Accordéon & Accordéonistes

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Tags: chauffe marcel

Et Marcel Azzola chauffe toujours !

par Philippe Krümm

 

Dans l’intimité d’un grand musicien.
Marcel Azzola, chez lui, parle avec émotion de Jacques Brel et de la chanson “Vesoul”. De la séance ou ce superbe improvisateur rencontra un chanteur à la personnalité unique. Avec humour, il raconte comment est né la grande interjection passée dans le langage populaire
:

« Chauffe, chauffe, Marcel ! ».

 

Marcel Azzola

Marcel Azzola aurait voulu être violoniste. Mais son père, lui cherchant un métier, en déduit que l’accordéon pratiqué par le fils d’un ami de la petite communauté italienne de la banlieue parisienne serait un instrument d’avenir… Ce père visionnaire n’imaginait certainement pas qu’il venait de mettre dans les mains de ce petit garçon de 10 ans un instrument de musique dont l’histoire était encore à écrire et qu’il allait révolutionner l’instrument. L’emmener dans la musique du vingt-et-unième siècle.
Le cursus est classique. Sa route d’apprenti est parsemée de professeur prestigieux : Attilio Bonomi, Médard Ferrero… Il sera lauréat de la coupe mondiale. Puis il fera le métier. Les bals, les brasseries. Véritable juke-box de l’époque. Sur les traces de Marceau, Adolphe Deprince, il assimile tous les styles.
Toute sa vie, Marcel Azzola sera un musicien curieux, attentif, disponible aux autres. Le swing de Tony Murena et de Gus Viseur le passionnera. Le jazz et l’improvisation seront toujours dans ses mains. Le classique le fera vibrer. Dans sa riche carrière, il fut accordéoniste chez Streha, un cabaret russe à la mode. Puis il ajouta des anches à son talent en appréhendant le bandonéon en une nuit ! À la demande d’un futur employeur.
Sa popularité explose lorsqu’il entre chez Pathé Marconi en 1952. Il donnera des centaines de bals. Mais aussi des galas, des concerts, de l’accompagnement. Il croisera même la route chaotique des Sex Pistols. Il parcourt le monde comme accompagnateur modeste mais génial, entre autres avec Yves Montand. Avec le grand Jacques Brel, ce sera une rencontre décisive. Lors d’un enregistrement mémorable, une page de l’histoire de l’instrument va se tourner… Arrivée en retard. Quelques accords sur une feuille.  Marcel Azzola se jette dans Vesoul. Une introduction fulgurante. Le chanteur le ressent. Il sait que quelque chose de grand se joue : « Chauffe ! Chauffe ! Marcel ! » Les limites de l’instrument ont été repoussées. Il ne sera plus jamais le même. L’instrument expressif de Demian, son inventeur, a enfin osé se libérer sous les mains d’un artiste. Marcel Azzola est entré dans la légende.