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Les herbes folles d'Alain Resnais
Les grands bouleversements ne proviennent-ils pas, le plus souvent, de petits évènements au premier abord anodins ?
C’est ce dont l’excentrique Marguerite Muir[i] (Sabine Azéma) fera l’expérience, qui de la perte temporaire de son porte-feuille dans la rue, se retrouvera propulsée dans la vie de Georges Palet (André Dussollier). Georges, lui-même personnage bipolaire, bon père de famille bricoleur mais également homme au sombre passé, et dont durant tout le film on attendra l’explosion de violence, laquelle ne viendra en fait jamais, du moins pas de lui.
C’est un film étrange que nous offre Alain Resnais avec cette adaptation du roman « L’incident » de Christian Gailly. On y oscille au fur et à mesure entre le polar noir, l’histoire d’amour romantique et le film-ovni.
Beaucoup moins sombre que le précédent « Cœurs », « Les herbes folles » est très souvent drôle, décalé, l’on va jusqu'à se demander parfois si Resnais ne joue pas délibérément avec le spectateur.
La dernière scène ne semble ainsi ne rien avoir à faire avec le reste du film, et encore moins avec sa chute. D’aucun essaieront d’y voir un message subliminal ou une allégorie, pour ma part je préfère y voir le regard malicieux et fantaisiste du cinéaste riant d’avance au cheminement de cette scène dans l’imaginaire de ses spectateurs.
On retrouve toujours avec délice le couple Azéma-Dussollier, mais il y a aussi de nouveaux arrivés dans la bande à Resnais : Matthieu Amalric, dans un rôle de gendarme lubrique, ou Anne Consigny, en épouse modèle mais pourtant dérangeante et toujours à la limite d’on ne sait quoi (seule Emmanuelle Devos nous laisse un peu sur notre faim, peut être en donnant toujours l’impression d’un peu surjouer).
L’image et la photo disposent d’un rôle central. Les lumières et couleurs du film sont éclatantes, et les différentes tenues des personnages donnent un éclairage au caractère de chacun, et éclairent le film d’un chatoiement de couleurs vives. Quant au décor, sous la houlette de Jacques Saulnier qui travaille avec Resnais depuis ses débuts, il est fin tout en occupant une place importante dans le film.
Mais ce qui marque avec ce film, c’est la liberté. Liberté du réalisateur, liberté de l’adaptation, suivie avec enthousiasme par tous les participants au film.
Du haut de ces 87 ans, Alain Resnais pourrait donner une bonne leçon de subversion à beaucoup de jeunes réalisateurs.
Et l’on parle ici de subversion simple, mais qui n’en reste que d’autant plus vraie et efficace. Pas de cette subversion qui nous arrive en pleine figure avec des pancartes « attention ici je vais être un cinéaste trèès subverrrrsif, alors je veux voir tous les acteurs à poils dans 15 secondes », non Resnais manie la subversion fine, celle que l’on n’attend pas, et qui marque petit à petit le spectateur, le pénètre réellement, et ne se développe réellement dans son esprit que quelques heures après avoir vu le film.
Ce sera peut être le dernier film d’Alain Resnais, mais pas des moindres ; le cinéaste restant toujours fidèle à ses expérimentations et interrogations sur le cinéma qui lui font réaliser de grand films ne se ressemblant jamais




11.01.10 16:54:31,
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