Le plus Parisien des accordéonistes parisiens a été aussi vedette de cinéma.
« Onze livres ! Magnifique ! Ça représente le poids d’un beau filet de bœuf ! » Ainsi s’extasiait l’oncle Alfred à la vue du gros bébé que venait de mettre au monde sa belle-sœur en ce jour du 6 mars 1913 à Aubervilliers, dans la banlieue nord de Paris. On avait prénommé l’enfant Émile. Dans la famille Prud’homme, la tradition voulait qu’on soit boucher ou meneur de bestiaux aux abattoirs de La Villette tout proches. Ce qui explique qu’on avait un peu le goût des plaisanteries saignantes au sein de cette famille de gens simples mais braves et honnêtes.
On y aimait surtout la musique. L’oncle Marius jouait… du phonographe tandis que l’oncle Gaston était quelque peu pianiste et l’oncle Fernand accordéoniste. Quant à maman Prud’homme, elle tâtait du jazz, comme on disait à l’époque en parlant d’une batterie. Ces deux derniers (frère et sœur) avaient même formé un petit orchestre musette qui faisait danser les amoureux chaque dimanche dans une guinguette de Drancy, sur les bords du canal de l’Ourcq.
Ayant grandi dans cette ambiance, le jeune Mimile se sentit attiré par la musique. Il accepta de suivre des cours de piano, ce qui lui donna déjà un solide bagage. Lorsqu’il eut passé avec succès son certif’ et afin de rester dans la tradition familiale, on le fit travailler comme “grouillot” à la Bourse, puis aide-pointeur et enfin “agneau” à La Villette (ainsi appelait-on un apprenti boucher).
En 1933 il a 20 ans
Pendant les années 20, l’accordéon règnant en maître dans les bals musette de Paris et sa banlieue, le gamin décida qu’il deviendrait musicien professionnel, ce qui ne déplut pas à ses parents et au clan familial. C’est alors que l’oncle Fernand se “fendit” de 550 balles pour lui offrir un superbeDomenico Cavagnolo à trois rangées etquatre-vingts basses. À partir de ce moment, la chance n’allait plus quitter Mimile. Lequel, après avoir atteint sa majorité et accompli son service militaire au Maroc, devint un accordéoniste de plus en plus remarquable et... remarqué. Il fut engagé dans de nombreux musettes comme L’Ermitage à Maisons-Alfort, Chez Bousca rue de Lappe ainsi qu’au célèbre Tourbillon, rue de Tanger, où officiaient déjà Albert Carrara et Jean Vaissade.
Premiers disques, premiers succès
Vers le milieu des années 30, Émile Prud’homme devint l’un des plus authentiques représentants de ce style musette très parisien qui n’eut pas toujours bonne presse en raison des univers dans lesquels il évoluait : bals mal fréquentés, milieux louches où éclataient des bagarres entre durs de durs, prostitution, etc. Inspiré par le jeu d’un autre Émile, le grand Vacher (son maître), et celui des Frères Péguri, Prud’homme a su s’imposer en devenant un artiste extrêmement populaire dont le style, à la fois léger et spirituel, était mêlé à sa gouaille verbale de vrai titi parisien en qui se reconnaissait le petit peuple des bals musette. Il sut en tirer le meilleur parti durant toute sa vie.

En 1935, il enregistre ses premiers disques 78 tours dans une petite marque appelée Bengali. Un an plus tard, il entre par la grande porte chez Odéon, où il supplantera peu à peu la vedette maison Émile Vacher, dont l’étoile commençait à pâlir. Prud’homme avait en plus un cousin qui travaillait dans le cinéma. On le vit alors fréquenter de plus en plus les studios et figurer dans de nombreux films où il tenait son propre rôle d’accordéoniste et de chef d’orchestre. Ce furent “La charrette fantôme” (1939) avec Louis Jouvet, “Circonstances atténuantes” (1939) avec Michel Simon et Arletty (on ne le voit pas à l’image mais c’est lui qui double l’accordéoniste). Puis il y eut “Les musiciens du ciel” (1940) avec René Lefèvre et Madeleine Renaud et, après la Guerre, on le vit également dans “Les grandes vacances” avec Louis de Funès et “Gangsters en jupons” avec Ginette Leclerc. Mais le plus célèbre reste son premier film, “Un mauvais garçon” avec Danielle Darrieux et Henry Garat. Dans ses souvenirs (qu’il avait relatés voilà cinquante ans dans La Revue de l’Accordéoniste de Léon Agel), il raconte ainsi son voyage en Allemagne en 1936, où il était allé tourner ce film dans les célèbres studios de la U.F.A. de Babelsberg, près de Berlin.
Rencontre avec Moustache de Léopard
« Engagé pour tourner le film, j’avais prévenu mon patron Marius, qui tenait le bal de la rue des Vertus, où je travaillais au fixe, afin qu’il me trouve un remplaçant, car il avait ses gueules comme accordéonistes. Le samedi, j’arrivais à la Gare de l’Est une demi-heure avant le départ du train pour Berlin. Je grimpais dans le compartiment qui m’était réservé. J’ouvrais mes quinquets, n’ayant jamais mis les pinceaux dans un vrai train de luxe. Avec les tapis qu’il y avait dans le wagon, j’aurais pu meubler mon trois pièces ! Et avec la marquetterie, me faire une belle salle à becqueter… Enfin, c’était un vrai palace roulant.
19 heures : coup de sifflet. Le train s’ébranle et me voilà barré pour l’Allemagne. C’est en regardant par la vitre que je m’aperçus que nous roulions : j’en revenais pas ! Aussi sec, je pensais déjà à ce que j’allais faire comme boulot et, en même temps, j’avais un peu le cafard de quitter ma famille et la France. Enfin, j’étais dans le bain et je gambergeais comment j’allais me défendre pour faire ce film.

À 10 heures du soir, on passait la douane belge. Je déclarais mon biniou au douanier, enquiquinant comme tous ses confrères et à minuit, le train arrivait à la frontière allemande. Je n’avais jamais vu de douaniers allemands. Il fallait voir comment ils étaient sapés. Contrairement à ce que je pensais, celui qui me contrôla était beaucoup moins emm… que son collègue belge, surtout quand il prit connaissance de mon contrat avec la U.F.A. J’aurais pu passer n’importe quoi et c’est avec tous les honneurs que je rentrais en Allemagne. J’ai regagné ma couchette et j’en écrasais jusqu’au lendemain matin où notre train arriva à 7 h 30 exactement à la Gare du Zoo de Berlin.
À l’arrivée, on devait venir me chercher en bagnole, mais que dalle, personne. Vous parlez d’une bougie que je faisais, surtout que je ne jaspinais pas un mot de uhlan. Comme j’avais pris l’adresse où je devais rejoindre l’équipe et les artistes, la “Pension Impériale” sur le Kürfurstendamm, je m’expliquais tant bien que mal au chauffeur de taxi qui m’emmenait vers cet hôtel.
En cours de route, nous avons rencontré une foule immense qui semblait se diriger vers un point, je serais incapable de dire où, mais vous n’allez pas tarder à comprendre. Vu cette énorme foule, mon taxi n’a pas tardé à être bloqué. Un peu curieux, j’ai voulu savoir ce qui se passait : sur une immense estrade, entourée de centaines de drapeaux et d’oriflammes, vous savez, les mêmes que ceux qu’on a vus sur les Champs-Élysées pendant que les “Mirontons” étaient là de 1940 à 1944, un gars en chemise brune (on peut dire qu’il a été une vedette pendant un sacré bout de temps !) leur balançait un discours maison que la foule scandait par des “heil !”, “heil !”. À croire qu’en voyant que j’étais un “Françouze”, où ce sacré chauffeur m’avait-il fourré ? C’était une vacherie. Voilà mon premier souvenir de Berlin et il est “maison” : je venais de faire connaissance avec celui qui fit ch… le monde pendant dix piges, et j’suis modeste.
Arrivé à la pension, je retrouvais le compositeur Georges Van Parys et le réalisateur Jean Boyer qui, par curiosité, avaient été aussi voir et entendre Adolf, raison pour laquelle ils m’avaient loupé à la gare. Inutile de dire que nous en avons rigolé pour un bout de temps.
Une sympathie réelle régnait dans cet hôtel où les patrons parlaient français couramment. En plus, il y avait un garçon au crâne rasé comme un œuf (une vraie tête de Chleu!) qui, chose incroyable, jacquetait l’argomuche comme un mec de Pigalle. On me prévint de mettre ma langue au placard car ce gars-là était, paraît-il, du truc où on met les pieds dessus quand on monte sur un vélo et, plus grave, un agent de la Gestapo. J’allais donc de surprise en surprise et je ne m’attendais pas à tout ça pour mon premier jour à Berlin. »
Le tournage de son premier film: “Un Mauvais Garçon”
« L’après-midi, c’était un dimanche, donc jour de repos et je fis une belote avec Henri Garat, Van Paris et Jean Boyer. Ne connaissant pas la belote bridgée, j’ai appris celle-ci en moins de deux et leur ai pris 300 balles à chacun. Les affaires allaient si bon train qu’il n’y avait aucune raison que je ne rentre pas millionnaire à Paris ! Mais le lendemain, debout à 7 heures : j’allais commencer mon boulot. Devant la pension, il y avait deux bagnoles : celle de Garat, une Ford dernier modèle qui tapait son 180 facile et la Plymouth de Van Parys. Garat m’invita à monter dans la sienne et nous voilà partis vers les studios de Neubabelsberg, à environ trente kilomètres de Berlin. Pour y aller, le plus pratique était de prendre l’Avus, une autostrade où l’on payait un péage d’un demi Reichsmark. On pouvait filer comme on voulait. Inutile de dire que Garat s’en est payé et c’était la première fois que je faisais du 150 à l’heure en bagnole. À la sortie de l’Avus, on entrait dans Potsdam où il y avait un très joli château, résidence des empereurs d’Allemagne. Ensuite, c’était Swansee, avec son magnifique lac où évoluaient des centaines de voiliers. Enfin Neubabelsberg, dont l’entrée des studios était gardée comme une prison. Les gardiens (ces gens-là aimaient l’uniforme) ressemblaient à des officiers de Waffen SS. Et ils vous faisaient jeter votre cigarette si vous fumiez.
J’assistais au tournage toute la journée. C’était très intéressant de voir la manière avec laquelle Jean Boyer faisait jouer ses artistes. J’ai toujours été en admiration devant cet homme simple, sympathique, un grand artiste, un prince de la chanson et de la mise en scène. Lui et Van Parys font une flèche incomparable. Il est facile de s’en rendre compte rien que par les succès qu’ils ont composés et que tout le monde connaît. Ce que j’allais avoir à faire dans “Un mauvais garçon”, je n’allais pas tarder à le savoir. Van Parys se mit au piano et me fit écouter deux airs : un fox, Je n’donnerais pas ma place, et une valse, Un mauvais garçon. Pour cette dernière, il me demanda un conseil : “Toi, Mimile, qui travaille dans les bals musette, qu’en penses-tu ? Faut-il un couplet en mineur ou en majeur ?” Mon avis fut de le mettre en mineur. Je pense ne pas m’être trompé. Tout le monde se rappelle ce couplet qui commençait par : “Nous, les paumés / Nous ne somm’s pas aimés / Des bons bourgeois / Qui nagent dans la joie”, etc. Je ne dis pas que c’est le couplet en mineur qui fit le succès de la chanson, mais il y contribua. Pour l’accordéon, le mode mineur donne vraiment une nostalgie qui accroche l’oreille du profane.
Le lendemain, Van Parys et Jean Boyer avaient refait le couplet en un quart d’heure. Vers 5 heures, Henri Garat connaissait à fond la chanson et nous étions prêts à tourner la scène. J’étais assis sur une table, Garat et la très belle Danielle Darrieux dansaient. À un moment donné, je faisais semblant d’être fatigué et leur disais : “Dites-donc, les amoureux… Vous en avez encore pour longtemps ? J’irais bien me coucher, ça fait deux plombes que la taule est fermée et j’suis en train de faire du rab !” Garat s’avançait alors vers moi et me disait, en me tendant un gros bifton : “T’occupe pas de ça, continue !”. Et je reprenais la ritournelle d’Un mauvais garçon. »
Des chansons populaires
« J’avoue que ce film — un très gros succès à sa sortie à la fin de 1936 — m’a considérablement aidé dans ma carrière, à tous points de vue. D’abord, de faire la connaissance de beaucoup d’artistes, de gens de cinéma et surtout d’apprendre mon métier.
Jean Boyer, qui ne perd rien et a été très observateur, me disait : “Mimile, t’as une gueule sympathique. De toi, on peut entendre n’importe quel gros mot, c’est toujours bien !” Pendant ce tournage, il profita de mes connaissances en argot pour écrire la fameuse chanson Appelez ça comme vous voudrez, créée par Maurice Chevalier qui chanta, pendant que j’étais en perm’ en 1939, cette autre chanson conçue spécialement pour moi par Jean Boyer et Van Parys : “Mimile”.
Plusieurs jours passèrent pour la synchronisation du film, les techniciens allemands du son étant alors les meilleurs d’Europe. On répétait avec l’orchestre composé rien que d’Allemands, étant le seul musicien français à avoir été accepté à Berlin. Pour leur donner le style musette, ça a été du boulot. Mais tout a une fin et dix jours plus tard, j’allais rentrer dans mes pénates et mon retour a été assez marrant. »
Une drôle de promenade
« Au studio, Van Parys m’a dit : “Tu sais, Mimile, c’est terminé pour toi, tu pourras partir demain si tu veux.” Il faut cependant que je dise que, même le peu de temps où je suis resté à Berlin, j’avais un peu le cafard car je ne me sentais pas chez moi, malgré tous les amis qui m’entouraient. Il y avait eu aussi un petit incident qui m’est resté au cœur. Un jour que je n’avais rien à faire au studio, j’étais allé me promener dans la ville. Comme je n’y entrave que dalle en chleu, j’ai pris un bus qui passait devant l’hôtel en essayant de faire comprendre au receveur que je voulais payer jusqu’au terminus, ce qui me ferait voir Berlin et idem pour le retour. À l’aller, ça se passa très bien. L’employé comprit parfaitement et me dit même qu’il avait été fait prisonnier en France en 1917. Mais au retour, l’autre reçeveur, une vraie tête de lard celui-là, n’a même pas compris que je voulais descendre au Kürfurstendamm, me demandant sans cesse si j’étais Anglais avec un large sourire.
En cette période, les Allemands aimaient mieux, c’est vrai, les Anglais que nous. Répondant que j’étais “Françouze”, si vous aviez vu la gueule qu’il m’a faite… Il a même craché par terre! Dans ce pays-là, j’ai bien été obligé d’encaisser le coup. Je vous assure qu’il n’aurait pas fallu que je le repique à Paname car je lui aurais fait passer un drôle de quart d’heure ! Mais croyez-moi, cet incident m’avait beaucoup refroidi sur l’Allemagne nazie. En plus de ça, j’avais vu tous les jours défiler des chars et des troupes en vert-de-gris. J’en avais marre et mes amis étaient du même avis que moi. On sentait déjà que ces gars-là étaient prêts, déjà en 1936, à nous tomber dessus. Vous voyez que les voyages servent parfois à se documenter sérieusement.
J’ai alors pris subitement la décision de rentrer à Paris. Mais le prochain train ne partant de Berlin qu’à minuit, j’ai téléphoné à l’aérodrôme de Tempelhof d’où un avion partait à 16 heures. Van Parys me proposa de m’y conduire. Sur le parcours, éclata un orage dont je me souviendrai longtemps : un vrai déluge. Il me dit : “T’as du courage de prendre le zinc par un temps pareil !” Je lui répondis qu’en l’air, ça s’arrangerait, ce qui fut vrai. Ayant envoyé un télégramme à ma famille pour signaler mon arrivée, à 8 heures du soir, mon avion atterrissait sans incident au Bourget. Ça m’a fait du bien de voir flotter des drapeaux tricolores après en avoir tant vu avec des croix gammées !”
Jours de gloire pour Mimile
Mobilisé en 1939, Émile Prud’homme, qui avait presssenti trois ans auparavant que la Guerre avec l’Allemagne était inévitable, revint heureusement sain et sauf du conflit. Après l’Exode de 1940, il se retrouva à Dax. Pendant l’Occupation, les bals étant interdits, il poursuivit cependant sa carrière musicale en se produisant en attraction dans les cinémas, enregistrant de nouveaux disques chez Odéon. Lorsque la Libération arrive en 1944, les bals sont à nouveau autorisés. Prud’homme monte alors un orchestre de style musette et fait danser Paris et la province, attirant une foule considérable de personnes. La Salle Wagram à Paris (où il anime le bal des Catherinettes) et les bals du 14 Juillet contribuent à la très grande popularité d’Émile.
Son mariage après la Guerre avec Suzanne Pays — une jeune acrobate qu’il connaissait déjà et qu’il rencontra au cours d’une tournée à Montréal en 1949 — lui vaudra de devenir le beau-frère d’un autre très célèbre accordéoniste : son grand copain Tony Muréna qui épousa Georgette, la sœur cadette de Suzanne.
A Casablanca en 48
Le Club de l’Accordéon
Dès 1948, il avait fondé avec Tony Muréna et deux autres formidables instrumentistes, Émile Carrara et Gus Viseur, le fameux Club de l’Accordéon qui se produisit sur la scène des music-halls de Paris et des cinémas de province. Les quatre compères remportent un succès considérable. Ils participent en plus à une émission de radio qui porte le même titre ainsi qu’à l’une des plus fortes audiences de ce qui était encore la Radiodiffusion Française. C’est aussi l’époque des grands succès populaires de la chanson. Mimile compose quelques titres comptant parmi les plus beaux fleurons de la valse musette ou de la polka à variations : Roucoulade d’oiseaux, Le réveil du square, Musettes tyroliennes, Le merle chante, C’est la fiesta, Et ça repart, Le bistrot au bord de l’eau, Pour sûr (créé par Bourvil), Le peintre des montagnes et Miam-miam ! (avec Maurice Alexander), enfin Ma joie (chantée par Tino Rossi), etc.
Il se lie d’amitié avec Jean Ségurel. Et c’est grâce à Émile Prud’homme ainsi qu’à Tony Muréna que le Corrézien fait son entrée aux disques Odéon. Ils ne se font pas de concurrence, car leur style est différent : folklorique pour Ségurel, jazz pour Murena, musette pour Mimile. Lorsque celui-ci enregistre Le paso auvergnat, on l’entend dire avec sa gouaille habituelle que « c’est le seul paso doble qui a fait “trembler Ségurelos” ! ». Odéon lui édite en moyenne entre trois et quatre disques 78 tours chaque mois. Si bien qu’en 1955, il est le premier accordéoniste français à recevoir un disque d’or pour un million de disques vendus sous ce label. Il reçevra son trophée au cours d’un mémorable cocktail donné au bal musette Le Tourbillon.
Notre vin quotidien
Prud’homme gagne beaucoup d’argent avec son istrument. Il s’installe avec sa famille (son épouse Suzanne et ses enfants Chantal et Milou) à Triel-sur-Seine, près de Poissy, où il vient d’acquérir une très belle et confortable maison dans laquelle il aime à recevoir ses nombreux amis. Plus de deux mille compositions sont à son actif à la SACEM, dont il est sociétaire définitif. Après avoir joué un certain temps sur des modèles Maugein, il entre chez Fratelli Crosio, une marque qu’il ne quittera plus. Quand arrive le microsillon, Odéon puis CBS lui font enregistrer de nombreux albums aux titres évocateurs, toujours empreints d’une bonne humeur communicative : “Mimile fait du genre” (la pochette le montre jouant de l’accordéon avec des... gants de boxe !), “C’est la fiesta chez Mimile”, “En pleine forme”, “Surprise-partie chez Mimile”, “Les conseils de Prud’homme”, “Notre vin quotidien”, “À boire !”, “Ça sent les frites”, etc.
Sa cave était plus garnie que celle d’un grand restaurant, et son goût pour le bon vin était légendaire. C’est peut-être parce qu’il en a un peu trop abusé que sa vie fut si écourtée. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, il détient toujours avec André Verchuren le record absolu de titres enregistrés par un accordéoniste sur des disques, bien que sa carrière ait été brutalement interrompue le 22 juin 1974 : Émile Prud’homme fut frappé d’hémiplégie. Transporté d’urgence à la clinique d’Evecquemont, près de Triel, une embolie pulmonaire l’emporta finalement le 17 juillet suivant. Il était âgé seulement de 61 ans.
Emile avec Marcel Mallet et au centre Dédé la musique
Peu d’accordéonistes ont su maîtriser comme lui l’art d’interpréter le style musette. Pour tous ceux qui aiment l’accordéon, il restera Mimile, un artiste dont le grand cœur n’eut d’égal que son talent. On peut regretter que sur les deux mille titres qu’il enregistra, si peu aient été réédités par Sony Music. Il y a là une importante lacune à combler. Pourquoi ne pas envoyer des tas de pétitions à cette grande maison de disques au 131, avenue de Wagram à Paris 17e, pour leur demander de faire un petit effort en ce sens ? Qui ne demande rien… n’a rien.
Roland Manoury
Discographie de Prud’homme
M. Roger Pindon, grand collectionneur de disques d’accordéon habitant la Nièvre, a réussi à référencer pratiquement toute la discographie d’Émile Prud’homme. Le résultat est étonnant. Ainsi, au cours de sa carrière, le populaire musicien a enregistré :
• 2 disques 78 tours Ultraphone.
• 3 disques 78 tours Consortium.
• 7 disques 78 tours Bengali.
• 2 disques 78 tours Idéal.
• 1 disque 78 tours Cristal.
• 1 disque 78 tours Polydor.
• 2 disques 78 tours Perfectaphone.
• 1 disque 78 tours Ricard (publicitaire).
• 9 disques 78 tours Decca.
• 366 disques 78 tours Odéon entre 1935 et 1955.
• 58 disques 45 tours “simples” Odéon entre 1954 et 1963 (pour juke-boxes).
• 104 disques 45 tours “longue durée” Odéon entre 1954 et 1963.
• 27 disques 33 tours 25 et 30 cm Odéon entre 1954 et 1963.
• 26 disques ou albums 33 tours 30 cm CBS entre 1963 et 1974.
• 4 disques 45 tours “longue durée” CBS entre 1964 et 1965.
• 9 disques 45 tours “simples” CBS entre 1964 et 1973 (pour juke-boxes).
Discographie en CD d’Émile Prud’homme disponible (en théorie) actuellement :
• “Les inoubliables de l’accordéon (1935-1941)” (Music Memoria/Virgin France 882422, 1993).
• “Émile Prud’homme, Ritm’O” (Columbia/Sony Music France COL 460943-2, 1988).
• “Monsieur Musette” (Versailles/Sony Music France VER 476811-2, 1994).
• “Le bal à Mimile” (Versailles/Sony Music France VER 47758262, 1994).
• “Le roi du musette” (Versailles/Sony Music France VER 480270-2, 1995).
• “Émile Prud’homme (originaux 1936-1943)” (I.L.D. 642143, 1994).
• “100 % musette (originaux 1944-1950)” (I.L.D. 642202, 2001).
• “Émile Prud’homme (originaux 1936-1939)” (JDC Music, Agen — vol. 1 : 132-C — vol. 2 : 135-C, 1999).
• “Mimile joue Piaf et Trénet” (réédition en CD de deux 33 T CBS de 1966) (Sony Music France, 2001).
N. B. : Émile Prud’homme figure aussi dans plusieurs compilations chez Sony Music/Versailles avec Yvette Horner, Joss Baselli, Jean Ségurel, Jo Sony et chez I.L.D. “L’âge d’or de l’Accordéon” (vol. 1, 2 et 3).