Je hais l’accordéon et les accordéonistes !
C’est ce que je me disais, il y a presque quarante ans… Quand en regardant la télévision avant la “Séquence du téléspectateur”, je devais me goinfrer — il y avait peu de chaînes à cette époque — “Le monde (petit) de l’accordéon” : de “vieux” accordéonistes à l’éblouissant sourire figé, exécutant en play-back des morceaux de “musette”. Puis un jour, j’ai entendu un disque, “That French Acadian Sound” (La Louisiane Records). C’était un petit accordéon qui sonnait, un mélodéon (un splendide Monarch noir). Le musicien s’appelait Ambrose Thibodeaux. Ce n’était pas le plus grand des accordéonistes de la Louisiane, mais ce disque fit une révolution dans ma petite tête. On pouvait faire une autre musique avec l’accordéon. Une musique vivante, une musique enracinée ! Depuis, je me promène le plus souvent possible sur notre belle planète, pour rencontrer les musiciens des peuples du monde, et principalement les accordéonistes.
Alors voilà, ce blog c’est juste l’envie de vous faire partager avec quelques amis ce qui est devenu l’une de mes passions. En vous offrant mes coups de cœur et mes rencontres, peut-être vous ferai-je gagner un peu de temps dans la découverte de cet incroyable instrument expressif. Et surtout, je vous amènerai à écouter l’accordéon avec une autre oreille… Vraiment curieuse et sans tabou. Car rien n’est beau sans la diversité. Surtout l’accordéon. Et youpi !
Accordéon :
Instrument de musique à anches libres metalliques, portable, à claviers, à vent, à soufflet .
Son invention est attribuée à Cyril Demian, facteur de pianos à Vienne (Autriche). Brevet du 6 mai 1829.
Famille des instruments à anches libres : Orgue à bouche (sheng, khen, sho…) harmonica, harmonium, accordina, mélodica, concertina, bandonéon, mélophone, cecilium, harmonicor …
Le 1er mai sortira le premier disque de Cobra Verde. Je viens de l'écouter en avant première. j'avais envie de vous présenter Cobra Verde . Je l'avais découvert Grâce à damien Chemin, cineaste belge tombé amoureux des territoires du Nordeste et de ses musiciens....
Cobra Verde et son groupe
Soenildo Santos Mendonça (futur Cobra Verde, né le 30 mai 1978) commence naturellement son parcours musical à l’âge de neuf ans en accompagnant le groupe de son oncle Adelson comme percussioniste zabumbeiro. C’est avec ce groupe familial qu’il fait son apprentissage en écumant précocement toutes les fêtes et les bals de la région. A la dérobée, il pianote sur l’accordéon de l’oncle Adelson à chaque opportunité qui lui est donnée. Mais c’est son père Gileno, agriculteur et percussioniste lui-aussi ([]le premier a avoir porté le nom artistique Cobra Verde), qui précipite involontairement le choix de l’instrument en offrant un jour un petit accordéon à son fils aîné Soelton. Mais Soelton ne trouve pas l’instrument à son goût, et c’est le jeune Soenildo qui récupère l’accordéon. Il montre rapidement un talent remarquable, et à l’âge de 12 ans il est déjà considéré comme un vrai sanfoneiro (accordéoniste). Impressionné par les progrès de son fils, Gileno décide alors de vendre deux précieuses ânesses pour lui acheter un accordéon à 48 basses. A 15 ans, Soenildo surprend tout le monde en décrochant son premier contrat : il est engagé pour accompagner le chanteur de forró Lourival Mendes (de la ville voisine Lagarto). Après quelques mois de tournées seulement, il est remarqué par deux chanteurs en vogue, Floriano et Zé Costa, qui l’invitent à intégrer leur groupe Cabeça de Frade qui fait fureur à l’époque en jouant un forró stylisé précurseur du forró electrónico actuel. Comme il faut lui trouver d’urgence un nom de scène, c’est Floriano qui suggère de reprendre le nom artistique de son père : Cobra Verde. Commencent alors dix années de tournées intensives avec Cabeça de Frade qui l’emmènent notamment jusqu’à São Paulo. C’est aussi pour Cabeça de Frade que Cobra Verde fait son premier enregistrement, à 16 ans à peine. C’est Gilson Batata, producteur et directeur musical de nombreux artistes de l’époque, qui le repère à la première écoute et qui le pousse à enregistrer un morceau à la place de l’accordéoniste initialement prévu pour l’enregistrement à Recife. Mais ce dernier n’est autre que le maître sanfoneiro Gennaro, et Cobra Verde est intimidé par la présence du maître qui accepte modestement de se retirer pour laisser place au jeune homme. Il enregistre alors son Forró do Cobra Verde qui fait mouche et déclenche d’inombrables autres enregistrements, souvent sous l’égide de Gilson Batata, pour des groupes commerciaux à succès comme Calcinha Preta, Mulheres Perdidas, Gatinha Manhosa, Zezinho da Ema etc. Mais la réputation du jeune sanfoneiro dépasse rapidement les frontières du genre commercial, et de nombreux autres artistes plus authentiques comme Mestre Zinho, Adelmário Coelho ou Amorosa font bientôt appel à lui pour des enregistrements ou des concerts. Après dix ans de tournées, le groupe Cabeça de Frade se scinde. Cobra Verde suit alors son ami Zé Costa qui forme le groupe Forró Mandakaru avec lequel Cobra Verde joue régulièrement jusqu’à aujourd’hui. En parallèle, démontrant son attachement indéfectible à ses racines profonde, Cobra Verde maintient depuis toujours son propre groupe composé principalement par les membres de sa famille (dont ses frères et son épouse Alexsandra) et par ses amis proches (comme le zabumbeiro Vanidinho qui l’accompagne avec enthousiasme depuis la première heure).
Date de la Tournée :7-8 mai: voyage Salvador-Bruxelles
9 mai: concert/bal à Hamme-Mille (banlieue Bruxelles), Salle des fêtes communale.
11 mai: concert pédagogique + renconte avec les élèves de l'école de musique de Rostrenen (Bretagne, France)
12 mai: concert + atelier d'accordéon, percussion et voix pour les élèves de l'école de musique de Baud (Bretagne)
15 + 16 mai: concert et intervention aux Rencontres Internationales de Clarinette Populaire à Glomel (avec la participation de Laurent carré, clarinette, Bretagne)
17+18+19 mai: Passage à Paris (interviews )
20 mai: concert au Festikordéon de Marseillan (Languedoc Roussillon)
22 mai: Intervention au marché de Guingamp avec la fanfare Fabaco (Bretagne)
Du cirque au tennis de table, en passant par l’accordéon, Jo Sony sera toujours un enfant de la balle !
Le plus Alsacien des musiciens du Massif central s’appelle Alphonse Erhard, mais tout le monde le connaît davantage sous son nom d’artiste : Jo Sony. Un nom qui faillit lui causer quelques ennuis il y a une dizaine d’années. Il nous raconte cet incident : « J’ai été remarqué par Pierre Carrel, l’un des directeurs artistiques de la firme CBS, pendant la “Quinzaine auvergnate 1965” au Concert Pacra car je faisais partie des Troubadours de Jean Ségurel, la vedette du spectacle. Nous imitions les Beatles. En plus, je faisais des acrobaties, juché sur les épaules de mon patron, jouant les jambes en l’air de la trompette, du saxo et de l’harmonica ! Cela dut lui plaire parce que, huit jours plus tard, Carrel me faisait signer un contrat pour enregistrer des disques. Sony Music France racheta CBS vers la fin des années 1980 et réédita un de mes albums en CD après que Pierre Carrel, disparu il y a trois ans, eut pris sa retraite en 1990. Seulement, les nouveaux dirigeants me sommèrent de changer de nom puisque, selon eux, un artiste étant chez Sony ne pouvait pas porter le même nom. J’ai refusé et j’ai eu gain de cause, puisque je me prénommais déjà ainsi, bien avant que la firme japonaise ne vienne s’implanter en France ! Et puis, Sony, ça “sonne” quand même mieux qu’Alphonse ! »
Aujourd’hui, Jo Sony pourrait prendre à son tour une retraite bien méritée, mais son dynamique tempérament le lui interdit. Artiste aux multiples facettes, toujours sur les routes pour animer des bals ou galas, il n’est pas souvent chez lui, dans la coquette maison d’Egletons (19) qu’il s’était fait bâtir il y a une quarantaine d’années et qui est toujours en perpétuel chantier. Avec Simone, son épouse, il adore construire, aménager, améliorer son habitat et son environnement. Et comme c’est un bec fin, il se distingue aussi comme un excellent cuisinier.
Les parents de Jo. Maman est à l’accordéon, papa à la batterie.
Cet enfant de la balle l’est à plusieurs titres. Avant la guerre à Mulhouse en Alsace, ses parents avaient monté un numéro d’acrobates avec leurs deux fils, Jack et Sony : la Troupe Alphonso qui se produisit dans des cirques. Quand l’Alsace fut annexée en 1940 par les nazis, Sony et son frère aîné, encore gamins, échappèrent de peu à l’enrôlement dans les jeunesses hitlériennes grâce à leur mère, qui avait gardé sa nationalité suisse et les expédia dare-dare dans ce pays resté neutre où ils restèrent jusqu’à la Libération de l’Alsace au début de 1945. Enrôlé de force dans la police de Mulhouse, M. Erhard père milita dans la Résistance au péril de sa vie.
En 1942, La Troupe Alphonso. De gauche à droite : Jo Sony, sa mère, son frère Jack. En dessous : son père.
À la fin du conflit, les deux adolescents regagnèrent Mulhouse et se lancèrent à fond… et dans le cirque et dans la musique. « Je n’oublie pas que je viens du cirque, dit Jo Sony, j’y reviens toujours avec joie car j’aime son ambiance, son odeur et la solidarité entre tous les artistes. Jean Brun m’a permis, il y a quelque temps, de renouer avec. Et puis comme dans un cirque il y a toujours de la musique, j’ai consacré quelques-uns de mes récents enregistrements à ce style. J’ai été voltigeur, clown musical, apprenant à jouer de l’accordéon, du xylophone, du glockspiel (1), de la scie musicale, du cor des Alpes et des cuivres, faisant aussi un numéro musical sur des verres remplis d’eau ! »
Jack Erhard et Jo Sony pendant la Seconde Guerre mondiale, réfugiés en Suisse.
Le parcours musical de Jo Sony est un véritable roman. Dès leur retour en Alsace, l’Orchestre Alphonso est créé. Papa tient la batterie, maman est à l’accordéon, Jack à la guitare. Et Sony joue de nombreux instruments tout en faisant des contorsions, d’où son surnom de Sunny-Boy qui allait devenir Sony. La musique est une chose, et le sport une autre. Au conservatoire de musique de Mulhouse, il obtient le premier prix de saxophone alto tout en s’entraînant au club athlétique de la ville en vue de devenir moniteur et enseignant éducatif de sport. Il lui est resté un goût immodéré pour les combats de boxe.
Les parents de Jo Sony (M. et Mme Erhrard), son frère Jack… Et Jo. Il a 9 ans.
Mais voilà, il a 20 ans en 1957 et le contingent étant appelé pour combattre en Algérie, Jo Sony y sera envoyé pour accomplir son service militaire où il va pratiquer le close combat. Il en reviendra heureusement sain et sauf en 1958 pendant que Jack Erhard devait répondre favorablement à une petite annonce parue dans La Revue de l’accordéoniste. Celle-ci mentionnait qu’un chef d’orchestre réputé de la Corrèze était à la recherche d’un guitariste professionnel. C’était Jean Ségurel. Lorsque Jo Sony rentra d’Afrique du Nord, Jack faisait déjà partie des Troubadours depuis quelques mois. Il écrivit à son frère que le célèbre accordéoniste avait maintenant besoin d’un bon trompettiste et saxophoniste. Jack ayant vanté les mérites de Sony, celui-ci acheta aussitôt une trompette et après avoir dit au revoir à ses parents, prit le premier train pour Egletons où l’attendait Ségurel. Il ne devait plus le quitter.
Quand en 1960 les deux frères apprirent qu’il y avait un festival de jazz à Antibes, ils lui demandèrent la possibilité d’y concourir : « J’en suis revenu avec le 1er prix de jazz moderne au vibraphone. Puis j’ai aussi joué du sax et de la clarinette dans la fosse d’orchestre du théâtre de Mulhouse , sous la direction d’Henri Thomasi. Je crois que, après m’être marié à Marseille, je ne me suis plus guère arrêté depuis ce temps-là. J’ai vécu quelque temps à Chaumeil avec quelques autres musiciens. J’avais réussi à mettre quelques sous de côté. Comme je me plaisais beaucoup en Corrèze, j’ai décidé que je ne reviendrais pas en Alsace. J’ai pu acheter un terrain à Egletons sur lequel j’ai fait bâtir une maison, celle où je vis toujours aujourd’hui. Entre-temps, mon frère Jack avait quitté Jean Ségurel pour fonder son propre orchestre à Brive-la-Gaillarde. Après les “Quinzaines auvergnates” au Concert Pacra, Ségurel prit sa retraite en 1967. J’étais donc libre de former le mien. Pour cela, bien que je savais jouer de nombreux instruments de musique, c’est l’accordéon qui devait prédominer, bien que ce dernier entamait sa traversée du désert. »
Modeste, Jo Sony ne dit pas qu’il allait se trouver à la tête d’un très brillant orchestre de bals et de variétés composé d’une dizaine de musiciens. Il devait enregistrer plusieurs albums d’accordéon chez CBS et tourner dans la France entière pendant presque vingt ans. Ce fut aussi la période des galas en Europe : Angleterre, Suisse, Belgique et, pendant trois ans, les fêtes franco-allemandes dans le secteur français de Berlin-Ouest, puis une participation à un festival de folklore à Rio de Janeiro. Et comme sommeille en lui la fibre alsacienne, il monta en parallèle une formation typique pour animer les traditionnelles fêtes de la bière en France et même en Allemagne. Ce fut Karl Erhardt und sie Orchester !
Plus Auvergnat que Jo Sony, tu meurs. Constatant comme beaucoup de ses collègues le peu de cas que faisaient les grosses maisons de disques à l’accordéon, il a fondé il y a une vingtaine d’années son édition musicale et son propre label de disques : Les 3 Fleurs. « Ces trois fleurs, je les cultive dans mon jardin d’Egletons, dit-il. Ce sont ma femme Simone, ma fille Sonia et la troisième… c’est moi ! »
Jo Sony sait faire vibrer les anches de ses cabrettes afin de leur donner l’accent auvergnat. Il a enregistré quelques-uns parmi les meilleurs disques folkloriques du Massif central, comme il est toujours resté un accordéoniste fidèle à Maugein. Il possède sans doute un atout supplémentaire par rapport à d’autres musiciens : vu qu’il sait jouer de quasiment tous les instruments, c’est lui qui assure aussi bien les orchestrations que les interprétations. Jo Sony, c’est bien “l’homme-orchestre” de la Corrèze ! Auteur, compositeur, interprète, cela lui a valu d’être admis à la Sacem (2) il y a quarante-cinq ans et promu sociétaire définitif il y en a vingt-cinq. Sa meilleure promotion fut sans doute d’être cité pendant trois ans de suite dans le fameux “Livre Guinness des Records” pour avoir joué de cinquante-neuf instruments de musique différents. Un record homologué par huissier en 1986 à Felletin (23).
Jo a toujours des projets et c’est un perfectionniste : « Je viens de sortir “Alsace en Fête”, un CD de musique folklorique alsacienne. Contrairement à ce que tout le monde croit, c’est le premier de ce genre que j’enregistre. Cette année, en matière de musette, après avoir publié “Hit-parade de l’accordéon” et “Plaisir d’accordéoniste”, je vais bientôt sortir “Musette au cœur”. J’aime travailler en studio et j’y passe de longues heures. Si ça ne me convient pas, je recommence tout. Je travaille actuellement avec Sébastien Perrin. C’est un remarquable technicien et dont le studio situé à Domerat, près de Montluçon, est très performant. Si un accordéoniste manque de moyens, il peut quand même enregistrer aujourd’hui un CD en utilisant un synthé, lequel peut remplacer de nombreux instruments, mais la musique électronique manque d’âme et d’humanité. C’est pourquoi je préfère privilégier les instruments acoustiques dans mes disques. »
ly: Times New Roman;">Jo Sony a aussi plusieurs violons d’Ingres : la photographie, dont il commence à devenir très “pro”, la pétanque et la cuisine. Il y a une quinzaine d’années, n’avait-il pas été couronné à Limoges par un prix culinaire décerné par une association de journalistes gastronomes pour une “timbale de langoustines à l’orientale” ? Ce qui lui plaît, c’est de concocter un bon repas en invitant chez lui des amis. Mais son hobby principal est sans aucun doute le tennis de table. Depuis septembre 2005, il suit un entraînement très poussé deux fois par semaine en Corrèze. Il dispute des matches importants, ce qui lui permet d’être souvent qualifié pour participer à des championnats. Déjà enfant de la balle, il le devient encore un peu plus dans la pratique de ce sport. Jo Sony, musicien incontournable, n’a pas fini de nous étonner.
Propos recueillis par Roland Manoury
(1) : Glockspiel = grelots de différentes tonalités, accrochés à un portique.
(2) : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
Les conscrits de la classe 35 faisaient encore la fête « quelle joie de partir à l’armée ! » Bien qu'ils ne soient pas particulierement hilares sur cette photo. Ils sont habillés avec leurs tenues du dimanche, et pour la musique : un clairon, une caisse claire et un accordéon qui vont rythmer le passage de ces jeunes gens chez les grands !
L’accordéon est un diatonique, un modèle de la firme Hohner « LE » 2915 . Cet instrument est devenu au fil des ans un accordéon historique.C’est grâce à cet accordéon, 2 rangs (21 touches deux voix), 8 basses, a son rapport qualité/prix imbattable que le diatonique est devenu un des instruments les plus pratiqués en France - Ce 2915 est aussi l’instrument adoré par les Malgaches- Dans l’hexagone, Avant de connaître les fabricants italiens et que quelques Français se mettent à concevoir des diatoniques, tous les musiciens du renouveau du folk ont joué sur ce modèle qui n’avait pas changé depuis des années.
Seul le plastique commençait à faire son apparition comme pour le protége clavier. Au fil des ans en ces débuts du diato. contemporain, nombreux étaient ceux qui customisaient la bête, en ponçant ou passant une couche de peinture sur la caisse et surtout en changeant les anches made in Hohner par les mythiques « Binci à Mano ». Certains commencèrent même à rajouter des touches….
Donc merci Hohner firme allemande à l’époque….
Depuis quelques années Hohner est devenu une société Coréenne et le 2915 est fabriqué en Chine, mais le prix loin de baisser a eu tendance à augmenter. Dommage pour l’enseignement et surtout pour nos amis Malgaches.
Et nostalgie, j’ai toujours mon premier accordéon mon 2915 acheté en 1974, modifié « Binci à Mano » évidemment !
J’aime beaucoup cette photo avec tous ces élèves. Je ne connais pas le professeur qui doit être l’homme au centre avec sa moustache et son nœud papillon. Mais rien quand regardant ce cliché, j’aime ce prof. Dans son cours des filles et des garçons de tous ages et surtout avec une incroyable diversité de modèles d’accordéon : des touches piano, des boutons, chromatiques, trois rangs, cinq rangs… Diatoniques et même deux « claviers piano » à boutons. Des accordéons de toutes les marques. Inimaginables ces dernières années quand les commissions données aux professeurs à chaque vente d’accordéon pouvaient atteindre les 30% du prix de l’engin. Alors de là, sont nées les chapelles aux effigies des marques et les querelles… Mais si nous revenons à cette photo, elle pourrait être prise en France et peut être dans le centre où en Corrèze, car il y a pas mal de Maugein. En conclusion, on voit une petite coupe posée par terre devant les accordéonistes. Ils auraient peut-être gagné un trophée pour le travail en groupe, leur cohésion. Enfin j’aime cette idée. Car je pense que de toute façon, rien n’est beau sans la diversité !
En voyant les doigts de la jeune fille courir sur son diato 3 rangs de chez Bertrand Gaillard, une question vient tout de suite à l’esprit : « Mais pourquoi ne joues-tu pas du chromatique ? » La réponse fuse : « Parce que ce serait trop facile ! » À l’occasion de la sortie du nouveau CD de Deux Accords Diront (son duo avec sa camarade Aline Pohl), voici le portrait d’Anne Niepold, accordéoniste diatonique atypique, passionnée et passionnante.
Anne Niepold est une sacrée joueuse d’accordéon diatonique. Rien ne lui fait peur. Aucune limite n’est envisageable. Au contraire, elle magnifie les contraintes de son “petit” accordéon. Un journaliste a écrit à son propos qu’elle « joue de l’accordéon diatonique dans sa version chromatique ». Et Anne le revendique. « C’est chouette comme descriptif. En effet, j’aime bien le fait que cet instrument soit plus petit. La dynamique du soufflet m’intéresse. J’aime bien l’idée d’essayer de repousser les limites dans un truc soi-disant restreint. Ça me correspond bien. » Mais avant d’en arriver là, le parcours fut semé d’embûches.
Son premier instrument fut le diatonique 1 rang de son arrière-grand-père trouvé dans le grenier familial. Il faut dire que son père est un amateur de musique trad’, musicien lui-même, joueur entre autres de cornemuse. Il est abonné à Trad Magazine et fréquente les “Rencontres de luthiers et maîtres sonneurs” de Saint-Chartier, c’est vous dire !
Pourtant, dans sa famille, on est plutôt pour la médecine, en tout cas pour une profession “de qualité”. Peut-être par fronderie, Anne choisit l’accordéon. « Un instrument de clown, pas un vrai instrument », pour certains membres du clan. Mais le choix est fait. « Ça m’a vraiment apporté beaucoup de bien mais aussi… C’était vraiment une lutte. »
Pour commencer ce dur parcours avec un accordéon et tous ses préjugés en bandoulière, elle se présente à la Muziekacademi Sint-Agatha-Berchem, dans la section jazz… Parce que, lui a-t-on dit, « pourquoi pas l’accordéon ? Mais si tu veux avoir une chance, essaie d’abord en compos, arrangements jazz. J’ai beaucoup appris avec mon prof Chris Defoort. Je pense que c’était une bonne approche parce que, du coup, j’étais aussi en écriture classique. Et pour la culture générale, c’est vraiment chouette par rapport au fait de faire maintenant ce que je veux. »
Mais à l’époque de ses 18 ans, la guerre est farouche au sein du conservatoire pour se faire accepter dans les ensembles instrumentaux de l’institution. Même ses références en jazz — Louis Sclavis, Henri Texier, Aldo Romano — ne sont pas reconnues dans l’école. Devant cette petitesse d’esprit, elle serre les dents et se verra à la fin de ses études recevoir en 2008 le prix Toots Thielemans des mains du maître de l’harmonica jazz lui-même. Et si aujourd’hui le conservatoire s’est ouvert à l’accordéon et à certaines musiques, c’est certainement un peu grâce à elle.
Aujourd’hui, Anne enseigne à la Muziekacademie Sint-Agatha-Berchem et chez Muziekpublique. « Mais surtout en animant des stages, je m’éclate. Je pense que les participants sont contents. J’adore tout le monde et surtout mélanger. D’intégrer tout le monde dans un même projet. » En Flandre dans son conservatoire national, elle se bat toujours pour le décloisonnement contre les niches, même quand il s’agit de folk. « “Folk”, ça veut dire quoi ? Ce terme est devenu tellement péjoratif. C’est peut-être moi qui ai un problème avec ça. Je préfère “musiques traditionnelles”, “folk américain”, ça d’accord. Mais l’accordéon diatonique, pour moi, c’est un instrument traditionnel. » Pendant cinq ans, il aura fallu prouver l’intérêt des instruments “folk”.
Fin de l’année scolaire 2009, pari gagné : le département est officiel. Mais la lutte continue. La formule est complexe pour Anne, il faut des spécialistes, avec de fortes envies d’ouverture. « Pourquoi je suis dans l’enseignement ? Je me pose des questions. C’est contraignant quand on tourne aussi sur scène. Cette année, je donne neuf heures de cours par semaine : harmonie, initiation pour les enfants, etc. Mais j’y suis pour essayer d’apporter un esprit d’ouverture. C’est comme les stages d’accordéon. Je suis la première à dire qu’il faut qu’il y ait des profs de bourrée auvergnate et qui ne font que ça. On peut me demander de jouer dans ce style, je sais plus ou moins faire semblant. Certains disent que je suis incapable d’animer un bal, c’est faux. Oui, je sais animer un bal, je connais les tempi adéquats, mais je ne suis pas une spécialiste pour cela. Les stages ou soirées de bourrée auvergnate, c’est bien mais on n’a pas besoin que de cela. Les programmes pédagogiques qu’ils ont faits pour l’instant : en première année, il faut savoir jouer une mazurka et une pièce en 2/4, et de préférence comme ça. D’accord, mais pourquoi en première année les élèves n’apprendraient-ils pas plutôt un 6/8 ? Je veux enseigner un esprit d’ouverture. » Cela se reflète dans la musique qu’elle écoute. Lors de notre rencontre, son iPod résonnait des musiques de Björk, Radiohead, Le Sacre du Tympan…
Aujourd’hui, elle joue sur un trois rangs 18 basses de Bertrand Gaillard. Un modèle Mi Ré Do accordé en 440, inspiré par l’un de ses “maîtres”, Norbert Pignol. Dans ses activités musicales, il y a bien sûr son duo historique avec Aline Pohl : Deux Accords Diront. Le tandem fête cette année ses dix ans d’existence. Elles ont reçu en 2006 le Prix Gus Viseur en 2006, et leur nouvel album “Eisherz” (Home Records) vient de paraître. « Ce disque ne contient que des compos originales. Il sort pour les dix ans de notre rencontre. Comme on voulait se faire un peu un cadeau d’anniversaire, on a invité un percussionniste et trois souffleurs qui jouent sur près de la moitié des pièces. C’est plus mature. Ce n’est pas le disque où je me dis “ça y est, j’ai réussi”. Mais “maturité” dans le sens où je trouve que c’est chouette d’évoluer. Tant que je sens que je bouge, en avant, peut-être en arrière même — parfois, il faut revenir en arrière pour mieux avancer… Je pense qu’il y a une vraie évolution. Le premier disque, je l’avais fait à 16 ans avec un pote bassiste qui me disait « tu dois faire ton truc. Ce que j’ai fait. »
Ce “truc”, c’est un disque entièrement composé et fraîchement enregistré en deux semaines à Liège. « Vu qu’il y avait des guests, ça a été un accouchement un peu difficile. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma musique. Avant, je me cherchais folk. Je sentais bien que je voulais encore plus, entre guillemets. Puis j’étais jazz, je trouve qu’il y a des choses fantastiques mais je ne vais pas faire de swing ou de be bop. En même temps, il y avait toujours le désir de vouloir être reconnu par ces gens-là. Sur ce nouveau disque, j’ai invité trois souffleurs, venant du milieu jazz. Et mon écriture a évolué. Par rapport au CD “Gardadvergur”, on reconnaît mon style, il y a un côté nostalgique, peut-être triste. Il y a des formes plus longues, de l’harmonie plus complexe qui part dans une direction jazz, par le fait que c’est écrit avec les guests et que je ne voulais vraiment pas ce truc de doubler la mélodie. Mon défi, c’était de travailler avec des couleurs. Je voulais que ça ait un sens que l’on soit tous là. D’ailleurs, sur certains morceaux, il n’y a que les souffleurs ; et sur d’autres plages, il n’y a que nous. Dans l’écriture, il y a un truc en plus… Pas que c’est de la musique évidente, je pense que oui c’est une musique dans laquelle on doit se laisser aller pour pouvoir la comprendre. C’est ma musique, le mélange du swing pas en tant que style mais en tant qu’interprétation. Quelque chose qui s’est trouvé et qui se cherchait auparavant jusque-là. »
À côté de son duo incontournable, les projets foisonnent. On ne se lasse pas d’écouter miss Niepold nous raconter ses tribulations musicales : « Les deux dernières années, j’ai beaucoup travaillé avec l’ensemble Olla Vogala, dont le leader est le violoniste Wouter Vanden Abeele. Olla Vogala, c’est un gros bazar où il y a à boire et à manger. Son projet solo, Chansons Sans Paroles, le disque, je le trouve très beau. On a travaillé beaucoup en concert à quatre : Soetkin Baptist (chant), Lode Vercampt (violoncelle), moi (diato) et Wouter (violon). Avec lui, j’ai fait pas mal de projets. On a été deux fois en Chine avec Chansons Sans Paroles. Pas pour rencontrer des musiciens chinois, mais c’était quand même important parce que pour moi, en tant que personne et musicienne, d’aller ailleurs. Jouer en Chine, c’est quand même incroyable. On s‘est produit dans une université, une espèce de campus de dizaines de kilomètres carrés. Nous avons été transportés en bus sous une pluie interminable. Quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas un chat. Ils avaient fait une magnifique affiche rouge, dorée sur les bords, avec nos noms. On a débarqué : personne. Avec la sono, ça a été la lutte. Personne ne parlait anglais. On jouait et d’un coup, quatre mille étudiants débarquent. On avait l’impression d’être les Beatles ! Hallucinant. Musicalement, ils étaient très attentifs. Ils n’avaient jamais entendu un truc comme ça. Ils touchaient l’accordéon en disant : “Qu’est-ce que c’est ?” On est aussi allé au Maroc pour travailler avec des musiciens de ce pays. L’idée, c’était de se rencontrer et de faire quelques concerts ensemble. C’était avec Olla Vogala. On a aussi joué à Soweto, en Afrique du Sud, avec des musiciens zoulous. On avait plein de demandes de festivals blancs, mais la base du projet était de collaborer avec des noirs. On a joué trois fois en Soweto, dont deux fois dans des jazz clubs. On est arrivés en camionnette, avec des mecs armés à côté de nous, on se disait “quelle histoire”. Au sein d’Olla Vogala, je suis instrumentiste. Il y a le projet Séfarade, où je suis plus une guest qui vient souvent jouer. Olla Vogala, ce n’est pas mon projet non plus mais j’ai vraiment ma place, entre le truc qui s’appelle La Roza Enflorese et qui joue donc des musiques juives séfarades sur des instruments baroques. Il y a aussi Aline Alinopoulous (je travaille avec deux Aline) & Marcel Marcelsson et leurs Poussins. Il s‘agit de deux personnages. Aline chante et joue une mi-diva grecque, mi-madame pipi. Elle est un spectacle vivant à elle seule. Et moi, je suis Marcel Marcelsson, parce que tous les accordéonistes s’appellent Marcel. C’est de la chanson. Ce n’est pas vraiment une pièce de théâtre car tout est spontané, imprévu, improvisé. J’adore le fait de travailler avec un chanteur et de devoir être une vraie accordéoniste, dans le sens “homme orchestre”. Car justement, vu que j’évolue dans plusieurs styles musicaux, je suis là comme un instrument. Mais ici, je suis avec une chanteuse, donc je dois assurer la mélodie, l’harmonie. C’est un super challenge. »
Les projets de manquent donc pas. Il y a également des spectacles en solo pour les enfants. « Je prépare avec une compagnie, La Zonzo Compagnie (qui mêle musique et théâtre, qui fait des spectacles pour enfants) un spectacle solo qui s’intitule “La nuit, tous les chats sont gris”. Je serai seule en scène avec des lumières. C’est une production pour enfants qui joue sur le fait de comment on perçoit le son, comment on m’entend, quand on me voit ou pas. C’est un concert pour enfants, ce n’est pas un spectacle, ça ne raconte pas une histoire. J’ai fait la pré-première le 14 novembre, ça a marché super bien. Mais j’avais la trouille parce que si les mômes n’aimaient pas… Ça dure trente-cinq minutes. Le premier groupe de spectateurs était composé de trente-cinq enfants âgés de 4 à 7 ans, et ils m’ont fait revenir trois fois sur scène. C’était super, j’ai fait des compos exprès, oui, mais je ne les ai pas du tout conçues en pensant “chansons pour enfants”. J’étais étonnée de la façon dont ils réagissaient face à moi. »
Mais pour affronter un public adulte, il lui aura fallu un véritable choc pour enfin se décider à affronter seuls la scène. « Je n’aimais pas jouer en solo. En plus, là, c’est une frustration du diato. Avec cet instrument, on fait moins de bruit. Je peux moins improviser au diato en tenant ma main gauche et en jouant de la main droite. Puis lors d’un stage en Allemagne, j’ai accepté de donner un concert d‘une vingtaine de minutes en solo devant les participants, les amis, etc. Ça se passait le samedi soir. Et le matin, l‘un des stagiaires se pointe avec le journal local où on pouvait lire en première page : “Anne Niepold, accordéoniste belge, en concert ce soir dans notre petite ville, à 20h”. Avec ma tronche en grand, en couleur. Je n’avais rien préparé. Donc après le stage, dès 18h, pendant une heure trente, j’étais toute seule à essayer des trucs. À 20h, j’arrive dans la salle, devant cent-cinquante personnes, assises en rang d’oignons, une belle scène, les lumières, la salle noire. Enfin, le spectacle, quoi. Je me suis dit : “Punaise ! Angoisse.” Et alors, j’ai joué. Je crois que c’est le concert de ma vie. J’ai repris du Vivaldi, du Bach, des standards jazz, un reel irlandais, des compos persos. J’ai chanté deux titres. J’ai fait du “moi”. Tu vas peut-être me poser la question suivante : “Est-ce qu’on ne s’épuise pas à jouer trop de trucs à la fois ?” Moi, ça me fait peur, ce côté “ah tu fais tout, donc tu ne fais rien”. Je pense que je fais les choses bien. C’était génial, ça m’a convaincu de faire des concerts en solo. Car dans une petite ville provinciale, c’est évident que certains étaient venus pour entendre du jazz, d’autres du musette, etc. Et tout le monde était ravi. »
Album “Eisherz” de Deux Accords Diront (Home Records/L’Autre Distribution).
J’ai repensé à cette photo récemment, quand dans la rue de mon bureau (rue Basfroi à Paris 11e) passèrent deux musiciens roumains. Un sur chaque trottoir. L’un jouant du sax et l’autre du bugle. Superbe ! …Mais amplifiés par de petits baffles agressifs et grésillants. Nul !!!
Et comme mon bureau est dans une court intérieure, je repensais à tous ces chanteurs des rues qui venaient faire la sérénade pour les habitants, au risque de recevoir plus de seaux d’eau, voir de pot de chambre que de pièces sonnantes…
Mais, aujourd’hui dans notre belle Capitale, il est quasiment interdit de jouer de la musique dans les rues. Les musiciens sont sous terre, dans le métro… Et encore, même là, quand ils jouent bien – ils ne sont pas tous bons - Ils sont chassés par les controleurs ou la police et parfois aussi par des voyageurs qui ne peuvent plus répondre à leur téléphone qui vient bruyamment de sonner.
Alors, j’aime bien cette photo de ce musicien ambulant Charley et Wood-block reliés au talon et grosse-caisse mise en branle par le maillet accroché au coude…En secouant la tête les petites clochettes amenaient certainement un côté champêtre et tout ce petit fourbi rythmique était là pour scander les polkas et autres tarentelles que le musicien, certainement italien vu l’époque, devait interpréter avec fougue…
Dites monsieur ! vous ne voulez pas passer rue Basfroi ?… J’en rêve !