Un été à Paris


De la Palestine à la Lune

par mondomix Email

 

Expo "Palestine : la création dans tous ses états" à l'IMA du 23 juin au 22 novembre 2009.
 
 
 
 
Exposer des artistes palestiniens sans convoquer d’emblée chez le spectateur des sentiments de pitié ou de révolte relève de la gageure. Etre un artiste palestinien et présenter son œuvre sans pratiquer le misérabilisme ou l’entraîner est également un tour de force.
 
 
 
Pourtant, l’Institut du Monde Arabe et l’exposition « Palestine : la création dans tous ses états » qui s’y tient ont su relever ces défis de manière très habile. Le problème lorsque l’on parle de la Palestine, c’est d’abord qu’on a l’impression d’évoquer une réalité abstraite, sentiment qui provient naturellement du fait qu’il n’y a à ce jour, toujours pas d’Etat palestinien. L’autre problème est qu’il nous est devenu presque impossible de séparer la Palestine du conflit israélo-palestinien, conflit qui dure depuis 60 ans maintenant. A partir de ces deux considérations, on a vite fait d’occulter la réalité d’une activité artistique sur place et pourtant… les créations de figures emblématiques comme Mahmoud Darwish, Edward W. Said, Tawfiq Ziad ou encore Hussein al-Barghouti prouvent que non seulement l’art existe en Palestine mais aussi qu’il revêt plusieurs formes.
En ce sens, l’intitulé même de l’exposition donne le ton : Palestine, la création dans tous ses états pose l’idée que s’il n’y a pas d’entité étatique palestinienne, il existe une entité artistique, proprement palestinienne, composée de plusieurs formes.
 
 
 
Autour des œuvres de 19 artistes palestiniens vivant à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban, en France, en Angleterre ou aux Etats-Unis, l’exposition aborde non sans humour ni sans ironie, mais jamais corrosive, plusieurs thèmes évidemment indissociables du contexte politique. Ainsi, le thème de la trace est assumé par Emily Jacir dont l’œuvre intitulée « Memorial to 418 Palestinian villages which were destroyed and occupied by Israel in 1948 » est une tente sur laquelle sont brodés les noms des villages palestiniens détruits, et à l’intérieur de laquelle il y a un cahier tenus au jour le jour où l’on peut lire les noms des collaborateurs du projet. Y figurent des Palestiniens, des Israéliens et d’autres nationalités.
 
L’artiste Sherif Waked évoque le thème du déplacement en proposant une vidéo où on voit des mannequins hommes défiler avec des vêtements qui s’auto-soulèvent au niveau de l’abdomen. La vidéo s’intitule « Chic Point, Fashion for Israeli Checkpoints » et on apprécie la distance de l’artiste qui, tout en abordant un sujet tragique, les incessants contrôles aux checkpoints pendant lesquels les soldats israéliens vérifient que les hommes n’ont pas de ceintures d’explosifs, propose de rester classe et de gagner du temps et de l’énergie.
 
Khalil Rabah exploite, quant à lui, le thème de la mémoire en nous présentant la maquette de son avion imaginé « United States of Palestine Airlines » dans une salle d’attente vide.
 
L’ironie qui parsème l’exposition ne s’arrête pas là, la vidéo « A Space Exodus » de Larissa Sansour, dans laquelle on voit l’artiste planter le drapeau palestinien sur la lune en prononçant la fameuse phrase détournée, et dont on célèbre en ce moment même le 40ème anniversaire, « Un petit pas pour une Palestinienne, un grand pas pour l’humanité » en est un parfait exemple.
 
Cependant, s’il y a une œuvre dans cette exposition, et il en faut bien une, qui ne cherche pas à se distancier du tragique du sujet, c’est celle de Rana Bishara. Inutile de vous la décrire, la légende dit tout : « En 2008, on a commémoré le 60ème anniversaire de la Nakba (« La Catastrophe » ndlr), de même que l’intervention de l’UNRWA, l’antenne humanitaire de l’ONU dépêchée en territoires palestiniens depuis 1948. A cette occasion, l’artiste Rana Bishara conçoit l’installation « Homage to Childhood » avec des ballons transparents remplis de graines d’oiseaux et sur lesquels sont imprimées des photos d’enfants tirées des archives de l’UNRWA. Le spectateur ne se retrouve pas dans une impression confortable. Le tulle, utilisé généralement pour protéger le lit des enfants, est ici disposé comme une auréole, tendu sur des fils barbelés, symbole à la fois de protection et de la douleur, évocation de la tragédie de l’enfance dépossédée. »
 
Jihane Bensouda
 

L’exposition se tient à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 22 novembre 2009. Allez-y !

 

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