Musique au caravansérail

Par Nicolas Filicic

Tags: pakistan

Ivres Qalandars…

par nicolas filicic Email

Parmi les nombreux ordres de soufis (Qādiri, Naqshbandi, ….), les qalandars occupent une place à part. A demi nus, hirsutes, le regard égaré sous l’effet de l’alcool ou de quelque autre drogue, ils ne renvoient pas l’image du pieux sage d’orient comme on en trouve dans les romans de Amin Maalouf ou de Gilbert Sinoué.

Source : Four nights with Sufis

 

Les qalandars vont de temples en mausolée et de mausolée en sanctuaire, mus par l’appel de Dieu ou de sages de jadis aujourd’hui sanctifiés. Si le commandement leur désigne un petit tombeau, sur le bord d’une route ou d’un chemin, ils pourront y élire domicile. S’il s’agit d’un plus grand sanctuaire, ils se construiront un abri de fortune aux portes du saint lieu. Dans cette retraite, ils pourront oublier le monde, son ordre social et ses aspects matériels pour se consacrer entièrement à leur vie intérieure.

 



Ensemble Badila (cf. la fin de cet article)

 

Non contents d’exposer leur vie de dénuement aux yeux de tous les fidèles, ils adoptent une posture de rejet systématique des règles, qu’il s’agisse de la shari’a, des règles de comportements hindoues ou des simples règles de bonne conduite communément admises. Leur vie passée à l’entrée des sanctuaires, qu’à peine une pièce de jute dissimule à la vue des badauds, ne respecte pas la distinction entre espace public et espace privé, si importante dans le monde musulman (cf. par exemple l’opposition andarouni/birouni dans l’architecture persane). Ils errent à demi nus autour des lieux saints, les cheveux ni coupés ni même brossés, revêtus parfois d’une pièce de tissu qui ne fait que mieux entretenir une ambiguïté de sexe. L’anthropologue américaine Katherine Pratt EWING fournit un autre exemple de violation de règle dans Arguing Sainthood (Duke University Press, 1997). Un jeune Hindou népalais lui confie :

 

“We had to change trains at a junction near our home. People we called qalandars would be hanging around the station. Passengers would buy snacks served on leaves. The qalandars picked up the used leaves and licked the remaining food off of them”.

 

Les qalandars brisent par là un tabou essentiel de la culture hindoue relatif à la ‘pollution’ de la nourriture : la nourriture est dite जूठा joottha, impropre à la consommation, si elle a été touchée par quelqu’un d’autre. Autant de pratiques qui, ajoutées à leur inclination pour la boisson et les drogues dans leur quête de l’extase divine, mettent les qalandars au banc de la société, à la limite de la débauche et du crime. Ainsi Farid-ud-din Attār dans la Conférence des Oiseaux (Trad. Manijeh Nouri-Ortega, Henri Gougaud, Points Sagesses) :

 

Un arabe s’en vint en Perse. Il ignorait tout du pays. Au hasard de ses promenades, il fit halte un jour sur le seuil d’une maison de qalandars. Là vivaient des hommes bizarres. Ils paraissaient avoir joué ce monde-ci et l’autre aux dés, les avoirs tous les deux perdus et n’en garder aucun regret. Ils n’avaient pas un sou vaillant. Plus crasseux les uns que les autres ils brandissaient, à demi soûls, des cruches de vin rebondies. Quand l’Arabe les vit ainsi, son cœur fit une cabriole et sa raison une embardée. Bref, il prit l’eau de toutes parts. Il leur fit un joyeux salut.

 

-       Entre donc ! Lui dirent ces gens ? Si tu n’es rien, tu es des nôtres !

 

Il entra, content, sans soucis, comme l’âne dans l’écurie. On lui offrit un bol de vin. Il but, perdit un peu le nord. Il avait de l’or plein le sac, de l’argent, quelques pierres rares. Il en fut bientôt soulagé. Il se sentit soudain léger. On lui servit encore à boire. Pour le coup il ne lui resta rien, même pas sa tête plantée où, d’ordinaire, elle se trouvait.

 

Il s’en retourna au pays, l’esprit vide, le cœur pesant, l’âme aussi sèche que les lèvres. Le voyant ainsi revenir, ceux de sa tribu s’exclamèrent :

 

-  Ho, l’ami, que t’arrive-t-il ? où est ton or ? Et ton argent ? Maudits Persans ! Maudite Perse ! On t’a volé ? Raconte-nous !

 

Il répondit:

 

-  J’allais, tranquille. J’ai rencontré des qalandars. J’ai bien aimé leur compagnie. C’est tout ce dont je me souviens.

 

-       Des qalandars ? Comment sont-ils ? Décris-les, sois précis, que diable !

 

L’autre, perplexe, répondit :

 

-       Ces gens-là sont indescriptibles. Ils m’ont dit « entre », voilà tout. Je suis entré, j’ai tout perdu.

 

« Entre », ce mot avait suffi. Entre donc dans l’amour, accepte de marcher sur mille feux ardents, sinon contente-toi de tes jours mal vivants. Si ton âme acceptait d’entendre le Secret, tu abandonnerais les illusions du monde, et tu marcherais nu avec en toi ce mot, cet unique mot : « Entre. »

 

Outre la mise en scène subtile du grand amour entre Arabes et Persans, ce poème montre l’ambivalence dans le discours sur les qalandars. Ils sont dépeints comme des bandits de grand chemin, sans vergogne ni morale, mais ce sont eux pourtant qui ouvrent les yeux du visiteur. La peur de l’homme respectable face au qalandar est double : la peur d’un vol ou d’un crime, mais plus encore la peur de se perdre. La confrontation au qalandar nécessite un choix : accepte-t-on ou non « d’entendre le Secret », de renoncer à son statut ? Katherine Pratt EWING décrit :

 

« the qalandar signified a counter to the excess of formalism where knowledge has been linked to social status and power. […] He has lost or abandoned the power of discrimination; he has given up useless disputations and rejected the intellect as a path to truth in favor of a loss of self in the direct experience of God. […] The qalandar has no pride? Pride is one of the ‘veils’ that comes between the subject and the experience of God. »

 

Les qalandars sont donc plus que des mendiants qui vivent de rapine et de débauche. Ils jouent un rôle dans la construction de la société et certains qalandars des siècles passés sont devenus très célèbres. Ainsi Lal Shahbaz Qalandar, un soufi persan du 12ème siècle qui, très jeune, s’installa dans le Sindh et y dispensa son enseignement. Son nom signifie le Faucon Rouge. La légende veut que ce surnom s’explique par son port altier et les tuniques rouges qu’il avait coutume de porter.  Il est chanté ici par Abida Parveen, dans cet hymne endiablé et très populaire :

 

 

 

Les paroles sont probablement en punjabi, ou peut-être en sindhi. En voici les 2 premiers couplets :

 

لال ميری پت رکھيو بھلا جھولے لالن
ہو لال ميری پت رکھيو بھلا جھولے لالن
سندھڑی دا سيون دا سخی شہباز قلندر
دما دم مست قلندر، سخی شہباز قلندر، علی دم دم
دے اندر
ہو لال ميری، ہو لال ميری

چار چراغ تيرے برن ہميشھ
ہو چار چراغ تيرے برن ہميشھ
پنجواںمیں بارن آئی آں بھلا جھولے لالن
ہو پنجواں بالن آئی آں بھلا جھولے لالن
سندھڑی دا سيون دا سخی شہباز قلندر
دما دم مست قلندر سخی شہباز قلندر
علی دم دم دے اندر
او لال ميری او لال ميری

 

Ce qui signifie en substance:

 

Oh lal, jhule lal (surnoms de Lal Shabaz Qalandar),

Genereux qalandar du Sindh et de Sewan

Gloire à toi, enivré de l’amour de Dieu.

Les quatre lampes de ta tombe sont allumées pour toujours,

Et vois, comme j’en allume une cinquième,

O toi, noble qalandar.

 

 

C’est aussi Lal Shabaz Qalandar qui a inspiré à l’Ensemble Badila le nom de son dernier disque : Qalandar Express (chez Arion). Selon le livret, le qalandar express est le train qui chaque année achemine des milliers de fidèles jusqu’au tombeau de Lal Shahbaz Qalandar, à Sewan. Pour ceux d’entre vous qui seraient déjà fans, voici une superbe vidéo (pas en termes de qualité d’image malheureusement) sur les voyages de l’Ensemble Badila, qui nous donne l’occasion d’entendre une autre version du Dama Dam Mast Qalandar chanté plus haut par Abida Parveen :

 

 

A travers ces exemples de textes et de chansons, on voit que la référence aux qalandars, notamment en poésie, a souvent pris un sens métaphorique. Loin de se demander si les qalandars sont des bon croyants ou des faux dévots, le poète voit en eux une métaphore de la transgression et du libertinage. Au début du 20ème siècle, pour Alama Mohammad Iqbal, ils représentaient le libre penseur, ou même parfois la figure du révolté face à l’envahisseur britannique.

Zeb et Haniya

par nicolas filicic Email

ﺩﻭ ﭘﺎﻛﺴﺘﺎﻧﯽ ﻟﮍﻛﻴﻮﮞ ﻛﯽ ﻣﺪﮬﺮ ﺁﻭﺍﺯ

Do Pākistāni lakiyõ ki madhur āwāz

                                             Le chant mélodieux de deux jeunes Pakistanaises

 

Jeudi dernier, un concert organisé au siège de l’Alliance Française à Paris marquait l’ouverture du programme Le Pakistan à Paris. A l’initiative des Alliances Françaises du Pakistan, ce programme propose pendant un mois différentes manifestations culturelles présentant la création artistique pakistanaise. L’ami François m’avait informé de l’événement. J’y suis allé sans trop regarder de quoi il s’agissait et, à dire vrai, je m’attendais à un concert de qawwali. Eh bien pas du tout !

Au lieu d’une bande toute masculine de qawwals déclamant avec force les vers des poètes mystiques, ce sont deux jeunes femmes qui prirent possession de la scène : Zebunnisa Bangash et Haniya Aslam. J’ai toujours an tête le commentaire d’un journaliste de France Inter lors d’un concert de Coco Rosie (16 juin 2004) que j’ai écouté maintes et maintes fois : « C’est Sierra qui miaule comme un chat et joue de la guitare ; Bianca a une voix beaucoup plus douce et travaillée, étude du chant à l’opéra oblige. ». Même si Haniya ne miaule pas comme un chat, il y a un petit air de parenté : Zeb rayonne avec sa voix charmeuse, son anglais très occidental, ses sourires timides, quand Haniya, en arrière plan, joue les mélodies qu’elle a composées, donne le rythme et soutient la voix. Zeb et Haniya forment un beau duo, prometteur dans la manière dont elles se complètent.

 

Il en résulte des compositions dans un style doux et dynamique, dont le côté jazzy rappelle des musiciens comme Rana Farhan (رعنا فرحان, qui interprète le superbe Drunk with Love dans les Chats Persans de Bahman Ghobadi). Zeb et Haniya ont sorti leur premier disque en 2008. En voici quelques morceaux que l’on trouve sur You Tube.

 

 

Paimāna Bedeh est une reprise d’un vieux ghazal afghan, chanté en dari par Khān Mohamad et Shafi’ Mohamad :

 

 

پیمانه بده که خمار استم

 

Paimāna bedeh ke khomār hastam

Apporte-moi la coupe que je m’adonne à l’ivresse


من عاشق چشم مست یار استم

 

Man ‘āsheq-e cheshm-e mast-e yār hastam

Je suis amoureux des yeux langoureux de mon ami


بده بده که خمار استم

 

Bedeh bedeh ke khomār hastam

Apporte-moi la coupe que l’ivresse me gagne

 

چشمت که به آهوی  ختن میماند

 

Cheshmat ke ba āhou-ye khotan mimānad

Tu as les yeux d’un bouquetin de Chine


رویت به گلاب های چمن میماند

 

Rouyat ba golābhāye chaman mimānad

Et le visage semblable aux roses des prairies


گل را بکنی ورق ورق گوی کنی

 

Gol rā bokoni waraq waraq goui koni

Prive la fleur de ses feuilles,


به لاله زار بی وطن میماند

 

Be lāle-ye zār-e bi watan mimānad

Elle devient triste telle une tulipe apatride.

 

Une version qawwali explosive de Mainé rona chhoṛ diya (ourdou/hindi pour « j’ai cessé de pleurer ») :

 

 

Et enfin Aitebar, dans un style assez différent :

 

« Ce sont déjà les Baloutchs » (2)

par nicolas filicic Email

Il y a une semaine, j’ai mis en ligne un article sur le Baloutchistan qui se terminait par une belle chanson, sans vraiment préciser qui étaient les musiciens. Entre temps, j’ai trouvé quelques informations à leur propos sur le blog de آهنگ بلوچ , une association basée à Irânshahr qui se charge de promouvoir les arts et la culture baloutches. Voici la traduction du petit paragraphe sur ساحل مكران (sâhel-e Makorân) :

« Le groupe Sâhel Makorân est originaire de Châhbahâr. Le chanteur du groupe, Mohammad Es’hâq Baloutch, outre les chants joyeux connus sous le nom de saot (évoqués dans l’article « Ce sont déjà les Baloutchs » du 13 avril), a appris l’art de chanter la poésie auprès de Kamâl Khân Hout (grand chanteur baloutche, décédé le 21 février dernier) et joue avec une grande maîtrise les pièces basées sur la poésie baloutche. ‘Ali Mohammad, connu dans la région sous le nom de ‘Aliouk, maîtrise parfaitement les différents genres de musique baloutche et apparaît comme l’un des rares maîtres actuels du soroud dans toute la région du Baloutchistan (en Iran comme au Pakistan).

Les membres du groupe Sâhel Makorân sont Mohammad Eshâq Baloutch (leader du groupe, tanbur et chant), ‘Ali Mohammad Baloutch (qitchak), Vahid Baloutch (dholak), Nasim Balouch (fâl), Jâvid Firouze’i (tanbur), Asghar Firouze’i, Bakhshak Zangeshâhi (qitchak), Mâsh’allah Bâmri (chant, tanbur). »

Pour ceux d’entre vous qui seraient déjà fans, voici une autre vidéo de Sâhel Makorân disponible sur le site de Rozhn TV, une télévision baloutche. Cette vidéo présente aussi l’avantage de nous faire entendre du baloutche :

 

« Ce sont déjà les Baloutchs »

par nicolas filicic Email

 

« Avec leurs turbans blancs, leurs cheveux noirs taillés en frange, leurs faciès calcinés de Valets de cartes et leur air de bûche retirée du feu, ce sont déjà les Baloutchs. »

Nicolas BOUVIER, L’Usage du Monde (1963)

 

Ma première rencontre avec le Baloutchistan fut la leçon 75 de l’Assimil persan :

 

طبق اطلاع رسیده مامورین ژاندارمری در منطقه بلوچستان گروه ای قاچاقچی را با مقدار زیادی مواد مخدر دستگیر کردند

Selon les dernières informations, au Baloutchistan les gendarmes ont arrêté un groupe de trafiquants en possession d’une quantité importante de narcotiques.

 

Voilà qui plante le décor ! Il est vrai que le contexte est propice : une population nomade au sein d’une région montagneuse semi-désertique, à cheval sur trois pays dont l’un possède du pétrole, l’autre de l’opium et le troisième de l’alcool. Ajoutez à cela quelques tendances séparatistes, la pratique de l’islam sunnite dans un Iran majoritairement chi’ite et une grande pauvreté – le cocktail est détonnant !

 

Une fois passé cet aspect géopolitique de la Région, on découvre un peuple de tradition ancienne, qui fut peut-être jadis proche des Kurdes, avant de prendre la direction des rives de l’Océan Indien. « Il [le peuple baloutche] a conservé une culture d’une grande originalité, dans laquelle les éléments iraniens archaïques ont pris racine dans un substrat dravidien plus ancien, subissant par ailleurs des influences africaines significatives le long des côtes. Enfin, dans leurs déplacements incessants, les Baloutches se sont mêlés aux peuples du désert de l’Inde Occidentale (Sindh, Punjab, nomades Jatt) et peuvent être rattachés de nos jours à cette aire culturelle. » (Jean DURING, dans le livret du cd Baloutchistan, musiques d’extase et de guérison).

 

La musique des Baloutches s’étend d’un répertoire de musique rythmant les événements de la vie quotidienne, à une musique de transes des confréries soufies. Pour le premier répertoire, on peut se référer à une description de différents types de pièces fournie dans un disque de l’excellent label iranien Mahoor (Hasht Behesht, An Antology of Regional Music from Iran). Il y a par exemple le Motak – sorte de complainte chantée lors des funérailles, le saot – chanson joyeuse pour les mariages et autres événements, le sha’r – poème épique chanté lors des cérémonies, etc. De l’autre côté de l’échiquier, il y a la musique soufie constituée de poèmes chantés (souvent Rumi, Hâfez, Shamse Tabriz, …) ou de musique instrumentale. Pour la musique instrumentale, on peut se tourner vers le travail de Abdulrahman Surizehi, musicien baloutche qui vit aujourd’hui en Norvège.

 

Et puis, quelque part entre ces deux traditions, il y a le gwât. Gwât désigne dans son sens premier le vent, mais c’est aussi un esprit malfaisant qui peut prendre possession d’une personne et la rendre malade. Pour s’en débarrasser, un seul moyen : un exorcisme musical. Reprenons la description de ces séances confiée à Stéphane Dudoignon par un petit vieux dans la cour d’un sanctuaire de Châbahâr (Stéphane A. DUDOIGNON, Voyage au pays des Baloutches, éd. Cartouche (2009) – un petit livre très intéressant sur le Baloutchistan et les différentes influences religieuses et politiques qui s’y exercent) :

 

-          « Il y a d’abord ceux qu’on appelle les zàr, une quinzaine, qui viennent tous de la même famille…

-          Et ça ressemble à quoi, un zàr ?

-          A des choses bien différentes. Il y en a même qui ont une tête de Baloutche.

-          Parce qu’ils sont baloutches ?

-          Certains oui, d’autres non. En tout cas, ils sont tous des mécréants, et pas animés des meilleures intentions.

-          Des esprits malins ?

-          Tout à fait. Et qu’on ne peut éloigner des malades qu’avec une cérémonie spéciale. Certains exigent un banquet en bonne et due forme.

-          Avec chants et danses dans tous les cas.

-          Hum…

-          Il y a encore les bàd, qui sont une douzaine. Tous musulmans ou presque.

-          Ça fait une sacrée différence déjà. »

 

Terminons sur une belle chanson baloutche en provenance de la partie méridionale du Baloutchistan iranien :

 

 

Deux disques de Abdulrahman Surizehi sont disponibles dans la boutique MP3 de Mondomix : un double cd de morceaux instrumentaux, et un album de chants plus populaires.

 

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