Sergent Garcia : le boléro de travers
Cette fois, c’est le déguisement de trop ! Pourtant, jusqu’à présent, c’était tous les jours carnaval chez Sergent Garcia … On l’avait vu se grimer en rude boy à sa maman, en Che Guevara centriste ou en Indiana Jones de discothèque de banlieue et on s’était contenté de sourire avec indulgence. Mais le costume du latin lover, non, on ne peut pas le laisser l’endosser !
Quand, sur « Una y otra vez », son nouvel album, il attaque un boléro, on songe avec tristesse au pauvre Ibrahim Ferrer qui a dû attendre une vie entière avant d’enregistrer les classiques du genre. Il y a des dizaines de raisons d’interdire à Sergent Garcia d’enregistrer un boléro. Les plus évidentes ? Son manque de sensibilité, de sensualité. La plus horrible ? Son accent franchouillard absolument pas tonique, qui l’oblige à se traîner en bavouillant derrière le rythme, comme un caniche asthmatique lancé sur les traces d’une concierge bougonne.

Au bout de trois interminables minutes, il revient au salsamuffin qu’il n’aurait jamais dû quitter et on est prêt à passer l’éponge. Patatras ! Le titre suivant s’ouvre sur les halètements d’une jeune femme dont on ne sait si elle est au bord de l’orgasme ou si elle pousse un wagonnet au fond d’une mine et, la voix étouffée par ses chaînes en or, le chanteur hoquète : « J’te jure, mon phone fait la gueule depuis ton départ ».
Décidément, en matière d’élégance latine, Sergent Garcia n’en est même pas encore au niveau de Guy Marchand. C’est dire !
Danakil : le reggae pour les mal-comprenants
La ganja française serait-elle trop forte ? L'herbe qui pousse sous un lampe, au fond de nos placards, nous ferait-elle trop d'effet ? C'est la seule explication que je vois à la terrible malédiction qui frappe le reggae français : il est bête comme ses pieds.
Ses nouveaux héros au nom de yaourt, Danakil, se préparent à remplir le Zenith. Cette pléthorique "bande de potes de Marly-le-Roi" triomphe donc au pays de Sinsemilia et de Pierpoljak ... Mais avec quelles armes ? Avec des cuivres qui marchent au pas, sans grâce, sans âme, avec un chant balourd et, surtout, avec des textes mièvres, qui se voudraient des cris de révolte mais ne sont que des aboiements de roquet.
Leur pensée est si flasque qu'elle ferait passer Florent Pagny pour un grand philosophe. Leur rébellion est si tiède qu'elle ferait passer Alain Souchon pour un redoutable théoricien de la lutte armée. Si la fumette met vraiment dans des états pareils, j'arrête demain !
Gonflés, les amis de Ben Ali !
Ils sont gonflés les voyagistes. Dans une brève, Libération nous apprend qu'ils demandent "la création d'un fonds spécial pour couvrir les frais occasionnés par le rapatriement des clients" en vacances en Tunisie. Comme si les marchands d'évasion ne s'en étaient pas mis plein les poches pendant les années Ben Ali, profitant de plages étonnament calmes et d'une main d'oeuvre qualifiée incroyablement bon marché, apportant en retour au régime des devises très attendues ...
Ca me donne envie d'aller sauter à pieds joints sur leur bureau en chantant "Holidays in the Sun" des Sex Pistols, et notamment son premier vers : "A cheap holiday in other people's misery" !
(Vidéo : "Holidays in the Sun" des Sex Pistols, même si, sur cette version, le groupe fait sauter le premier vers)
Ayo ? Ca fait mal ...

Comment dissuader quelqu'un d'écouter un disque ?
La leçon numéro un, qui portait sur les pochettes affreuses, étant maintenant acquise, passons à la leçon numéro deux : la biographie repoussante.
Et prenons modèle sur celle qui accompagne le nouveau disque d'Ayo, "Billie-Eve", c'est un cas d'école !
Pour réussir une biographie repoussante, émailler le texte de références culturelles qui montrent que l'artiste n'a pas poussé bien loin ses explorations musicales (exemple dans la biographie d'Ayo : "Aussi bien influencée par Bob Marley que par Donny Hathaway"), voire qui sème de sérieux doutes sur ses capacités intellectuelles (autre exemple : "Moi, je regardais mon film préféré, Forrest Gump").
Farcir le texte d'informations qu'on aurait préféré ne pas avoir (nouvel exemple : "Les problèmes d'addiction de sa mère l'amèneront à passer plusieurs années dans des familles d'accueil", ou bien pire : "Elle frôle littéralement la mort suite à une grossesse extra-utérine" !).
Glisser quelques imprécisions (un exemple troublant : "Et puis je suis allée deux mois en Jamaïque en vacances. Quand je suis rentrée, j'étais enceinte").
Saupoudrer de bons sentiments (un dernier exemple : "Julia", l'histoire vraie et bouleversante d'une petite fille atteinte d'un incurable cancer, est le sommet émotionnel d'un album capable d'explorer toutes les émotions avec la même conviction").
Mettre au four et y joindre le disque. De toutes façons, après avoir lu ça, plus personne n'a envie de l'écouter ...
L'affreux Jojo

Il y a une taupe chez Mondomix ! Comment expliquer autrement l'irruption de cette pochette ? Son auteur a dû apprendre que nous préparons pour le mois de mars un numéro spécial sur "la mort en couleurs". Quelqu'un a dû lui rapporter que nos graphiste multiplie sur son écran géant les variations sur le thème de la tête de mort. D'où ce single à bagouse et à bracelet, discrètement signé "J.H.".
"J.H." ? Mais oui, c'est l'impayable Jojo national qui tente de se rapprocher de nous ... Le problème est que, si le visuel est raccord avec notre prochaine thématique, la chanson l'est moins. Elle s'ouvre par des cris de fauves dans la nuit, histoire de poser le décor : notre Johnny est un rebelle qui danse avec les loups. Malheureusement, il tente également de chanter comme eux et, dès le premier couplet, ça chevrote sévère. Tellement qu'on n'attend pas la fin de la première minute pour passer à autre chose. Pour la couv' du prochain numéro, c'est raté, désolé, Johnny. Et on t'assure que, si ça ne tenait qu'à nous, tu n'aurais pas à te plaindre de n'être "Jamais seul" ...



04.05.11 10:04:30,
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