La Planque


Archives pour: Janvier 2010

Stella de Vanina Vignal

par Rachel Email

Les Jeudis du Festival sont une troupe de bénévoles qui organisent chaque deuxième jeudis du mois la projection d'un film documentaire sur le thème des Droits de l'Homme (entendus dans leur définition la plus large). Chaque séance étant suivie d'un débat avec le réalisateur et un intervenant.

Ces projections ont lieu dans la continuité du Festival International de Films des  Droits de l'Homme qui a lieu une semaine par an en mars. La prochaine édition aura d'aillleurs lieu du 9 au 16 mars 2010 au cinéma le Nouveau latina.

 

Je ne saurai vous cacher que cette petite introduction-promotion est dans le but tout à fait interessé de vous annoncer la projection du film Stella ( organisée entre autres par votre serviteur pour etre tout à fait honnete...eh oui conflit d'interet quand tu nous tiens!!..), film documentaire réalisé en 2006 par la réalisatrice Vanina Vignal.

Il s'agit du portrait d'une femme roumaine, venue en France pour permettre à son mari, atteint d'une grave maladie, de bénéficier de soins d'une meilleure qualité. C'est donc par amour qu'elle affronte la vie en clandestinité, et rapidement la misère, la mendicité...

Une des forces de ce film est le fait que Vanina Vignal ne tombe jamais dans un portrait empli de pathos dégoulinant, ni dans l'autre cliché souvent attribué aux communautés roumaines des gentils gitans qui font de la musique....Il s'agit simplement de suivre une femme qui s'est lancée dans cette aventure, certes très dure, et souvent d'une cruauté insoutenable, mais qui ne baisse pas les bras, qui aménage sa vie du mieux qu'elle peut au sein du bidonville de Saint-Denis dans lequel elle vit.

Vanina Vignal accompagnera également Stella, sa soeur et son mari, lors de leur retour définitif en Roumanie. Et à mon sens , il s'agit d'un des moments les plus forts du film, car l'on se rend alors compte de ce que cette famille a laissé derrière elle pour vivre dans des conditions misérables en France. Stella et sa famille faisaient partie de la classe modeste ouvrière roumaine, mais le décalage entre leur abri de bric et de broc en France et l'appartement de plusieurs pièces que l'on découvre en Roumanie est saississant.

Sans tomber dans le cliché et le misérabilisme, l'on ne peut s'empecher de penser aux nombres de personnes que l'on croise tous les jours dans la rue, et à qui,  il faut bien le reconnaitre, l'on ne prete que peu d'attention ( une pièce, quelques mots de temps en temps mais pour la majeure partie d'entre nous, rien de plus) et qui finissent par nous apparaitre  comme des ombres déshumanisées.

Vanina Vignal redonne par son film un vrai visage à ces personnes, mais surtout nous offre une piste de reflexion sur ces destins qui pour des raisons, politiques, familiales, sanitaires ou autres sont amenés à migrer et plonger dans l'inconnu.

La réalisatrice donne d'ailleurs souvent une explication historico-politique au destin de Stella en France en y voyant  un " temps mort entre son passé d’ouvrière en Roumanie, ruinée par la chute de Ceaucescu et le passage à une économie libérale, et son avenir de retraitée à Bucarest".

Pour en savoir plus sur Stella je vous conseille, bien sur de vous rendre à la projection demain, mais consciente de la légère contrainte de timing que mon article d'aujourd'hui peut entrainer, voici tout au moins le lien vers le site du film.

Bonne découverte !

 

Les herbes folles d'Alain Resnais

par Rachel Email

 

Les grands bouleversements ne proviennent-ils pas, le plus souvent, de petits évènements au premier abord anodins ?

C’est ce dont l’excentrique Marguerite Muir[i] (Sabine Azéma) fera l’expérience, qui de la perte temporaire de son porte-feuille dans la rue, se retrouvera propulsée dans la vie de Georges Palet (André Dussollier). Georges, lui-même personnage bipolaire, bon père de famille bricoleur mais également homme au sombre passé, et dont durant tout le film on attendra l’explosion de violence, laquelle ne viendra en fait jamais, du moins pas de lui.
 
C’est un film étrange que nous offre Alain Resnais avec cette adaptation du roman « L’incident » de Christian Gailly. On y oscille au fur et à mesure entre le polar noir, l’histoire d’amour romantique et le film-ovni.
Beaucoup moins sombre que le précédent « Cœurs », « Les herbes folles » est très souvent drôle, décalé, l’on va jusqu'à se demander parfois si Resnais ne joue pas délibérément avec le spectateur.
La dernière scène ne semble ainsi ne rien avoir à faire avec le reste du film, et encore moins avec sa chute. D’aucun essaieront d’y voir un message subliminal ou une allégorie, pour ma part je préfère y voir le regard malicieux et fantaisiste du cinéaste riant d’avance au cheminement de cette scène dans l’imaginaire de ses spectateurs.
 
On retrouve toujours avec délice le couple Azéma-Dussollier, mais il y a aussi de nouveaux arrivés dans la bande à Resnais : Matthieu Amalric, dans un rôle de gendarme lubrique, ou Anne Consigny, en épouse modèle mais pourtant dérangeante et toujours à la limite d’on ne sait quoi (seule Emmanuelle Devos nous laisse un peu sur notre faim, peut être en donnant toujours l’impression d’un peu surjouer).
L’image et la photo disposent d’un rôle central. Les lumières et couleurs du film sont éclatantes, et les différentes tenues des personnages donnent un éclairage au caractère de chacun, et éclairent le film d’un chatoiement de couleurs vives. Quant au décor, sous la houlette de Jacques Saulnier qui travaille avec Resnais depuis ses débuts, il est fin tout en occupant une place importante dans le film.
 
Mais ce qui marque avec ce film, c’est la liberté. Liberté du réalisateur, liberté de l’adaptation, suivie avec enthousiasme par tous les participants au film.
Du haut de ces 87 ans, Alain Resnais pourrait donner une bonne leçon de subversion à beaucoup de jeunes réalisateurs.
Et l’on parle ici de subversion simple, mais qui n’en reste que d’autant plus vraie et efficace. Pas de cette subversion qui nous arrive en pleine figure avec des pancartes « attention ici je vais être un cinéaste trèès subverrrrsif, alors je veux voir tous les acteurs à poils dans 15 secondes », non Resnais manie la subversion fine, celle que l’on n’attend pas, et qui marque petit à petit le spectateur, le pénètre réellement, et ne se développe réellement dans son esprit que quelques heures après avoir vu le film.
Ce sera peut être le dernier film d’Alain Resnais, mais pas des moindres ; le cinéaste restant toujours fidèle à ses expérimentations et interrogations sur le cinéma qui lui font réaliser de grand films ne se ressemblant jamais
 


[i] dont le nom rend hommage au personnage du film de Joseph Mankiewicz « l’aventure de Mme Muir »
 
 

 

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix