Archives pour: Mai 2010
Metallica, torture sonore
Pour qui aime le "bruit qui pense", pour reprendre la façon dont Victor Hugo désignait la musique (une définition reprise à son compte par Selector Matanzas), le dernier disque de Chumbawamba est proprement incontournable. Baptisé "ABCDEFG" ("Do ré mi fa sol la si" en français), il ne parle que de musique.
Il y est question de la lutte qui opposa Staline à Shostakovitch, de l'interruption d'un opéra de Wagner joué en Israël, des rapports de la scène folk avec l'extrême-droite, ... Tout cela, je l'ai vite compris. Mais un titre m'a étonné - voire inquiété - un peu : "Torturing James Hetfield". Qui est ce James Hetfield qui est torturé pendant la chanson ? Et bien, renseignements pris, il s'agit du chanteur de Metallica qui, quand il a appris que sa musique était utilisée comme un instrument de torture en Irak (elle est jouée 24 heures sur 24 à très fort volume aux prisonniers), s'en est orgueilli. Chumbawamba s'explique de son envie de torturer James Hetfield dans la vidéo ci-dessous et, après l'avoir vue, on leur donne tout à fait raison ...
Des pluriels bien singuliers ...
La petite douceur de la semaine, c'est sans conteste l'album des Abramson Singers. Ce pluriel est bien singulier puisqu'il s'agit en réalité d'un enregistrement de Leah Abramson, une chanteuse canadienne qui, parce qu'une tendinite l'obligeait à remiser sa guitare au placard, s'est concentrée sur sa voix, enregistrant chants, contre-chants et ornements. Le résultat est une charmante polyphonie schizophrénique. Vivement conseillé ...

Tout aussi doux, tout aussi singulier, le Portugais Bernardo Fachada a modestement réduit son nom à "B Fachada", ce que j'ai d'abord pris pour un nom de groupe. Il n'en est rien. Ce jeune homme propose une musique très personnelle, inspirée des chants de la campagne portugaise autant que du meilleur de la pop anglo-saxonne. Vivement recommandé également ...

La musique équitable revient sur la table
Nous sommmes en pleine quinzaine du commerce équitable. Le magazine Mondomix en profite pour se creuser les méninges à propos des utopies. Ce qui vous vaut un article sur la musique équitable, bientôt lisible sur le site. Alors, la musique équitable, utopie or not utopie ? Réponse à la question le 18 mai à 19h, à la Mairie du XIIIème arrondissement, au cours d'un débat baptisé « Le commerce équitable et la production musicale : peuvent-ils accorder leurs violons ? ». Pas inintéressant non plus le débat du 20 mai à 19h à la mairie du 12ème : « Et si les livres devenaient équitables… » ...
Indépendance bla bla
Avez-vous téléchargé "Indépendance cha cha" du Grand Kallé ? Si vous ne l'avez pas encore sur votre disque dur, il vous faut absolument cette chanson ... parce qu'elle est historique (lire à ce sujet l'édifiant article de François Bensignor) ... mais aussi et surtout parce qu'elle est irrésistible : cette quinquagénaire fera danser à coup sûr vos amis, qu'ils connaissent la musique africaine ou pas.

Ceci dit, ce titre merveilleux mériterait une suite, que de nombreux artistes baptiseraient volontiers "Indépendance bla bla". En effet, lequel des Etats africains francophones créés en 1960 peut se déclarer totalement libéré de ses liens politiques avec la France ? Lequel de leurs dirigeants actuels peut se maintenir au pouvoir sans l'aide des militaires ou des constituionnalistes français ? Certainement pas Eyadema junior (Togo), Biya (Cameroun), Compaoré (Burkina), Déby (Tchad), Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), Bongo junior (Gabon) ou Bozizé (Centrafrique). En bref, il reste du boulot. Comme d'habitude, c'est Survie qui s'y colle en organisant un Forum Citoyen France Afrique le 29 mai à Aubervilliers. S'il vous faut un argument supplémentaire pour vous y rendre, sachez qu'Apkass, HK et les Saltimbanks (le chanteur du M.A.P.) et Atri N’Assouf (un groupe de rock touareg) s'y produiront en concert.
Les Ogres de Barback : la vie de Palace (2)
Il y a des pays comme ça, où tout le monde se met à chanter dès que le balafoniste commence à jouer. Il y a des peuples comme ça, qui sortent les guitares dès que les caravanes sont garées. Et puis ... Et puis, il y a la France. La France qui ne swingue qu'en anglais, qui ne rocke, quand elle rocke, qu'en pensant à Presley, qui ne skanke, quand elle skanke, qu'en pensant à Marley. La France qui excelle dans ses marges (l'electro, le jazz, le dub, ...) mais semble avoir perdu de vue ses musiques populaires. Et « populaire » n'est pas une insulte, c'est même pour moi l'un des plus beaux mots qui soient lorsqu'il renvoie à – je vous prie d'excuser une formulation aussi passée de mode – une musique faite par le peuple pour le peuple. Non pas une musique simplifiée pour plaire au plus grand nombre, imposée d'en haut, comme peut l'être celle d'un Christophe Maé ou des assourdissantes stars préfabriquées qui l'ont précédé et lui succéderont. Mais une musique qui tente d'exprimer ce qui nous lie, nous qui vivons en France, une musique qui crée du lien, comme les musiques mandingues ou gitanes citées plus haut savent le faire ...
C'est le genre d'idées que je ruminais tandis que je me rendais vendredi soir au Palace de Montataire pour un concert des Ogres de Barback. Et, bien sûr, dès les premières notes, je ne pensais plus. J'avais retrouvé le lien.

Pour fêter ce lien retrouvé, il y a bien sûr, sur la plate-forme, les albums des Ogres de Barback. Mais je vous conseille également de finir de vous remonter le moral en découvrant les chansons d'Alexis HK, d'Allain Leprest, de Fredo, de Moussu T, de Nicolas Jules, de Rit, du duo temporaire formé par les Fils de Teuhpu & les Amis d'ta Femme, de celui des Hurlements d'Leo & d'Enfance rouge et, dans un autre genre, des chansons d'Electrod.
Dis-moi qui tu pleures ...
Dis-moi qui tu pleures, je te dirai qui tu es ... En lisant Songlines (l'équivalent anglais de Mondomix), j'apprends, consterné, le décès de Ruby Hunter. Ce nom ne vous dira probablement rien, tant la culture des Aborigènes d'Australie est mal connue ici, mais Ruby incarnait parfaitement le destin de son peuple. Ngarrinderie arrachée à ses parents, comme beaucoup d'Aborigènes de l'époque, elle avait touché le fond de la bouteille avant de trouver sa voix. Compagne du formidable Archie Roach, elle chantait le blues aborigène comme personne.

Ruby Hunter disparaît à 55 ans, au moment où le public anglo-saxon commençait enfin à s'intéresser à son travail. J'ai quelques uns de ses disques, je vous les prêterai si vous passez à la maison mais, pour partager l'émotion des Aborigènes, le plus simple est tout de même d'écouter le titre qui figure sur la compilation "Aboriginal Soul", "Down City Streets", qui revient de façon poignante sur sa première vie de clocharde.
Dis-moi si tu pleures, je te dirai qui tu es ...



29.05.10 16:34:38,
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