Toute (bonne) chose a malheureusement une fin...
Dernier jour, un peu mélancolique, je déambule de nouveau, cherchant mes copains de Plougastel, et ne trouvant que quelques autochtones hauts en couleur, j'écoute d'une oreille les ensemble vocaux qui se produisent sur le port, comme les Voix du Four, dont je ne pourrais pas vous dire grand chose si ce n'est qu'ils étaient venus avec une horde de groupies chantant à tue-tête et pas forcément juste.
Mais un petit désagrément auditif fait vite place à une énorme jouissance. Sur la scène au bout du port, sous un soleil de plomb, se déroule ce qui a été sans doutes un des meilleurs concert du festival. Face à un public en folie, le groupe brésilien de body drumming - percussions corporelles - les Barbatuques, ont donné un concert fantastique, ahurissant d'originalité et de richesses sonores, et surtout, réussissant à enfin abattre les barrières qui séparent le public des "performers".
Clin d'oeil de la journée... Sous cette chaleur épuisante, en ce dernier jour, tout le monde ressemble assez à ça:
Dans cette dernière ligne droite, on ne sait plus vraiment où donner de la tête. Aller assister au dernier Fest-Noz avec l'Orchestre National de Bretagne? Rester voir l'Orchestre du Buena Vista Social Club ressasser leurs "tubes"? Non, on court voir l'incroyable Daniel Melingo, sous le Chapiteau Cabaret. Pour la sentimentale fleur bleue que je suis, voir un rocker tangero argentin, accompagné des inévitables bandonéon, contrebasse et guitare, c'était comme un coup porté au coeur que d'entendre, au loin, une discrète et poétique scie musicale corroborer la plainte du chanteur malheureux en amour. Sublime, touchant, les mots me manquent...

Avec un jeu de scène toujours poussé sans que ce ne soit poussif, le clown triste Melingo, au début tout de noir vétû, coiffé de son châpeau, a terminé pieds nus, en marcel, allongé sur la scène, sous une standing ovation du public qui a recueilli avec les bonheur les chaussettes du chanteur, lancées en fin de concert.
Le festival touche à sa fin, les quais se vident, et on éprouve un petit pincement au coeur. Tous ces artistes que nous n'avons pu écouter, faute de pouvoir se démultiplier, que nous n'avons pu photographier ou filmer, mais ce n'est que partie remise. Dans deux ans, si le Festival des Chants de marins reste fidèle à sa réputation, on attend aussi bien, si ce n'est mieux, et on espère pouvoir revenir...
Paimpol, confluent des musiques des mers du Monde.
Deuxième journée, le public est de plus en plus nombreux, et à peine remise des émotions de la veille, aidée par une bonne nuit de sommeil toute relative, retour sur les quais du port.
Entre deux stands dans l’allée principale qui mène à la grande scène je tombe sur deux musiciens de Plougastel – pour ceux qui ne font pas le rapprochement, c’est de là que viennent les fraises du même nom – qui jouent nonchalamment entre deux gorgées de rouge.
Ces deux musiciens, un joueur de clarinette diatonique, et l’autre d’accordéon diatonique, m’expliquent, après que je leur ait demandé d’où venait cette omniprésence de l’accordéon diatonique dans la musique bretonne, qu’il n’est apparu que dans les années 30. Alors que traditionnellement les musiciens « sonnaient en couple », c’est à dire en couple biniou coz (petite cornemuse) et bombarde (instrument à double hanche et pavillon). Mais les organisateurs de fest noz et autres célébrations dansantes de Bretagne ont tout de suite vu en l’utilisation de l’accordéon diatonique un intérêt économique de choix, car il permettait de remplacer les deux sonneurs en couple par un seul musicien.
Fin de journée, après un apéritif à bord de l’Etoile de France, bateau construit en 1938 au Danemark, premièrement baptisé « Jutlendia », et utilisée pour le transport de sel et de morue entre le Danemark, le Portugal et l’Islande. Racheté en 1971 pour ensuite devenir un bateau-école, ce « baltic trader » en bois dont il ne reste que quelques exemplaires, vit une seconde jeunesse grâce à son histoire de morutier dans le port pour les Chants de Marins, en accueillant quelques invités à son bord pour déguster du Lillet pour ceux qui ont peur de trop consommer le ventre vide, ou quelques whiskies pour ceux qui ne craignent pas de boire à jeun…
Après un dîner digne du coin iodé dans lequel Paimpol de trouve, fait de moultes coquillages et crustacés, direction la grande scène pour aller écouter une des têtes d’affiches de la journée, Sergent Garcia. L’ancien chanteur de Ludwig Van 88, groupe phare du punk rock alternatif des années 1980, reconverti dans les musiques afro-latines, était présent au Festival des Chants de Marins pour signer la fin de trois ans de tournée promotionnelle, avant de terminer un album enregistré l’année dernière en Mexique. Il était donc logique qu’entre deux salsas et rumbas, on retrouve quelques influences de cumbia, que Sergent Garcia a dû rapporter dans ses valises.
Ensuite, comme promis, direction le Chapiteau Cabaret, à l’autre bout du port, pour aller voir la soirée québecoise. Le Quebec, très dynamique en terme de chants de marins, et de préservation du patrimoine oral des pêcheurs, étaient représentés au Festival des chants de marins par plusieurs groupes comme notamment les Charbonniers de l’Enfer, sur qui je suis tombée en arrivant sous le chapiteau. Cinq chanteurs à fortes voix, des mélodies enrichies d’harmonies touchantes, accompagnés par deux d’entre eux tapant des pieds sur un plancher, seuls "instruments" dont ils usent.
Après ces Canadiens énergétiques et gironds, je m’apprète à rentrer quand, happée par un chant, je dévie ma route pour me retrouver devant une scène où se produisent les Barrouallie Whalers. Originaires de Saint-Vincent des Grenadines, ces chanteurs exposent devant un public béât les chants de travail des baleiniers le long des côtes de cet archipel caribéen, et sont les seuls musiciens à avoir réellement chanté et appliqué ces chants lors de leur manœuvres en mer.
Voici donc leur dernière chanson, « Time for a man to go home », qui me rappelle que moi aussi, je suis fatiguée, et qu’il est également temps « for a woman to go home »... Sur ce, bonne nuit.
LE CIEL, LES OISEAUX, ET...
... DES BATEAUX

Et oui, à peine arrivée à Paimpol, je suis plongée parmi les bateaux, vieux gréements venus spécialement pour mettre toutes voiles dehors et afficher haut et fort leur volonté de montrer la beauté des traditions maritimes bretonnes.
Parmi les vapeurs de saucisses, voire même de galette saucisse (assez indigestes, il faut le dire), le Festival des Chants de Marins de Paimpol donne tout de suite le ton. Entièrement centré autour de son port historique, point de départ souvent funeste de nombreux bateaux partis à la pêche à la morue le long des côtes de Terre Neuve, Paimpol vit de son passé maritime, tout en étant un des acteurs principaux des musiques vivantes de Bretagne. Au départ, le festival programmait quelques choeurs d'hommes depuis les bateaux écoles de la Marine Nationale, chants de marins adaptés au travail à bord ou à terre, avant de s'ouvrir de plus en plus aux autres musiques traditionnelles des littoraux mondiaux.
Vingt ans après sa première édition, les Chants de Marins sont devenus une réelle institution, regroupant des musiciens du monde entier, en passant par Seun Kuti, Ismaël Lô, Rokia Traore, ou encore Goran Bregovic, et les stars locales des Festou Noz ou du Kan Ha Diskan.
Il y a comme tous les ans de grande têtes d'affiche qui se produisent sur les scènes aménagées au bout du port, où évidemment, la place du public ne diffère pas de tout autre festival, mais la particularité du festival des Chants de Marins, ce sont les concerts improvisés le long des quais. Et qui dit Bretagne, dit souvent petites réjouissances locales telles que les bagad - formations traditionnelles bretonnes -, ou les cercles celtiques, accompagnés de leurs danseurs en costumes.

Les danseuses du Centre Culturel Anjela Duval de Paimpol,
portant la coiffe traditionnelle du Tregor, la "Touken"

Joueur de Biniou "braz" (grand) du Bagad de Plouha
Mais bon, il ne faut pas se leurrer, qui dit festival de Chants de Marins, dit surtout ... chants de marins. Parmi les nombreux ensembles, on en a notmment retenu quelques uns, comme les dynamiques nantais de l'Equipage du XV Marin, et leur interprétation de chants traditionnels tels que "La Pauline", on a pu aussi ouvrir nos oreilles à des versions polyphoniques de chants de travail irlandais ou du Nord-Pas de Calais avec des Kanerien Trozoul, ou, au hazard de quelques déambulation, un petit groupe chantant "Les Roses d'Ouessant".

L'Equipage du XV Marin
Les Kanerien Trozoul
"Les Roses d'Ouessant"
Mais en ce premier soir, il y avait deux clous du spectacle. Sur la scène principale, Marianne Faithful nous a fait l'honneur de sa présence. Malgré de nombreuses restrictions pour la presse, on a quand même réussi à s'y glisser, et ne pouvant pas faire de photos moi-même, c'est Erwan qui m'en a très gentiment donné une, que voici.
© Erwan - Volubilis.net
En dépit d'un rapport assez moindre avec les chants de marins - mais il semble que le festival programme parfois des grands de la musique sans qu'ils n'aient de rapport particulier avec les chants de marins - Marianne Faithfull a donné un concert exceptionnel. Sa voix rauque, de celles qui ont vécu, nous a gracié d'un line up mêlant aussi bien quelques extraits de son dernier album, comme Dear God, please help me, autant que quelques chansons qui ont fait son succès, de As tears go by, chanson de 1965 qui l'a faite connaître du public, à Broken English ou The Ballad of Lucy Jordan, qui ont signé son grand retour après des années de déboires en 1979.

Même s'il faut tout de même admettre que Marianne Faithfull en concert, avec en fond quelques monuments du patrimoine maritime mondial, c'est quand même quelque chose, le concert le plus touchant était celui donné dans le cadre du Fest Noz par les frères Morvan. Malgré le décès de l'un et la maladie d'un autre, les deux frères restants ont coiffé au poteau tous les jeunes fringuants de la scène des musiques traditionnelles bretonnes qui se sont produits sur la scène avant eux. Rois du Kan Ha Diskan, chant à réponse breton, les septuagénaires nous ont offert une performance hors du commun, faisant même danser, l'alcool aidant, ceux qui n'y connaissent rien.
Après une journée épuisante, des kilomètres pleins les pattes, j'attend demain, avec au programme Sergent Garcia, Yuri Buenaventura, et une Soirée Quebecquoise... Tabernacle !
Perrine BEAUFILS



13.08.09 17:06:19,
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