Black Summer Festival 2009


Rock the Congo

par Mondomix Team Email

Mercredi 15 juillet, c’était LA soirée du festival Black Summer à ne pas manquer. Réunis sous le chapiteau du Cabaret Sauvage, les trois groupes congolais du label Crammed Discs nous ont offert des concerts électriques et éclectiques, alliant rumba congolaise classique et musiques régionales, dignité et inventivité.

 

Le premier groupe à se produire, les Kasaï All Stars, est né de la réunion entre les membres de plusieurs groupes originaires de la région du Kasaï, de cinq éthnies différentes qui poussés à émigrer à Kinshasa pour des raisons économiques, ont continué à faire évoluer leur musiques régionales, en gardant leurs instruments traditionnels mais en les amplifiant pour être entendus parmi les rumeurs de la ville. Avec son spectaculaire tambour Batétéla, un tambour à fente trapézoïdal produisant huit notes différentes et utilisé à l’origine pour les communications entre villages, le percussionniste Tandjolo marquait les appels de temps dynamiques, appuyés pas trois tambours à peaux à résonateurs et amplifiés de sorte que leurs sons saturés faisait sauter le sternum du public, qui n’a pas eu besoin de plus pour commencer à dodeliner gentiment de la tête. Ajoutez-y un likembe  - piano à pouce plus connu sous le nom de sanza - électrique, des guitares et des balafons, la voix de la chanteuse Muambuyi et celle du leader Hubert Mputu Ebondo, alias Mi-Amor, des danses suggestives qui avaient été auparavant interdites par les missionnaires catholiques et protestants, et vous obtenez un concert plein d’humour, à la limite du punk, saturé, intense, et séducteur.

 

Juste le temps d’aller chercher quelques victuailles, du genre chipo et bière, et le second concert démarrait déjà. Et parler de concert dans le cas des artistes qui ont succédé aux Kasaï Allstars, est un mot trop dérisoire. C’était l’évènement de la soirée. Les Staff Benda Bilili, c’était le groupe qu’il fallait voir et écouter ce soir-là. Au-delà des apparences, comme son nom l’indique, Staff Benda Bilili est un groupe qui, même s’il prend la parole pour faire sortir de l’ombre les malades de la poliomyélite, dont sont atteints la majorité des membres, ne prône en aucun cas le misérabilisme. Ovni musical, oscillant entre rumba traditionnelle, blues, son cubain, rock, et bricolage, le groupe est sorti de l’ombre grâce à deux cinéastes français, Florent de la Tullaye et Renaud Barret, qui les rencontrent dans les rues de Kinshasa, où ils vivent entourés des enfants des rues, et projettent de les filmer in-situ. S’en suit l’enregistrement de l'album « Très très fort », produit par Vincent Kennis qui est à l'origine de la compilation "congotronics2" et qui a enregistré Konono n°1, qui les propulse sur la scène internationale. Le succès est immédiat, tant et si bien qu’ils remporte l’artist award du WOMEX 2009.
Le concert en lui-même était magique. Accompagnés de Roger Landu, virtuose du satongé, monocorde fait d’un arc et d’une boite de conserve qu’il s’est fabriqué lui-même, ils ont réjoui un public qui affichait un sourire béat tout en bougeant tantôt lascivement, tantôt énergiquement aux sons des harmonies de ces chanteurs et musiciens hors pair.

 

Après Staff Benda Bilili, suivait le concert du ceux qui ont contribué à populariser la musique congolaise "tradi-moderne" au-delà de ses frontières: Konono n°1. Créé il y a 25 ans par des musiciens originaires de la région Bazombo qui ont, comme les Kasaï Allstars, migré vers la capitale et électrifié leurs instruments pour obtenir plus de puissance, Konono n°1 est une institution. Avec un son souvent comparé à celui de Kraftwerk, à la limite entre les musiques de transes propres aux Bazombo et le Krautrock, ce groupe, dont la grande particularité est celle donnée par le son de leurs likembes electrifiés, saturés, fait d'abord sauter nos tympans de surprise, avant d'entraîner nos pieds dans une danse folle.

 

 

Une soirée mémorable, sans doute une des plus originale de la programmation du Black Summer. Mais le festival ne s'arrête pas là!

A suivre, la soirée France Ô Folies et Dom Tom Folies. Ce week-end, on embarque pour les îles pour les scènes d'été : direction la Nouvelle Calédonie, la Réunion et la Martinique samedi avec SumaEle, Davy Sicard, Lindigo et dimanche avec Paul Wamo et Dédé Saint Prix. Et à ne pas manquer dans la semaine prochaine, du reggae avec Anthony B le 21, du groove avec, accorchez-vous bien, Roy Ayers le 22, une soirée pour chalouper avec Calypso Rose le 23. Prêts pour une semaine chargée? Et bien courez prendre vos places...

 

Perrine Beaufils

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