La Planque


Catégorie: Fictions

"Tournée" de M. Amalric

par Rachel Email

Une des grandes énigmes de ma vie ( qui est très palpitante!) est : pourquoi je suis irresistiblement attirée par Mathieu Amalric?

 

Les yeux vitreux, trop rapprochés, l'air hagard, voir menaçant par moment, poète meme plus maudit mais litteralement banni, et pourtant dès que je le vois en interview je suis littéralement scotchée à son regard de crustacé trop cuit..pourquoi?

 

Et cette question ne m'a jamais autant taraudé que devant son film "Tournée".

 

Ce papier arrivant un peu tard, je ne vais pas vous parler du phénomène New Burlesque, nouvel art de l'effeuillage commenté en long et en large par toutes les (vraies) critiques de ciné depuis la montée des marches de Cannes par Amalric et ses accolytes streap teaseuses taille 44 en boa fluo.

 

Le fait est que voir ses créatures se déshabiller avec un vrai humour et sans fausse pudeur, fières de leur corps, est certes vraiment jouissif et donne la banane! Amalric a d'ailleurs merveilleusement bien filmé les scènes de streap tease, nous évitant les longs plans fixes, bien brossés, pour préférer cacher sa caméra derrière le public, ou un décor, donnant au spectateur l'impression d'etre dans la salle, ou dans les coulisses pour voir la scène. Le New Burlesque n'est pas utilisé comme une fin en soit dans le film ( cf le french cancan en veux tu en voila dans Moulin rouge de Baz Luhrmann), n'est pas donneur de leçons " je vais filmer des femmes rondes qui se déshabillent pour contrer le diktat de la maigreur", il est montré de manière pudique et drole, pour ce qu'il est : "women doing shows for other women" comme le dit l'une des streapeuse.

 

Le film est surtout très émouvant. Il faut tout d'abord parler des filles, qui  jouant leur propre role sont justes sans en faire trop.  Quant au personnage du producteur, Joachim,  père protecteur mais pouvant etre pathétiquement imbuvable avec les filles,  trainant ses casseroles à Paris, et essayant de limiter la casse avec ses enfants, laisse une drole d'impression au spectateur qui ne sait pas trop s'il doit s'enticher de lui ou non. Son amour ainsi que son réel besoin de sa petite troupe pour se rassurer et se sentir aimé le rendent attachant, son ambivalence procurant une profondeur certaine au personnage.

 Cette dualité du personnage Joachim , en miroir avec le vrai Mathieu Amalric, n'a vous vous en doutez,  pas du tout donné de réponse à ma question originelle....las...

 

Quant au reste de l'intrigue, n'insistez pas , il va vous falloir voir le film, parce que moi tout ce qui m'interesse c'est Amalric voila!

Comment j'ai presque fini par aimer "2012"

par Rachel Email

 

Alors pour vous raconter comment j'ai pu bien aimer "2012", il faut commencer par le commencement..car sans fausse modestie, ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir apprécier un navet pareil, il faut de l'entrainement, et c'est tout un processus!

 

Nous avons tous eu notre première confrontation avec "2012", lors de l'automne 2009 ( comme par hasard, ils sont forts ces publicitaires) quand l'énorme rouleau-compresseur de la com' hollywoodienne est entré en marche!

Et que je te mets des affiches sur tous les bus, des bandes-annonces en veux tu en voilà, j'en passe et des meilleurs! Mon flair de cinévore aguisé était donc à l'affut, attendant d'en savoir plus sur ce film, bon Dieu le nouveau Armageddon, on ose encore en faire des comme ça, il faut que je voie ça!

 

Et puis les médias sont entrés dans la danse en reprenant de toutes parts le fameux débat sur la possible fin du monde en 2012, et c'etait reparti! Des "les mayas l'avaient prédit mon vieux" en veux tu en voila, tous les prophètes cinglés étaient lachés en pleine rue, bref le monde avait mordu à l'hameçon!

Mais alors le point d'orgue fut quand Taddéi titra une de ses émission "2012 : les mayas avaient-ils raison?" que je n'en puis plus, c'etait trop il fallait voir ce film!

 

Mais vint la dégringolade, la lente descente aux enfers....les gens sortaient des séances la mine déconfite, ou pire en crise de fous rires, le bide était énorme... Un ami sonna définitivement le glas avec cette phrase " tu vois c'est le télé-film allemand du dimanche apres-midi sur M6, mais avec des effets spéciaux et qui dure 3h30 "..tout était dit..

 

Eh bien non cher public!  Figurez vous que bien calée au fond de mon canap', un jour férié, j'ai réussi à presque apprécier ce film. Mais alors quelques recommandations avant de vous lancer :

 

1- Etre seul(e) : un esprit cynique est vite arrivé et risque de vous perturber, ou pire vous faire culpabiliser d'avoir envie de pleurer quand le caniche de la pin-up russe tombe dans une faille du cratère qu'est devenue Los-Angeles.

 

2- Faire autre chose en meme temps : ouai j'ai beau en faire la promo, si on est complètement concentré dessus, l'experience risque d'etre trop dure quand meme. Ne vous surestimez pas!

 

3- ne pas hésiter à le voir par petites tranches : on se cherche une bière, on tchate sur internet, voir on sort un peu, on souffle un bon coup et on reprend..

 

4- Evitez les potes qui croient en la théorie maya de la fin du monde en 2012 les jours qui suivent, vous risquez 5 heures de "Les mayas, mon vieux, c'est des dingues, ils avaient tt prévus".

Des crises d'épilepsie, ainsi que 3 homicides, ont été enregistrés, suite à ce genre de conversations après visionnement du film..

 

Voila, avec tout ça vous devriez etre prets, parce que bon pour faire quand meme un peu de critique de film : les personnages sont plats comme des planches à repasser, les dialogues c'est "Oui-oui aux Etat-Unis", mais bon les effets spéciaux sont jouissifs, et je vous l'ai dit j'ai presque fini par pleurer pour le caniche de la blonde !

 

Moi trop bon public?..bouah non pourquoi?!

 

 

 

Green Zone

par Rachel Email

Si l'on ne va pas voir "Green Zone"  pour l'originalité de la mise en scène ou la profondeur des personnages (Matt Damon qui lance des regards aux yeux plissés vers la caméra avec l'air de se dire "I will save the world, but before that I will kick the bad guy's ass"), on y va au moins pour se rappeler que si les Ricains sont capables du pire (et le film pointe cela en dénonçant la pseudo recherche d'arme de destruction massive en Irak qui y étaient en fait aussi courantes que les blobfish tazmaniens dans le puit du Limousin...(pour ceux que les blobfish interessent voici un lien très instructif qui m'a beaucoup aidé pour trouver ma comparaison) )

...mais je m'égare..je disais donc que si les Américains sont capables du pire, ils sont aussi capables de faire des films dénonçant les pratiques plus que déviantes et carrément belliqueuses de leur propre gouvernement et non pas 20 ans plus tard comme cela se fait si bien en France.

 

Voila, une phrase aussi longue avec un détour vers les blobfish, pour un big up aux Ricains (de temps en temps ça fait pas de mal), parce que nom de Zeus ils savent faire du cinéma, et sans macher leurs mots (ou leurs caméras) quand il le faut.

 

Le cinéma tchèque des années 1960

par Rachel Email

Comme la Nouvelle Vague en France, le Cinema Novo au Brésil ou le Free Cinema en Angleterre, la Tchéquie a connu dés la fin des années 50 un véritable renouveau cinématographique caractérisé par un désir accru de liberté. Mais si la Nouvelle Vague s’est révoltée contre un type de société réactionnaire et contre le « cinéma de papa », c’est contre le totalitarisme et un système de censure féroce que s’est élevé le cinéma tchèque de cette époque.


Nous sommes en effet en plein ère post-stalinienne, où la créativité culturelle est encore synonyme de danger et le contrôle de la création artistique nécessaire pour l’opération de propagande nationale en cours depuis plusieurs décennies..


C’est contre un cinéma sclérosé, que l’on nomme « réaliste-socialiste », et dans un souci de liberté qu’une génération de cinéaste réaliseront des films d’une étonnante ardeur, et d’une grisante liberté. Leurs films sont des critiques acerbes de la société, mais on y retrouve également une légèreté et un grand désir d’humanisme.


Deux facteurs principaux ont permis l’ascension de cette petite dizaine de cinéaste. Tout d’abord la création de l’école publique de cinéma la FAMU (l’Ecole Supérieure de Cinéma de Prague) de laquelle presque tous sont issus, et qui compta parmi ses professeurs de grands noms de la vie culturelle tchèque tel Milan Kundera. Mais c’est principalement la mort de Staline en 1953 et la déstalinisation amorcée par Khroutchev dès 1956 qui commença petit à petit à ouvrir une brèche dans laquelle les artistes ont su s’engouffrer rapidement.


C’est au travers de quelques films que je vous propose un bref aperçu de ce courant important mais sans doute trop peu connu, en espérant que cet humble article saura vous donner l’envie d’en savoir plus !

 
« Un jour, un chat » de Vojtech Jasny sorti en 1963.

 

 

Le synopsis de ce film est tout simple : nous sommes dans un petit village tchèque, tout ce qu’il y a de plus banal. Avec son facteur, son boulanger, son mignon petit clocher, son instituteur....Quoique l’instituteur ne semble pas si banal, il détonne même dans le paysage. Complètement à contre-pied du quand-dira-t-on et des règles de bienséance traditionnelle, il encourage les enfants de sa classe à développer leur imagination et à rire en écoutant les contes du clochard marginal du village aux grand dam du directeur de l’école et des parents.


Bref, rien de bien extraordinaire..jusqu’à l’arrivée d’une troupe de magiciens ambulants qui prend place dans le village pour une représentation, parmi eux il y a la belle Diana et son chat à lunettes (peut être un clin d’œil à Lewis Caroll) et c’est à partir de là que tout s’emballe.


Si le début du film est cynique quant à la vie des villageois un peu reclus sur eux même, il en reste tendre et dresse un portrait pittoresque de la vie campagnarde tchèque de la première moitié du XXème siècle. L’image des enfants et de leur instituteur est attendrissante, même si l’on sent de l’hostilité à l’égard de ce dernier, cela renforce l’aspect romantique du personnage. Le début du film se développe lentement, dans un climat printanier, les images sont belles, le réalisateur reste conventionnel…tout va bien.


C’est avec l’entrée en scène du chat, et surtout de ses fameuses lunettes, qui permettent la percée aux grands jours de tous les défauts cachés des personnes, que le spectateur se retrouve embarqué dans une folle danse endiablée, aux couleurs psychédéliques, qui l’abasourdi. Le rythme du film change complètement et laisse une sensation assez étonnante. La scène du spectacle est assez longue, et s’achève dans un souffle dionysiaque. Puis le film ralentit petit à petit jusqu’à la fin qui reprend la même temporalité qu’au début..Ambiance printanière etc… etc…


Dans ce film Jasny dénonce les asservissements aveugles aux règles, la morale réactionnaire, et dans la foulée les comportements hypocrites ou complices de l’hypocrisie. C’est une invitation à la résistance créative, au sens critique, que nous offre Jasny.

 

« Les petites marguerites » de Vera Chytilova sorti en 1966

                   

 Marie I et Marie II sont les deux héroïnes du film de Vera Chytilova. Pourtant on ne sait pas bien s’il s’agit bien de deux personnes différentes ou de deux versions de la même. Marie I est toujours avec Marie II, mais elles ne se distinguent jamais vraiment dans leur continu quête de l’absurde et de la destruction.


La narration du film est totalement déconstruite, on passe d’une scène à l’autre sans logique apparente, les deux filles effectuent des scènes creuses à répétition (ouverture-fermeture d’une porte). Mais en fait la forme du film accompagne et sert le discours sous jacent des petites marguerites.


La rébellion contre le réactionnisme, un fort féminisme, et la déconstruction de tout dans un rapport au monde pourtant très fort rend ce film dérangeant mais en même temps presque hypnotisant.


La dernière scène aux allures orgiesque dans laquelle les deux filles se vautrent dans un buffet bourgeois, faisant de la balançoire sur le lustre au dessus de la table dansant, mangeant, détruisant,  pour ensuite essayer de tout remettre en place dans un effort pathétique, donne envie de rire et de pleurer à la fois. On assiste à une véritable profanation de la nourriture qui prend la forme de pourriture, et laisse petit à petit le malaise s’installer.


Ce film s’apparente à une fable, tout en en refusant la forme et les conventions d’écriture, fuyant tout schéma pré-établi. Déroutant et fascinant, drôle et malsain, le film ne se laisse enfermé dans aucun stéréotype et n’en reste que plus attirant.

 

"L'As de Pique" de Milos Forman sorti en 1964

 

L'adolescence est un age ingrat...on ne le répètera jamais assez! Tellement ingrat que bien rares sont les films qui arrivent à traiter de cette période de la vie de façon juste et sans tomber dans les clichés. Loin des mélos sentimentaux dans lesquels des caricatures de jeunes boutonneux découvrent les prémisses des travers amoureux à grands coups de roulage de pelles gluantes, ou des films alarmistes sur la dérive de la jeunesse actuelle, parce que bon Dieu c'etait pas comme ça de mon temps quand meme, j'vous le dit moi!!

Il existe donc entre ces deux poles, des films offrant un regard simple et souvent très tendre de leurs personnages en proie avec les affres de l'adolescence .C'est à cette catégorie qu'appartient L'As de Pique de Milos Forman.

En suivant le quotidien de Petr, jeune homme manquant cruellement de confiance en lui, et se livrant aux activités de jeunes de son age ( première expérience dans le monde du travail, premier amour..), Milos Forman retrouve des thèmes qui lui sont chers : le conflit de générations, l'ennui et la lourdeur pesant dans une société gouverné par un régime totalitaire, ainsi que le sentiment d'oppression voir d'étouffement que l'on peut ressentir lorsqu'on est contraint de rester dans un environnement dans lequel on se sent étranger.

Ce n'est pas le film de Milos Forman que j'ai préféré, mais il reste un beau film à voir pour le tableau de la jeunesse citadine tchèque de cette époque qu'il nous offre, ainsi que pour la beauté de sa réalisation tout en simplicité et véracité.

 


 

  • Pour en savoir plus sur le cinéma tchèque de cette époque voir la collection DVD de la maison d'édition et de distribution Malavida. Chaque DVD est accompagné d’un petit livret présentant soit une interview du réalisateur, soit l’extrait d’un livre spécialisé.
  • Pour les livres : Culture tchèque des années 60. Textes réunis par Michael Wellner-Pospisil et Jean-Gaspard Palenicek. L’Harmattan 2007.

 

Les herbes folles d'Alain Resnais

par Rachel Email

 

Les grands bouleversements ne proviennent-ils pas, le plus souvent, de petits évènements au premier abord anodins ?

C’est ce dont l’excentrique Marguerite Muir[i] (Sabine Azéma) fera l’expérience, qui de la perte temporaire de son porte-feuille dans la rue, se retrouvera propulsée dans la vie de Georges Palet (André Dussollier). Georges, lui-même personnage bipolaire, bon père de famille bricoleur mais également homme au sombre passé, et dont durant tout le film on attendra l’explosion de violence, laquelle ne viendra en fait jamais, du moins pas de lui.
 
C’est un film étrange que nous offre Alain Resnais avec cette adaptation du roman « L’incident » de Christian Gailly. On y oscille au fur et à mesure entre le polar noir, l’histoire d’amour romantique et le film-ovni.
Beaucoup moins sombre que le précédent « Cœurs », « Les herbes folles » est très souvent drôle, décalé, l’on va jusqu'à se demander parfois si Resnais ne joue pas délibérément avec le spectateur.
La dernière scène ne semble ainsi ne rien avoir à faire avec le reste du film, et encore moins avec sa chute. D’aucun essaieront d’y voir un message subliminal ou une allégorie, pour ma part je préfère y voir le regard malicieux et fantaisiste du cinéaste riant d’avance au cheminement de cette scène dans l’imaginaire de ses spectateurs.
 
On retrouve toujours avec délice le couple Azéma-Dussollier, mais il y a aussi de nouveaux arrivés dans la bande à Resnais : Matthieu Amalric, dans un rôle de gendarme lubrique, ou Anne Consigny, en épouse modèle mais pourtant dérangeante et toujours à la limite d’on ne sait quoi (seule Emmanuelle Devos nous laisse un peu sur notre faim, peut être en donnant toujours l’impression d’un peu surjouer).
L’image et la photo disposent d’un rôle central. Les lumières et couleurs du film sont éclatantes, et les différentes tenues des personnages donnent un éclairage au caractère de chacun, et éclairent le film d’un chatoiement de couleurs vives. Quant au décor, sous la houlette de Jacques Saulnier qui travaille avec Resnais depuis ses débuts, il est fin tout en occupant une place importante dans le film.
 
Mais ce qui marque avec ce film, c’est la liberté. Liberté du réalisateur, liberté de l’adaptation, suivie avec enthousiasme par tous les participants au film.
Du haut de ces 87 ans, Alain Resnais pourrait donner une bonne leçon de subversion à beaucoup de jeunes réalisateurs.
Et l’on parle ici de subversion simple, mais qui n’en reste que d’autant plus vraie et efficace. Pas de cette subversion qui nous arrive en pleine figure avec des pancartes « attention ici je vais être un cinéaste trèès subverrrrsif, alors je veux voir tous les acteurs à poils dans 15 secondes », non Resnais manie la subversion fine, celle que l’on n’attend pas, et qui marque petit à petit le spectateur, le pénètre réellement, et ne se développe réellement dans son esprit que quelques heures après avoir vu le film.
Ce sera peut être le dernier film d’Alain Resnais, mais pas des moindres ; le cinéaste restant toujours fidèle à ses expérimentations et interrogations sur le cinéma qui lui font réaliser de grand films ne se ressemblant jamais
 


[i] dont le nom rend hommage au personnage du film de Joseph Mankiewicz « l’aventure de Mme Muir »
 
 

 

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