Festival des Musiques Sacrées du Monde - Fès


Tags: rhany

09 juin - Souffle de paix

par Mondomix Team Email

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Ce soir le tonnerre gronde. Peut-être y a-t-il de l’orage à Meknès, la ville jumelle de Fès, située à quelques kilomètres de là ? En tout cas, le temps s’est assombri et le vent frais balaie les souvenirs de cette douce journée, à l’ombre des orangers. Dans le taxi qui nous amène à Bab Al Makina, la grande scène du festival, il est vingt heures et une radio en français retransmet dans son journal les paroles de Barack Obama à Mahmoud Abbas en visite à la Maison Blanche : « Il faut trouver un moyen de stopper l’arrivée des armes qui mettent en danger la sécurité d’Israël, tout en permettant aux habitants de Gaza de vivre leurs rêves et leurs espoirs ». On n’en saura pas plus : notre chauffeur enfonce une cassette de chants soufi dans le lecteur. La musique comme meilleure arme de paix ? « Oui, oui… », répond-il du bout des lèvres et en montant le son.

 

 

Devant la majestueuse Bab Al Makina, Jordi Savall et Manuel Forcano montent sur scène. Les musiciens catalans nommés ambassadeurs de la paix par l’UNESCO en 2008, présentent ce soir leur création « Jérusalem, la ville des deux paix : la Paix céleste et la Paix terrestre ». Entourés d’une vingtaine de musiciens, ils vont présenter en sept chapitres musicaux l’histoire de la ville de Jérusalem, sanctifiée par les trois religions monothéistes de la Méditerranée. En guise d’illustration à ce spectacle, Jordi Savall et Manuel Forcano citent le Talmud de Babylone « Dix mesures de beauté descendirent au monde : Jérusalem en reçut neuf et l’autre, le reste du monde. Dix mesures de douleur descendirent au monde : Jérusalem en reçut neuf et l’autre le reste du monde ».

 

 

En ouverture, les Trompettes de Jéricho, font résonner l’abîme du temps : nous sommes en 1200 av. JC. Le chœur de La Capella Reial de Catalunya, l’ensemble Hespèrion XXI et les musiciens invités déroulent sur des instruments d’époque la fresque historique, qui fait de Jérusalem ce qu’elle est aujourd’hui. Ville mythique, adorée, ville juive, chrétienne, lieu de pélerinage, ville arabe et ottomane, elle devient du XVè siècle au XXè siècle une terre d’asile et d’exil, avant que la question de la « paix terrestre » devienne essentielle. La paix céleste résonne admirablement ce soir à Fès à travers ce voyage total dans le temps et dans la musique. Des lamentations hébraïques aux chants soufis, chacun des tableaux dépeint avec virtuosité une époque et une période de la ville sainte.

 

Sur l’écran à gauche de la scène tous les poèmes, toutes les incantations sont traduits, mettant les trois religions monothéistes au même niveau d’adoration et de ferveur mystique. Dense et profonde, la création de Jordi Savall est un cours d’histoire magistral, où le temps s’étire et se compresse pour se fondre dans la grandeur du passé et la beauté du présent.

 

  

 

Un poème juif s’élève :

« Belle cité, joie de l’univers,

Ville d’un grand roi

C’est vers toi que du fond de l’occident,

Mon âme soupire ».

 

 

Enfin, « Contre les barrières de l’esprit », les cornes de bélier, les tambours, les anciennes trompettes orientales de la fanfare finale s’élèvent vers le ciel, en totale communion avec l’extase du public. Un moment suspendu dans le temps, qui réussit à mettre la violence de l’actualité de ces soixante dernières années entre parenthèses pendant 2H30.

 

 

 

 

 

 

Variété

 

Changement radical de décor, à deux pas de là, sur la scène Bab Boujloud, avec le Marocain Rhany et sa variété latino-maghrébine. Ambiance populaire et bon enfant.

 

 

 

 

 Hip hop fassi

 

Pour clôturer la soirée, direction Aït Skato pour découvrir le Fèz City Clan, un groupe de rap de la « nouvelle scène marocaine » et originaire des quartiers neufs de Fès. Fès City Clan revendique son appartenance à une société-monde, qui relie toutes les jeunesses de la planète, autour du « style hip-hop ». Avec, au Maroc, un rap tourné vers la thématique du chômage et des mutations de la société. « Fès a droit d’être une ville sacrée, d’être une ville sainte. Nous, nous vivons dans le XXIème siècle. Le Maroc n’et pas qu’un paradis pour touristes et Fès pas qu’une ville millénaire. Nos parents, beaucoup de nos proches tiennent à cet aspect traditionnel de notre culture. Nous voulons la moderniser et faire surtout une musique qui raconte la vie d’aujourd’hui dans notre pays, le Maroc » explique Simo, l'un des rappeurs du groupe. 

 

 

 

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