Accordéon & Accordéonistes


Archives pour: Mai 2010

Lucien Mortarelli Musette à l’italienne

par Philippe Krümm

 
Né à Parme, fils d’Antonio Mortarelli, prof de musique et accordéoniste, Lucien Mortarelli voue à son père une reconnaissance éternelle « pour (l’)avoir fait naître non pas dans un chou mais entre les soufflets de l’accordéon ».
 
Après de nombreuses années d’études, de solfège et piano, Lucien remporte plsuieurs 1er prix et coupes alors qu’il n’a pas encore 15 ans. « J’ai eu beaucoup de plaisir à étudier sur mon modèle touches piano Crosio. J’ai travaillé la technique, les accords, le style moderne et je crois avoir bien réussi. » À 18 ans, il fonde son premier orchestre, composé de six éléments et Lucien est le plus jeune d’entre eux. Il décroche des contrats dans des brasseries : Le Victor à Rouen, La Paix au Havre, Le Cintra à Nice, Le Triumph et Le Faisan à Tours, Le Paradise à Nancy… Au Normandy à Bordeaux où il officiera quinze mois, il a la grande joie de voir arriver un soir le jazzman Count Basie avec son orchestre. « Ils sont venus taper le bœuf avec nous. Ça m’a donné l’occasion d’improviser comme jamais je ne l’avais fait auparavant. »
Succès oblige, à 23 ans, Lucien embauche trois musiciens de plus dans sa formation dont un fantaisiste et sa sœur chanteuse Anita (qui, plus tard, a été engagée par les Chacha Boys et Jacques Hélian). L’ensemle se produit aux quatre coins de la France : Grand Kléber et Taverne Royale à Strasbourg, Palais de la Bire à Besançon, Trois Dauphins à Grenoble, Grand Cagé à Dijon, Élysée Palace, Royal et Boléro à Vichy ; casinos de Beaulieu-sur-Mer, Cassis (pendant huit ans), Aix-en-Provence, des Sables d’Olonne, etc. Le Globe à Paris l’engage ensuite pendant trois ans : « Il y avait un monde fou tous les jours pour nous applaudir. J’avais un répertoire énorme : classique, jazz, variétés, les tubes en vogue. Je présentais aussi des morceaux de ma composition comme “Avec toi”, “Esmeralda” ou “Heureuse rencontre”. »
 
Humour, bonne humeur et joie
Après une tournée dans une vingtaine de pays, pour accompagner des attractions et vedettes internationale,s il reçoit le diplôme et la croix d’honneur d’Officier dans l’ordre de l’éducation artistique. Il passe dans de nombreuses émissions télés, comme “Le monde de l’accordéon“, “Accordéon accordéons” et “La chance aux chansons”.
En 1962, il met sur pied à Avignon un cabaret de music-hall, L’Ambassy Club, où il se produit tous le ssoirs pendant des années avec son orchestre. Parmi les têtes d’affiche des programmes figuraient Franck Fernandel, Mouloudji, François Deguelt, Jean Constantin, Georges Ulmer, Félix Martin ou encore Henri Genès. « e suis resté directeur et propriétaire de ce lieu pendant trente ans, se souvient, ému, Lucien Mortarelli. J’y ai toujours laissé la part belle à l’humour, la bonne humeur, la joie. Pendant ces trois décennies, je n’ai jamais abandonné mon accordéon. Tout en assurant la direction, je régalais ma clientèle avec cet instrument. Ma merveilleuse épouse Margot, danseuse classique et chorégraphe, m’épaulait grâce à son sens du spectacle et du rythme. Nous avons fait travailler plus de deux mille artistes et musiciens. Toutes les vedettes qui passaient par Avignon sont venues dans mon club : Omar Sharif, Johnny Hallyday, Gilbert Bécaud, Bourvil, Francis Lopez, Charles Trenet, Fernand Raynaud, Jacques Brel, Annie Cordy, Eddie Barclay, Georges Auric, Peter Ustinov, Patrick Sébastien, Renaud et bien d’autres. »
En novembre 1997, il a participé au festival d’accordéon du Zénith à paris. Il a ambiancé le festival “Accordéoneige” aux Gets (74) à deux reprises (éditions 1996 et 1998) et donné des galas un peu partout en Europe : Allemagne, Italie, Suisse, Hollande, Russie… Plus près de nous, il a été l’invité d’honneur au festival de Tours-Mont-Louis (organisé par Jean Brun). À cette occasion, Mic Bréhin l’accompagnait avec son orchestre.
Par ailleurs, Lucien semble très fier de la réussite de sa progéniture : « Ma fille Bianca est chanteuse, danseuse et vedette de plusieurs shows télés en Espagne. Elle a été durant trois ans meneuse de revue aux Folies Bergère à Paris. Mon fils, Cyril, qui a étudié le piano, dirige actuellement un club piano bar à St-Gilles-de-la-Réunion. Le fils de mon épouse, Jimmy, est avec sa femme Sussy la vedette d’un sensationnel spectacle de music-hall au Royal Palace de Kirviller (57). » Mais ce qui motive avant tout Lucien dans la vie, « c’est de jouer dans de bons endroits, entouré d’excellents musiciens. Je continue d’ailleurs à me produire sur scène avec différentes formations ».
Dany Maurice.

 

Squashbox. Un concertina chez les Zoulous

par Philippe Krümm


 

 
 
Dans quelques jours va commencer la coupe du monde de football…En Afrique du Sud !
Alors petit clin d’œil à la culture du pays et à un vrai intrus arrivé à la fin du 19 eme siècle : le concertina.
 
Une étonnante photo prise a la fin du XIXe siècle où l’on voit 4 musiciens avec un harmonica, un concertina une flûte harmonique et un arc à bouche…
L’arrivée de la petite bois hexagonale correspond à la montée des industrie minière dès les années 1870. Le monde rural a été attiré par les salaires importants que les ouvriers recevaient dans les mines d’or. Des villes voient le jour autour de Johannesburg et la région de Kimberley. Dans ces villes peu de distractions. Des comptoirs s’ouvrent dans lesquels on peut acheter des instruments de musique principalement des guitares et des concertinas. Au départ les concertinas étaient principalement allemand et tchèque . Les prix étaient dérisoires . La grande période de vente fut la fin du 19 eme siècle. Dans les années 1950 des modèles de la marque Italienne, « Bastari » deviennent les instruments préférés . De nos jours Bastari est devenu un nom commun pour désigner l’instrument diatonique (anglo). La fermeture de la marque de Recanati pose problème dans l’approvisionnement de l’instrument qui au fil des ans était devenu un objet musical incontournable. Johnny Clegg « le Zoulou blanc » cherche actuellement la façon de réapprovisionner le pays en instrument de qualité mais bon marché. Les blancs continuant eux, à jouer du concertina, mais avec des modèles de luxe. On entend des Lachenal, jeffries, Crabb Wheatstone et plus récemment des Dipper dans les orchestre « folk » des Boers
 
Une utilisation imprévue !
Le pousser-tirer de l’instrument est devenu le moyen de rythmer la marche.
Un instrument de musique comme moyen de transport !
Johnny Clegg nous dit «  C’est un autobus, C’est un moyen de transport, il te transporte là ou tu veux aller… .C’est un instrument très physique…Si tu marche en jouant « l’isifutho »(bouton à air) te permettra d’ouvrir et de fermer l’instrument. Il faut le presser au bon moment pendant le rythme, pour te permettre de « tirer » et de « pousser » de façon à ce que, pendant que tu joues ta mélodie…Tu marches, et tes doigts jouent les notes. Et tu sais que ton petit doigt va se poser sur ce bouton en même temps que ton pied gauche se pose sur le sol. »

Quand Jo Privat swinguait avec ses potes

par Philippe Krümm

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Jean Claude Laudat est un accordéoniste passionné. En nous faisant passer cette vidéo, il nous fait également passer un grand frisson . Imaginez et regardez ce document de 4 mn ou Jo Privat, le Maître de la valse, du bal et du swing, accordéoniste au touché remarquable interprète les yeux noirs, avec comme accompagnateur : aux guitares les camarades Didier Roussin et Patrick Saussois, Michel Hanne au violon, le pianiste n’est autre que Charlie Olleg, et oui le truculent clavier de "Tournez manège"… Quand à la contrebasse je ne sais pas... Et oui ! Une petite faiblesse que vous allez rapidement combler…

 

A regarder sans modération et à diffuser à tous vos camarades.

la photo du lundi : une seule solution ...Union !

par Philippe Krümm

Alors ce lundi juste cette terrible photo, qui me fait pourtant sourire !

Pour illustrer la récession, les économies que nous allons devoir faire et donc plus que jamais trouver toutes les manières de travailler ensemble sur des idées généreuses. Pour faire avancer ces idées, et principalement en ce qui me concerne la diffusion et la (re) connaissance des musiques populaires et des cultures des peuples du monde...

 

Rien n'est beau sans la diversité...

Joss Baselli, Le virtuose élégant.

par Philippe Krümm

 

 

 

 
Josette Baselli — fille de Gus Viseur et femme de Joss Baselli — nous parle de celui qu’elle a accompagné de ville en ville, d’un pays à l’autre, de studio en Amérique.
 
Comment Josette Baselli, la fille de Gus Viseur, se retrouve-t-elle encore une fois prise entre les lames et soufflet de l’accordéon ? Car être la fille du grand maître Viseur, ce n’est pas rien !
Petit récapitulatif du roi du swing. Le 15 mai 1915  naît Gustave Viseur à Lessines en Belgique. En
1922, la famille s'installe sur la Seine. Gustave prend alors des cours d'accordéon, il joue dans la formation familiale : le Jojo Jazz. Les Baloches, la musique manouche font partie de son environnement musical. Il accompagne des chanteuses comme Édith Piaf et apprend aussi à jouer du bandonéon pour s’intégrer aux orchestres argentins de tango. Mais une musique le passionne, c’est le jazz. En 1933, il rencontre l'accordéoniste Charley Bazin. Avec lui, il se lance dans les merveilles de l’improvisation. Gus Viseur va devenir l'un des rois de l'accordéon-swing, en compagnie du guitariste Baro Ferret, accompagnateur de Django Reinhardt. Après avoir enregistré son premier disque, il forme un quintette de jazz avec les guitaristes Sarane Ferret, Challain Ferret, Baro ou Matelo Ferret. Gus Viseur se produit partout, et joue bien entendu souvent avec Django. Viseur c’est l’élégance, c’est aussi un toucher particulier. « Oui, c’était assez spectaculaire, quand même, se souvient Josette Baselli. J’allais dans sa roulotte, et je ne parlais pas, j’écoutais (elle met son doigt devant sa bouche pour me signaler que rentrer dans ce temple exigeait silence et respect). »
 
Aimiez-vous écouter votre père jouer de l’accordéon ?
Oui, bien sûr. Mon père a fait de l’accordéon un instrument moins commercial. Il avait une autre façon de jouer, un style bien à lui, une inspiration exceptionnelle.Mais j’aimais dire par simple provocation de petite fille à son papa : « Je préfère Murena. » Il me demandait alors pourquoi, et je lui répondais : « Je ne sais pas, il est plus calme que toi quand il joue. » C’est vrai, je trouvais que la manière dont mon père jouait était très agitée. Il me rétorquait alors : « Eh bien, oui ma fille, tu as raison. » Et il me faisait une bise.Nous plaisantions ainsi…
 
Vous êtes tombée dans les mailles du soufflet de l’accordéon ?
(rires) Hum ! Par mon papa, Gus Viseur, évidemment. Ce n’était d’ailleurs pas toujours facile d’être la fille d’un tel musicien. D’ailleurs, quand j’allais dans des bals avec mon père, je me mettais à l’arrière et jamais je ne disais que j’étais la fille de Viseur. L’accordéon tenait une place énorme. C’est assez drôle, en effet. Est-ce une coïncidence que de se retrouver à tomber amoureuse d’un accordéoniste ? Peut-être pas… Même si parfois j’en avais marre de cet instrument (dit-elle en plaisantant). Je préfère la batterie, j’aimais beaucoup la guitare, en fait, non c’est un gag, mais sérieusement j’aurais aimé jouer du piano. Mais à cette époque, les pères n’étaient pas très faciles et permissifs. Alors la petite fille que j’étais a obéi et n’a pas fait de piano.
Josette écoute, parfois subit le son de l’accordéon, mais ne peut donc s’en échapper. « Oh, je n’avais pas toujours envie d’écouter de l’accordéon, confie-t-elle en riant. Mais ce gars qui arrive chez moi, que j’aperçois sortir de l’ascenseur, eh bien… » (elle ne termine pas sa phrase, l’émotion parle d’elle-même).
Une rencontre pas banale. Néanmoins dans ce milieu de musiciens, elle avait une chance sur deux de tomber sur un accordéoniste. Elle n’a pas résisté à ce jeune homme, Joss Baselli. « J’étais avec mon père sur les Champs-Élysées, il voulait aller acheter de nouvelles chaussures ; car c’était un homme toujours élégant, mon papa. Il y avait sur l’avenue de fameux cabarets où l’on écoutait des accordéonistes. “Tiens, me dit-il, y’a un gars qui joue de l’accordéon à Mimi Pinson, veux-tu bien y rentrer ?” — Oh non, je n’en ai pas envie, lui ai-je répondu. À l’époque, j’allais plutôt à Saint-Germain-des-Prés, à la Huchette, c’était quand même autre chose, non ? J’aimais écouter Sydney Bechet. Mais un jour, ce jeune accordéoniste que je n’avais pas voulu écouter à Mimi Pinson fut invité à la maison. Et là, déclic ! Cela n’empêche pas que lorsque j’ai rencontré Joss, je me souviens lui avoir dit : “Je préfère écouter Gerry Mulligan.” Il m’a répondu : “J’ai vu son concert à New York.” Ce à quoi je lui dis : “Et moi, je l’ai croisé.” Joss souriait, s’amusait de cette jeune femme qui voulait le narguer. Nous avons écouté de nombreux jazzmen, nous étions tout le temps invité à Juan-les-Pins… Il n’y avait pas de cloisonnement. »
 
Baselli, Prud'homme, Sony, Segurel...
Racontez-nous un peu de Joss…
Joseph Basile est né le 19 septembre 1926 à Somain, dans le Nord. Ses parents y tenaient un café. Il eut pour initiateur à la musique son frère Enrico Basile. Comme Enrico était professeur, son petit frère avait tout ouïe dehors. L’aîné a initié le plus jeune. Et comme Joss se débrouillait fort bien, Enrico lui a recommandé gentiment qu’il devrait peut-être quitter les lieux et se faire un nom ailleurs. Joss est parti pour Cambrais, Lille, puis Paris et le monde… En tout cas, une chose est sûre : c’est surtout son frère qui l’a poussé vers cette vocation. Joss a donc joué pendant un temps dans le café de ses parents, fait les bals puis s’est envolé ailleurs. Il est monté à Paris en 1950 où il jouait alors au dancing Mimi Pinson sur les Champs. Alors qu’il effectuait une saison d'été à Pau, il a croisé la chanteuse Patachou qui lui a demandé de devenir son accompagnateur pour ses tournées en France et aux États-Unis. Il a évidemment accepté. Il s’est produit dans les grandes salles des U.S.A. et du Canada. Je me souviens que mon beau-frère — le grand-père de Valérie Guérouet, je suis sa marraine — disait toujours : « Moi, je suis l’enfant de l’amour (parce que c’était le premier). Et toi, Joss, tu es le préféré. » C’était beau, car c’était une très belle famille, il n’y avait pas de jalousie entre eux.
 
Viseur et Baselli échangeaient-ils quelques notes de musique ?
Pas tellement, je me suis mariée en 1955, mon père est parti d’abord au Havre puis au Canada. S’il leur est arrivé de jouer ensemble, ce n’était quand même pas chose courante. En revanche, il leur est arrivé de composer ensemble.
 
C’était un vrai musicien ?
Ah oui, il pouvait tout jouer. Il avait d’ailleurs gardé un grand respect pour un certain professeur du nom de Falques, je crois. Je me souviens encore parfois l’entendre dire au téléphone avec beaucoup de respect, “maître” par-ci, “maître“ par-là. Joss étudiait la musique, il la comprenait. Accompagnateur, compositeur, il a joué avec de grands musiciens : Franck Pourcel, Raymond Lefevre, Michel Legrand, Paul Mauriat. Nous sommes allés très souvent au Japon, avec Pourcel.
Joss aimait aussi aller enregistrer à New York : car on lui demandait de jouer des airs de Paris, d’Italie, à cause de ses origines, mais aussi d’Argentine, du Brésil, d’Espagne. Joss aimait se retrouver à jouer avec des musiciens de tous les pays. C’était très moderne pour l’époque ! Il y a eu aussi ce hit de Barbra Streisand, Non c’est rien, chanté en français. C’est lui qui l’a composé. Des musiques de films comme “L’Astragale” aussi, ou d’émissions de télé comme “Le manège enchanté”, et puis d’autres que j’oublie…
 
Patachou, Barbara, Serge Reggiani et les autres…
Patachou, ce sont ses débuts d’accompagnateur. Cela représente beaucoup de scène et de tournées. Puis il y a eu Barbara. C’était vraiment une grande dame, je l’adorais. J’ai son livre là (elle sort quelques photos du début de la carrière de la chanteuse, assez émue de se replonger dans ces souvenirs enchanteurs et musicaux). Elle a chanté du Brassens au départ, puis ses célèbres chansons. J’aime beaucoup ce qu’elle faisait. Elle adorait Pascal, mon fils, qui est batteur. Tiens, tenez, regardez ces photos, elle habitait rue de Rémusat, près de chez nous. Elle y a écrit plusieurs chansons : À mourir pour mourir, Le mal de vivre, Attendez que ma joie revienne, Nantes, etc… Mais Joss est parti en Amérique, et l’accordéoniste Roland Romanelli est venu le remplacer. J’aime aussi beaucoup Serge Reggiani, ça c’est un grand, grand monsieur. Quand Joss a quitté Barbara, Reggiani a appelé mon mari : « Tu viens de quitter la Grande, puisque c’est ainsi que l’on appelait dans le milieu Barbara, alors quand tu reviens d’Amérique, viens vers moi. » Il y a eu également Serge Lama, Annie Cordy, Renaud… Il a accompagné tant de gens, rencontré tellement de monde. Marcel Azzola, Bernard Laroche, Jean Corti, Armand Lassagne, Sergio Tomassi, Yvette Horner qui je crois a fait beaucoup pour que les femmes se mettent à l’accordéon, Richard Galliano…
 
Joss Baselli a surtout fait beaucoup pour l’accordéon…
Maintenant, il y a Sevran ! Lors des émissions télévisées, Joss faisait toujours attention à ce qu’il y ait différentes musiques représentées. Il laissait de la place aux ouvertures classiques, et non pas seulement au musette. Cela provoquait et en énervait peut-être certains, mais cela permettait aussi une grande évolution pour l’instrument. Avec André Astier, Marcel Azzola et Joë Rossi, il a fait avancer les choses et donné une autre image de l’accordéon. Je crois que la réunion de ces quatre-là était assez privilégiée et exclusive. Ils parlaient musique tout le temps, je les entendais quand ils étaient ensemble. Ils riaient, travaillaient, jouaient, composaient…
 

Et comme a pu l’écrire Pierre Monichon dans son livre “L’accordéon” (éditions Van de Velde Payot Lausanne), il y a ceux qui œuvrent dans le bon sens musical : « D’actives associations organisent, périodiquement, des rencontres et des concerts, dans le but évident d’apporter aux musiciens réticents les preuves des possibilités musicales de l’accordéon, quels que soient les systèmes. Une nouvelle génération de noms se détache : Astier, Rossi, Balta, Horner, Azzola, Baselli, Beauvois, Bochu, Hellen, Wurthner, Deiro, Murena, Viseur, Ferrero, Ledrich, Ellgard, Gazzoli, Vittenet. »
Françoise Jallot
 
 
De l’accordéon à l’édition
C’est l’histoire d’un homme qui fit de l’accordéon le moteur de sa vie. Accompagnateur d'exception (Patachou, Barbara, Reggiani, Bourvil…), il fut aussi un musicien hors pair qui décida de promouvoir l’accordéon au rang des plus grands. Avec Marcel Azzola, Joë Rossi et André Astier, il fonde l'Académie de l'accordéon. Il fut aussi à l’origine de l’émission “Le monde de l'accordéon”. Sa passion pour l’accordéon, c’est son frère aîné Enrico qui la lui communique. Il l’entraîne sans difficulté sur les voix des lames. Alors sans plus tarder, le gamin en effet subjugué s’initie aux joies de l’instrument. Le petit Joss se plaît à jouer alors dans le café tenu par ses parents. Il anime les bals, fait valser les couples. Mais il se sent pousser des ailes, quelque chose lui manque. Il veut aller de l’avant, une autre musique l’appelle… Il fait alors une rencontre importante dans sa vie en 1947 : celle du grand accordéoniste Gus Viseur. Cela le conduit dans le Paris des années 1950, à la découverte du jazz, une autre manière de jouer aussi de l’accordéon. Il y découvre de nouvelles possibilités, de nouvelles richesses. Musicien aux multiples talents, il est aussi arrangeur, compositeur. Ses influences sont nombreuses, et ses rencontres aussi. Apprécié autant en France qu’en Amérique, Joss Baselli prône la qualité avant tout. Avec André Astier, il écrit une méthode d'accordéon en 1976 et fonde sa maison d'édition musicale : Opaline.
F. J.
 
 
Baselli par Marcel Azzola
 
Que pourriez-me dire à propos de Joss Baselli ?
Marcel Azzola : Il est là en permanence. Toujours dans mon cœur. Nous avions suivi un même parcours. Nous faisions bien sûr le même métier, beaucoup d’accompagnements, de nombreuses séances d’enregistrement. C’est un grand musicien, mais un frère aussi. Un être très cultivé, qui avait un grand respect pour toutes les disciplines musicales. Il a fait ses preuves en tant que musicien complet. Il a fait une carrière incroyable aux États-Unis. Il appréhendait des styles les plus divers avec une vraie intelligence musicale. Il était curieux de tout, s’intéressait à toutes les couleurs, à tous les sons du monde entier. C’était un arrangeur exceptionnel, un superbe virtuose et un accompagnateur excellent. On se “repassait les affaires” comme on dit, même si je n’aime pas trop cette expression, car nous nous respections, nous savions nous apprécier. Tout ce que je pourrais ajouter sur Joss est dithyrambique.
 
Comment s’est formée la bande des quatre ?
Nous discutions souvent, Astier, Joss, Rossi et moi-même. Nous pensions qu’il était temps de faire quelque chose au nom de l’instrument. Nous représentions quatre spécialistes d’une discipline musicale et pouvions alors créer une académie. Nous avions acheté les locaux qui appartenaient à l’éditeur Agel, que nous avons conservé pendant une vingtaine d’années. Comme nous avions une véritable estime l’un envers l’autre, le projet pouvait prendre bonne forme. Voilà à peu près la genèse de l’aventure de cette école. Par la suite, chacun avait ses propres occupations. J’effectuais de nombreux accompagnements et déplacements. Baselli aussi, il était très souvent aux États-Unis et travaillait régulièrement avec Astier sur des méthodes. Quant à Rossi, il restait le plus fidèle pédagogue et professeur. Joss serait aujourd’hui fier de constater que l’accordéon s’est hissé au sein des plus grands, qu’il se trouve au même rang que les instruments de l’orchestre. Je remercie d’ailleurs Alain Poirier qui a tout fait pour le faire entrer l’instrument au conservatoire. Je rêve toujours de voir inscrit sur les frontons des plus grands théâtres le nom de l’accordéon. Je poursuis toujours cette route que nous avions déjà entamé tous les quatre afin de promouvoir l’accordéon : ce merveilleux arc-en-ciel musical. J’aime cet instrument et je suis de ceux qui ne vivent que de cela. L’accordéon a encore plein de choses à dire. Il se fait découvrir de jour en jour…
Propos recueillis par Françoise Jallot.
 

Joss vu par Elisabeth Astier
La fille d’André Astier nous a très gentiment transmis quelques pensées à propos de Joss Baselli.
Vous souvenez-vous de Joss Baselli ?
Elisabeth Astier : Oui, bien sûr. C’était un homme charmant qui avait toujours le cœur sur la main. Il était à l’écoute des autres. C’était un musicien merveileux, un bosseur-né. Un vrai battant qui ne s’arrêtait jamais. On peut dire qu’il courait toujours, il vivait à cent à l’heure. Il aimait passionnément la musique, il prenait l’accordéon très au sérieux. Son ambition était de travailler le plus possible pour que l’instrument soit considéré comme tel.
 
Comment Joss Baselli et André Astier travaillaient-ils ensemble ?
Ils travaillaient avec acharnement pendant des heures et partageaient des journées entières à développer, échanger, partager ensemble. Ils levaient le nez peut-être pour déjeuner. L’accordéon était au centre de leur recherche musicale.
Leur amitié était riche et très forte. J’ai envie de dire une “amitié d’amour”, tellement il existait du respect et de la vraie complicité. J’ajouterai de manière plus personnelle que Rossi, Azzola, Astier et Baselli, tous de vrais musiciens, aimaient aussi le calembour, la plaisanterie. Combien de gens n’ont-ils pas été piégés par leurs farces ? Parce qu’il existait en effet aussi cela entre eux : la musique et l’humour. 
Propos recueillis par Françoise Jallot.
 

Souvenirs avec Joss
Joss Baselli étant le gendre de Gus Viseur, il se devait d’être un remarquable accordéoniste. J’eus le plaisir de le rencontrer pour la première fois à l’occasion de l’enregistrement d’un album intitulé “Les 4 As de l’accordéon”. C’était au studio Davout, près de la Porte de Montreuil, à Paris. Les disques CBS, qui faisaient un réel effort envers l’accordéon, l’avaient alors sous contrat en même temps qu’Émile Prud’homme, Jean Ségurel et Jo Sony. Pierre Carrel, directeur artistique de cette “major”, venait de me solliciter pour réaliser la photo en couleurs de cet album qui fut enregistré en décembre 1968.
Émile Prud’homme avait écrit Passons le pesetas, Jean Ségurel  Pastourelle limousine, Jo Sony Canaille et Joss Baselli En avant les pianos à bretelles. Tous les quatre les ont enregistrés ensemble. Comme cela faisait un peu court pour un 30 cm, les huit autres titres sont interprétés individuellement : Émile Prud’homme avec Perles de cristal et Reine de musette, Jean Ségurel avec Les fiancés d’Auvergne et Joyeux baladin, Jo Sony avec Caminito et Ça gaze, enfin Joss Baselli avec Ricordo Piemontese et Bourrasque. Le disque sortit le 15 février 1969 et comportait en plus un catalogue de la “Série Chouette”, dont chaque album coûtait… 16,95 francs !
Mon second contact avec Joss Baselli eut lieu quelques années plus tard, à Rueil-Malmaison, où se tournaient alors les émissions d’accordéon que produisait Andrée Luc pour l’O.R.T.F. (1). J’avais accompagné Jean Ségurel qui avait toujours peur de s’égarer dans la banlieue parisienne. Et pendant qu’étaient tournées sur le plateau plusieurs séquences, Ségurel attendait son tour dans une loge quand Baselli entra. Les deux hommes s’embrassèrent cordialement, heureux, semble-t-il, de se retrouver là. Pour s’échauffer les doigts, Joss fit quelques gammes sur son Cavagnolo et dit à Jean, en me prenant comme témoin : « Tiens, mon p’tit Jean, je vais te faire écouter une de mes dernières compositions. Tu me diras ce que tu en penses. » Là-dessus, il nous joua une valse dont je ne me rappelle plus le titre, mais qui était d’une virtuosité époustouflante. Quand il eut fini, Jean Ségurel me dit : « Vous voyez, Roland, comment il joue de l’accordéon, c’est fantastique ! » Puis, s’adressant à Joss Baselli, il ajouta cette phrase sublime : « C’est merveilleux ce que tu fais, mais je vais te dire une chose : pendant que tu joues dix notes, moi je n’en fais qu’une, mais en réfléchissant bien, je crois que cette note a autant de portée que les tiennes ! » Pris de court, Joss mit un certain temps pour lui répondre : « Eh bien, je crois que tu as tout à fait raison, mon vieux Ségurel ! »
Roland Manoury
(1) : Office de radiodiffusion télévision française.
 

Myriam Bonnin
 
Cette concertiste a connu Joss Baselli.
 
Comment avez-vous rencontré Joss Baselli ?
D’abord comme candidate au concours de l’U.N.A.F. (1). Et lui, bien sûr, se trouvait de l’autre côté, parmi le jury. Puis il y a eu l’école aussi, l’Académie de l’accordéon créée par les quatre musiciens, Azzola, Rossi, Astier, Baselli, qui était une étape vers une vraie reconnaissance de l’instrument.
 
Des souvenirs ?
J’en ai beaucoup, mais ce qu’il faut souligner c’est sa générosité. Il était aussi très encourageant avec les jeunes. Il les poussait à aller de l’avant, à faire carrière avec leur instrument comme Richard Galliano, Roland Romanelli, et bien d’autres encore. Pour ma part, il aimait m’emmener aux studios d’enregistrement afin que je vois, j’écoute, que j’apprenne. Son émission télévisée “Le monde de l’accordéon” était un moment musical de grande écoute, mais qui se voulait très éclectique. Le principe était d’inviter un jeune musicien et un chanteur. Un jour, comme l’invité était Michel Legrand, Joss m’avait alors demandée d’aller chercher l’artiste en taxi pour l’accompagner au studio. Cette demande de sa part n’était pas innocente mais généreuse. Il voulait simplement que je puisse rencontrer et discuter avec Michel Legrand, un musicien et chanteur que j’appréciais beaucoup. Voilà, c’était ce genre d’homme, Joss, toujours prêt à donner.
 
En tant que musicien ?
C’était un très grand professionnel, ainsi qu’un homme d’affaires. Il était sur tous les fronts, car il était très sollicité. Il avait une énergie, une capacité de travail énorme. D’un point de vue musical, son toucher était exceptionnel. Même s’il disait qu’il avait de gros boudins, de gros doigts, il y avait au contraire de la souplesse et beaucoup de finesse. C’est un peu ce qui le caractérisait. Il nous a forcément tous influencés et nous avions envie de se laisser influencer par un tel homme.
Propos recueillis par Françoise Jallot.
(1) : Union nationale des accordéonistes de France.

 

La photo du lundi : Quand on chantait de la musique populaire place de l’opéra.

par Philippe Krümm

 


 
Sur cette photo pas d’accordéon !!!! Ou, il est bien caché. Mais, j’aime l’ambiance de ce clicher . Toutes les têtes portent un chapeau ou un canotier. Beaucoup d’hommes. Pour la musique, on voit un trombone, une trompette, une guitare à « basses volantes » et un hautbois. On doit être dans les années trente. Les partitions « petits formats » sont distribués. Certains semblent déjà chanter. Mais quelle était la chanson en vogue ? Et dans le fond les embouteillages parisiens, déjà !

La photo du lundi : il faut casser votre tirelire cochon pour vous offrir de beaux accordéons !

par Philippe Krümm

 


 
 
 
Hors donc, avec un peu de retard, (à cause de la technique) voici la photo du lundi (qui est en fait 4)…Le samedi 12 juin (exposition le vendredi 11 Juin), aura lieu à Vichy, comme la tradition le veut maintenant deux fois par an, une belle vente d’instruments de musique, dont quelques beaux accordéons. Je vous en présente quatre, que je trouve en très bel état. Des jalons dans l’histoire de la fabrication de l’instrument. Quatre modèles qui pourraient être une bonne base pour commencer une belle collection ou simplement posséder quatre beaux objets musicaux.
 
 
1- Vers 1850, un très beau et rare Romantique, comme on aime à le dire. Mais celui-ci a toutes ses touches en nacre, finement sculptée et une marqueterie sur la caisse représentant des animaux et des plantes dont deux splendides lions. Donc ce petit bijou est indispensable.
En 1842 M. Debain brevetait un « nouvel » instrument a clavier : l’harmonium et youpi ! Il y en a un beau spécimen à la vente …Voilà une belle opportunité en plus celui la est « fourni » avec un beau tabouret de piano.
Donc votre deuxième achat.
Sans un « pré » diatonique, le commencement de l’oeuvre que va constituer votre collection ne tient pas. Cela tombe bien il y a un petit diatonique italien (touche et clapet en os) première époque certainement vers 1880 1890.
 
Un chromatique touche piano est indispensable, système inventé par le aujourd’hui célèbre Monsieur Bouton . Celui-ci est drôle et en bel état car bien que de fabrication italienne, il porte la brillante plaque de Pajot a Jenzat. La grande lignée de fabricants de vielles à roue qui avait compris que dans les orchestres de son époque un petit accordéon faisait du plus bel effet et donc, dans ses catalogues, la boîte à frisson avait sa place. Celui la en plus est charmant avec ses deux sirènes lascives sur la façade.
 
Et puis un roi du chromatique je veux parler du Coopé 5 rangs, 120 basses, avec de la « bronze » à l’intérieur. Celui-ci a été un peu restauré, mais la caisse est bien belle et faire résonner les lamelles de ce monstre reste toujours un grand moment...Il ne vous restera qu’à trouver un cabrettaïre armé d’un beau pied Amadieu, pour faire craquer une bourrée à faire pâlir Martin Cayla.
Donc je vous attends a Vichy… en allant sur interencheres vous verrez beaucoup de beaux instruments à vent et a cordes.

 

photo du lundi : Avis de recherche : Cécilium, mélophone qui êtes vous ?

par Philippe Krümm

 
Le cécilum
 
 
 
Ce lundi, vous voyez ou découvrez, pour certains, un mélophone instrument de musique a anche libre, breveté par Pierre Charles Leclerc à Paris le 31 juillet 1837. Et un cécilium, instrument inspiré du précédent et qui lors de son dépôt de brevet le 9 mai 1861 par Arthur Quentin de Gromard s’appelait le Symphonium. Mais, pas de chance pour notre noble camarade résidant dans la charmante commune normande d’EU, le physicien Anglais Charles Wheatstone avait créé dès le 19 décembre 1829 –Patent N°5803- Un charmant petit instrument à anche
 
libre portant le doux nom de symphonium...
Et donc, le grand amateur de musique Arthur changea promptement le nom de sa création. S’inspirant du nom de sa société philarmonique la Cécilienne son invention devint le cécilium. En hommage aussi a notre Sainte Cécile sainte patronne des musiciens.
Mélophone (Ouvert)
Je travaille actuellement, goulûment et avec plaisir sur une monographie exhaustive de ces deux instruments (Mélophone & Cécilium) et donc pour parfaire cette œuvre « écrite » d’une importance capitale - Au moins pour une dizaine de personnes dans le monde - Je possède déjà beaucoup de documents, mais je recherche tout sur les deux bêtes à anche libre. Et quand je dis tout, c’est vraiment tout : photos, textes, anecdotes, lieux où sont les instruments (musées, particuliers, magasins), Documents, méthodes, articles… Et aussi les coordonnées de Bérengère Quentin de Gromard…

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