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« Ce sont déjà les Baloutchs » (2)
Il y a une semaine, j’ai mis en ligne un article sur le Baloutchistan qui se terminait par une belle chanson, sans vraiment préciser qui étaient les musiciens. Entre temps, j’ai trouvé quelques informations à leur propos sur le blog de آهنگ بلوچ , une association basée à Irânshahr qui se charge de promouvoir les arts et la culture baloutches. Voici la traduction du petit paragraphe sur ساحل مكران (sâhel-e Makorân) :
« Le groupe Sâhel Makorân est originaire de Châhbahâr. Le chanteur du groupe, Mohammad Es’hâq Baloutch, outre les chants joyeux connus sous le nom de saot (évoqués dans l’article « Ce sont déjà les Baloutchs » du 13 avril), a appris l’art de chanter la poésie auprès de Kamâl Khân Hout (grand chanteur baloutche, décédé le 21 février dernier) et joue avec une grande maîtrise les pièces basées sur la poésie baloutche. ‘Ali Mohammad, connu dans la région sous le nom de ‘Aliouk, maîtrise parfaitement les différents genres de musique baloutche et apparaît comme l’un des rares maîtres actuels du soroud dans toute la région du Baloutchistan (en Iran comme au Pakistan).
Les membres du groupe Sâhel Makorân sont Mohammad Eshâq Baloutch (leader du groupe, tanbur et chant), ‘Ali Mohammad Baloutch (qitchak), Vahid Baloutch (dholak), Nasim Balouch (fâl), Jâvid Firouze’i (tanbur), Asghar Firouze’i, Bakhshak Zangeshâhi (qitchak), Mâsh’allah Bâmri (chant, tanbur). »
Pour ceux d’entre vous qui seraient déjà fans, voici une autre vidéo de Sâhel Makorân disponible sur le site de Rozhn TV, une télévision baloutche. Cette vidéo présente aussi l’avantage de nous faire entendre du baloutche :
« Ce sont déjà les Baloutchs »
« Avec leurs turbans blancs, leurs cheveux noirs taillés en frange, leurs faciès calcinés de Valets de cartes et leur air de bûche retirée du feu, ce sont déjà les Baloutchs. »
Nicolas BOUVIER, L’Usage du Monde (1963)
Ma première rencontre avec le Baloutchistan fut la leçon 75 de l’Assimil persan :
طبق اطلاع رسیده مامورین ژاندارمری در منطقه بلوچستان گروه ای قاچاقچی را با مقدار زیادی مواد مخدر دستگیر کردند
Selon les dernières informations, au Baloutchistan les gendarmes ont arrêté un groupe de trafiquants en possession d’une quantité importante de narcotiques.
Voilà qui plante le décor ! Il est vrai que le contexte est propice : une population nomade au sein d’une région montagneuse semi-désertique, à cheval sur trois pays dont l’un possède du pétrole, l’autre de l’opium et le troisième de l’alcool. Ajoutez à cela quelques tendances séparatistes, la pratique de l’islam sunnite dans un Iran majoritairement chi’ite et une grande pauvreté – le cocktail est détonnant !
Une fois passé cet aspect géopolitique de la Région, on découvre un peuple de tradition ancienne, qui fut peut-être jadis proche des Kurdes, avant de prendre la direction des rives de l’Océan Indien. « Il [le peuple baloutche] a conservé une culture d’une grande originalité, dans laquelle les éléments iraniens archaïques ont pris racine dans un substrat dravidien plus ancien, subissant par ailleurs des influences africaines significatives le long des côtes. Enfin, dans leurs déplacements incessants, les Baloutches se sont mêlés aux peuples du désert de l’Inde Occidentale (Sindh, Punjab, nomades Jatt) et peuvent être rattachés de nos jours à cette aire culturelle. » (Jean DURING, dans le livret du cd Baloutchistan, musiques d’extase et de guérison).
La musique des Baloutches s’étend d’un répertoire de musique rythmant les événements de la vie quotidienne, à une musique de transes des confréries soufies. Pour le premier répertoire, on peut se référer à une description de différents types de pièces fournie dans un disque de l’excellent label iranien Mahoor (Hasht Behesht, An Antology of Regional Music from Iran). Il y a par exemple le Motak – sorte de complainte chantée lors des funérailles, le saot – chanson joyeuse pour les mariages et autres événements, le sha’r – poème épique chanté lors des cérémonies, etc. De l’autre côté de l’échiquier, il y a la musique soufie constituée de poèmes chantés (souvent Rumi, Hâfez, Shamse Tabriz, …) ou de musique instrumentale. Pour la musique instrumentale, on peut se tourner vers le travail de Abdulrahman Surizehi, musicien baloutche qui vit aujourd’hui en Norvège.
Et puis, quelque part entre ces deux traditions, il y a le gwât. Gwât désigne dans son sens premier le vent, mais c’est aussi un esprit malfaisant qui peut prendre possession d’une personne et la rendre malade. Pour s’en débarrasser, un seul moyen : un exorcisme musical. Reprenons la description de ces séances confiée à Stéphane Dudoignon par un petit vieux dans la cour d’un sanctuaire de Châbahâr (Stéphane A. DUDOIGNON, Voyage au pays des Baloutches, éd. Cartouche (2009) – un petit livre très intéressant sur le Baloutchistan et les différentes influences religieuses et politiques qui s’y exercent) :
- « Il y a d’abord ceux qu’on appelle les zàr, une quinzaine, qui viennent tous de la même famille…
- Et ça ressemble à quoi, un zàr ?
- A des choses bien différentes. Il y en a même qui ont une tête de Baloutche.
- Parce qu’ils sont baloutches ?
- Certains oui, d’autres non. En tout cas, ils sont tous des mécréants, et pas animés des meilleures intentions.
- Des esprits malins ?
- Tout à fait. Et qu’on ne peut éloigner des malades qu’avec une cérémonie spéciale. Certains exigent un banquet en bonne et due forme.
- Avec chants et danses dans tous les cas.
- Hum…
- Il y a encore les bàd, qui sont une douzaine. Tous musulmans ou presque.
- Ça fait une sacrée différence déjà. »
Terminons sur une belle chanson baloutche en provenance de la partie méridionale du Baloutchistan iranien :
Deux disques de Abdulrahman Surizehi sont disponibles dans la boutique MP3 de Mondomix : un double cd de morceaux instrumentaux, et un album de chants plus populaires.



18.04.10 22:52:19,
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