Musique au caravansérail

Par Nicolas Filicic

Tags: ghobadi

Zeb et Haniya

par nicolas filicic Email

ﺩﻭ ﭘﺎﻛﺴﺘﺎﻧﯽ ﻟﮍﻛﻴﻮﮞ ﻛﯽ ﻣﺪﮬﺮ ﺁﻭﺍﺯ

Do Pākistāni lakiyõ ki madhur āwāz

                                             Le chant mélodieux de deux jeunes Pakistanaises

 

Jeudi dernier, un concert organisé au siège de l’Alliance Française à Paris marquait l’ouverture du programme Le Pakistan à Paris. A l’initiative des Alliances Françaises du Pakistan, ce programme propose pendant un mois différentes manifestations culturelles présentant la création artistique pakistanaise. L’ami François m’avait informé de l’événement. J’y suis allé sans trop regarder de quoi il s’agissait et, à dire vrai, je m’attendais à un concert de qawwali. Eh bien pas du tout !

Au lieu d’une bande toute masculine de qawwals déclamant avec force les vers des poètes mystiques, ce sont deux jeunes femmes qui prirent possession de la scène : Zebunnisa Bangash et Haniya Aslam. J’ai toujours an tête le commentaire d’un journaliste de France Inter lors d’un concert de Coco Rosie (16 juin 2004) que j’ai écouté maintes et maintes fois : « C’est Sierra qui miaule comme un chat et joue de la guitare ; Bianca a une voix beaucoup plus douce et travaillée, étude du chant à l’opéra oblige. ». Même si Haniya ne miaule pas comme un chat, il y a un petit air de parenté : Zeb rayonne avec sa voix charmeuse, son anglais très occidental, ses sourires timides, quand Haniya, en arrière plan, joue les mélodies qu’elle a composées, donne le rythme et soutient la voix. Zeb et Haniya forment un beau duo, prometteur dans la manière dont elles se complètent.

 

Il en résulte des compositions dans un style doux et dynamique, dont le côté jazzy rappelle des musiciens comme Rana Farhan (رعنا فرحان, qui interprète le superbe Drunk with Love dans les Chats Persans de Bahman Ghobadi). Zeb et Haniya ont sorti leur premier disque en 2008. En voici quelques morceaux que l’on trouve sur You Tube.

 

 

Paimāna Bedeh est une reprise d’un vieux ghazal afghan, chanté en dari par Khān Mohamad et Shafi’ Mohamad :

 

 

پیمانه بده که خمار استم

 

Paimāna bedeh ke khomār hastam

Apporte-moi la coupe que je m’adonne à l’ivresse


من عاشق چشم مست یار استم

 

Man ‘āsheq-e cheshm-e mast-e yār hastam

Je suis amoureux des yeux langoureux de mon ami


بده بده که خمار استم

 

Bedeh bedeh ke khomār hastam

Apporte-moi la coupe que l’ivresse me gagne

 

چشمت که به آهوی  ختن میماند

 

Cheshmat ke ba āhou-ye khotan mimānad

Tu as les yeux d’un bouquetin de Chine


رویت به گلاب های چمن میماند

 

Rouyat ba golābhāye chaman mimānad

Et le visage semblable aux roses des prairies


گل را بکنی ورق ورق گوی کنی

 

Gol rā bokoni waraq waraq goui koni

Prive la fleur de ses feuilles,


به لاله زار بی وطن میماند

 

Be lāle-ye zār-e bi watan mimānad

Elle devient triste telle une tulipe apatride.

 

Une version qawwali explosive de Mainé rona chhoṛ diya (ourdou/hindi pour « j’ai cessé de pleurer ») :

 

 

Et enfin Aitebar, dans un style assez différent :

 

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