Festival Mawazine 2009


JOUR 7 : L'inquiétude de K'naan

par Eglantine Chabasseur Email

Hier soir on a tout misé sur l'énergie du "dusty foot philosopher", le Somalien K'naan... Il arrive sur la grande scène Bouregreg, située au bord de l'oued du même nom et annonce "vous voyez, avec une belle nuit comme celle-là, la force de l'eau tout près, les étoiles, on se croirait en Somalie...". Play. On entend une mélodie dépouillée, celle du kaban, instrument somalien à douze cordes. Il est pré -enregistré. Le beat démarre, batterie, clavier, djumbé, trompette… Deux Djiboutiens immigrés au Maroc agitent frénétiquement le drapeau de leur petit pays. K'naan chante les morceaux de son second album, définitivement moins hip-hop que "The Dusty Foot...". Après le concert, il s’en justifie "Il n'y a pas d'uniformes pour le hip-hop et je chante ma propre vision de la musique, qui est un aller-retour permanent entre mon pays, la Somalie et mon expérience au Canada et aux Etats-Unis. Ma vision de la mélodie est très différente de celle d’autres rappeurs. En Somalie, le rythme de base est le 6/8, mais ça change tout le temps ! Pour moi, les Africains sont en avance rythmiquement, et j’essaie d’imprimer ces acquis dans ma musique et dans mon flow. Je ne ferai jamais le même son qu’un mec qui a grandi à NYC ! ».

Freedom & peace

Pendant tout le concert, qui en appelle à la paix, à l’amour, à la tolérance inter-religieuse, K’naan semble recueilli, fatigué, ailleurs. Où est donc passée l’énergie dévastatrice de K’naan ? A la trappe, pour le moment. «Dans le quartier où vivent mes parents, mes frères et sœurs, mes oncles et tantes, il se passe depuis deux jours des exactions terribles : des centaines de personnes ont été tuées. Ce quartier s’appelle « River of Blood», car c’est un quartier qui a toujours résisté. L’embuscade qui a fait foirer l’opération américaine « Faucon Noir » en 1993, c’était là, par exemple. Bref. Il y a encore un mois, il y avait des chefs de guerre dans Mogadiscio qui terrorisaient la population et faisaient leur loi. Chacun de ces groupes s’est divisé en quatre ou cinq sous-groupes qui se font la guerre. En deux jours, tout a été complètement défoncé. Franchement on n’a plus d’espoir pour notre pays, c’est très dur ».

Rappel. K’naan remonte sur scène pour trois morceaux. Il ne jouera pas l'énergique The Dusty Foot Philosopher. « Seuls les Français me demandent ce morceau ! Je joue en France bientôt, va falloir que je révise. Je ne connais même plus les paroles». K’naan porte des baskets vertes. Ce soir, il n'est plus philosophe. Il est juste inquiet.// 

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