Musique au caravansérail

Par Nicolas Filicic

Tags: caltex records

Variété iranienne des 60’s et 70’s

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Pendant l’été, un certain nombre d’albums du label Caltex Records ont fait leur apparition dans la boutique MP3 de Mondomix, notamment des compilations de variété iranienne des années 60, 70 (à venir ?) et 80. Caltex est un des labels américains qui, un peu comme Pars Video, diffusent la variété iranienne des années 60 et 70. C’est l’occasion de vous proposer quelques uns des tubes d’une époque où, en France, les Sheila, France Gall et autres Claude François étaient les stars des plateaux télé.

 

Ce répertoire englobe des centaines de chanteuses et de chanteurs dont certains ont enregistré plusieurs dizaine d’albums. La première place de ce palmarès revient probablement à Gougoush qui, aujourd’hui encore, remplit les plus grandes salles de concert dans le monde entier (sauf en France, où l’immigration iranienne récente est quasi inexistante) :

 

 

Mais lorsqu’elle fit ses débuts, l’époque était aux émissions de variété à la télévision. En France, nous avions Maritie et Gilbert Carpentier ; les Iraniens avaient Fereydoun Farokhzâd. Frère de la célèbre poétesse Forough Farokhzâd, il présenta pendant de longues années des émissions de variété pour la télévision iranienne avant d’être emprisonné (suite à la révolution de 1979) et de fuir le pays illégalement, pour finalement être  assassiné à Bonn en 1992. On le voit dans les images ci-dessous accueillant le chanteur Farâmarz Alsani. Excusez la qualité de la vidéo, toutes ces images remontent déjà à plus de 30 ans. Si cela vous intéresse, vous trouverez facilement sur internet et en bien meilleure qualité les ‘tubes’ de Farâmarz Aslani : Ageh yeh rooz, âhooye vahshi,…

 

 

Nous venons de mettre le doigt sur une composante qui me semble essentielle pour comprendre l’importance de la variété iranienne : le contexte politique. A partir de la révolution de 1979, toutes ces chansons ont été interdites. Seules avaient le droit de cité la musique classique et les musiques régionales, à condition qu’elles ne fussent pas chantées par des femmes seules. Même si ce n’est pas trop le sujet ici, signalons que ces interdictions soudaines ont entrainé un regain d’intérêt pour la musique classique, souvent symbolisé par la sortie du disque Gol-e sadbarg de Shahrâm Nâzeri en 1984. Pour être honnête, ce mouvement a probablement été bénéfique à la richesse et à la vivacité dont la musique classique iranienne fait preuve à ce jour…

 

Mais revenons-en à nos plateaux télé. L’enthousiasme qui perdure à ce jour chez de nombreux Iraniens (et même Tadjiks, Ouzbeks, Afghans,…) pour ces chansons des années 60 et 70 s’explique en partie par la nostalgie qu’elles évoquent : la nostalgie d’une époque révolue, balayée d’un revers de manche du jour au lendemain et jamais plus revenue. A cela vient s’ajouter le fait que, mutatis mutandis, cette perte subite a eu lieu à la fin des ‘Trente Glorieuses iraniennes’. Ce qui signifie que peu ont eu le temps de percevoir les dérives potentielles de cette culture de masse. Il en est resté une image presque immaculée qui a traversé les années.

 

La vie de la chanteuse Hâyedeh est une allégorie de cette ‘extinction’ qui affecta la variété iranienne (ou du moins, ce type de variété). Forcée de quitter l’Iran au sommet de sa gloire au moment de la révolution, elle connut des années d’exile difficiles et mourut aux Etats-Unis alors qu’elle n’avait pas cinquante ans. Voici deux chansons célèbres de Hayedeh.

 

Tout d’abord Soghâti (=cadeau/souvenir), une sorte de ‘que serais-je sans toi ?’ éploré :

 

 

Puis Gol-e Sangam, une chanson plus ancienne, devenue une sorte d’hymne :

 

 

Si cela vous intéresse, je vous conseille l’enregistrement de l’excellent concert ‘Hayedeh, live in Israel’ (elle y chante masti, shânehâyat,…). Vous pouvez écouter ce concert en ligne, sinon le DVD de ce concert, diffusé par Pars Video, est disponible à l’achat sur des sites américains.

 

Ces années qui précédèrent la révolution ont vu les créations de nombreux chanteurs et chanteuses plus ou moins éloignés des feux des projecteurs. On peut citer par exemple Farhâd Mehrad (ou tout simplement Farhad) et ses longues chansons à texte :

 

 

Si je me souviens bien, le générique de fin du film Un Instant de Liberté (2007, avec notamment Navid Akhavan et Behi Janati Ataii) est sur une autre chanson de Farhad, yek shab-e mahtâb.

 

Il n’était d’ailleurs pas le seul à chanter le clair de lune (qui se dit mahtâb en persan). Quatre garçons dans le vent, the Littles (!!) en faisaient autant. Ce morceau est extrait du disque Raks, Raks, Raks – un vinyl assez incroyable sorti il y a à peine deux ans regroupant des tubes iraniens des 60’s :

 

 

Il y avait aussi l’écrivain Shusha Guppy qui chantait des chansons populaires avec quelque chose de Joan Baez :

 

 

Mais revenons à Caltex Record pour un peu de solennité ! Les compilations de Caltex Record sur lesquelles nous avons ouvert cet article font aussi apparaître quelques artistes qu’il est plutôt surprenant de trouver dans ce registre plutôt léger, s’il en est. Il en va ainsi de la chanteuse Marzieh. Je ne m’étendrai pas sur Marzieh car je songe depuis longtemps à vous écrire quelque chose d’un peu substantiel sur cette chanteuse. Je vous laisse juste, au travers d’une chanson, juger de l’océan qui semble séparer Marzieh de Gougoush. Et pourtant…

 

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