This is the end!
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Akli D. : Kabyle Mental
Et voilà, c’est fini ! Alors que la ville rose s’égaye de notes omniprésentes, qui célèbrent la fête de la musique et le coup d’envoi de l’été, le festival atteint son horizon, et le terme de sa traversée. Un cinquième jour, en forme d’épilogue et d’apogée qui s’ouvre sur une communion festive, menée de main de maître par le « kabyle mental »Akli D. Son territoire originel, teinté de chaâbi et du chant des montagnes, il le colore de reg
gae, folk, rock…, le pare d’oripeaux universels pour résonner au plus large, l’assaisonne de mots de poète, d’un verbe rebelle et contestataire, qui ne manque pas d’envoûter le public, compact, de la Scène Village. Un tempérament bien trempé, du charisme et de la vigueur: telle semble être la recette de ce troubadour des temps modernes.
Casbah Club : chaâbi power
Une autre figure inaugure, ce soir, la scène Pont Neuf. Au Fès Jazz Festival, il confiait à l’équipe de Mondomix se sentir dans la musique comme un « poisson dans l’eau » : à plus de 80 ans, le frétillant Maurice El Médioni, instigateur du « pianoriental » et modernisateur revendiqué du raï, n’a pas perdu de sa superbe. Sur son synthétiseur, il rejoue les bluettes de son jeune temps, chante ses amours
pourAlger, les femmes, et la vie avec le pouvoir de séduction que nous lui connaissons. Ainsi s’ouvre la soirée Casbah Club, projet inédit initié en collaboration avec l’institut du Monde Arabe, qui accueille sur les planches les chantres du chaâbi, genre « populaire » : Chaou, Sid-Ahmed Lahbib, et Kamel El Harrachi, dont le père Dahmane n’est autre que le compositeur du célèbre tube Ya Rayah, devenu hymne de la soirée !
Promenade en tapis volants
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Rachid Taha: Rock The Casbah!
Inclassable, insaisissable, toujours là où on ne l’attend pas : avec son cœur de rocker et sa rage à fleur de peau, son refus des étiquettes, sa « rebelle attitude » qui parfois dérange, et sa personnalité propre à heurter les âmes sensibles, Rachid Taha envoie une décharge de 300000 volts sur les quelques 20000 personnes de l’auditoire, prêtes à se laisser électriser. Du lourd, de la provocation à haute dose, du raï qui déraille... se propagent à flux tendu durant un show enlevé et généreux. De sa reprise du Rock The Casbah du Clash à son Ecoute-moi camarade (issu de l’album Diwan 2), en passant par l’interplanétaire Ya Rayah, Rachid essaime ses tubes, mais aussi quelques titres à paraître dans son prochain album, assurément prometteur. Sur la Prairie des Filtres, la fête de la musique bat décidément son plein !
H-Kayne est dans la place!
C’est au combo de rappeurs marocains H-Kayne, révélé par le festival casablancais Fel Boulevard , qu’il revient de clôturer le festival. Leur flow énergique et puissant, leur volonté de partage s’unissent à l’art groovy des cinq artistes toulousains de Fréquence 31. Une résidence qui marque décidément l’ancrage de la manifestation en cœur de ville, irrigation lisible également dans sa déclinaison « Barrio Loco ». Ca pulse sur la Scène Village, ça joue, pour le bonheur de la rime et de la danse ! Une explosion de mots et de notes qui termine en beauté l’édition 2009 !
Applause
Parcours sans faute, donc, pour le festival! Une année encore, Rio Loco a prouvé son excellence, tant au niveau d’une programmation riche et éclectique (qui alliait musique, cinéma, arts plastiques, contes...), que de l’organisation, et de l’accueil. Un festival où il fait bon vivre, bronzer, vaguer, divaguer, rêver, kiffer, festoyer, chanter. Merci à tous : Christine, Marie-Agnès, Santiago, Pierre, Christelle, Sylvie, Fabrice… ! Vivement l’année prochaine, pour l’édition consacrée à l'Afrique du Sud ! ;)
PS: Retrouvez toute l'ambiance du festival Rio Loco Edition 2009 dans le film d'Elsa Dahmani, à paraître!

(light graff d'un artiste du festival)
Toulouse sur la pelouse
ans MS;">La Nouba décomplexée d’Akim El Sikameya
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Météo Toulouse, bonjour ! Le soleil squatte à nouveau la Prairie des Filtres, malgré un vent taquin qui ébouriffe les cheveux, et impose la petite laine ! Sous cette belle lumière, le jovial Akim Al Sikameya revisit
e une nouba arabo-andalouse décomplexée, jouissive, festive, qui mêle à son architecture savante des épices latino, tsigane, jazzy. Ca swingue, c’est frais, rigolo, enlevé. Il danse, joue du violon comme personne et apporte, sur un plateau garanti 100% bonne humeur, la compréhension d’un art savant, devenu entre ses mains d’alchimiste, populaire. Le public ne s’y trompe pas, et s’essaie à des chorégraphies endiablées, sourire béat aux lèvres. Le kiff !
Légendes du raï : les papys assurent!
Deuxième leçon de plaisir et de cure de jouvence avec ces « papys du raï », qui allument la scène Pont Neuf d’une inaltérable énergie ! Boutaïba S’Ghir et Belkacem Bouteldja, deux fringants jeunes hommes de 60 ans passés, visages traversés d’histoires, de musique et d’aventures, regards illuminés de malice, explorent les racines vives du raï oranais, essaiment leurs tubes explosifs des décennies 1960-1970, évidemment repris en chœur par un public en transe. La soirée
constitue également un pont lancé entre générations, puisque le jeune guitariste-chanteur Djamel Laroussi en assure la direction
artistique, au gré d’arrangements modernes et pour la plupart séduisants ! Des blagues, des effusions, des remerciements chaleureux …ambianceurs devant l’éternel, les deux chanteurs électrisent les foules ! Aujourd’hui, nous sommes tous algériens, avec un seul regret toutefois : ne pas comprendre la langue arabe. Au sein des rires qui fusent de la scène à l’auditoire, il y a de quoi se sentir un peu….seule ! « Vous n’avez qu’à demander à vos voisins de traduire ! Ca favorise le rapprochement et le dialogue », lance Amazigh Kateb, digne successeur sur les planches ! C’est parfois simple, la vie ! ;)
Amazigh, drôle d’oiseau
« Toulouse sur la pelouse ! » : ce cri de ralliement revient en boucle dans la bouche d’Amazigh Kateb, qui promet d’établir dans la ville rose ses plantations ! Nous connaissions le fils de l’écrivain Kateb Yacine, comme leader du groupe Gnawa Diffusion. Aujourd’hui, il revient avec un projet et un premier album
en solo. Du ragga muffin aux rythmiques gnaoua, en passant par le blues, Amazigh Kateb se balade avec aisance, un humour décapant, et un charme incomparable ! Parce qu’il reste absolument lui-même, qu’il ne triche pas pour un éventuel succès, sa musique touche juste, déverse des vagues d’émotion sur un public qui semble l’adorer. Pour autant, il ne lâche rien de sa révolte tendre, de son esprit contestataire et rebelle ! Un empêcheur de penser en rond, un casseur d’habitudes, dont l’attaque en règle contre le prémâché, la routine, et le consommable, se divulgue au travers d’un irrésistible sourire, et sous la perruque blonde de Mohamed Choukran (cf vidéo). Sisi, en plus, il est sexy...

Les nourritures terrestres !
Essentiel Archie Shepp!
Encore un moment intense sur la Scène Garonne à 23h30. Emotion, émotion, émotion devant l’Archie, duc du sax, légende vivante du free jazz, adulée. S’il paraît fatigué, son groove frappé, lui, n’a pas perdu une once de son énergie. La transe de ses envolées libres, toujours libres (même sorti du contexte historique de sa gestation, le style rugit, affirme sa présence et sa puissance) se mêle à celle des Gnawa de Tanger. Une transe qui s'ajoute à une autre ne l’annule pas, mais l’amplifie, la multiplie, c’est mathématique…. Les jambes tremblent, flageolent, se mettent à danser, ne peuvent plus s’arrêter, non, impossible. La fatigue, la fête, mais surtout le plaisir d’être là chargent l’air, palpables ! Plus qu’une soirée pour Rio Loco…Oh. Mince.
Bises, à demain !
Anne-Laure Lemancel
Magique Tunisie: troisième jour
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Contes Kabyles
Pour cette troisième journée, le soleil a déserté la Prairie des Filtres. Un temps grisonnant qui n’empêche pas les mots de rebondir, de conter des aventures qui prennent source au sommet des montagnes de la Kabylie, dans ces villages où les fils de traditions épiques remontent celui des conversations. Il y est question d’une ogresse, d’un petit garçon haut comme un grain de couscous, d’un épicier, incarnés
par la conteuse polymorphe Aïni Iften, à la narration parsemée de comptines et jingle pub. Des aventures rocambolesques à déguster sur un tapis volant propice aux songes, la tête face aux nuages dans lesquels se reflètent, en volume, les personnages.

Djerba Internationale: groove insulo-planétaire
Sur la Scène Village, une île prend ses quartiers, dérive sur la Garonne, celle de Djerba la Tunisienne, Djerba la belle, célèbre pour ses plages et son tourisme de masse. Tout commence en 2001, lorsque le jeune musicien Kais Melliti débarque à Paris. Dans ses valises : son oud, son clavier, et les airs traditionnels de son île, revisités en grand angle par des oreilles curieuses, avides d’une multitude de styles glanés, apprivoisés, aimés. Une soif d’ouverture facilitée par
l’ébullition musicale de la capitale française, qui lui permet d’accoster tous ces rivages, du jazz au rock, du funk à la soul, en passant par le raï. Constitué d’émérites musiciens dont certains ont aiguisé leurs arts aux côtés de Khaled ou Amina, Djerba International donne la pleine mesure à des envies d’échappées belles et de fusion. Un violon virtuose, une section cuivre solaire, une guitare swinguée, une raïta nostalgique, une assise rythmique solide, des arrangements
audacieux, un chant enlevé… : les 11 membres – tunisiens et français – de ce combo délivrent une énergie originale qui tend vers le funk, flirte avec le zouk, décliné, ici, en tunisien. De jolies réussites, quelques ratés aussi, mais l’ensemble révèle de belles promesses, qui placent au cœur de son univers ce mot magique, « groove ». Assurément de quoi situer le petit territoire de Djerba sur la mappemonde musicale ! S’ils ont écumé les scènes tunisiennes, Rio Loco constitue leur première prestation française. Une exclusivité, qui, malgré le temps et un public plus clairsemé qu’à l’accoutumée, a réussi à convaincre ! A suivre…
Biyouna, l'égérie
Elle a une gueule, c’est
sûr, burinée par le temps et les émotions, la colère et la tendresse, l’amour et les excès, une vie de romance, lisible dans les sillons de ses rides, dans son regard facétieux, sur son visage-parchemin, à pages ouvertes. Comme elle crevait l’écran, l’Algéroise Biyouna crève les planches. Et ce n’est pas tant pour son chaâbi mâtiné de pop et d’accents yé-yé que nous l’aimons...Bien plutôt pour son personnage, égérie fantasque et colorée, diva qui essaime des embrassades et des effusions, caresse son public de ses jolis caprices (« Je veux ce drapeau », dans lequel elle s’enroule), ses allures de stars qui se la raconte avec superbe, et l’infinie humilité de celle qui n’a plus rien – ou tout – à prouver. Une présence de chaque instant, qui ne cesse de chavirer le public.

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U-Cef: sous le signe de la fusion
Changement d’ère, de temps et de mode, sur la scène Pont Neuf. Direct from London, le trublion marocain U-Cef mêle musique gnawa, ahwach de l’Atlas ou malhoun..., à de l’électro, du funk, du reggae, de la samba… pour repousser toujours plus loin les limites de la fusion. Mais à vouloir tout embrasser, l’artiste parfois mal étreint. Si certains morceaux s’envolent, convainquent par leur groove, décollent grâce à leur efficacité, d’autres au contraire retombent comme autant de soufflets, qui n'empruntent dans les styles inspirants que de fades clichés, mélanges d’artifice et d’influences, dont l’on peine à deviner la pertinence…Un show inégal, donc, malgré toute la sympathie affichée et réitérée de U-Cef pour Toulouse et son public !.jpg)
©Stéphane Chambon
span style="line-height: 115%;">A quelques pas de là, commence un concert capital. Il est fort. Très fort. Très très fort. Très très très…bon. A chaque prestation, au détour de chaque projet, on ne peut que reconnaître, admirer et s’incliner bien bas devant l’immense talent d’Erik Truffaz. Sa trompette s’est frottée à bien des territoires, a essuyé des frontières, franchi des barrières, toujours avec brio, facilité, impertinence et fougue ! N’en jetez plus…les mots m’en tombent. C’est en 2001, qu’il fonde son Ladyland Quartet, machine à groove torride, tuerie rythmique: un clavier rhodes virtuose et funky au son inégalé, une basse grondante aux patterns redoutables, une batterie qui tricote, et des plages de trompettes reconnaissables entre mille…accueillent le Tunisien Mounir Troudi, superbe chanteur charismatique, qui unit à son esprit jazz, rock & blues des influences bédouines, et la mystique soufie. Il y a de l’écoute dans l’air, de la foi, du rythme, de la joie, du génie. Le public se rue en masse, et ne quitte le site qu’à la toute fin du concert. Merci, merci!
size: larger;">A demain !

Erik Truffaz ©Stéphane Chambon

Mounir Troudi©Stéphane Chambon
Chanson, rock, jazz, tant de couleurs...
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Hindi Zahra, folie berbère
Un joli grain de voix à la douceur d’une Joan Baez, se niche tout au cœur d’un paysage rieur, une fresque colorée qui assume ses errances sans erreur, du jazz à la soul, du reggae au folk, de la langue arabe à celle de Shakespeare, le tout pimenté d’essences orientales gnaouas et amazihes. Née à Khourigba au Maroc, sur le plateau des phosphates, héritière des Berbères, la pétulante Hindi Zahra chante l’amour avec une lumineuse sensibilité, une fraîcheur sans artifice, servie par un swing délicat. Dans le public, les hanches vacillent et les doigts claquent la mesure. Comme les rayons du soleil, son joli chant dépouillé, tour à tour céleste et terrien, vient chatouiller les oreilles des premiers visiteurs. Des effluves de miel flottent dans l’air.
Idir: une histoire d'amour avec le public
Avec ses affiches de prestige qui laissent défiler les noms de stars, Rio Loco séduit chaque année une population d’émigrés, heureuse de retrouver les idoles de leurs pays d’origines. Une majorité de Maghrébins se donnent ainsi rendez-vous aux premières loges. Après le roi Khaled, c’est au tour d’une autre icône d’enflammer la scène du Pont Neuf, nimbée d’une splendide lumière rose. Comme Brassens possède ses moustaches à pipe et Gainsbourg sa tête de chou, les
petites lunettes, l’air bonhomme et la guitare d’Idir se reconnaissent entre mille : un membre de la famille, et du patrimoine. Entre lui et son public, s’est nouée une histoire d’amour depuis A Vava Inouva, chanson qui l’a propulsé en 1973, pour ne jamais se relâcher. Une intimité, une complicité qui se déchiffre dans les yeux émus d’admirateurs fervent. De la fosse à la scène, circulent des histoires de nostalgie, d’amour et d’exil, l’incarnation de la terre kabyle, la foi en la montagne et le ciel. Du chantre, la foule reprend les refrains en chœur, divisés en 1000 sourires-souvenirs.
Après 1h30 de bonheur, le public laisse enfin son héraut quitter la scène. Une demi-heure de battement pour pique-niquer au bord de l’eau, savourer des discussions partagées, l’écho d’une convivialité jouissive, qui se propage doucement entre tous.
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Maroc’n’Roll : Najat Aatabou & Justin Adams
Assurément rock ! Des milliers de youyous s’envolent et claquent pour accueillir une artiste au caractère bien trempé, qui a lancé sa carrière en 1981 sur ce cri du cœur : « J’en ai marre ! ». Marre des traditions à l’étroit dans leurs carcans, du « mektoub » (destin) dont la chape parfois paralyse…A grands coups de riffs de guitare, de batterie pulsée, d’une énergie inaltérable divulguée en éclats de rire irrépressibles, Najat Aatabou secoue, électrise, dynamise un public venu en masse ce soir-là sur la Prairie des Filtres. A l’initiative de Rio Loco, son art se parait ce soir des cordes du génial guitariste britannique Justin Adams.
Toute une génération danse, scande ses paroles, l’interpelle. Comme à l’accoutumée, une ambiance torride règne. La transe plane, là, quelque part, parcourt la peau en autant de frissons.
Trio Joachim Kühn/Majid Bekkas/Ramon Lopez: fusion sous les étoiles
How high the Moon ? Tout là haut, là haut. La journée s’achève sur un magnifique concert du trio formé par le légendaire pianiste de jazz Joachim Kühn, le maître du gumbri gnawa Majid Bekkas, le percussionniste Ramon Lopez. Autour du piano virtuose et sensible, swingué à souhait, s’enroulent les basses de l’instrument gnaoua, et les rythmes alambiqués mais toujours groovys d’un batteur rigolo. Dans cette alchimie- osmose, chacun laisse à l’autre sa liberté, lui ouvre des portes pour accueillir son univers. Frais, virtuose, inventif, joué à la perfection et sans prétention : la Fusion prend ici tout sons sens, et revigore. Bref, j’ai kiffé ;).
Leïla Saïda! 
Ouverture algérienne
Il était une fois la Garonne, fleuve méridional irisé de reflets roses et de brins de nuage, qui charriait dans son cours les couleurs, les saveurs, les histoires de ses frères. Depuis 15 ans, le festival Rio Loco explore chaque année une thématique forte. Après Les Balkans (2008), l’Espagne (2007), le Sénégal (2006)… il n’y aurait qu’un pas, allègrement gambadé jusqu’au site enchanteur de la Prairie des Filtres, entre la ville de Nougaro et le Maghreb Central, destination 2009, forte d’une programmation hétéroclite de quelques 300 artistes. Thé à la menthe, effluves de citronnade, tapis volants, cornes de gazelle, scénographie orientale, tentes berbères, squattent l’hospitalité des grenouilles et des canards plongeurs, à l’ombre de ses saules et sur le tapis de son herbe tendre. Là haut, le soleil cogne fort. Sieste, bronzette, tongs et crème solaire…s’imposent avant le coup d’envoi qui vient charmer cette après-midi alanguie.

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A Toulouse comme ailleurs, tout commence par un récit. En ce temps-là, il n’y avait pas d’histoire sans fin, ni de « cric » sans « crac ». De Tanger à Tombouctou, le conteur Hamed Bouzzine, héritier des griots, subjugue de ses minuscules mensonges et immenses vérités, les petites oreilles venues écouter ses récits d’un chemin sans mirage, légendes pour enfants et adultes très sages. La kora et son piano à pouce déroulent le fil de ses paroles, tour à tour drôles et tendres, toujours riches d’enseignement.

Tout près, sur la Scène Village, une autre marchande de sable et d’étoiles illumine ce préambule : avec son blues lancinant du désert, la divine Hasna El Becharia, stature immobile et imposante, tisse son groove implacable du bout des doigts et de son gumbri, de sa guitare et de son cœur. Une révolte douce, et sans concession, élégante jusque dans sa pudeur, qui coule directement de ses veines jusqu’ aux nôtres. Derrière ses lunettes noires, la diva algérienne s’éponge : « A Toulouse, il fait aussi chaud que chez nous » !
La nuit tombée n’aura pas raison de la torpeur. Le site s’égaye, se pare de mille feux, accueille d’innombrables visiteurs, ombres fugaces qui traversent en tourbillon le site, devenu immense guinguette. Sur la magistrale scène Pont Neuf, tourneboulée pour permettre une plus grande affluence, le batteur protéiforme algérien Karim Ziad, déjà remarqué auprès de Cheb Mami, Nguyen Lê et l’ONB, délivre avec sa formation Ifrikya une fusion aux confins du jazz, du gnawa et du chaabi. A ses côtés, il convie son complice de toujours, le maâlem Hamid El Kasri, mais également deux des plus éminents représentants du jazz contemporain : le pianiste bosniaque Bojan Z, et le mythique saxophoniste Julien Lourau. Impros de haut vol se mêlent aux karkabous, les blue notes se conjuguent à la transe chaabi. Un bonheur partagé se lit sur scène, entre chaque mesure, chaque battement. Des sourires rayonnants offrent une musique généreuse, moderne autant qu’enracinée, L'’ultime rappel s’accompagne, quant à lui, des stances du public qui crie et réclame comme un seul homme, son idole : « Kha-led, Kha-led ! »
Des drapés blanc-rouge-vert flottent dans l'air. The King of Raï, décidément jamais détrôné, assurément indétrônable, Khaled, entre sur scène, enroulé dans l’emblème de son peuple. Le public, chaud-bouillant, n’attendait que lui. De la livraison des tubes en puissance de son dernier album Liberté, à ses anciens succès interplanétaires, le moustachu jubilatoire redessine le genre. Le raï, c’est lui. Il en est l’essence et l’égérie, l’incarnation. Lorsqu’à la fin du concert, il interprète ses titres devenus « patrimoines », Didi et Aïcha, le public ne se contient plus. Un fort moment de liesse populaire !
Le roi Khaled
La soirée s’achève enfin, électrique, sur la scène Garonne, avec le duo palindrome DuOud, formé de Mehdi Haddab et du producteur Smadj. Le nuit se fait rock’n’roll et insolente. Les notes rebondissent sur le fleuve jusqu’au ciel, pour célébrer cette première nuit, qui en ouvre mille et une. A demain ;)
Anne-Laure Lemancel




22.06.09 21:56:09, 



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