boyer qui, par curiosité, avaient été aussi voir et entendre Adolf, raison pour laquelle ils m’avaient loupé à la gare. Inutile de dire que nous en avons rigolé pour un bout de temps.
Une sympathie réelle régnait dans cet hôtel où les patrons parlaient français couramment. En plus, il y avait un garçon au crâne rasé comme un œuf (une vraie tête de Chleu!) qui, chose incroyable, jacquetait l’argomuche comme un mec de Pigalle. On me prévint de mettre ma langue au placard car ce gars-là était, paraît-il, du truc où on met les pieds dessus quand on monte sur un vélo et, plus grave, un agent de la Gestapo. J’allais donc de surprise en surprise et je ne m’attendais pas à tout ça pour mon premier jour à Berlin. »
 
Le tournage de son premier film: “Un Mauvais Garçon”
« L’après-midi, c’était un dimanche, donc jour de repos et je fis une belote avec Henri Garat, Van Paris et Jean Boyer. Ne connaissant pas la belote bridgée, j’ai appris celle-ci en moins de deux et leur ai pris 300 balles à chacun. Les affaires allaient si bon train qu’il n’y avait aucune raison que je ne rentre pas millionnaire à Paris ! Mais le lendemain, debout à 7 heures : j’allais commencer mon boulot. Devant la pension, il y avait deux bagnoles : celle de Garat, une Ford dernier modèle qui tapait son 180 facile et la Plymouth de Van Parys. Garat m’invita à monter dans la sienne et nous voilà partis vers les studios de Neubabelsberg, à environ trente kilomètres de Berlin. Pour y aller, le plus pratique était de prendre l’Avus, une autostrade où l’on payait un péage d’un demi Reichsmark. On pouvait filer comme on voulait. Inutile de dire que Garat s’en est payé et c’était la première fois que je faisais du 150 à l’heure en bagnole. À la sortie de l’Avus, on entrait dans Potsdam où il y avait un très joli château, résidence des empereurs d’Allemagne. Ensuite, c’était Swansee, avec son magnifique lac où évoluaient des centaines de voiliers. Enfin Neubabelsberg, dont l’entrée des studios était gardée comme une prison. Les gardiens (ces gens-là aimaient l’uniforme) ressemblaient à des officiers de Waffen SS. Et ils vous faisaient jeter votre cigarette si vous fumiez.
J’assistais au tournage toute la journée. C’était très intéressant de voir la manière avec laquelle Jean Boyer faisait jouer ses artistes. J’ai toujours été en admiration devant cet homme simple, sympathique, un grand artiste, un prince de la chanson et de la mise en scène. Lui et Van Parys font une flèche incomparable. Il est facile de s’en rendre compte rien que par les succès qu’ils ont composés et que tout le monde connaît. Ce que j’allais avoir à faire dans “Un mauvais garçon”, je n’allais pas tarder à le savoir. Van Parys se mit au piano et me fit écouter deux airs : un fox, Je n’donnerais pas ma place, et une valse, Un mauvais garçon. Pour cette dernière, il me demanda un conseil : “Toi, Mimile, qui travaille dans les bals musette, qu’en penses-tu ? Faut-il un couplet en mineur ou en majeur ?” Mon avis fut de le mettre en mineur. Je pense ne pas m’être trompé. Tout le monde se rappelle ce couplet qui commençait par : “Nous, les paumés / Nous ne somm’s pas aimés / Des bons bourgeois / Qui nagent dans la joie”, etc. Je ne dis pas que c’est le couplet en mineur qui fit le succès de la chanson, mais il y contribua. Pour l’accordéon, le mode mineur donne vraiment une nostalgie qui accroche l’oreille du profane.
Le lendemain, Van Parys et Jean Boyer avaient refait le couplet en un quart d’heure. Vers 5 heures, Henri Garat connaissait à fond la chanson et nous étions prêts à tourner la scène. J’étais assis sur une table, Garat et la très belle Danielle Darrieux dansaient. À un moment donné, je faisais semblant d’être fatigué et leur disais : “Dites-donc, les amoureux… Vous en avez encore pour longtemps ? J’irais bien me coucher, ça fait deux plombes que la taule est fermée et j’suis en train de faire du rab !” Garat s’avançait alors vers moi et me disait, en me tendant un gros bifton : “T’occupe pas de ça, continue !”. Et je reprenais la ritournelle d’Un mauvais garçon. »
 
Des chansons populaires
« J’avoue que ce film — un très gros succès à sa sortie à la fin de 1936 — m’a considérablement aidé dans ma carrière, à tous points de vue. D’abord, de faire la connaissance de beaucoup d’artistes, de gens de cinéma et surtout d’apprendre mon métier.
Jean Boyer, qui ne perd rien et a été très observateur, me disait : “Mimile, t’as une gueule sympathique. De toi, on peut entendre n’importe quel gros mot, c’est toujours bien !” Pendant ce tournage, il profita de mes connaissances en argot pour écrire la fameuse chanson Appelez ça comme vous voudrez, créée par Maurice Chevalier qui chanta, pendant que j’étais en perm’ en 1939, cette autre chanson conçue spécialement pour moi par Jean Boyer et Van Parys : “Mimile”.
Plusieurs jours passèrent pour la synchronisation du film, les techniciens allemands du son étant alors les meilleurs d’Europe. On répétait avec l’orchestre composé rien que d’Allemands, étant le seul musicien français à avoir été accepté à Berlin. Pour leur donner le style musette, ça a été du boulot. Mais tout a une fin et dix jours plus tard, j’allais rentrer dans mes pénates et mon retour a été assez marrant. »
 
Une drôle de promenade
« Au studio, Van Parys m’a dit : “Tu sais, Mimile, c’est terminé pour toi, tu pourras partir demain si tu veux.” Il faut cependant que je dise que, même le peu de temps où je suis resté à Berlin, j’avais un peu le cafard car je ne me sentais pas chez moi, malgré tous les amis qui m’entouraient. Il y avait eu aussi un petit incident qui m’est resté au cœur. Un jour que je n’avais rien à faire au studio, j’étais allé me promener dans la ville. Comme je n’y entrave que dalle en chleu, j’ai pris un bus qui passait devant l’hôtel en essayant de faire comprendre au receveur que je voulais payer jusqu’au terminus, ce qui me ferait voir Berlin et idem pour le retour. À l’aller, ça se passa très bien. L’employé comprit parfaitement et me dit même qu’il avait été fait prisonnier en France en 1917. Mais au retour, l’autre reçeveur, une vraie tête de lard celui-là, n’a même pas compris que je voulais descendre au Kürfurstendamm, me demandant sans cesse si j’étais Anglais avec un large sourire.
En cette période, les Allemands aimaient mieux, c’est vrai, les Anglais que nous. Répondant que j’étais “Françouze”, si vous aviez vu la gueule qu’il m’a faite… Il a même craché par terre! Dans ce pays-là, j’ai bien été obligé d’encaisser le coup. Je vous assure qu’il n’aurait pas fallu que je le repique à Paname car je lui aurais fait passer un drôle de quart d’heure ! Mais croyez-moi, cet incident m’avait beaucoup refroidi sur l’Allemagne nazie. En plus de ça, j’avais vu tous les jours défiler des chars et des troupes en vert-de-gris. J’en avais marre et mes amis étaient du même avis que moi. On sentait déjà que ces gars-là étaient prêts, déjà en 1936, à nous tomber dessus. Vous voyez que les voyages servent parfois à se documenter sérieusement.
J’ai alors pris subitement la décision de rentrer à Paris. Mais le prochain train ne partant de Berlin qu’à minuit, j’ai téléphoné à l’aérodrôme de Tempelhof d’où un avion partait à 16 heures. Van Parys me proposa de m’y conduire. Sur le parcours, éclata un orage dont je me souviendrai longtemps : un vrai déluge. Il me dit : “T’as du courage de prendre le zinc par un temps pareil !” Je lui répondis qu’en l’air, ça s’arrangerait, ce qui fut vrai. Ayant envoyé un télégramme à ma famille pour signaler mon arrivée, à 8 heures du soir, mon avion atterrissait sans incident au Bourget. Ça m’a fait du bien de voir flotter des drapeaux tricolores après en avoir tant vu avec des croix gammées !”
 
Jours de gloire pour Mimile
Mobilisé en 1939, Émile Prud’homme, qui avait presssenti trois ans auparavant que la Guerre avec l’Allemagne était inévitable, revint heureusement sain et sauf du conflit. Après l’Exode de 1940, il se retrouva à Dax. Pendant l’Occupation, les bals étant interdits, il poursuivit cependant sa carrière musicale en se produisant en attraction dans les cinémas, enregistrant de nouveaux disques chez Odéon. Lorsque la Libération arrive en 1944, les bals sont à nouveau autorisés. Prud’homme monte alors un orchestre de style musette et fait danser Paris et la province, attirant une foule considérable de personnes. La Salle Wagram à Paris (où il anime le bal des Catherinettes) et les bals du 14 Juillet contribuent à la très grande popularité d’Émile.
Son mariage après la Guerre avec Suzanne Pays — une jeune acrobate qu’il connaissait déjà et qu’il rencontra au cours d’une tournée à Montréal en 1949 — lui vaudra de devenir le beau-frère d’un autre très célèbre accordéoniste : son grand copain Tony Muréna qui épousa Georgette, la sœur cadette de Suzanne.
 
A Casablanca en 48
Le Club de l’Accordéon
Dès 1948, il avait fondé avec Tony Muréna et deux autres formidables instrumentistes, Émile Carrara et Gus Viseur, le fameux Club de l’Accordéon qui se produisit sur la scène des music-halls de Paris et des cinémas de province. Les quatre compères remportent un succès considérable. Ils participent en plus à une émission de radio qui porte le même titre ainsi qu’à l’une des plus fortes audiences de ce qui était encore la Radiodiffusion Française. C’est aussi l’époque des grands succès populaires de la chanson. Mimile compose quelques titres comptant parmi les plus beaux fleurons de la valse musette ou de la polka à variations : Roucoulade d’oiseaux, Le réveil du square, Musettes tyroliennes, Le merle chante, C’est la fiesta, Et ça repart, Le bistrot au bord de l’eau, Pour sûr (créé par Bourvil), Le peintre des montagnes et  Miam-miam ! (avec Maurice Alexander), enfin Ma joie (chantée par Tino Rossi), etc.
Il se lie d’amitié avec Jean Ségurel. Et c’est grâce à Émile Prud’homme ainsi qu’à Tony Muréna que le Corrézien fait son entrée aux disques Odéon. Ils ne se font pas de concurrence, car leur style est différent : folklorique pour Ségurel, jazz pour Murena, musette pour Mimile. Lorsque celui-ci enregistre Le paso auvergnat, on l’entend dire avec sa gouaille habituelle que « c’est le seul paso doble qui a fait “trembler Ségurelos” ! ». Odéon lui édite en moyenne entre trois et quatre disques 78 tours chaque mois. Si bien qu’en 1955, il est le premier accordéoniste français à recevoir un disque d’or pour un million de disques vendus sous ce label. Il reçevra son trophée au cours d’un mémorable cocktail donné au bal musette Le Tourbillon.
 
Notre vin quotidien
Prud’homme gagne beaucoup d’argent avec son istrument. Il s’installe avec sa famille (son épouse Suzanne et ses enfants Chantal et Milou) à Triel-sur-Seine, près de Poissy, où il vient d’acquérir une très belle et confortable maison dans laquelle il aime à recevoir ses nombreux amis. Plus de deux mille compositions sont à son actif à la SACEM, dont il est sociétaire définitif. Après avoir joué un certain temps sur des modèles Maugein, il entre chez Fratelli Crosio, une marque qu’il ne quittera plus. Quand arrive le microsillon, Odéon puis CBS lui font enregistrer de nombreux albums aux titres évocateurs, toujours empreints d’une bonne humeur communicative : “Mimile fait du genre” (la pochette le montre jouant de l’accordéon avec des... gants de boxe !), “C’est la fiesta chez Mimile”, “En pleine forme”, “Surprise-partie chez Mimile”, “Les conseils de Prud’homme”, “Notre vin quotidien”, “À boire !”, “Ça sent les frites”, etc.
Sa cave était plus garnie que celle d’un grand restaurant, et son goût pour le bon vin était légendaire. C’est peut-être parce qu’il en a un peu trop abusé que sa vie fut si écourtée. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, il détient toujours avec André Verchuren le record absolu de titres enregistrés par un accordéoniste sur des disques, bien que sa carrière ait été brutalement interrompue le 22 juin 1974 : Émile Prud’homme fut frappé d’hémiplégie. Transporté d’urgence à la clinique d’Evecquemont, près de Triel, une embolie pulmonaire l’emporta finalement le 17 juillet suivant. Il était âgé seulement de 61 ans.
Emile avec Marcel Mallet et au centre Dédé la musique
Peu d’accordéonistes ont su maîtriser comme lui l’art d’interpréter le style musette. Pour tous ceux qui aiment l’accordéon, il restera Mimile, un artiste dont le grand cœur n’eut d’égal que son talent. On peut regretter que sur les deux mille titres qu’il enregistra, si peu aient été réédités par Sony Music. Il y a là une importante lacune à combler. Pourquoi ne pas envoyer des tas de pétitions à cette grande maison de disques au 131, avenue de Wagram à Paris 17e, pour leur demander de faire un petit effort en ce sens ? Qui ne demande rien… n’a rien.
Roland Manoury
 
 
 
 

Discographie de Prud’homme

M. Roger Pindon, grand collectionneur de disques d’accordéon habitant la Nièvre, a réussi à référencer pratiquement toute la discographie d’Émile Prud’homme. Le résultat est étonnant. Ainsi, au cours de sa carrière, le populaire musicien a enregistré :

• 2 disques 78 tours Ultraphone.

• 3 disques 78 tours Consortium.

• 7 disques 78 tours Bengali.

• 2 disques 78 tours Idéal.

• 1 disque 78 tours Cristal.

• 1 disque 78 tours Polydor.

• 2 disques 78 tours Perfectaphone.

• 1 disque 78 tours Ricard (publicitaire).

• 9 disques 78 tours Decca.

• 366 disques 78 tours Odéon entre 1935 et 1955.

• 58  disques 45 tours “simples” Odéon entre 1954 et 1963 (pour juke-boxes).

• 104 disques 45 tours “longue durée” Odéon entre 1954 et 1963.

• 27 disques 33 tours 25 et 30 cm Odéon entre 1954 et 1963.

• 26 disques ou albums 33 tours 30 cm CBS entre 1963 et 1974.

• 4 disques 45 tours “longue durée” CBS entre 1964 et 1965.

• 9 disques 45 tours “simples” CBS entre 1964 et 1973 (pour juke-boxes).

 

Discographie en CD d’Émile Prud’homme disponible (en théorie) actuellement :

• “Les inoubliables de l’accordéon (1935-1941)” (Music Memoria/Virgin France 882422, 1993).

• “Émile Prud’homme, Ritm’O” (Columbia/Sony Music France COL 460943-2, 1988).

• “Monsieur Musette” (Versailles/Sony Music France VER 476811-2, 1994).

• “Le bal à Mimile” (Versailles/Sony Music France VER 47758262, 1994).

• “Le roi du musette” (Versailles/Sony Music France VER 480270-2, 1995).

• “Émile Prud’homme (originaux 1936-1943)” (I.L.D. 642143, 1994).

• “100 % musette (originaux 1944-1950)” (I.L.D. 642202, 2001).

• “Émile Prud’homme (originaux 1936-1939)” (JDC Music, Agen — vol. 1 : 132-C  — vol. 2 : 135-C, 1999).

• “Mimile joue Piaf et Trénet” (réédition en CD de deux 33 T CBS de 1966) (Sony Music France, 2001).

N. B. : Émile Prud’homme figure aussi dans plusieurs compilations chez Sony Music/Versailles avec Yvette Horner, Joss Baselli, Jean Ségurel, Jo Sony et chez I.L.D. “L’âge d’or de l’Accordéon”  (vol. 1, 2 et 3).

 

Jazz accordéon : quoi de neuf en 2010 ?

par Philippe Krümm

 

 

 
2010 est là. Que se trame t-il du côté de l’accordéon jazz français ? Tour d’horizon de certains de nos meilleurs improvisateurs.
 
Par Jonathan Duclos-Arkilovitch
 
David Venitucci
Nouvelle année, nouvel accordéon pour David Venitucci. Après Cavagnolo, il opte pour la marque Fisart (modèle à déclencheur Osmose), distribué par Jean-Pierre Leray à la Maison de l’Accordéon à Rennes. Côté projets, David rempile au Théâtre Essaion à Paris avec la chanteuse Annick Cisaruk, tous les lundis jusqu’à juin. Disque-hommage à Léo Ferré “Les ailes du temps”, à paraître cette année (Le Chant du Monde). Autre enregistrement prévu en 2010, celui du trio Hradcany, le troisième, avec ses Serge Adam et Philippe Botta, sur un répertoire de jazz et de musique de l’est. Les tournées des groupes avec lesquels David a marqué l’actualité discographique à l’automne se poursuivent. À guetter sur scènes : le groupe à géométrie variable de la harpiste Isabelle Olivier, le quartet du contrebassiste Renaud Garcia-Fons et la grande formation de Jean-Christophe Cholet, qui annonce une création à venir avec le turbulent chef et compositeur anglais Django Bates.
Dans les bacs : Isabelle Olivier, “My Foolish Harp” (Plus Loin) • Diagonal, “French Touch” (Cristal Records) • Renaud Garcia-Fons, “La linea del sur” (Enja) • Annick Cisaruk “Chante Barbara” (Celluloïd/Rue Stendhal).
© Caprio
 
Didier Ithursarry
Après une année sur les chapeaux de roue, notamment grâce à sa collaboration fertile avec Sanseverino, le Basque réinvestit de près les champs du jazz et des musiques improvisées. En ligne de mire : les groupes de Guillaume St-James, du chanteur Kristof Hiriart (Bilika, enregistrement prévu), d’Olivier Lété, de Claude Barthélémy, une nouvelle création avec le quartet de Jean-Luc Fillon, plus les projets de la grande formation Danzas de Jean-Marie Machado, avec trois programmes qui tourneront cette année en simultanée dont “Fiesta nocturna” (musique de danse revisitée) — disque dans les bacs au printemps — et “La fête à Bobby” (hommage à Bobby Lapointe créé à St-Ouen en octobre, avec André Minvielle). Le nouveau trio acoustique du saxophoniste Christophe Monniot, dont fait partie Guillaume Roy (violon alto), est attendu au festival de Grenoble en avril. Avec le bassiste Laurent David, Didier a trouvé un partenaire de choix : outre leur association dans le TRYO(UT) du tromboniste Sébastien Llado (disque prévu en 2010), les deux hommes accompagnent un jeune chanteur, Antoine Loyer, qui devrait être l’une des révélations de l’année. Il paraît que Sanseverino est déjà fan !
• Dans les bacs : Serge Luc Quartet, “Rebond” (ABS/Harmonia Mundi) • Pandémonium, “Peter And Lupus” (Victorie Music/Universal) • Guillaume St-James 6tet, “Jazzarium Météo Songs” (autoproduction).


 © D.R.
 
René Sopa
Actualité discographique chargée pour le Niçois : après la sortie de “Carinhos tango” avec Marcel Loeffler et Aurélien Noël, et “Nuits parisiennes”, 2010 verra la sortie de trois nouvelles productions. D’abord “Obrigado”, album aux rythmiques cubaines sur des valses, choros et salsas avec accordéon, violon, contrebasse et percussions. Un autre projet où René alternera entre la batterie et l’accordéon, sur des arrangements pour cinq cuivres. Et suite à la tournée en quintette organisée avec Kamil Erden (rencontré cet été au festival de jazz d’Istanbul) du 10 au 20 février en Turquie, dont un passage au Ankara Jazz Festival, un disque du projet est prévu.
• www.renesopa.com


© Bill Akwa Bétotè
 
Ludovic Beier
À l’occasion du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, Ludovic Beier s’associe aux plus fervents représentants du jazz manouche actuel dans “Le manoir de mes rêves”, un concert-spectacle qui tourne dans toute la France dès janvier. Au casting : Angelo Debarre, son fidèle acolyte, Tchavolo Hassan, Antonio Licusati ainsi que Thomas Dutronc, Marius Apostol et David Reinhardt en invités. “Suite à la rencontre avec Rémi Guichard du label Éveil et Découvertes, grand spécialiste de productions musicales pour l'enfance, Marc Berthoumieux et Ludovic, qui se connaissent depuis plus de dix ans, ont (enfin) réalisé un album en commun. Ce dernier réunit quelques-unes des plus belles comptines pour enfant et deux inédits : cela donne le disque “Jazz accordéons à la récré”, auquel ont participé notamment Sanseverino, Mélanie Dahan et Minino Garay.”

Marcel Loeffler
Son dernier album à peine enregistré (un hommage à Gus Viseur à paraître chez Dreyfus Jazz en mars), Marcel part à la mi-janvier pour une tournée de trois semaines aux États-Unis/Canada en compagnie du guitariste Dorado Schmitt (“Django Reinhardt 100th Birthday Tour Celebration”). Les fans européens patienteront d’ici l’été pour les découvrir ensemble sur scène. L’Alsacien, à qui la 13e édition du “Printemps des bretelles” à Illkirch offrira une carte blanche en mars prochain (invités : Mandino Reinhardt, André Minvielle), annonce avec fierté la création d’un nouveau modèle d’accordéon adapté pour le jazz, réalisé avec l’aide de Stéphanie Simon (basée à St-Armand) et commercialisé sous la marque Gadji.
 
Daniel Mille
Discret ces deux dernières années, Mille attaque 2010 avec les meilleurs espoirs, porté par l’élan d’un disque magnifique sorti avant Noël (“L’attente”, chez Universal Jazz). Sur scène, après les premiers concerts du Sunset, les fans seront au rendez-vous à l’Européen (Paris) le 9 février. Il y sera entouré de son groupe et de ses amis, dont Rolando Faria, Marcel Azzola, Lionel Suarez et bien sûr Jean-Louis Trintignant. Ce dernier, entre deux tournages, retrouvera son complice dès la fin de l’été pour leur spectacle autour de Prévert, Vian et Denos (qui devrait sortir en 2011 en DVD, filmé par Patrice Leconte).. Daniel travaille aussi sur un projet de rencontre (prévu au printemps) avec Driss El Malouni, joueur de oud marocain.

© Lucille Reyboz
 
Lionel Suarez
Difficile de citer tous les projets à venir et tous les artistes qui le sollicitent. Suarez a plus que jamais le vent en poupe. Les quatre projets présentés dans le cadre de sa carte blanche au festival “Jazz sur son 31” en octobre dernier devraient se prolonger en 2010. D’abord, la rencontre avec le jeune batteur et violoncelliste bordelais Pierre François Dufour, qui sera présent sur le premier album de Lionel en leader enregistré en juin. Lionel et Pierre-François partagent aussi l’affiche du quartet d’Éric Seva. Une tournée est à l’étude avec le Gardel Quartet, qui réunissait pour la première fois à Toulouse Airelle Besson, Vincent Segal et Minino Garay. Enfin, dans la série “Rencontres du 3e type”, celle de Minvielle & Sanseverino & Suarez est promise à un avenir certain. On attend par ailleurs avec impatience le prochain CD de Minvieille en février chez Bee Jazz, réalisé notamment avec Lionel, David Linx, Marcel Loeffler, en hommage à Jon Hendricks.


© D.R.
 
Marc Berthoumieux
Entre les sessions de travail qui s’intensifient sur son prochain album studio très attendu, prévu d’ici l’automne sur son label Sous la ville, et les nombreuses collaborations en sideman, Berthoumieux l’iconoclaste ne chôme pas. Tandis que la tournée avec la chanteuse Mélanie Dahan se poursuit en 2010 (CD “La princesse et les croques-notes”, chez Cristal), et que les disques de Maurane (“Nougaro ou l’espérance en l’homme”, Polydor) et, avec Beier, “Jazz accordéons à la récré” (Universal) s’assurent une belle place dans les bacs, la reformation du groupe du guitariste Louis Winsberg la Danse du Vent (avec Franck Tortiller, Stéphane Huchard, Linley Marthe) marque en beauté le début de cette nouvelle année. Trois concerts exceptionnels seront donnés au Jazz Club de Dunkerque en janvier.
 
Vincent Peirani
Classique, chanson ou jazz, le virtuose originaire de Nice est sur tous les fronts. Janvier marquera la sortie de l’album chez Zig Zag Territoires avec son complice saxophoniste Vincent Lê Quang, duo récompensé au concours de la Défense en 2003. Le guitariste Sylvain Luc y officie, en invité. Côté disques toujours, à paraître, la production du duo qu’il partage avec le violoncelliste François Salque, sur un répertoire mêlant classique et traditions de l’Europe de l’est. Après l’album très remarqué “Sicilien” (Deutsch Grammophon) de Roberto Alagna, voilà la tournée des Zénith, dès avril. Vincent sera l’invité en juillet du trio de Michel Portal au festival “Vague de jazz” en Vendée. Autre star du jazz tricolore à faire appel à lui, le batteur Daniel Humair, pour un projet de nouveau groupe créé en 2010 (avec Émile Parisien et Jérôme Regard). Sur son agenda : des dates avec Mélosolex, avec le groupe les Yeux Noirs… Un projet de quartet sous son nom, et l’écriture de morceaux pour le groupe de la chanteuse indonésienne Serena Fisseau.
• Dans les bacs : “Melosolex” (Labelouie/Abeille).
 
Daniel Colin
Qu’on se le dise : Daniel Colin est en pleine forme ! Après un début d’année 2009 chaotique, marqué par l’accident de son ami Patrick Saussois, et deux passages sur le billard plus une rééducation douloureuse, celui que Jo Privat surnommait « le turbo » a retrouvé, à 67 ans, sa virtuosité et sa bonne humeur. La preuve : il vient de faire deux tournées réussies au Japon en compagnie de Dominique Cravic et de Claire Elzière pour la promotion de leurs albums (lire entretien page 30 dans ce numéro, NDLR). Les Japonais devraient les réinviter en 2010. Entre-temps, Daniel continuera de promener ses instruments (accordéon et bandonéon) au gré des invitations, des Primitifs du Futur (tournée aux États-Unis en avril) à Maurane ou au groupe Java.
• Dans les bacs : “French Café Music” (Respect/Frémeaux) • Claire Elzière, “Chansons d’amour de Paris” (Respect Records) • Novelty Fox, “Forgotten Dreams” (Frémeaux & associés) • Java, “Maudit Français” (Makasound).
 
Francis Jauvain
Plusieurs sorties de disques en 2010 pour le chantre tricolore de l’accordina, également saxophoniste baryton. D’abord, un duo avec le pianiste Tony Baker, “De Satie à Privat”. Le Trio Kotao formé de Thierry Colson (contrebasse) et Olivier Cahours (guitare), sur un répertoire de compositions de ce dernier. Un hommage à Brassens interprété par Alain Brisemontier. “Les jours qui tanguent” du chanteur Paul Meslet. Un projet mêlant accordina et informatique avec Patrice Larose. Côté instrument, Jauvain a participé à la conception d’un nouvel accordina Labourdette. Six modèles sont en fabrication. Il écrit une méthode d’accordina et compte mettre en place des cours à Paris.
 

 

Laisse le bon temps rouler, mais n’oublie pas Chenier !

par Philippe Krümm

 
Clifton Chenier (1925-1987), on le crédite sans trop de contestation de l’invention géniale du zydeco. À la fin des années 1940/début 50s, il mixa sur son accordéon touches piano la musique des cajuns blancs, des créoles avec un peu de blues et de rock, tout en gardant très présent le son de La Nouvelle-Orléans, d’où il était originaire…Et le tout souvent chanté en français.
La musique « french zaricot » (comme il disait) est désormais un standard, mais peu de musiciens arrivent de nos jours à avoir sa puissance sur scène. Il fallait voir Clifton derrière son micro interpeller la foule par un somptueux « Eh là-bas ! » et entendre l’incroyable retour du public… Comme un Django pour la communauté tsigane, Clifton a créé la musique dans laquelle se reconnaît toute la communauté noire de Louisiane.

La photo du lundi : AH ! les basses tchèques !!!!!

par Philippe Krümm

 

 
 
 
Bon, il fait froid…. Je sais, c’est banal. Mais comment jouer de l’accordéon par ces grands frimas ? Et bien faisons comme nos amis Tchèques. Couvrons-nous ! : Bonnes chaussures, grosses chaussettes, longs manteaux et chauds chapeaux pointus ne permettant pas à la neige de s’accumuler …Et outre un violon et un psaltérion à marteaux deux beaux accordéons 4 rangs « hélikon diatonique » aux basses bien grasses…J’aime ce son de basses. Malheureusement en France peu voir pas de musicien, se sont approprié ce genre d’accordéons.
Peut-être serez-vous intéressés pour posséder un tel instrument. Je vous propose « l’hélikon diatonique, 3 rangs modèle Hlavacek 1938 deluxe » de la fabrique en république Tchèque, Zdenek Koutny. Et quand vous serez au point. Faites le savoir…Ce sera un plaisir.

 

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