1er juillet: il était une fois...
Les yeux bandés pour mieux rêver, les yeux ouverts pour capituler face à l'horreur... Ce soir, un spectacle nous a ramené en enfance, un autre nous a montré la laideur d'une certaine réalité. Voyage, voyage...
La guerra di Martin: une fable pacifiste
18h30, Théâtre de la Ville. Cette fois, c'est dans la coupole du théâtre que l'on nous demande de monter. A l'arrivée, des chaises exposées les unes en face des autres. Le public s'assied et met des bandeaux noirs à disposition sur les yeux. L'obscurité s'installe.

Il était une fois... Martin Sansespoir, le héros de la pièce qui détient son "certificat d'idiotie" et décide de combattre la guerre avec comme seules armes la persévérance et l'amitié. Autour de lui, d'autres personnages participent à l'aventure: Ario, son ami déserteur, le général Scorfi à l'accent napolitain bien trempé qui tue comme il respire, Madame la Mort, fatiguée de trop travailler, la jeune sourde-muette douce et fragile.
De fil en aiguille, les acteurs avancent dans l'histoire avec l'énergie qui caractérise les petits. De l'ail pour la mauvaise haleine du général, de la fourrure quand le singe passe par-là, une chaîne qui suit de près la Mort pour représenter son pas... les trucs et astuces sont multiples, et dans l'antre d'un esprit imaginatif, Martin peu à peu construit son univers.

Extrait La guerra di Martin

L'ensemble artistique du Théâtre de la Ville, à l'intiative de cette lecture traduite du texte de Francesco Silvestri, a mené un travail de fourmis, fait de bruitages et d'intonations dynamiques et efficaces, capable de ramener les grands, le temps d'une guerre, dans leur pays d'autrefois.
20h30, grande salle du Théâtre de la Ville. Pendant que les gens cherchent leur place, un voile mauve en forme d'igloo laisse entrevoir trois ombres. La lumière s'éteint, la maison apparait. Trois personnages, plus laids les uns que les autres, sont là, face public. Une famille du fin fond des Pouilles, avec les traits archaïques des campagnes profondes: une vieille au visage de sorcière, qui passe son temps à caresser une anguille dans un aquarium, un fils idiot, avec de grandes oreilles décollées et la voix stridente, et le patriarche, bedonnant et sale, qui profère avec rudesse des ordres du matin au soir.

L'histoire se corse lorsque la future belle-fille fait son apparition...
"Ce que raconte notre Compagnie, Fibre Parallele, existe réellement, explique Sara Bevilacqua, la belle-fille dans la pièce. Pire, la réalité dépasse la fiction. On s'est inspirés d'un quartier à Bari, le quartier Liberté, où Riccardo et moi avons vécu pendant un an. Y vivent des gens que je qualifierais de « sous-prolétaires ». Ce sont des familles d'une laideur effroyable. Les laids, « le racchie » en italien, n’existent quasiment plus parce que les femmes aujourd’hui, même laides, se maquillent, font attention. Eux sont vraiment monstrueux. Ils ont des dents en moins, il leur manque des cheveux, les femmes ont de la barbe… Pour leur ressembler, il fallait qu’on s'enlaidisse."

"Dans toutes nos pièces, on aime parler des marginaux. Raconter l’histoire de ceux qui n’en ont pas. C’est d’un côté pour juger ces comportements et de l’autre pour leur donner une légitimité. Au final, ce spectacle est une métaphore de la barbarie culturelle, de l’ignorance. Etre artiste dans les Pouilles, qui est une région très liée à la pauvreté culturelle, c'est difficile, mais malgré tout on a décidé de rester, car c’est chez nous. C’est aussi comme ça que finit le spectacle".

"Dans toutes les Pouilles, il doit y avoir autant de théâtres que dans la seule ville de Rome, ajoute Riccardo Spagnulo, le fils dans la pièce. D’un autre côté, vivre dans cette région nous a permis d’avoir un autre regard sur le monde. Provincial peut-être, mais certains des archaïsmes de notre culture parlent à tout le monde. Donc on a beau se centrer sur un coin précis, on parle toujours de la nature humaine. "


"Ce spectacle a une matrice très traditionnelle qu'elle déstructure sur beaucoup d’aspects, reprend Sara. Cette recherche n'est parfois pas bien acceptée. Certains trouvent que la pièce est trop liée à la tradition, d’autres au contraire qui connaissent bien le dialecte des Pouilles refusent la modernité qu'on y insuffle. Ils sortent pendant le spectacle, écœurés, parce que l’on utilise un langage des rues, actuel, très grossier, et non pas celui de nos grands-parents.
Parfois aussi les gens nous accompagnent vraiment dans ce voyage et en restent remués autant que nous quand nous jouons. Il se crée comme un petit miracle. Ce soir, j'ai senti cette fulgurance.'"




02.07.10 11:24:19,
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