SAKIFO 2010 - 5ème jour - Le Prix Alain Peters
Dimanche 8 août - 12h
Rendez-vous au Conservatoire, où nous attendent les résultats du Prix Alain Peters. Ce prix n’est pas qu’un tremplin au sens compétition du terme, puisque que c’est Jérôme Galabert, le directeur et programmateur du Festival, qui sélectionne les 6 groupes participants (libre à eux d’accepter ou de refuser l’invitation), mais plutôt un véritable accompagnement.
Programmés sur la scène de Terre Sainte (en accès libre), ces formations se produisent en après midi (Hélèna Esparron, Tiloun et Zorro Chang le vendredi, Jim Fortuné, Jaboticaba et Mounawar le samedi) devant un jury présidé cette année par Tiken Jah Fakoly, un des porte-drapeaux du reggae africain.

Le président du jury Alain Peters
Exposition maximum pour ces 6 groupes et pour le lauréat qui repart en plus du trophée symbolisant le takamba, l’instrument préféré du regretté Alain Peters, avec deux bourses, l’une attribué par la Region Réunion (5000€) et l’autre par la SACEM (10.000€), une résidence au Kabardock, une des salles qui compte sur l’île, ne tournée à la Réunion, une programmation au Sakifo suivant et au Babel Med, le marché marseillais des Musiques du Monde.
L’enjeu est de taille. Les concerts de chacun des groupes se déroulent dans la bonne humeur, sans incident notoire ou pluie intempestive.
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Tiloun, un maloya qui vient du cœur
Chacun y affirme son style. Maloya-chanson pour la délicate Hélèna Esparron, Maloya-maloya aux textes engagés et à la voix claire pour Tiloun, Ragga pour Zorro Chang, blues-folk intimiste aux accents créole pour Jaboticaba, sambaloya pour Jim Fortuné et folk-music de l'océan Indien pour Mounawar.
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Hélèna Esparron, un maloya chanson qui fleure bleu comme le ciel
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Restait aux membres du jury à delibérer. Ce qu'ils firent, votant à 5 voix contre deux pour Zorro Chang.
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La remise du prix avec de gauche à droite : l'animatrice de RFO, Tiken Jah Fakoly, Zorro Chang, le représentant de la SACEM et Vincent Payet (pour la Région Réunion)

Zorro Chang, un choix qui suscitera quelques remous dans l'assistance, alors qu'il dédie ce trophée à tous les participants de ce 4ème Prix Alain Peters.
Pour certains, ce choix est une surprise. Doux euphémisme pour dire la stupéfaction qu'on peut lire sur les visages d'une partie de l'assemblée lors du cocktail qui suit la remise. « C'est la victoire du son de discothèque. L'esprit et la mémoire d'Alain Peters méritaient mieux » entend-t-on à couvert.
Pour Jérôme Galabert qui n'a participé à aucune délibération, « Il est important de rappeler que c'est un jury de professionnels. De plus, le prix a toujours honoré des personnalités diverses. Il n'y a pas un moule. Sa vocation est de ne pas passer à côté d'un jeune talent comme ce fut le cas en son temps pour Alain Peters. Il y a autant de différences entre Groove Lélé, Lo Griyo et Alex, les précédents vainqueurs qu'entre tous les candidats présents cette année. De toutes façons, le prix est une chose, l'appropriation que s'en font les lauréats en est une autre. De plus, la mise en avant offerte par la simple particiaption à se prix peut-être riche en retombées » ajoute-t-il avant de s'interroger sur le montant élevé de la dotation, dotation qu'il a toujours essayé de valoriser au plus. « En août 2011, il sera temps de faire le bilan du crû 2010. ».
Quand la 7ème édition touche à sa fin
Pour l'heure, petit break avant les derniers concerts de cette 7ème édition, concerts qui n'ont plus lieu sur le site de la Ravine Blanche déjà en cours de démontage, mais dans les rues de St-Pierre pour la Fiesta de l’Océan Indien. Mais c’est sans compter tous les micro-climats de l’île, véritables cauchemars des météorologues. En effet, en quelques kilomètres, vous pouvez passer d’un ciel dégagé à une pluie continue, d’un bon coup de vent à un sacré coup de soleil. Alors que s’approche l'heure du goûter, la pluie et le vent s’invitent pour le final du Sakifo 2010. A 18h30, l’annulation est annoncée. Ne reste plus qu’à mettre au sec le matériel.
Seule Escales Estivales, l’émission de France Inter animée par Emmanuel Khérad sera maintenue, mais devant un public restreint. Au micro : Nathalie Natiembé, René Lacaille et Jéôme Galabert.
Escales Estivales en direct sur France Inter depuis la Réunion
Il y fut question en français et parfois même en créole du Piton de la Fournaise, du risofé, de musiques et de Réunion. Le Saki Big Chief y annonça un nombre sakifiesteurs satisfaisant (+ de 32000, « juste un peu mieux que l'an passé dans un contexte économique plus difficile» précisait-il), sa satisfaction d’avoir mis en place cette année avec Fée Mazine le Sakimarmaille, un festival tout spécialement concocté pour les moins de 12 ans. Il s’interrogea aussi sur la prochaine édition qui ne pourra avoir lieu à la même période du fait des Jeux des Iles de l’Océan Indien (compétition sportive programmée à cette période à la Réunion) et de l’investissement des partenaires privés qui font devoir rapidement confirmer leur engagement sur plusieurs années. Ces derniers mots furent pour son équipe et tout particulièrement les bénévoles. La pluie tombait toujours, le vent ne nous avait pas quitté. Mais on le savait bien, le soleil finirait comme toujours à La Réunion par réapparaître. Alors rendez-vous en 2011 pour un nouveau Sakifo tout show !
Speciale dédicace à toute l'équipe pour sa disponibilité et son accueil et tout particulièrement à Fred Miguel et Alex Dany-Ruinet
SAKIFO 2010 - 5ème jour - Le Risofé
Dimanche 8 août - 9h : Le Risofé
Juste quelques toutes petites heures de sommeil et dès 9h retour sur la scène de Terre Sainte où est mijoté entre bleu du ciel et de la mer, le Risofé. Cette tradition culinaire réunionnaise consiste à préparer un riz avec les restes du cari de la veille, afin que les travailleurs et travailleuses des champs puissent attaquer leur journée de labeur sans craindre la faim.

Réarrangée à la sauce Sakifo, cette recette populaire préparée par une association des femmes de marins-pécheurs (AFEMAR – Alizées du Cap) ne précède plus les travaux des champs, mais un concert où le patrimoine musical de l’île est mis en avant. « Idéal pour se réveiller même si on n’a pas encore dormi » explique le programme du Sakifo.
René Lacaille, un “tonton” sur l'île !
Confié cette année à René Lacaille, le risofé est l’occasion pour l’accordéoniste désormais installé dans les environs de Grenoble de présenter pour la toute première fois son nouveau projet : Fanfaroné. « A la Réunion, on ne dit pas René comme en métropole, mais Roné. Alors, cette fanfare est un peu la mienne » explique celui qui s’était déjà produit sur cette scène il y a deux ans au côté de Danyel Waro, Loy Erhlich… lors de l’hommage à Alain Peters. « J’adore les cuivres et ce depuis mon plus jeune âge. Dans le groupe de papa, il y a toujours des cuivres. C'est un hommage à ses instruments, à mon père et à la musique de mon enfance à travers une série de séga réarrangé à ma sauce. ». Sa fanfare n’a rien de déambulatoire. « Avec mon accordéon c’est un peu compliqué ! » ajoute-t-il en faisant sourire l’assistance réunie en masse sur ce bord de mer, malgré les quelques gouttes de pluie qui auraient pu faire craindre le pire. Il n’en sera rien. Pour nombre des participants, pas question de louper le risofé. Parmi eux, Suzie, chapeau rouge et grand sourire, la propre sœur et marraine de René Lacaille, chante, danse et apostrophe en créole son benjamin depuis les premiers rangs, déclenchant l’hilarité du public.


Suzie, la sœur et marraine de René Lacaille
La bonne humeur est générale et l’idée du vivre ensemble largement partagée. Ici, on est en famille. A commencer par les Lacaille, qui sur scène sont au nombre de 4. René le père, sa fille Oriane et deux de ses neveux. Son fils Marc aurait du être de la partie, mais une tournée avec Cocorosie le tient éloigné de ce risofé. Tant pis pour lui !
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Sa fille Oriane


et deux de ses neveux (en bleu uni pour le premier et à rayures pour le second)
Le riz est délicieux (il s’en écoulera 260kg) et le rougail relevé à souhait. Quant au répertoire choisi par “Roné”, il est composé de vieux thème de l’île, de chanson de Jules Arlanda, Claude Vinh San… réarrangé pour que Alain Debiossat (Sixun), Yann Denèque (Swing Gadjé), et Julien Eil (Compagnie des Musiques à Ouïr) trouvent toutes leurs places. « Je puise volontiers dans les recueils du label réunionnais Takamba pour construire notre tour de chant. C’est la première fois que nous le jouons et je suis ravi que ça soit là » commente celui qui revient de plus en plus fréquemment sur l’ïle de son enfance. « Il faut dire que le Prix Charles Cros dont j’ai été gratifié, m’a remis à la place que j’avais ici avant de m’expatrier. Comme si ce prix remis en métropole m’avait quelque peu consacré ici. ». René Lacaille et son Fanfaroné, seront le 6 novembre Plougastel en Bretagne et le du 3 au 5 décembre invité par le festival de jazz de Bras Panon à l’Est de l’ïle. « Si j’ai quitté l’île, c’est parce qu’il me semblait à l’époque qu’il était difficile de tenir en restant ici. Gilbert (Ziskakan) que l’on a vu hier sur la grande scène du Sakifo s’en sort bien, mais ça bouffe beaucoup d’energie. Pour moi à chaque fois que je reviens ici, c’est tout neuf et j’aime bien ça ! ».


Un bout de la fanfare à René de dos et Yann Bellec, le clarinettiste, de face
Peu avant la fin du concert, aux environs de midi, “Roné” invite sur scène quelques amis présents comme le percussionniste Laurent Dalleau, la troupe de percussions de traditions indiennes Les Tambours Sacré de Réunion.


Laurent Dalleau - Les Tambours Sacrés de Réunion à la sortie des loges
« Les Tambours Sacrés, Ce sont eux qui m'ont donné le sens du rythme » expliquait René le lendemain dans les colonnes du Journal de l'île de la Réunion, avant d'avoouer « Il ya des tas de d'accordéonistes qui sont bien meilleurs que moi, mais j'ai quelmque chose qu'eux n'ont pas : le rythme ! ». C'est donc dans un magnifique z'embrocal percussif que s'est conclu ce concert, non sans avoir inviter sur scène Danyel Waro. ce dernier ne répondant pas, René expliquera en créole que le chantre du maloya s’est couché trop tard pour être là, une absence qui n'empèche pas le concert de prendre des allures de feu d’artifice diurne. Le soleil brille et la journée est loin d’être fini.

SAKIFO 2010 - 4ème jour
Samedi 7 août
Lauréat du Prix Musiques de l’Océan Indien, le Mami Bastah ouvre la soirée sur la scène Filaos. Son répertoire de chansons traditionnelles inspirées par le quotidien de son village situé dans les hautes terres de son île manque parfois de relief.
Sensation du jour
Ziskakan, ne vient pas simplement donner un concert.
« Gilbert Pounia et ses musiciens ont largement fêté ses derniers mois, les 30 ans de Ziskakan » confie Jérôme Galabert. « Ziskakan étaient même déjà programmé lors de l’édition précédente du Festival. C’est pourquoi il fallait donner une résonance autre, créer un contexte particulier à ce concert. Nous avons imaginé avec sa fille Maya, l’enregistrement de ce concert sur la grande scène (Salahin) » Disponible en CD et DVD sur Sakifo Records, ce témoignage sera commercialisé en novembre sur l’île et au printemps en métropole et à l’international. Alex, le rappeur, Prix Alain Peters 2009, a rejoint pour un titre le groupe, juste avant que M, toujours sur l’île vienne à son tour partager ce moment de fraternité.

M, Alex, Gilbert Pounia et les deux guitaristes de Ziskakan
« Ça s’est fait naturellement » expliquait le lendemain, le chanteur croisé sur Terre Sainte, à l’occasion du risofé, le concert dominical qui clôt habituellement le festival. Accessible, le musicien que tout le monde connaît sur l’île et plus encore dans ce quartier de St-Pierre où il a élu résidence, est félicité, remercié pour son concert et plus généralement pour la totalité de son œuvre. Ziskakan est un monument ici. Il a contribué au même titre que Danyel Waro ou Ti-Fock à rapprocher les Réunionnais de leurs musiques. Chacun d’eux a tracé sa voie, marqué son empreinte. Celle de Ziskakan est généreuse et souriante comme son leader. C’est la main sur le cœur qu’il a accepté d’interpréter pour les lecteurs de ce blog une des chansons de Madoré, ce « cagnard (voyou) de luxe des rues » confie-t-il avant d’ajouter : " Il faisait le tour de l’ïle avec sa guitare sur laquelle il plaçait 4 accords (do, sol, fa, ré) et coulait des textes qu’il n’écrivait jamais."
Le Public se partage ensuite entre Filaos et Poudrière. Sur la première des deux scènes, Le Mauricien Désiré François et sa formation Cassiya introduisent pour la première fois le séga cuivré de leur île au Sakifo. « C’est important pour tous ceux qui aiment ce genre populaire » affirme Jérôme Galabert. « C’est une vraie reconnaissance de leur goût ».


Quant à la Poudrière, elle s’enflamme dès les premières notes du show de Féloche. En trio, et avec un brin de folie, Féloche revisite la musique cajun comme seul Higelin pourrait le faire. La mandoline de Féloche envoie le bois, soutenue par une contrebasse efficace et une choriste qui est aussi accordéoniste et trompinettiste. Darwin avait raison ? Allez savoir !

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Etre ensemble, voilà ce que signifie le terme lingala Bisso na Bisso, le nom du projet emmené il y a une décennie par le rapper sarcellite Passi. De retour sur scène, à la faveur d’un nouvel album paru l’an dernier, le gang afro-européen a quelque peu oublié d’injecter dans son hip-hop les frénétiques tourneries congolaises, d’infuser ces rythmes affolants. Ça jumpe, plus que ça ondule. Pétard mouillé de la soirée, Bisso na Bisso ne séduit que les fans de hip-hop et encore, ceux qui n’ont pas fait le choix d’aller découvrir les jeunes trublions de Sexion d’Assaut, programmés le même soir ailleurs dans l’île.

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Non loin de là, dans sa loge, Iliana, la chanteuse des Colombiens de Bomba Estereo s’echauffe, non par des vocalises, mais par des étirements digne d’une lionne au réveil. Il faut dire que la miss coure, saute dans tous les sens tel un Marsupilami.
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Peu avant le concert, Simon Mejia, le bassiste, programmateur, VJ ET FONDATEUR du groupe, qui a initié le mix électro-cumbia et fondé Bomba Estereo, prend le temps de nous présenter ses collègues (dalons en créole). « Iliana chante et joue des perçus de temps à autre, Kiké est à la batterie et Julian à la guitare. Nous avons démarré par un mix électro-cumbia, mais allons sur le prochain album fouiller d’autres rythmes afro-indigènes » confie-t-il, avant d’ajouter « Certains nous reprochent de dénaturer la cumbia en y intégrant le rock, l’électro ou le hip-hop. Je ne crois pas qu’on affadisse quoi que soit, on élargit juste le spectre. »
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Musique colombienne, la cumbia a envahi l’ensemble du continent sud-américain. Ce succès s’explique d’après Simon « par le fait que cette musique est beaucoup plus facile à danser que la salsa. De plus, historiquement, les premiers disques pressés dans les années 50 ont été des albums de cumbia réorchestrés d’où une diffusion à l’échelle de toute l’Amérique du Sud. ». Sur la route depuis plus de deux mois, Simon et ses amis attendent avec impatience le retour au pays, afin de finaliser leur troisième opus dont la sortie pourrait bien avoir lieu au premier semestre 2011.
DJ Mo, passe aux platines dans la foulée du concert de Bomba Estereo. Malheureusement, un souci technique (un des rares du festival) complique son début de set, diluant un peu l’énergie et la foule des spectateurs. Le DJ qui a fait danser Bamako avant de s’installer à Paris, fait montre de son savoir faire pour remobiliser l’assistance. Lui qui a remixé plus d’un titre d’Amadou et Mariam se fait plaisir, servant un mix afro-electro où les rythmes d’Afrique de l’Ouest ne se laisse pas supplanter par le beat ravageur du kuduro.


SAKIFO 2010 - 3ème jour
Vendredi 6 Août
Comme tous les après midi, c’est au Vince Corner que le Ker Faya Sound-System (974) ouvre au son du reggae la programmation. Ce sound “lontan” (à l'ancienne en créole) ne joue que des 45 tours. En grappes désordonnées, les premiers arrivants s’agglutinent tranquillement avant de rejoindre la scène des Filaos où démarre le concert du Camerounais Blick Bassy. Entouré d’une formation cosmopolite (un batteur strasbourgeois, un bassiste sénégalais et un guitariste malien), ce natif de Yaoundé, installé depuis 5 ans dans une autre capitale (Paris), compose une « musique africaine contemporaine » comme il dit, en croisant « bikutsi béti, assiko bassa, makossa douala, mangambeu bamiléké, chant indien et musique brésilienne. »
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« L’abélé en vogue au Cameroun est très proche de la samba » explique-t-il comme pour éclairer son goût pour la fusion, un goût pleinement partagé par son public réunionnais. A 35 ans aujourd’hui, Blick Bassy semble sûr de son art, Leman, son album paru en 2009 sur le label hollandais World Connection, signifie à la fois miroir et lunettes. Autant dire que cet homme a une vision très précise de son devenir. « Désormais j’assume toutes les facettes de ma personnalité » avoue Blick qui dès qu’il a 10 jours devant file au Cameroun.
Le coin de paradis de Davy Sicard
Davy Sicard lui n’a pas quitté son île. Il a juste déménagé après avoir trouvé son coin de Paradis dans l’est de l’île, à Bras Panon. « Je ne pars jamais plus d’un mois et demi. Sinon j’emmène ma famille » raconte celui c’est produit pour la dernière fois au Sakifo en 2007. « Je partageais alors la scène Salahin avec Ayo et Ismaël Lô.
Sur la scène de la Poudrière devant 6000 personnes, ça n’a été que du bonheur » reconnaissait-il au lendemain de ce nouveau concert. « Tout ça, me conforte dans l’idée que je vis ici dans un beau pays. ». Quant à son prochain album, il travaille dessus sans pression puisqu’il était en fin de contrat et que sa maison de disques (Up Music) a mis la clé sous la porte. « J’ai tout le temps de soigner la matière première de ce CD qui devrait tourner autour de la personnalité Marianne. La Marianne, française, symbole de la République et la Marianne Malgache qui fut esclave à la Réunion et dont l’histoire colle à celle de son pays. La première n’a pas existé et est un symbole, alors que notre Marianne a réellement vécu, mais est trop souvent passée par les oubliettes de l’histoire. C’est ce rapport inversé qui m'intéresse. ».
Entre hip-hop et chanson
Celui que certains journalistes n’hésitent pas avec un enthousiasme discutable à surnommer le Black Jacques Brel, prend la scène d’assaut avec un véritable orchestre dans son dos. Le son sans rien perdre de son efficacité gagne en chaleur, en humanité. Oxmo Puccino aime ça et le public, aussi de fait. Mais quand il s’attache à nous promettre le bonheur suprême pour tous, en envisageant pas un instant qu’on puisse chacun avoir le sien, et que dans un propos très général, il oppose pour mieux les rapprocher hommes et femmes, son propos souffre de simplicité. Brel se retourne dans sa tombe et moi, me rue sur cabane à bouchon que j’assaisonne d’une sauce citron bien épicée, histoire de me booster le cervelet. Speech Debelle, la rappeuse anglaise grimpe sur scène. Show bien rodé, beats électro efficaces et voix assurée, le parterre est vite conquis.
A la Poudrière, une autre jeune femme, cherche à séduire mettant tous ses charmes, en avant.

En tenue affriolante, Jeanne Cherhal au short pailleté, nous raconte ses histoires de fille, pas si éloignées au final de celles de garçon que Renan Luce entonne à Salahin.
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Renan Luce qui a toujours préféré aux voisins, les voisines sans se rendre compte que passé les premiers rangs, son public était tout aussi masculin que féminin.
Le Bacar from Mayotte
Plus enragées, les chansons de Bacar empruntent leur énergie au punk-rock, tout en soignant des atmosphères cotonneuses où le delay absorbe les chocs. Ces habitants de Mayotte ne font pas dans la demi-mesure : batterie et guitare en avant, basse new-wave et verbe haut. Et quand, dans un esprit des plus positifs, il chante que « la vie est chouette », le chanteur ne peut s’empêcher d’ajouter que sur les 26.000 reconduites à la frontière de sans papiers dont se vante le Président, plus de 17. 000 sont des Mahorais. Nathalie Natiembé dans le public, semble apprécier le son : la chanteuse ne s’arrête pas de danser.

le Maloya electro de Ti-Fock
Définitivement, le Vince Corner s’avère être la scène de toutes les audaces. Attendu, le retour de Ti-Fock suscite l’étonnement dans un premier temps. Lui, qui a initié il a quelques décennies déjà, le maloya électrique, prend encore une longueur d’avance avec un nouvel opus (attendu fin 2010 ou début 2011) qui pose les bases du maloya électronique. Enregistré à la Réunion avec la complicité du producteur Otisto 23 (Laurent de Wilde…), il ouvre de nouvelles portes. Pour leur première sortie, après une résidence manifestement un peu courte en temps, l’orchestre puisque c’est bien d’un orchestre qu’il s’agit, subjugue. Bien sûr, le projet manque encore de fluidité, d’aisance et de naturel, mais le son est si novateur et provoquant qu’il devrait assurément faire des petits.
Pour nombre de professionnels présents, ce concert de Ti-Fock est le premier. L’impression est forte et plus d’un avoue avoir été soufflés par l’énergie et la présence du chanteur quand il ne s’avoue pas d’ors et déjà conquis par ses nouvelles aventures musicales.
Plus clubby, le son des Sud-Africains de Mix’n’Bled donnent le ton de cette fin de nuit. Nuit que les happy-fews du monde de la musique passeront au Bar VIP Charrette avec Seb The Player, un DJ parisien exilé depuis quelques années sur l’île où la Dodo se boit bien fraiche et sans faux col.

Journaliste par ailleurs, il co-anime depuis quelques mois avec Estelle Jomaron, le magazine culturel Opikopi sur Télé Réunion et France O, un magazine que les amoureux de la Réunion à travers le monde retrouve bien évidemment aussi en ligne.

SAKIFO 2010 - 2ème jour
Des retrouvailles pour démarrer la soirée du 5 août
Alex fut découvert sur la scène de l’asso Slam la Kour (Sakifo 2008) et apprécié réellement lors de l’édition suivante. Il y fut couronné du Prix Alain Peters remis traditionnellement le dernier jour du festival. Aujourd'hui il se débat sur la scène des Filaos, avec une énergie animale, mais non sans une certaine tendresse, à la manière d’un Claude Nougaro.

La même énergie tendre et animale que Nougaro
Toujours en frontière des genres, il n’est plus à proprement parler le rappeur que les Réunionnais ont pu connaître. Si il n’est pas encore vraiment chanteur, Alex demeure cet écorché vif, qui a su préserver au cœur de son art, la révolte inhérente au maloya, la musique/conscience de son île. « Le même sang marmailles ! » regit-il au micro avant d'ajouter « en espérant que notre président entende ça ! ».
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Alex a gonflé son équipe depuis l’an passé et acquis une certaine expérience, sans perdre une once d’honnêteté. « Je ne suis pas né dans une cité de la banlieue parisienne ou de n’importe quelles grandes villes de la métropole, mais ici. Je ne parle pas verlan et suis confronté une autre réalité » déclarait-il peu avant son concert.
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Alex au garde à vous sur la plage
Son premier album continue à se vendre 2 à 3 ans après sa sortie. Il en a déjà écoulé 2000. Le prochain sera produit par Sakifo Records et paraitra en 2011. « Jérôme (Galabert, le directeur du Sakifo et de son label discographique) m’a conseillé de prendre mon temps. ». Le prix Alain Peters a été un vrai booster pour Alex. Pas tant sur sa carrière que sur lui-même. « Il était à la limite de la rupture » confie Jérôme Galabert. « Il aurait probablement tout arrêté. Le Prix Alain Peters lui a donné confiance. Il se l’est approprié plus encore que les précédents lauréats (Groove Lélé, Lo Griyo). Peut-être parce que lui n’était pas issu d’une lignée de musiciens comme eux. Ça lui a aussi mis une certaine pression. Il est salutaire qu’il passe la main cette année. ». Pour lui, le prix l’a ouvert sur le monde. « Je suis allé jouer à Babel Med, un marché des musiques du monde qui a lieu chaque année à Marseille et au Printemps de Bourges. J’ai dû structurer mon show, repenser la set-list. J’ai pu voir d’autres groupes, entendre d’autres sons. Je travaille actuellement sur mon deuxième album avec Boris et Germain, la basse-batterie de Meï Teï Shô, Nathalie Natiembé, ou le producteur électro Greg (Interlope) » indique le Fonker créole, ce militant positif de la cause terrienne.
Tous pourris
Autre militance pour le trio malien SMOD, désormais accompagné par un DJ-musicien. Repéré par Manu Chao, qui a produit leur premier opus, ces gamins de Bamako très méfiants, n’hésitent pas a entonner et à faire reprendre par le public sans faire de distinction le couplet du « tous pourris », un couplet que l’on entends habituellement dans la bouche des responsable du F.Haine. Leur manque de discernement et leurs analyses au ras des cailloux est à l'image de leurs grooves secs, dépourvus de générosité, presque mécaniques. On est bien loin de la magnificence des musiques mandingues qu’elles soient traditionnelles ou actuelles. Sauvés par leur jeunesse, ils emportent tout de même l’adhésion d’une partie du public, comme quoi…
Reggae Night
Sans être la thématique de la soirée, le reggae est à l’honneur dans toute sa diversité. En effet, les concerts d’Alborosie (Alberto d’Ascola pour l’état civil italien), transfuge sicilien au pays de Bob Marley, des authentiques joueurs de mento (un genre jamaïcain antérieur au reggae) de Gilzene & The Blue Light Mento Band ou des vétérans du reggae british Steel Pulse s’enchainent à merveille. Albo’, la nouvelle star du nu-roots ne parvint pas à convaincre totalement. Il a du savoir faire, de la présence, mais manque ce petit plus ou ce petit rien qui fait la différence. C’est sur la scène de Filaos, de jauge moyenne que se produit Gilzene. Le quartet à la rhumba-box (grosse caisse et basse à la fois) se produira à plusieurs reprises lors du festival avec une préférence pour ses shows plus intimes à proximité d’un bar, car ces jamaïcains au regard du genre qu’ils défendent ont besoin de proximité et de convivialité.


Gilzene & The Blue Light Mento Band
Quant à Steel Pulse, leur show ultra rodé a séduit, sans satisfaire pleinement leurs fans de la première heure; le son du groupe de David Hinds ayant au cours de ses 35 ans de carrière, bien évolué.

David Hinds, le frontman de Steel Pulse
Programmé la veille et annulé du fait d’un gros grain qui s’est posé sur leur concert, Rouge Reggae, le groupe du Réunionnais de Ti’Rat retrouve au Vince Corner, le musicien et producteur électro Yann Costa (Zong). Cette scène, la quatrième du festival, la plus conviviale, est aussi celle des découvertes et des expérimentations. La rencontre entre Rouge Reggae et Yann Costa tient ses promesses. Yann qui a récemment produit le dernier album de Danyel Waro (déjà disponible à La Réunion et à la rentrée en métropole) est très présent sur cette édition puisqu’on le retrouve derrière la console sur de nombreux concerts (Le Bacar, Alex, Ti-Fock) ou sur scéne aux claviers au côté de Nathalie Natiembé.

Yann et Ti-Rat font le break sur la plage
Shooté le lendemain de leur show, sur la plage qui jouxte le festival, Ti Rat, le rasta de St-Anne (de la Réunion) et Yann sont satisfait. La maîtrise instrumentale du premier appuyée par la mise en espace du second ont donné force et vigueur aux titres roots-reggae de la formation. On pense aux grands dubbers du genre, à King Tubby, Lee Perry et consorts. A noter sur un titre, la présence aux cuivres du garçon et de la fille de Ti Rat.
L’Australie est dans la place
Sur la scène de la Poudrière, les Australiens de True Live sont une des curiosités de cette édition. En effet, hormis Jérôme Galabert qui les a découverts à Melbourne, personne les connait. Groupe de hip-hop aux contours flous, flirtant avec le jazz, True Live n’est pas sans rappeler Java qui sur une approche musicale assez similaire et un humour un poil plus débridé, reste un des souvenirs forts de l’édition précédente.
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True Live dont le prochain opus portera la griffe “Sakifo Records”
« Andemya est un groupe de maloya rock !»
C’est eux qui le disent dans l’après-midi qui précède leur concert, on est donc censé les croire. Un croisement de plus pour cette musique née de l’esclavage et interdite jusqu’en 1981. Comme quoi notre belle démocratie donneuse de leçon au monde entier ne s’est pas faite elle non plus en un jour. Fédérateur aujourd’hui, le maloya est aujourd’hui une force de la Réunion qui se décline en maloya-trad, maloya-jazz, maloya-chanson, maloya-rock et electro-maloya pour ne citer que les principaux sous-genres.
Alors quid du maloya-rock annoncé ? Suffit-il pour combiner ternaire et binaire, huile et eau, d'intégrer juste un kayamb et des lyrics en créole réunionnais ? Pas forcément ! N’empêche qu’au delà du nom, de l’étiquette, le son d’Andemya affirme rapidement au fil du concert, de titres en titres, une identité propre. Les parents de ce band formé en 2005 écoutaient tous beaucoup de rock des seventies. Andemya aussi, de fait, tout en faisant tourner dans leur lecteurs MP3 des titres de Radiohead, des mixes électro et du maloya.

Andemya sur scène, et à la plage avec son staff
Fusion des genres où perce la voix assurée du chanteur et guitariste, le son d’Andemya est défendu depuis un an par une équipe (manager, chef de promo) qui réfléchit au développement de carrière du groupe. Un 4 titres promo ne devrait plus tarder à venir remplacer leur premier album enregistré en 2007 (tiré à 1000 ex, il est aujourd'hui épuisé) et appuyer leur prochaines recherches de concerts. Simangavole Pour ceux qui douteraient du dynamisme du maloya, Il suffit d’aller trainer au Simangavole, la case verte du Sakifo, un des lieux de restauration du festival où musiciens pros et amateurs se retrouvent à la bonne “reunionnette” pour faire résonner le rouleur, le piker et agiter sur un rythme ternaire le kayamb. Zorey, Kaf, Malbar, Zarab dansent ensemble sans fin, se déhanchant avec grâce. Ambiance de transe collective dont le flot varie selon les heures du jour et de la nuit, cette kaz' est un des organes vitaux du festival. Totalement acoustique, il mérite qu’on s’y attarde tout autant que devant les scènes aux watts hurlants.
Laurent Dalleau, le rouleur de Danyel Waro au chant, Jean-Pierre Accapandie au piker
et Elsa Dahmani qui les filme pour Mondomix
Que de la bouche !
Le son électro des Autrichiens de Bauchklang est réalisé sans aucune machine, juste quelques effets et les bouches de Gérald, Bina, Andi, Philip et Alex.

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3 des 5 experts en beatboxing
Formé en1996, ce groupe joue aussi bien en festivals (Les Transmusicales de Rennes, Marsatac…) que dans des salles plus petites. « Il suffit juste qu’il y ait le son » explique Philippe qui produit les basses au sein du combo. « Ça marche aussi » précise Andi, « nous aimons bien d’ailleurs, il y a une vraie communication avec le public. C’est plus direct ! ». Mais ne vous y trompez pas, le son ne fait pas tout. A cappella, Bauchklang est aussi très efficace comme en témoigne ce petit freestyle enregistré sur la plage sans sono et effets. Nos beatmakers bucaux y scandent en intro le nom de Marseille, en référence à un concert où une fois les amplis éteints, ils avaient remis le couverts pour quelques happy fews sur le pas de la porte de l'Espace Julien.
Merci à Bauchklang pour ce petit freestyle iodé au bord de l'Océan Indien
Sans hygiène de vie particulière, il leur arrive même de fumer par période, ces 5 beat-boxers sont très soudés. " Si l’un d’entre nous est dans un jour sans, si il a des soucis, nous sommes plus présents, nous le soutenons, car Bauchklang est une aventure collective, qui a besoin de la présence active de chacun de ses membres."
Le dub-steppa de Kanka
Dernier concert de cette soirée du 5 aout, le live de Kanka a du mal à se mettre en place. Si le bassiste n’a aucun souci à faire rouler la basse sur les riddims du producteur, ce dernier semble avoir du mal avec une table surdimensionnée (48 pistes) pour l’utilisation qu’il en a (au pire une dizaine de pistes). Le set tourne, les reflexes sont bons, manque juste le grain de folie, cette hyperbolisation du son qu’on était en droit d’attendre de la part de ce projet signé sur le label albertivilarien Hammerbass.
Kanka pour terminer la soirée.



16.08.10 12:34:02,
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