Festival Mawazine 2009


JOUR 6 : Transe chaâbi !

par Eglantine Chabasseur Email


Dans le théâtre Mohamed V, la soirée démarre tôt par une création entre le guitariste Al Di Meola et le luthiste marocain Saïd Chraïbi. Al Di Meola avait joué l’année dernière à Mawazine et avait promis de revenir.

Classe, mais court !

Le voilà donc, face à un théâtre complet, l’acclamant debout lorsqu’il monte sur scène, avec l’immense Saïd Chraîbi pour une création du festival Mawazine. Dans l’après-midi Al Di Meola expliquait simplement « Saïd vient de la rue, moi aussi, mais je suis passé ensuite par le Conservatoire et j’ai appris la musique. Ce soir, j’espère que Saïd va me botter le cul et me ramener à la spontanéité de la musique de rue ». Malheureusement, un peu court, honnêtement pour aller où que ce soit : trois morceaux et puis Saïd Chraïbi quitte la scène, avec son luth... Al Di Meola, acclamé par un public venu de Fez, Meknès, d’Agadir, de Marrakech pour l’applaudir continue le concert avec ses musiciens…Bon. Un peu décevant ces créations Mawazine : on attend des rencontres, on n'assiste qu'à des croisements…

 

Euphorie

Dans la rue, un petit parfum d’euphorie flotte dans l’air. Des familles, des couples, des groupes de jeunes, des grappes de filles remontent les rues qui mènent à la place Moulay Al Hassan, où la soirée promet d’être chaude : sur scène ce soir, les deux frères ennemis du chaâbi marocain, Daoudi et Daoudia. Depuis plusieurs jours, ces noms reviennent sur toutes les lèvres. Alors on y va. Il y a un monde fou. Le concert est retransmis en direct à la télévision nationale. Daoudi, costume blanc, chemise violette, embrasse le drapeau marocain avant de monter sur scène. Et puis c’est l’hystérie : tout ce qui ressemble à un balcon, une corniche, une terrasse est pris d’assaut. Les toits sont noirs de monde. Le chaâbi marocain n’a pas grand chose à voir avec celui des pères algériens du genre, El Anka ou Dahmane El Harrachi. Claviers, guitare, basse, batterie, derbouka, kamanja (violon) et même qarqabu, les castagnettes gnaoua, rendent cette musique hyper entrainante. « C’est le chaâbi moderne. Je mélange toutes les musiques populaires marocaines, comme la musique berbère, gnaoua, du souss, etc, pour faire une musique qui parle à tous les Marocains » raconte-t-il après le concert. « C’est eux qui m’ont choisi, je suis comme eux un enfant du peuple,  je viens du quartier Sbata 04, à Casa, on parle le même langage, on se comprend ». Dans ses textes, il  décrit les galères du quotidien, problèmes de visa , d’amour, d’affection, mais aussi fierté marocaine, et même hommage à l’armée…

Les filles hurlent son prénom, les mecs font tournoyer leurs tee-shirts autour de leurs têtes, les autres essayent tant bien que mal de danser :  mais il y a du monde, beaucoup trop de monde. Pourquoi avoir programmé ces artistes ultra-populaires sur une si petite scène ? Pendant que Daoudi chante, drapeau marocain sur les épaules, un petit florilège des forces de l’ordre marocaines (uniformes kaki, bleu marine, civil, commissaires en tenues) essaie tant bien que mal de maîtriser la foule de l’autre côté des barrières de sécurité… Grande fête populaire, mais fête sous haute tension, avec par exemple des soldats qui n’hésitent pas menacer les premiers rangs de leurs matraques…

Daoudia, chaâbi au féminin

Après lui, monte sur scène Cheba Zina alias Daoudia, la concurrente numéro 1 de Daoudi. Violon customisé avec de petits drapeaux marocains, maquillage impeccable, jean strassé, Daoudia sait comment séduire son public. C’est à nouveau l’hystérie : les femmes, les petites filles brandissent son portrait et la regardent avec fierté. En fait, la blonde Zina, également originaire de Casa, a commencé à chanter à l’âge de neuf ans et puis de mariage en mariage, a acquis une solide crédibilité. Zina a commencé par le raï avant de décider d’apprendre le violon… et de se mesurer aux maîtres masculins du genre, notamment Daoudi. En rajoutant un « a » au prénom de la star du chaâbi marocain, elle joue carte sur table : elle dépassera le maître. Du coup, ils se détestent ouvertement et ont par exemple exigé ce soir d’être dans les loges les plus éloignées l’un de l’autre… Pourtant ils font là peu de choses près la même musique entraînante et parlent le même langage…les affres du quotidien, sur fond de drapeau marocain. En France, on se ferait siffler pour moins que ça!! //

 

 

 

 

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