One Magic Mirror Under a Groove
Lundi 3 août, pour la clôture du Black Summer Festival, le Cabaret Sauvage s’est transformé, l’espace d’une nuit, en une planète régie par la loi du Supergroovalisticprosifunk !
En d’autres termes, et pour rester fidèle aux définitions de la Funkcyclopedia de Monsieur George Clinton, les missions que se sont assignés Anthony Joseph and The Spasm Band d’un côté, et George Clinton et Parliament/Funkadelic de l’autre, répondaient à la nécessité de donner aux gens ce qu’ils veulent, quand ils le veulent parce qu’ils le veulent en permanence.
Ainsi, le premier débarquement a été assumé par Anthony Joseph et le bien nommé Spasm Band. Ce chanteur anglais, natif de Trinidad, est aussi musicien, poète et romancier. Il est d’ailleurs considéré comme le leader de la littérature avant-garde noire en Grande-Bretagne.
Souvent comparé à Gil Scott Heron pour son attachement à la tradition pure du Spoken Word, Anthony Joseph a sorti son dernier album « Bird Head Son », surnom qu’on lui donnait quand il était enfant, en janvier dernier.Son groupe The Spasm Band, composé de Andrew John « Mr Stone » à la basse, de Colin Webster au saxophone et à la flûte traversière, de Paul « Zulu India » Zimmerman au djembe et aux congas, de Craig « Cigar » Tamlin aux cloches, à la conque et à la quica, Christian Arcucci « The Rastaman » à la guitare et de Paul Brett à la caisse claire, tôle et cymbales, mêle avec brio afro-funk, free-jazz et dub vaudou.

Le tout donne un groupe ultra péchu et profondément funky, vraiment capable de provoquer des contractions involontaires et pathologiques affectant certains muscles. D’ailleurs, même le régisseur lumière, par son usage presque frénétique de la lumière stroboscopique, a dû être atteint. Le dernier tableau aurait fait pâlir le président de la république tant il ressemblait au bouquet final des feux d’artifice d’un 14 juillet, la mélodie en plus.
Anthony Joseph au New Morning en avril 2009 :
Anthony Joseph au New Morning en avril 2009 :
23 heures : George Clinton
Nous y sommes. La scène est prête à recevoir le Godfather of Funk et ses formations Parliament et Funkadelic. Avant de relater l’hystérie collective que ce concert a provoquée, faisons le point sur l’histoire de ces légendes vivantes.
A la fin des années 50, à Plainfield dans le New Jersey, George Clinton, 15 ans, fonde « The Parliaments », un groupe de doo wop composé de cinq membres, Ray Davis, Fuzzy Haskins, Calvin Simon et Grady Thomas. L’idée de départ est de former un groupe de funk « mainstream », dominé par les voix soul et les cuivres. En 1964, George Clinton décide de créer un autre groupe pour le « musical backing » de The Parliaments. Il recrute alors Frankie Boyce, Richard Boyce et Langston Booth, en plus des cinq membres de The Parliaments. En 1966, alors que les Boyce et Langston Booth sont enrôlés dans l’armée et expédiés au Vietnam, le groupe s’agrandit avec l'arrivée du bassiste Billy Bass Nelson et du guitariste Eddie Hazel puis en 1967, du guitariste Tawl Ross et du batteur Tiki Fulwood.
En 1968, la maison de disques Revilot, qui avait acheté le nom The Parliaments, fait faillite et le groupe commence donc à jouer sous le nom « Funkadelic » et signe chez Westbound. La musique du groupe passe alors de la soul et doo wop originelles à un mélange de rock psychédélique, de soul et de funk, mené par des guitares électriques et hautement influencé par Jimi Hendrix et Sly Stone. Au début des années 70, Tawl Ross, Billy Bass Nelson et Eddie Hazel quittent le groupe et plusieurs musiciens et chanteurs sont alors recrutés dont des membres des J.B.’s, notamment Bootsy Collins et The Horny Horns. Funkadelic propose alors un funk plus expérimental, dominé par la guitare électrique. Avec l’arrivée en 1975 de Michael Hampton, prodigieux guitariste adolescent et l’album One Nation Under a Groove sorti chez Warner Brothers en 1978 et travaillé avec la collaboration de Walter « Junie » Morrison, l’ancien clavier des Ohio Players, Funkadelic connaît un succès considérable. Le titre "One Nation Under a Groove" reste numéro un des charts R&B pendant six semaines tandis que Parliament, nouveau nom donné en 1974 au groupe The Parliaments, est à peu près au même moment classé numéro un pour les titres Flash Light et Aqua Boogie.
En 1975, avec la sortie de l’album Mothership Connection signée Parliament, les deux formations fusionnent dans une tournée nommée « The P.Funk Earth Tour ». Ainsi commence l’aventure du Dr Funkenstein (AKA George Clinton) sur son vaisseau spatial, le Mothership, censé débarquer sur terre pour mettre en œuvre la « Big Bang Theory » selon laquelle le Funk est ce qui fait marcher l’univers, à travers le Cosmic Slop, « danser avec le diable pour payer ses factures », sans tomber dans le travers de la Pinocchio Theory, « si tu simules le Funk, ton nez s’allonge ».
Ainsi donc, ce beau monde a débarqué lundi 3 août pour un concert des plus surréalistes. Au delà des costumes des musiciens sur scène ou de leur nombre impressionnant, une vingtaine, les inventeurs du P Funk semblaient fraîchement débarquer des années 1970. Mr George Clinton ne s’est pas trop fait attendre. Au bout d’un quart d’heure et vêtu d’une espèce de djellaba aux couleurs des nations du monde, il rejoignait son groupe sur scène pour un chauffage de foule durant lequel tout le public était appelé à formuler son désir par une revendication claire, nette et concise : « We Want Funk ! »Trois heures de show monstrueux au cours desquelles chacun savourait les grands classiques de ces Funk Masters, Shit got dam’ get off your ass and jam, Flashlight, One Nation Under a Groove, Knee Deep, Tear The Roof Off, Atomic Dog…
Ce qu’il y a de bien dans ce genre de concerts, c’est qu’en plus d’avoir la conscience de voir des artistes qu’on adule, on a la sensation de vivre un événement historique. Ce qu’il reste d’une soirée comme ça : du pur bonheur P Funk, des acouphènes et cette phrase qui, bien que grammaticalement subversive, revient comme un leitmotiv : « Ain’t no party like a P-Funk party cause a P-Funk party don’t stop ! »
Voilà, le Black Summer Festival est fini et on salue bien bas cette première édition qui a été un véritable succès.
Jihane Bensouda
Le meilleur remix hip-hop de Flashlight, avec Q-Tip, Busta Rhymes, Ol'Dirty Bastard



05.08.09 16:41:01, 