Musique au caravansérail

Par Nicolas Filicic

Tags: cachemire

Femme fatale… du Cachemire

par nicolas filicic Email

 

“Before you start, you're already beat
She's gonna play you for a fool, yes it's true

'Cause everybody knows (She's a femme fatale)”

The Velvet Underground, Femme Fatale

 

 

Sur les contreforts de l’Himalaya, aux confins de l’Inde, du Pakistan, de l’Afghanistan, du Tadjikistan et de la Chine, certains peuples perpétuent des traditions de polyandrie :

« Elle [la polyandrie] est encore pratiquée au Ladakh où, pour éviter le morcellement de la terre, seul l’aîné des garçons d’une famille, elle-même polyandre, est autorisé à épouser une femme qui devient commune à tous ses frères. » (Jacques ATTALI, Amours, Fayard 2007).

 

 

Dans Kaschmir, jardin du bonheur, Renée Dunan (1892 – 1936) s’inspire de ces traditions de polyandrie pour nous compter l’histoire d’un ingénieur français en poste au Cachemire qui se retrouve pris dans les filets de Zenahab, belle Cachemirienne qui enferme ses maris dans son palais sur les bords du lac Dahal avant de leur faire trancher la tête au premier faux pas. Notons qu’il s’agit bien d’inspiration car l’action du roman se passe à Srinagar (à quelques centaines de kilomètres du Ladakh) où la polyandrie n’est pas attestée. D’autre part, la relation de Zenahab avec ses maris n’a rien de commun avec les considérations d’économie (au sens premier d’οκονομία) habituellement invoquées à propos des peuples du Ladakh. Il s’agirait plutôt ici de planter un décor de conte d’orient, propice aux relations passionnelles, charnelles et souvent sanguinaires, le tout dans un cadre naturel magnifique :

 

 « Qu’on se la [Srinagar] figure au centre d’une vallée ayant moins de cent kilomètres en largeur et le double de long. C’est le paradis terrestre. L’été, un été méditerranéen, mais tendre et doux, y règne sans arrêt. Toutes les fleurs du monde s’y sont donné rendez-vous, et toute la volupté terrestre s’y étale avec une délicate ingénuité. Autour de la vallée, c’est un cirque de montagnes démesurées, effrayantes, absurdes, sur les pentes desquelles, par une douce journée de soleil, assis au centre de cet immense jardin, sous un cèdre, et entouré de roses, on peut, à l’œil nu, suivre le dégradé des saisons et des climats, jusqu’aux neiges perennelles des sommets. »

 

Dans ce petit roman centenaire l’auteur a glissé différentes considération sur la société indienne, les luttes des grands pays occidentaux pour s’accaparer la région, ou encore la relative indépendance du Tibet face à l’occupation anglaise du Punjab ! C’est là un grand intérêt des Editions Kailash qui, outre le fait qu’elles impriment (à Pondichéry !) sur un très beau papier fabriqué en Inde, rééditent de nombreux textes épuisés, dont les auteurs ne sont plus de ce monde. Cela permet de connaître le regard d’alors sur des événements qui se sont entre temps ‘figés’ dans l’Histoire, de relever les terminologies en usage, de percevoir les domaines du savoir qui étaient partagés par le plus grand nombre à cette époque et ceux qui ne l’étaient pas,… La comparaison avec la situation contemporaine permet d’alimenter nos réflexions sur l’évolution de la société : se dirige-t-on réellement vers une désinformation du fait des médias de masse ? Vit-on aujourd’hui dans un monde du « politiquement correct » ? Comment a évolué l’a priori français sur les différentes régions du monde ?

 

Notons au passage que les Editions Kailash ne se cantonnent pas à l’Inde mais que, fortes de leur dix ans d’existence, elles disposent d’un catalogue riche de 200 titres couvrant un territoire qui s’étend de la Chine et du Laos à la pointe du Sri Lanka.

 

(Source, Eric Martin – le Figaro Magazine, Pondichéry ville ouverte)

 

Enfin, il serait dommage de terminer cet article sans un peu de musique cachemirie et, puisque nous sommes dans les femmes, voici un chant de type Vanvun (वनवुन). Le vanvun est l’apanage des femmes et il est chanté à l’occasion d’événements précis (initiations, offrandes,…) :

 

 

Pour en savoir plus sur la musique du Cachemire, on pourra consulter le travail de Mme Sunita Dhar sur la musique du Cachemire, ainsi que le site de Koshur music, notamment pour des extraits musicaux.

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