Accordéon & Accordéonistes


Catégorie: Pour l'histoire

Vive la world music !!!

par Philippe Krümm

 

 Un petit dernier. Je ne resiste pas. Un splendide orchestre chinois, avec un remarquable pupitre de shengs..si si cela existe..Et le chef devait être en mal d'inspiration ou avait il été quelques semaines plu tôt a un concert de d'André Rieux...mais voila t il pas qu'il décide de mettre le beau danube bleu au repertoire...accroche toi André les chinois arrivent !

 

 

 

Sheng ou Khen ?

par Philippe Krümm

Sheng ou khen ? Chine ou Laos ? Il semble qu’aujourd’hui c’est plus le look de l’instrumentiste qui compte que le musicien … bien que…la demoiselle chinoise est ravissante et très bonne musicienne, notre Laotien est nettement plus show man…Mais je craque pour le « trad. » ( on ne se refait pas !!!!) sous son abri …J’aime quand la musique a des aspérités et quelle musicalité…Il a le son le camarade !!!!.

Le Bourdon for Ever !

par Philippe Krümm

 

Une partie des pionniers du Bourdon, au centre Marc Perrone...a vous de trouver les noms des autres...et youpi !

ah oui la photo est de Dominique Lemaire..;encore un "historique"...comme on les aime !

 

 Le 15 janvier dernier à Paris dans la salle de la mission Bretonne c’est déroulé une galette des rois spéciale … Oui j’en vois venir certain « Whaou ! une réunion autour d’une galette égal réunion du 3eme âge » … et ben oui ! … Enfin non ! C’était simplement, grâce entre autre et surtout à Dominique Maroutian, une soirée du Bourdon, folk club mythique si il en est … Mais 40 ans après sa création !!!!!

On aurait pu penser que ce rassemblement allait résonner de « ah ! C’était le bon temps » ou de « c’était bien mieux avant » et bien encore une fois non ! C’était presque une réunion du Bourdon comme si celle ci ne s’était jamais arrêtée. On a causé, on a bu ( les autres) et joué de la musique…Le moment fut tellement apprécié que déjà la prochaine réunion du Bourdon est prévu pour le 13 ou le 20 janvier 2013…Alors avis à ceux qui ont raté ce moment rare.

 Notre ami Yvon Guilcher ( un des historique, je sais que le terme lui fera plaisir) avait concocté avec génie et à propos une petite chanson. Une succulente adaptation de rockollection de Laurent Voulzy…nous vous en livrons le texte vous pourrez la chanter à volonté dans vos soirées préférées…

 imprimez les paroles, cliquez sur le lien ci-dessous et reprenez en choeur a pleine voix !!!!
 
 
 
« On a tous dans l’cœur une fille en robe à broderies
Avec du khôl plein les yeux et qui sentait l’patchouli
On a tous dans l’cœur des chevelus à l’air cool
Et qui tous les lundis au Bourdon venaient en foule
Et Funibus chantait… un truc qui m’colle encore au cœur et au corps
“Ils étaient trois p’tits frères en France qu’allaient à l’école à Paris”
 
J’bouffe au resto U, c’est là que j’pique les cuillères,
Elles rendent un meilleur son que l’argenterie d’chez ma mère
On fait des maquettes dans le studio chez Raspoute
Où le preneur de son entre deux prises se shoote
Et Maroutian chantait…
“Des concombres et des melons, des endives et des oignons,
Des oranges et des citrons, ‘pis des groseilles,
Des andouilles et du boudin, du tabac et du branDEVIN”
 
On fait des concerts qui ressemblent à des manifs,
On vient pour fair le bœuf, plutôt que pour gagner son beef
On joue du country, du bluegrass et du cajun,
Ceux qui chantent en français passent encore pour des peigne-train
Et Gérard Dôle chantait…
Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer
Si tit’ fille-là elle a sa port’ fermée
Pauvre vieux nég’ toi qui es gone back sans la clé,
Tu peux cogner, mais tu peux pas rentrer”
 
Au lend’main de Verdun chacun compte sur ses doigts
Les poilus qui y étaient et les bleus qui y étaient pas
Aux boîtes de disques, à la Sacem, aux médias
Ces récupérateurs, on f’ra bouffer leurs contrats
Et John(e) Wright chantait…
“Revenant de Paris, j’ai passé par Boston
Sur mon chemin rencontre une javelle de blé,
Oh ! Venez voir, mesdames, ce que j’ai trouvé”
 
À Pons, mecs et nanas s’lavent à poil dans la rivière,
Derrière des chiottes en planche, on voit pointer des derrières
Au fond d’leur duvet, après les frites, les merguez
Les uns suivent le concert, les autres pioncent ou bien baisent
Et Mélusine chantait…
“Fillettes de Champagne, gardez bien vos maisons,
Car voici les gens d’armes, verduron verduronette
Qui vous emmèneront, verdurette, verduron”
 
Pour aller au bal on n’a pas besoin d’argent,
On entre à l’œil, pourvu qu’on trimballe un instrument
On joue pour des mecs et des nanas qui s’trémoussent
Et quand c’est une bourrée, on s’sent un peu montreur d’ours
Et les Toussaint chantaient
“En avant blonde, t’as le cœur tendre
Tu vas m’apprendre à bien danser”
 
Ceux qui savent pas jouer s’en vont dans les ateliers
Qu’on trouve dans les clubs folk et dans les stages de l’été
Ils y piquent les plans de trois ou quatre gugusses
Qui pour être instructeurs n’en savent pas beaucoup plus
Et la Bamboche chantait…
“Enfin Cartouche est pris avecque sa maîtresse
On dit qu’il s’est enfui, par un tour de souplesse (…)
Il fut exécuté un vendredi”
 
On fait du collectage auprès des vieux paysans
Dans madame Louise Reichert chacun retrouve sa maman
On part dans les Cévennes pour retaper des burons,
On s’tape aussi les chèvres, dans différentes positions
Et Malicorne chantait…
“Toute seule avec ses chèvres, toute seule avec ses chèvres, toute seule avec ses chèvres…”
 
Y’a des purs et durs qui veulent jouer acoustique,
Y’a des moins purs, moins durs, qui veulent jouer électrique,
Y’en a des qui rêvent de passer à l’Olympia
Et d’obtenir au moins trois “F“ dans Télérama
Et les Perlimpinpin chantaient, je m’en souviens…
“Jean de la Reole, lou moun amic, qu’es la ton heumne mao couhade”
 
Que sont devenus tous les folkeux d’autrefois ?
Ils sont tous ethnologues, passent DE et CA
Y’a plus d’folk nulle part, mais y’ a du trad’ à tout-va,
Pour danser la bourrée, faudra un Diplôme d’État
La droite est de retour ! Y’a des Celtes à tous les carrefours
 
Sur l’air de Monsieur l’curé n’veut pas :
 
Chirac ne voulait pas écouter notre musique
Mais il défendait pas qu’ses copains en touchant les droits
P’tit Nicolas veut bien d’la musique traditionnelle
À condition du moins qu’on n’paie pas les musiciens
Le tradeux périclite
Son statut se délite
Son avenir
Est fait de souvenirs
Par devant, on l’adule
Par derrière, on l’en…fonce
L’“f“ vole bas
Dans Télérama
 
Sur l’air de Ils ont des chapeaux ronds :
 
Notre seule consolation,
C’est Trad Magazine
Gardien d’l’évolution
De la tradition
(vivante !) »

Yvon Guilcher 

 

 


 

une toile d'accordéoniste

par Philippe Krümm

 Brigitte et Dan des amis antiquaires de Bruxelles, spécialisés dans la peinture ont trouvé ce joli tableau (80cm/100cm) peint par Simone Lefebvre en 1931.

Quel est cet accordéoniste ?

j'aime à penser qu'il ressemble à Marceau jeune...Si vous avez un nom, n'hesitez pas, la recherche est lancée.

Un chef un vrai !

par Philippe Krümm

L'année 2012 sera certainement consacré a Astor Piazzola on "fêtera "les 20 ans de sa disparition. Le maitre restera pour toujours un compositeur d'exception devenu aujourd'hui un classique enseigné dans de nombreux conservatoires et interprété dans des concours dans tous les pays de notre belle planète.

Mais le tango a généré un nombre incroyable de formidables personnages...C'est pour cela que le tango, le bandonéon, les musiciens les danseurs ont au fil des ans construient un incroyable univers. Dans ce monde on croise des hommes ( et des femmes si si si ! uniques). Le roi du tempo "el rey des compàs"  Juan d'Arienzo (190/1976) était de ceux-là.

regardez cette petite vidéo et vous serez convaincu de l'implication du bonhomme

http://www.facebook.com/photo.php?v=10150385292582440

 

 

 

 

Nostalgie !!! Nostalgie !!!!

par Philippe Krümm


Malicorne : le mariage anglais (1976)

Le groupe mythique c'était reformé pour les francopholies de la rochelle en 2010. Le groupe avec quelques anciens et de nouveaux musiciens devrait se reformer , tourner et pourquoi pas faire un nouvel album. Nous les verrons à l'été 2012 au festival des traversées de tatihou .

2012 commence comme une année riche de nostalgie :

Les anciens du bourdon et de la vieille herbe, les folk clubs parisiens des années 70 sont conviés à se retouver le 15 janvier à Paris a la mission bretonne, on annonce déjà plus d'une centaine de vieilles barbes...je souris par avance ( renseignements : dominique.maroutian@gmail.com) 

Et Stivell sera a l'olympia pour commémorer les '0 ans de son premier passage qui donna l'édition de l'album fondateur de la "worl music" Stivell à l'olympia...On y sera et on chantera a tue-tête !

Philippe Bruneau . Mort d'un Maitre !

par Philippe Krümm

 

Philippe Bruneau
Philippe au Festival de Lafayette ( Louisiane ) en 1979.
( 22 sept 1934 Montréal /8 août 2011 Forcalquier/Manosque)
Il est des personnes uniques ! Cela peut sembler une banalité, mais en pensant à Philippe Bruneau (que j’avais rencontré pour la première fois en 1979 en Louisiane – voir photo) cela s’applique impeccablement.
Le voir jouer, entendre ses compositions étaient toujours un moment unique. Il « donnait sa musique » comme il aimait à le dire. Et dans sa bouche ce n’était pas une formule… C’était une mission … Il avait ce don et il nous l’a offert…L’émotion est immense en apprenant sa disparition.
Que de souvenirs me reviennent à l’esprit.
Depuis cette triste annonce j’écoute en boucle son splendide concert de Ris Orangis (1984) avec Dorothy Hogan...
Et évidemment j’ai une pensée pour Corinne, Bernadette et toute sa famille Québécoise
 
Un grand dossier sera consacré à Philippe Bruneau dans le N° de Trad Mag N°140 de Nov.Dec.

 

Linette Dalmasso

par Philippe Krümm

 

 
 
 
Linette Dalmasso, incroyable accordéoniste, chanteuse a la personalité bien affirmée,
Artiste atypique elle nous a quitté le 17 juillet 2011 à Caen elle était née le 3 juillet 1922 à la Bassée ( 59)....
Accordéon & Accordéonistes avait publié deux articles sur Linette et ses soeurs...souvenirs :

 

Une accordéoniste à la pointe de l'écologie
Linette Dalmaso n’est pas que musicienne, chanteuse, accordéoniste. Elle est aussi une extraordinaire aventurière écolo qui part à vélo à la découverte du monde. À 84ans ! Comme quoi, la musique forme la jeunesse.
 
Linette Dalmasso est née accordéoniste et bourlingueuse. Elle s’est retrouvée à jouer sur les planches ou plutôt dans les estaminets très, très vite avec sa sœur Pierrine. Il en avait été décidé ainsi par leur père d’origine italienne : ses filles deviendraient musiciennes. « Nous avons eu vraiment de la chance, mes sœurs et moi, d’avoir un père qui voulait faire de nous des musiciennes. » Pierrine reçoit un violon tandis que Linette un accordéon.
Elles sont de toutes les fêtes et de toutes les ducasses, car les gamines savent faire pleuvoir les notes festives de leurs instruments. De grands concours aux tournois internationaux, Linette joue de son compagnon sans interruption. Un peu d’école mais beaucoup de musique. « D’ailleurs, à 13 ans, on me décerna le Grand Prix du Roi des Belges. Nous étions assez reconnues dans la région, ma sœur et moi. » Chansons, airs d'opérette, ouvertures classiques, Linette interprétait en s'accompagnant à l'accordéon. Elle participe à Radio Lille. Et des prix, il en pleut des lames de son accordéon…
 
À la rencontre des gens
Linette est aussi chanteuse. « J’ai en fait deux instruments : mon accordéon et ma voix, une vraie voix soprano. Je ne peux pas m’empêcher de chanter. » Mais cette sacrée musicienne est aussi une arpenteuse de la Vie, une voyageuse solitaire, une écologiste qui parcourt le monde à vélo. Son dernier voyage date de l’été dernier en Biélorussie. Incroyable mais vrai, aurait-on envie de dire. Beaucoup de volonté, le désir comme compagnon, et la voilà enfourchant sa bicyclette. « Mon premier voyage à vélo, je crois que c’était en 1968 : je suis partie en Yougoslavie. Lorsque j’ai annoncé ça à ma famille, elle pensait vraiment que j’étais maboule. Mais j’en avais trop envie pour être retenue par qui ou quoi que ce soit. Et je peux l’avouer : ce voyage a été une révélation. »
Linette à vélo en Bielorussie
Depuis, Linette part seule, en choisissant sa destination : Angleterre, Irlande, Roumanie, Inde (où elle fut reçue par madame Gandhi), Pakistan… Elle va à la rencontre des gens. « Ce que j’aime, c’est découvrir, voir comment les gens vivent. J’aime leur parler, aller sur les marchés. Je tiens un journal sur toutes ces aventures.  L’été dernier, je suis partie en Biélorussie. Et si Dieu le veut, je partirai encore cette année, car je commence à avancer en âge, vous savez ! »
En attendant, Linette poursuit sa musique, écoute les œuvres classiques et contemporaines. « L’accordéon, j’en joue tous les jours dans ma maison solaire, entre autres des airs comme O Sole Mio. » Eh oui, Linette vit intelligemment, écologiquement parlant, dans une maison bioclimatique construite par un architecte, au label HPE (Haute performance énergétique) (1). Linette Dalmasoest un exemple à suivre. Une sacrée bonne femme qui décide de sa vie et de son futur. Encore bravo, Linette !
Françoise Jallot
( Article paru dans Accordéon accordéonistes N° 62 de Mars 2007)
(1) : Ce label atteste que le bâtiment respecte un niveau de performance énergétique globale supérieur à l'exigence réglementaire et des modalités minimales de contrôle deux étoiles.
 
 
 
 
 
 
 
En musique avec les soeurs Dalmasso
Linette et Pierrine
 
Si vous ne connaissez pas les soeurs Dalmasso, vous allez découvrir la vie étonnante d’un émigré italien passionné de musique et qui fit de ses filles d’incroyables musiciennes. Aujourd’hui, seule Linette continue de se produire avec son accordéon. En compagnie de sa soeur Pierrine, elle évoque la saga des Dalmasso.
 
Pierrine : « Mon père était arrivé de son vilalge natal du Haut-Piémont, directement dans le Nord de la France, vers les années 1920. Le pays avait été terriblement sinistré et dévasté par quatre ans de guerre. On embauchait car il fallait réparer les pots cassés et reconstruire. Dès que possible, papa fit venir maman et ils fondèrent un foyer. Ils eurent quatre filles. C’est ainsi que cela avait commencé. Maman avait ouvert ce que l’on appelait alors une cantine. Aidée d’une voisine, elle préparait et servait des repas à tour de bras à toute la petite colonnie italienne de Salomé et La Bassée. Après quelques années, mes parents achetèrent un petit café à Hulluch (62). Nous étions les « seuls » Italiens des environs. Nous allions à l’école de cette ville dirigée par madame Prum et qui faisait aussi fonction d’institutrice. Nous manquions les cours souvent les lundis, parfois les mardis, car nous jouions de la musique dans les ducasses qui se font de Pâques à septembre. Il faut dire que papa avait décidé de nous faire apprendre la musique afin que nous en fassions plus tard notre métier. Vers les 5 ans et demi pour moi, et 7 ans pour Linette, nous avons commencé l'étude du solfège. Un an plus tard, j’ai acquis mon premier violon et Linette son premier accordéon. Quand notre jeune soeur Fany a eu l'âge, papa l'a mise à la batterie.
Fany, Pierrine et Linette
Ainsi, nous étions trois soeurs sur scène. Pierrine appris le violon à Lens grâce à monsieur Melzer. Avec fougue et brio, il jouait les valses de Kreisler, entre autres, qui nous remplissaient d’admiration. »
 
La famille Dalmasso et leurs amis Italiens.
Au premier plan Linette et Pierrine
Fany est da,ns les bras de M. Loza
Pierrine au violon, Linette à l’accordéon.
 
Linette : « Très vite, notre papa fit de Pierrine la future bonne violoniste qu'elle allait devenir. Mais à moi, sa fille aînée, mon père avait réservé l'instrument cher à son coeur d'enfant puis d'adolescent, et dont il n’avait jamais pu apprendre à jouer. Laccordéon qu’il n’avait pu posséder, car ses parents étaient beaucoup trop démunis pour qu'il puisse seulement oser y penser. Mon père - pauvre ouvrier immigré comme on ne disait pas encore à l'époque - s'était promis depuis toujours que lorsqu'il serait grand et qu'à son tour, il fonderait un foyer, son premier enfant ferait ce que lui n'avait pu entreprendre. son premier enfant, ce fut moi. Le même jour où il acheta le violon de Pierrine, je reçus mon premier accordéon. Il me conduisit à Lens, chez les Magnier, pépinière de professeurs, une famille dont tous les membres étaient voués à l'accordéon et à son enseignement : le grand-père, le père, les trois fils, qui à tour de rôle me prirent en main jusqu plus jeune, Marceau. Ce garçonnet d’une douzaine d'années, déjà un excellent musicien, donnait des cours lorsque son père et ses frères étaient occupés dans d'autres pièces avec d,autres élèves. Il donne d'ailleurs toujours des cours, ayant fondé à paris une florissante école. Ses enfants et petits-enfants étaient eux aussi des musiciens, accordéonistes, professeurs, constituant de la sorte une véritable dynastie. C’était alors l'époque du grand boom de l’accordéon. Un raz-de-marée qui submergeait le peuple, remplissait des salles de 10 heures du matin jusque tard dans la nuit, durant plusieurs jours lors de festivals importants, comme celui d'Avion, par exemple. De grands concours et tournois intemationaux étaient organisés chaque année. Mes professeurs me présentèrent d’abord à celui d’lseghem, en Belgique, où à l’âge de 11 ans, je fus classée hors concours. Deux ans après, à Liège, on me décerna le Grand prix du Roi des Belges. L’accordéon était le roi partout : dans les réunions de famille, les bals, les estaminets, Ies marchés et surtout dans les ducasses. Il n’y avait pas que le bal. Dans tous les cafés proches de la ducasse, des musiciens, juchés sur une estrade de fortune, officiaient quasiment sans arrêt eux aussi, de midi à 2 heures du matin. Les juke-boxes n’existaient pas, de vrais instrumentistes en chair et en os s’évertuaient. Les flonflons des saxos, des clarinettes et pistons, étaient ponctués par les roulements de tambours et coups de grosses caisses. Les iazz-bands sortaient de tous les estaminets. Naturellement, I'accordéon dominait tout et tous. Il n'existait pas d'orchestre de villages sans lui."
 
Fany, Pierrine et Linette
 
 
Juchées sur les tables dans les cafés
 Linette : «  Un jour, un cafetier d’une localité proche vint trouver mon père. Il avait entendu parrer des deux firettes italiennes et souhaitait que nous venions jouer le jour de la ducasse qui arrivait à grands pas. Papa se fit prier un peu car nous étions très ieunes. Mais devant l'insistance du bonhomme, il accepta. Et le jour dit, vers 4 heures de l’après-midi, nous arrivâmes à ce café déjà bourré de monde. On nous jucha sur deux tables près de la porte d’entrée. Nous avons présenté notre petit répertoire, d’abord « Sous les ponts de Paris », l’air préféré de papa, le premier qu’il avait appris dès son arrivée en France, puis « Sobre las olas », qu’il aimait aussi nous fredonner et qui rentra aussitôt dans la tête et dans les doigts. Les demandes commencèrent à affluer : « Jouez-nous donc Riquita, Dolorsa, La femme aux bijoux », « Connaissez-vous Miralada, jolie fille de bohème, Qu’il était beau mon village, Pouet-pouet ? » Non, nous ne connaissions aps encore toutes ces chansons. Qu’à cela ne tienne, la jeune fille de la maison alla chercher ses partitions, des petits formats qu’elle plaça sur un pupitre devant nous. Nous jouâmes sans arrêt, devant les auditeurs-consommateurs, en lecture à vue. Ce qui plongeait notre public dans l’admiration, paraît-il. Si bien que les voisins aussi apportèrent tour à tour leurs petits formats, leurs chansons, car dans chaque foyer il yen avait des piles. Papa jubilait, fier comme un paon de voir ses filles tellement à la hauteur. Et nous, excitées, prodigieusement intéressées, nous nous amusâmes beaucoup à ce nouveau jeu qui consistait à feuilleter les partitions et les jouer tout de suite, sur simple lecture, sans nous douter nullement qu’il s’agissait là d’une performance, vu notre âge. »
 
« Deux petites Italiennes qui jouent du Mozart »
 
Linette : « Pierrine était haute comme deux pommes. Quant à moi, l’accordéon m’arrivait au nez sans cesse. Les spectateurs continuaient à nous demander de reprendre ceci ou cela. En sortant, ils mettaient des pièces dans une petite assiette que l’on avait mise sur la table. Les patrons étaient enchantés : « Retenez-nous vos filles pour la prochaine ducasse, dans un an », dirent-ils à mon père. Et ils lui remirent une gratification. C’était là notre premier « cachet », en somme. Si bien que je peux dire qu’à l’âge de 8 ans, nous étions déjà des professionnelles de la musique. Cela se sut rapidement dans les environs. D’autres cafetiers vinrent trouver son père et lui demandèrent ses filles pour la ducasse. De sorte que dès cette première année, presque tous les dimanches, nous allâmes « musiquer » un estaminet ou l’autre. L’année suivante, nous avions un peu plus de répertoire, de métier, de force physique aussi. Et déjà, nous assurions non seulement les dimanches mais aussi les lundis musicaux dans les cafés pendants les ducasses, de 4 heures de l’après-midi à minuit. Papa avait acheté une batterie, un jâse band comme on disait. Il nous accompagnait au tambour et à la grosse caisse. Cela lui permettait de nous avoir à l’oeil et de faire les gros yeux aux garçons qui s’avisaient de venir reluquer ses filles de trop près. NOus jouions aussi dans notre café pour les clients qui s’y arrêtaient. Ils nous faisaient des commandes : « Joue-moi ‘Très jolie’, t’auras 5 francs », « Interprétez-nous ’Poète et paysan’, ‘Perles de cristal', ‘Cavalerie légère’... » Ils avalaient leur consommation et, avant de partir, nous donnaient quelques pièces que nous mettions dans notre tirelire. En somme, nous étions des juke-boxes vivants. De temps à autre, nous nous produisions sur Radio Lille, dans les "Matinées enfantines de grand-papa Léon". Un jour, nous y jouâmes l'ouverture de Cosifan tutte de Mozart. Il paraît que cela fit sensation et que dans les milieux musicaux du Pas-de-Calais, on évoquait « des petites ltaliennes qui avaient joué du Mozart à I'accordéon et au violon ». La T.S.F. était quelque chose de merveilleux, miraculeux, bien plus encore que ne l'est la télévision aujourd'hui. Les journaux locaux régionaux relataient notre travail, la musique, nos émissions sur Radio Lille, le concours d'accordéon d'Avion...
 
 
 
Pierrine Dalmasso
Pierine : « Nous faisions de la "musique à écouter". C'est-à-dire que nous jouions de "tout" (ou presque) : chansons, airs d'opérette, ouvertures classiques, morceaux de bravoure (que seuls les musiciens adultes et expérimentés savaient jouer). Linette interprétait en s'accompagnant à l'accordéon des chansons "à voix" soprano. Quant à moi, je faisais la deuxième voix.
Violon, ensuite saxo, un peu plus tard Fanny fut mise à la batterie et elle chantait aussi. Les gens venaient même de loin et pouvaient rester assis des heures à nous écouter. Des enfants si jeunes qui jouent comme des adultes. À l'apéritif, concert de 11h à 14h. La musique était réservée de prêférence aux classiques, des ouvertures : Poète et paysan, Cavalerie légère, Calife de Bagdad, Barbier de Séville, Valses de Strauss, Le beau Danube bleu, les musiques de V. Marceau... Tandis que nous étions juchées sur des tréteaux de fortune, l'assiette avec notre photo au pied, les pièces de monnaie tombaient. Et l'on reprenait vers les 16 heures jusqu'à minuit. Plus tard, plus âgées, nous finissions à 2 heures du matin. Nous manquions l'école invariablement les lundis (parfois les mardis) de Pâques à septembre (période de ducasses). Les instituteurs ne nous grondaient pas car malgré notre fatigue, nous étions de bonnes élèves. Nous avons quitté l'école à 12 ans (moi avec mention bien au certificat d'études, et Linette avec mention très bien, première du canton). Pas question de continuer nos études car il nous fallait nous exercer huit heures par jour dans la cuisine de chez nous (et quand nous étions à l'école, chaque soir pendant deux heures), les ducasses, ramener de l'argent à la maison... On ne chômait pas. Puis la guerre est arrivée, et les ducasses ont été interdites. Nous avons alors joué dans des cafés à Lens. J'ai joué à la Brasserie du Capitole à Lille, dans l'orchestre de Marcel Wiedaghe. La guerre terminée, Linette et moi avons alors monté un orchestre, nous produisant dans les bars à Paris, Lille, Dijon, Vichy... Mais les temps devinrent difficiles. Les patrons ont supprimé les orchestres, beaucoup
de musiciens se sont retrouvés au chômage. Et Linette et moi, nous sommes devenues "Duettisteg' : deux voix, un accordéon, une guitare. À nouveau la route, les cabarets, salles de cinéma, France, Suisse, Belgique, Italie... Linette a continué seule, en "one-woman show". Ça marchait bien. Quant à moi, ce fut plus dur. La guitare n'était pas encore à la mode. J'ai cavalé dans tout Paris pour trouver un micro, une sonorisation, chez Boyer qui a confectionné un micro de contact. J'étais sans nul doute la première à avoir une guitare sonorisée. Je faisais les cinémas à l'entracte, quelques cabarets... Puis j'abandonne, je me
marie, deviens hôtelière. Et ma fille Suzel a pris la relève. Elle suit de solides études musicales, compose, entre à la Sacem à 18 ans. Professeur de chant, maîtrise et licence musicologie, elle donne des concerts classique et jazz sa passion. Elle chante aussi, elle vient de sortir son premier CD, "Est-ce bien raisonnable ?". France 3 lui a consacré un reportage sur son travail, il y a peu de temps. Et la vie continue,
de mère en fille. »
 
Linette continue le métier et se produit dans des concerts ou récitals. EIIe raconte sa vie et ses voyages. Seule à vélo, elle a traversé de nombreux pays : Angleterre, Irlande, Roumanie, Inde (où elle fut reçue par madame Gandhi), Pakistan, etc. Ces dernières années, ce fut la Russie, la Biélorussie. EIIe vient de revenir d'un long périple en Russie, toujours en vélo. Elle se trouve à nouveau en France, toujours prête nous conter à nouveau sa vie, Ia vie des oeurs musiciennes.
Fropos recueillis par Henri Cordier.
Article paru dans accordéon & accordéonistes N°14 de Novembre 2002

 

la photo du lundi : et pourtant ils tournent !

par Philippe Krümm

Ce lundi deux petites photos en cette période de Tour de France nous rappellent que l'accordéon, la musique populaire faisaient partie intégrante de la grande boucle. Quand Yvette affrontait les éléments, debout sur une voiture. Heureusement très rapidement, on lui fit un beau manequin qui trona lors des rapides déplacements sur le toit des véhicules. La musique diffusée étant enregistrée. Il suffisait de s'arrêter discrêtement, quelques kilométres avant la ligne d'arrivée pour reprendre en chair et en os sa place face aux intempéries.

Thierry Boisvert : Un copain est parti !

par Philippe Krümm

 

 
 
 
On ne peut résumer la vie riche de création, d’échanges, de passion d’un camarade qui aimait se dire « violemment autodidacte », Il avait 57 ans , musicien, luthier - On lui doit de nombreuses chabrettes- graphiste, imprimeur…Mais surtout toujours passionné.
Jusqu’au dernier moment outre de nombreux projets sur la Dordogne où il résidait…( Il était originaire de Montagnac la Crempse)
 Il continuait travailler entre autres sur un projet d’ encyclopédie de la musique auvergnate...
ouah ! Que de souvenirs....
 
Il est parti le Vendredi 1er juillet très très grande tristesse et profonde pensée à sa famille et à ses nombreux amis.
 
 
 
De nombrex textes commencent circuler sur les mails...Comme celui de Jean Luc matte...le grand historien et iconographe des cornemuses
Du Périgord m'est parvenu, hier soir, la triste nouvelle du décès de Thierry Boisvert dans la nuit de jeudi à vendredi. Il devrait être inhumé à Montagnac-La-Crempse (24) lundi à 10h00
Nous avions beau redouter l'arrivée de cette nouvelle depuis la rechute de son cancer cet hiver, il est des nouvelles qu'il est difficile d'accepter.
 
Son nom ne dit sans doute rien à ceux qui fréquentent le milieu de la musique trad depuis moins de 20 ans car il s'en était un peu retiré, mais il gardait toujours un oeil sur le monde des cornemuses et des chabrettes en particulier, comme en témoignaient les mails qu'il m'adressait régulièrement.
 
Un reportage de FR3 de la fin des années 70 (?) montrait Thierry en compagnie de Coco Lemeur faisant une manifestation antifolklore lors d'une grande Félibrée en Périgord...La pleine période post soixante huit...
Il se lance dans la facture des chabrettes au début des années 80 et nous sommes quelques-uns à conserver précieusement un de ses instruments. Il a eu rapidement pas mal de commandes, mais son caractère ne s'accomoda finalement pas de ce métier dont la rigueur nécessaire à une production de qualité constante ne permettait pas à son désir de création de s'épanouir autant qu'il l'espérait. De même il tâta un peu de la vie de musicien pro lors d'une tournée aux USA pour se rendre compte que là non plus n'était pas la voie créatrice qu'il espérait. C'est finalement dans le domaine de la graphie et de la PAO qu'il avait trouvé sa direction professionnelle, sans rapport avec la musique, quoique ceux qui avaient eu la chance de la visiter, se souviennent sans doute de la scénographie qu'il avait montée pour l'expo chabrettes du musée des ATP en 1999.
Malgré ses talents d'instrumentiste, il a peu enregistré et il ne nous reste pour l'entendre, sauf oubli de ma part que le CD Ocara sur les Réveillez avec la Compagnie Chez Bousca, un duo avec Eric Montbel sur le second disque de Lo Jaï, une plage sur Chabrettaires à Ligoure et, surtout, une magnifique plage chantée "Devant Bordeaux" (je vous le mets en français pour ne pas faire de faute en occitan) sur le double vinyl de chants de marins du Chasse marée consacré aux mariniers de nos fleuves et rivières : sans doute un de mes dix morceaux préférés au sein de toute ma collection de disque.
 
Il laisse par contre bien davantage d'écrits :
- sur la musique en premier lieu puisqu'il fut l'un des piliers des recherches sur les chabrettes dans les années 80 et de leur lien possible avec la religion. Une riche période où, afin de tenter d'en décrypter la symbolique et/ou l'origine chacun tentait de retrouver des analogies entre les différents boitiers de chabrette et tout objet d'aspect proche. Une passion qui ne l'avait pas complètement quitté puisqu'il m'avait encore envoyé, il y a un ou deux ans, à titre plutôt humoristique, et sans besoin du moindre commentaire, la photo d'une petite burette d'huile industrielle en tôle dont les nervures faisaient furieusement penser à certaines empeignes de chabrettes.
Vous pourrez lire ses écrits en particulier dans :
- "Chabrettes - Mon Dieu quelle histoire !" dans les actes du Symposium international sur la cornemuse La Haye1988
- "Il était une foi - Lettre à l'église" in "Souffler c'est jouer - Chabrettaires et cornemuses à miroirs en Limousin" cat Expo ATP -St Yrieix La Perche 1999 ed. Modal
- "Il est né le divin folklore" in BSHA du Périgord - Tomme CXXI - Année 1994 sur, notamment, l'arrivée de la vielle en Périgord
Il faut que je recherche ce qu'il avait écrit d'autre sur les chabrettes.Si vous avez d'autres références en tête, merci de me les communiquer.
On peut le revoir et l'entendre interviewer Marcel Piaud (ce qui est aussi émouvant pour la mémoire de l'un que de l'autre) sur une VHS produite par les musiciens routiners (Françoise Etay) à cette même époque.
 
Mais il a également publié dans un domaine plus régional sur lequel il s'était davantage focalisé depuis son quasi-retrait du monde des musiques traditionnelles :
- Almanach satirique et illustré de la Dordogne Autoédition 1994
- et, surtout, son remarquable ouvrage "Photographes en Dordogne - (1ère partie, 1850-1930)", dont malheureusement la seconde partie ne verra probablement jamais le jour. Son intérêt pour la chabrette l'avait conduit à réaliser une collection de cartes postales anciennes qu'il finit par céder au Musée de Montluçon, mais cette quête des cartes ancienne le conduisit rapidement à s'intéresser en précurseur aux simples photos (qui n'interessaient alors pas du tout la plupart des collectionneurs de cartes de l'époque), souvent bien plus spontannées que les clichés édités en cartes postales.
 
Mais par delà toutes ses activités, Thierry était avant tout un ami et un personnage très attachant qui manquera désormais terriblement à tous ses connaissances.Il nous avait promis de vaincre son cancer et faisait preuve d'un moral impressionnant face à la maladie. Il avait bien cru la vaincre l'an passé  et s'accomodait sans se plaindre de la part de capacité pulmonaire qu'elle avait emporté. Mais le mal l'a traitreusement réattaqué l'hiver dernier et s'il faisait toujours preuve d'un excellent moral et se souciait de la reprise de son activité professionnelle après cet épisode (il avait même envisagé de se consacrer à nouveau à la lutherie), il ne se cachait tout de même pas l'éventualité d'une fin plus précoce.
Il avait également accepté récemment quelques projets de collaboration à des publications sur la chabrette.
 
J'ai sans doute oublié dans ce court portrait, pas mal d'aspect des activités de Thierry (sa collection de cactus par exemple...), nous lui devons également la création, avec Claude Ribouillault, de la bourse d'échange de St-Chartier dont il m'avait offert sa succession. Ceux qui avaient participé en tant que stagiares ou formateurs aux deux stages des Musiciens routiniers à Saint-Leon sur l'Isle dont il était l'organisateur gardent le souvenir de ses deux semaines hors du commun.
Et puis il n'est malheureusement pas possible de faire sentir à ceux qui ne l'auraient pas connus, la richesse et la générosité qui émanaient de lui.
 
Nos pensées vont naturellement à ses proches.
Jean-Luc
 
 
 
 

 

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