Musiques Métisses


Jour 3 : Messages de paix

par Jean-Sébastien Josset Email

Nous sommes dimanche et nous nous apprêtons à vivre la troisième journée du festival. Un nom revient en boucle dans les discussions et dans les allées de l'Ile Bourgine, depuis la première journée : Alpha Blondy. La rumeur enfle chaque jour un peu plus : "le concert sera complet" ou "il ne reste plus que 100 places". Tous, du vendeur de crêpe écolo au père de famille en passant par les étudiants de la région, tous ne veulent manquer sous aucun prétexte la prestation du reggae man ivoirien. A 56 ans, l'auteur de "Brigadier Sabari" connaît une popularité incroyable.

Quelques heures avant le concert, l'ambiance au point presse en dit long sur l'affaire. Alors que les interviews se succèdent, les jeunes chanceux qui ont pu accéder au site font la queue pour se faire photographier avec Alpha. Ce dernier explique cet engouement à la fois par "la chance" et par le message de lutte contre l'oppression qu'il délivre sur scène depuis près de 30 ans dans un monde toujours en proie à la guerre et à la souffrance. Chanteur engagé , Alpha Blondy à deux mots à la bouche : Dieu et Paix. Et la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles américaines est pour lui l'expression d'un destin divin:

"C'est un peu comme si j'avais été élu ! (rires). L'Amérique a surpris le monde entier, après des années de politiques internationale épouvantables. La venu de cet homme au pouvoir est un signe porteur d'espoir pour le monde entier. J'espère qu'il sera le premier homme politique au monde à abolir la guerre. Ce sera la réalisation de la parole de Dieu."

Habillé en treillis militaire, Alpha chante pendant près de deux heures avec la même énergie et la même conviction que celles de ses débuts. Devant une salle comble il enchaîne ses tubes (« Brigadier Sabari », « Jerusalem », « Sweet fanta Diallo »... ) et interpelle la foule à grands coups de messages prophétiques et politiques : "L'armée française n'a rien à faire en Côte d'Ivoire ! L'armée française doit partir de Côte d'Ivoire!". Aucun doute, le public est d'accord avec lui. 



La venue d'Alpha Blondy, taguée sur un espace dédié au graph sur le site du festival


Mounira Mitchala : la panthère douce

Son entrée sur scène vous stoppe sur place. Elle sourit et vous fondez. Elle chante, vous vous envolez... Le concert de la chanteuse Tchadienne Mounira Mitchala, celle dont le nom signifie "Panthère douce" est un pur moment de grâce. A force de travail et de persévérance (ce qui lui vaut un prix RFI en 2008), cette jeune femme musulmane a réussi à réaliser ses ambitions artistiques, lesquelles sont étroitement subordonnées à une démarche militante pour l'émancipation des femmes de son pays.


Un point commun qu'elle partage avec une grande diva, invitée elle aussi de cette soirée exceptionnelle, la chanteuse Oumou Sangaré. La diva malienne a quant à elle fait danser la salle pendant presque deux heures. Elle aussi, à l'instar d'un Alpha Blondy, en profite pour délivrer quelques messages :

"Dans un mariage cela ne doit pas être tous les jours dimanche ! Alors je veux que nous chantions tous contre les mariages forcés trop fréquents au pays (Mali) ! Chantons "Au secours !", complainte de celle qui n'a pas choisi son mari". 


Le Trio Joubran : émotion palestinienne



Enfin à quelques pas de la grande scène, l'Espace Mandingue accueillait les frères palestiniens du Trio Joubran. Les trois oudistes ont tissé un espace d'échanges et de dialogues musicales, traversé par la souffrance et la joie. Ils ont mis un instant leur virtusosité au service d'un hommage lumineux a leur compatriote et poète, Mahmoud Darwich, disparu en 2008. Lumineux. 

Ainsi s'achève pour l'équipe de Mondomix le voyage aux Musiques Métisses d'Angoulême. Un festival et une ambiance extraordinaires où se côtoient sans artifices les univers musicaux et culturels, les artistes et le public, les musiciens au sommet et ceux qui débutent... Un grand merci à Christian Mousset d'avoir d'avoir rétabli la gratuité de l'Espace Mandingue, à Catherine et Lysiane pour leur gentillesse. 

A l'année prochaine j'espère !

Jean-Sébastien Josset

 

Jour 2 : De Conakry à Oran, une journée sous les soleils d'Angoulême

par Jean-Sébastien Josset Email

De la Guinée de Mamadou Barry à l'Océan indien de Davy Sicard en passant par l'Algérie de Khaled, cette deuxième journée des Musiques Métisses tient sa promesse d'offrir aux festivaliers un voyage musical et culturel tout aussi délicieux qu'inédit...


Pause bouquins et rencontres avec les auteurs à Littératures Métisses

Musiques Métisses n'est pas un simple festival de musique. Dans un cadre très agréable, délimité par la Charente, l'événement accueille en marge des concerts de nombreux espaces dédiés aux associations (Espace solidarités), à la cuisine, aux enfants.... Quant aux festivaliers friands de (bonne) littérature, l'organisation du festival ne les a pas oublié. Au coeur du site de l'Ile Bourgines se tient en effet un rendez-vous quotidien autour des livres, "Littératures Métisses". Sous une tente spécialement dédiée à cette manifestation, les mélomanes en mal de lecture ont la possibilité d'acheter des livres mais surtout de rencontrer de nombreux auteurs venus présenter leurs oeuvres et débattre. L'événement accueillait aujourd'hui Jake Lamar, journaliste américain exilé à Paris et brillant analyste d la condition des Noirs aux Etats-Unis (on se souvient aussi de ses chroniques dans Libération où il "croquait avec humour la société parisienne). L'écrivain est venu débattre avec Marguerite  Abouet, Minh Tran Huy et Wei-Wei sur le thème de "Papa, grand mère et moi". Malheureusement, le temps passe vite et nous devons quitter les lieux pour nous préparer à cette nouvelle soirée de musique qui s'annonce très très riche...
 

Mamadou Barry inaugure l'espace mandingue "libéré"

Hier, les habitués du festival ont eu la mauvaise surprise de découvrir que l'Espace mandingue, scène dédiée aux découvertes artistiques, était devenu payant. Même si la somme de 5 euros pouvait paraître abordable, beaucoup ont naturellement boudé les concerts du vendredi. Le directeur du festival, Christian Mousset a alors pris, samedi matin, la très courageuse décision de faire passer la musique avant tout et de supprimer la billetterie de l'Espace Mandingue. 


Sa décision a été très vite récompensée. C'est devant une salle comble et ravie qu'il est alors venu présenter le géant du saxophone guinéen, le maître Mamadou Barry. Celui qui fut l'élève de Momo Wadel et le chef d'orchestre du Kaloum Star de Conakry, puis l'arrangeur des Amazones de Guinée a très clairement réchauffer l'ambiance ! Avec force il est venu faire trembler l'Espace Mandingue aux son de son nouveau disque, un "Cool groove from Africa", "N niyo" !

 L'incroyable bassiste de Mamadou Barry en action : 


 Davy Sicard : histoire afro-réunionaise

Le chanteur réunionnais Davy Sicard connaît depuis un peu plus d'un an, date de la sortie de son nouvel album "Kabar", une belle ascension artistique. La musique est à l'image de l'homme : sincère, fluide, profonde et explosive à la fois. Le "kabar", terme créole qui désigne à la fois la joute verbale et le débat, est l'occasion de raconter les joie et les souffrance de l'existence, d'un individu, d'un peuple, d'une planète. Sur scène, il reste donc fidèle à son projet de dialogue pédagogique et met un point d'honneur à éclairer le sens de ses textes. On ne le répétera jamais assez, chaque concert de Davy Sicard est un grand moment de musique, d'histoire (n'oublions pas que l'Ile de la Réunion comme les Antilles sont souvent les grands oubliés de l'actualité et des livres d'histoire...) et de partage : 

  

 



Khaled, le grand retour.. aux sources



On en a déjà beaucoup parlé dans les colonnes du journal et sur le site... Khaled est de retour. Le chanteur de raï le plus populaire des années 80-90, après un long silence, s'est décidé à réenregistrer un album avec son ami des débuts en France, le producteur Martin Meissonnier. "Liberté", fruit de cette collaboration est un disque riche où Khaled fait cohabiter successivement, soutenu par une orchestration irréprochable, les styles berbère, gnawa, voire, selon certains, soufi... bref tout ce qui fait la richesse des racines de la musique oranaise et marocaine. Sur scène l'homme est fort et semble heureux. Le public lui est ravi de retrouver enfin ce grand monsieur, absent depuis trop longtemps. Ainsi s'achève cette magnfique journée passée sous les soleils de la Réunion, d'Oran, de Conakry et d'Angoulême. A demain !



Le public de Khaled, présent au rendez-vous et visiblement très heureux de ce grand retour ! :



  Jean-sébastien Josset

J1 : Ouverture du festival

par Jean-Sébastien Josset Email

La 34e édition du Festival Musiques Métisses d'Angoulême s'est ouverte ce vendredi 29 mai 2009 sur le site de l'Ile de Bourgines, située en contrebas de la ville. C'est un soleil estival qui accueilli une programmation plus que délicieuse avec Justin Adams et Juldeh Camara, Trio Rosenberg, Sanseverino, Les espoirs de Coronthie, So Kalmery, Erik Aliana...

Justin Adams et Juldeh Camara ont ouvert les festivités ce vendredi par une rencontre explosive entre un rock blues de ce qu'il ya de plus puissant (n'oublions pas que Justin Adams, avant d'avoir lancé les Tinariwen,  a collaborré avec Robert Plant, eh oui quand même !) et l'incroyable jeu de riti du gambien Juldeh Camara. Ces deux musiciens hors pairs se sont rencontrés il y a deux ans et en sont aujourd'hui à leur deuxième disque, "Tell no lies". Sur le plateau de France Inter pour l'enregistrement de L'Afrique enchantée (1) et sur la grande scène du festival le soir, Adams et Camara nous ont embarqué dans une transe à la croisée du rock briton et blues du désert...

Le riti est un instrument de musique traditionnel malien, utilisé par les griots. Il est souvent décrit comme un violon, mais à une seule corde. En véritable virtuose, Juldeh Camara en a révélé l'incroyable palette sonore et les pouvoirs envoûtant qui vont avec. Sa prestation n'a laissé personne indifférent. Après le passage de Juldeh sur la scène de France Inter, un homme s'assoie à notre table et nous dit : "Ce joueur de riti est vraiment très très doué, c'est remarquable, d'autant plus qu'il est très difficile d'accorder cet instrument traditionnel". Le compliment vient d'un grand saxophoniste guinéen, qui n'est autre que le "maître" Mamadou Barry.

Les espoirs de Coronthie

Avant de venir sur le site du festival, on peut parier qu'une grande partie du public n'avait jamais entendu parler des "Espoirs de Coronthie". Aujourd'hui, les nombreux spectateurs qui les ont vu se produire dans l'espace Mandingue, ne sont pas prêts de les oublier ! Les Espoirs de Coronthie est une formation de jeunes hommes issus du quartier populaire Coronthie à Conakry. Avec leur voix exceptionnelles, les trois leaders du groupe et leurs musiciens redonne un souffle nouveau et un groove résolument moderne au répertoire traditionnel guinée.




Dans la salle, les premiers rangs sont assaillis par les jeunes filles de la communauté guinéenne de la région. Elles reprennent en coeur, avec une justesse incroyable (se placant parfois même sur une autre tonalité !) les paroles des chansons. A chaque fois qu'un des trois chanteurs prend le lead, c'est une salve d'applaudissements et de cris qui salue l'événement. On comprend alors l'ampleur d'un phénomène qui dure depuis 10 ans. Jouissant d'un statut de rock star en Guinée, cette formation exceptionnelle est en passe d'élargir encore un peu plus son public. Un vrai bonheur !

http://www.myspace.com/espoirscoronthie

Sanseverino



Le dernier concert de cette première soirée était entre les mains de Sanseverino. Discret depuis la sortie de son disque, "Autrement" (2006), nous avons naturellement demandé à ce maître de l'improvisation ce qu'il mijotait à quelques heures de son concert :

"Qu'est ce que je mijote ? (rires) Et bien en ce moment je mijote un album électrique, voire rock... Mais ce soir on va se replonger dans le son d'avant et refaire des tas de chansons qu'on avait pas joué depuis longtemps. Mais surtout nous allons rencontrer le Trio rosenberg qui va nous rejoindre sur scène après leur concert. On joue ensemble parce qu'on se marre bien et surtout pas pour faire "ouais ce serait vachement bien qu'on joue ensemble !" (rires). Mais je suis très fier de jouer avec eux car je pense que c'est un des meilleurs groupes de swing du monde".

Après un concert endiablé du Trio Rosenberg (le public dansait, ce qui est plutôt rare pour un concert de swing), Sanseverino a donc investit la grande scène de l'Ile de Bourgine. Après avoir interprété en solo trois titres inédits en guise d'ouverture, dont le très drôle "Je suis un malade mental", Sanséverino, rejoint par ses musiciens (Hervé Legeay toujours aussi impressionnant à la guitare, idem pour GP Cremonini à la contrebasse) a littéralement enflammé une salle déjà bien chauffée. Il revisite pendant près d'une heure son répertoire ("Les films de guerre", "J'ai un homme dans ma vie", Les embouteillages (à 200 km/h!!!)) et on mesure, pour lui aussi, à quel point il est devenu populaire tant le public (de 8 à 78 ans, si si!) connaît les paroles des chansons par coeur. Il est ensuite rejoint sur scène par le Trio rosenberg pour une fin de soirée en feu d'artifice de swing manouche. 

Jean-Sébastien Josset

 
 

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix