Sakifo Music Festival


SAKIFO 2010 - Arrivée mouvementée

par Squaaly Email

Etre en retard

 

Etre en retard en réunion peut-être préjudiciable, mais bon, le biberon du petit qui déborde, l’ascensceur qui fait des siennes ou votre clébard qui vous urine sur la jambe de pantalon, tout peut arriver ! C’est la vie ; et tant que ce n’est pas pathologique, on ne peut pas vous en vouloir… Mais être en retard avec La Réunion est inexcusable, même si vous êtes au regret d’annoncer la perte d’un collaborateur proche (votre ordinateur) après une agonie de quelques heures.

 

Dans mon cas, mieux que dans un épisode d’Urgences, j'ai tout tenté - de la greffe de disques durs aux massages de processeur - avec une équipe de spécialistes pour que mon ordi et moi puissions nous envoler le 2 août par le vol de 19h30, direction St-Pierre de la Réunion. Quelques petites minutes de retard au départ, un foutu bouchon (le premier fut énervant, les autres je les ai avalés avec plaisir) sur la route et la mauvaise volonté d’une chef d’escale qui a décidé d’être sans pitié avec les « laters » comme elle dit la bouche pleine de dédain, alors qu’un bon quart des passagers de l’avion n’est même pas encore passé en zone internationale, suffisent à repousser de deux jours mon arrivée sur l’Ile Bourbon.

 

 

              

 

 

2 jours dans la vue

 

2 jours dans la vue, c’est le Sakifo qui démarre donc sans que mes yeux voient, sans que mes oreilles écoutent. Fort heureusement, on n’est jamais seul sur terre et dans quelques lignes mieux qu’un abonné à Twitters ou à n’importe quel autre réseau social, j’aurai récolté suffisamment de points de vue, de commentaires et d’analyse pour tout vous dire tout ce qui s’est pensé de ces deux premières soirées. Bienvenue au monde des ladilafés (expression “pei” pour parler des bouches, des pipelettes, des jacasseurs, expression qui se féminiserai en “ladilafesses”, me dit-on. Mais, vous savez ce que je pense des ragots !). J'oubliais, tête de later pour de later, la mienne est bien timbrée !



 

                                    

                   

 

Patrimoine Mondial de l’Humanité

Avant même d’essayer de décoller, l’Ile Bourbon était lundi déjà dans tous les journaux. A St-Denis, St-Pierre, Saint-Joseph et dans tous les Saint-Quelque Chose de la terre de Réunion. A Marseille, comme à Paris. A Berlin, New-York, Nouakchot, Bangalore ou Aubervilliers, tout le monde sait désormais que la Réunion est auréolée de la plus haute des distinctions de l’UNESCO, que ses cirques, ses remparts et ses pitons sont inscrits au Patrimoine Mondial de l’Humanité ! Dans l’avion qui me mène au cœur du brasier d’un des derniers grands festivals du planning estival, entre deux plateaux repas, somnolant à moitié, ivre de joie et impatient d’entrer dans la danse, je consulte les deux quotidiens de l’île datés du 3 août, à savoir le Journal de l’Ile de la Réunion et le Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien, deux journaux que j’aurai trouvés à mon arrivée si… si… si…  Les deux se réjouissent en première page de cette nomination. Pour le premier « Daniel Gonthier, le Président du Parc National jubile au rythme du maloya ». Le second titre, lui, en page 2 « Du séga pour fêter la victoire ». 


 

Maloya ou Séga ? Séga ou maloya ? 
  
 

Pour moi, ça sera séga et maloya, car ici tous les rythmes même si ils peuvent affirmer consciemment ou non par leurs passés, leurs vécus, leurs enracinements, des lignes de démarcation fortes dans la société réunionnaise ; tous les rythmes donc sont bons pour faire la fête et ce n’est pas cette nouvelle édition déjà entamée, qui me contredira. Séga, maloya et tous les autres sont le bienvenu à Sakifo « car Il faut tenir compte de la réalité de l’île ! », dixit Jérôme Galabert, le créateur et programmateur du festival d'hiver réunionnais. Et oui, tout en bas de la planète, c'est déjà l'hiver !
 

 

Sakifo faire ici !
 


« Sakifo n’est pas un festival ghetto, mais plutôt un z’embrocal musical » explique Jérôme Galabert en faisant référence à ce plat réunionnais composé de riz et d'haricots que chacun assaisonne à sa façon. « C’est important de faire ça ici ! ». Alors, ne grimpez pas au rideau si dans la même soirée se succède sur les différentes scène Renan Luce et ses chansons, Ti-Fock et son maloya électro futuriste, Speech Debelle et son hip-hop clubbing, Blick Bassy et son afro-folk ou Le Bacar et son punk dubbé from Mayotte. C’est Sakifo faire ici !

 

  
Renan Luce, Ti-Fock, Blick Bassy, Speech Debelle, Le Bacar : une idée du z'embrocal du Sakifo

 


A la recherche du temps perdu
 
C’est donc après avoir lu la presse du cru et croisé quelques “figures” locales, quelques connaissances que je suis en mesure, de revenir sur le déroulement de la première soirée. Des deux premières soirées en fait, car traditionnellement, Sakifo ouvre la vieille par une soirée privée où professionnels de la profession, journalistes des journaux, musiciens de la musique et amis d’amis se retrouvent autour de quelques agapes pimentés ou non, de verres de rhum pur ou allongé - préférez les jus de fruits et autres sodas pour couper votre rhum, à l’anisette (une pratique locale qui vrille vite l’esprit et obscurcit le blanc de l’œil) - et quelques bons morceaux de musique choisis pour leur parfum “pei” exhalé  par la crème des musiciens locaux (Ziskakan, René Lacaille installé en métropole depuis des lustres…) fidèles de l’île (Bazbaz, Cyril Atef…) ou jeune novices qui étrennent ainsi le festival ou la Réunion (Bomba Estereo, Skip The Use, Kanka…)
 
  
Mardi 3 août

En fin de journée, ce bel aréopage se retrouvait donc face à la mer, chez Kalla, le restaurant des parents de Gilbert Pounia à Grands-Bois. Gilbert Pounia est le leader Ziskakan, groupe majeur de l’île qui enregistrera samedi soir sur la plus grande des scènes.


                        


                                     Gilbert Pounia interviewé sur RFO

 

 

Mais de tout cela on reparlera le moment venu car Gilbert Pounia, comme la plupart des invités de cette septième édition passeront quelques minutes ou des instants plus longs devant le stylo de votre scribouillard, envoyé spécial à l’autre bout du monde, là où les gens marchent la tête en bas ! La température extérieure est à plus de 20, le soleil brille et la mer qu’on voit danser au loin a des reflets très clairs ici ! 

 

Un premier soir complet   

 

Le lendemain pour l'ouverture officielle du festival personne n’a la gueule de bois dans l’équipe – en tout cas, personne ne le montre - surtout pas Jérôme Galabert, le Saki big chief et grand ordonnateur de cette aventure. 


              
Jérôme Galabert (au second plan) interviewé le dernier jour du festival
par Emmanuel Khérad (Escales Estivales - France Inter)


« Mi aim M »
 

Faut dire que même si la soirée a été arrosée, cette nouvelle édition démarre sous les meilleurs auspices puisque que le festival affiche sold-out  avec un bon 18.000 au compteur, répartis sur les 4 hectares du site de la Ravine Blanche ! C’est l’effet M qui, mieux qu’un cyclone ravageur, a réuni devant la grande scène (Salahin) jeunes et anciens pour la dernière date de son estivale tournée, une date allégée puisqu'il n'a pas embarqué les 5 semi-remorques qui le précèdent habituellement à travers l'hexagone.

 

A côté de ses propres fans venus en légion, on comptait quelques mordus du papa ou de la grand-mère, curieux de découvrir la progéniture à la coiffure chauve-souris.

 

Dans la bande de zicos qui l’accompagne, on retrouve outre son frère et sa sœur, Cyril Atef à la batterie. Invité permanent depuis 5 ans, il est un “résident” du Sakifo, un festival qui aime cultiver ses fidélités.

 

Niveau météo, le cyclone sera quelque peu malmené par un grain vigoureux qui si il calme les ardeurs de quelques uns de ces fans, semble faire l’effet d’une décharge électrique sur le reste du public. « J’ai eu l’impression qu’une certains ont cru que ça allait s’arrêter là, après cette coupure électrique » explique Jérôme Galabert. « Cyril a maintenu la pression à la batterie, sans l’appui du son. Quand ce dernier est revenu, quand la grosse caisse a imposé son tempo, ça a été comme une libération pour le public. Après plus rien n'était pareil ! ». Le lendemain, Le Quotidien de la Réunion et de l'Océan Indien affichait en première page une photo du concert avec comme titre : « Mi aim M », titre explicite que je ne prendrais pas la peine de vous traduire, surtout quand on sait que le slogan du festival cette année était « Mi èm aou »


                         

 

Des Corn-flakes pour M
 
Pour la petite histoire, sachez que M a, peu avant son show, eu l’idée réclamer une boite de corn-flakes pour donner corps à une nouvelle chanson qui parle de la fameuse céréale. Un escadron de “sakrifiés” parti sur les routes en quête du graal croquant, a fini par ramener en temps et en heure, une boite de ces précieux flocons de maïs après avoir fait la tournée des stations service, des rares épiceries ouvertes et des réceptions d’hôtel.


 

Un vilain petit canard sur la grande scène

 

Première soirée humide donc d’une édition qui aura quelque peu à pâtir des conditions météo, mais première soirée heureuse avec entre autres Féfé. L’affreux vilain petit canard est le premier à avoir eu cet année les honneurs de la grande scène. Passé du statut de “dervish-joker” l’an passé sur toutes les petites scènes du festival, rodant son spectacle en trio (un guitariste, un DJ et lui); il revient en star adulée et chouchoutée, un statut qui lui va bien et pour lequel il mouille volontiers la chemise reprenant, m'a-t-on dit « avec classe The Way you make me feel de Michael Jackson ». Plutôt, « l’Australienne Phoebe Killder (une des voix du projet Nouvelle Vague - NDR) avait fait forte impression sur la scène Filaos » aux dires de Boris, le bassiste de Nathalie Natiembé et de Meï Teï Shô. Elle avait la lourde tache d’ouvrir. Elle aurait fait ça avec grâce et légèreté.

 

              
                           Boris Kulenovic, bassiste de Nathalie Natiembé             

 

« Découvrir la Réunion a changé ma vie de métropolitain » Camille B.

Bazbaz partage avec M aux moins trois points communs : des origines libanaises, un amour des femmes revendiqué (ces dernières le leur rendent bien d’ailleurs) et une passion pour la Réunion. Camille B est ici chez lui depuis la sortie au printemps de son album sur Sakifo Records, le label du festival. Le rythme de vie de la Réunion semble convenir à cet ébouriffé qui, quoi qu’il arrive garde toujours la tête dans la brume des hauts. Forcément il risque d’y croiser Nathalie Natiembé. On ne s’étonnera donc pas de voir la chanteuse “pei” qui venait de terminer son propre concert sur la scène de la Poudrière, partager un duo émulsifiant avec le chanteur qui déclare « découvrir la Réunion a changé ma vie de métropolitain ».
 
  
              
                              Nath' et Cam' en différé sur RFO
 

Quant à M, il confiera que c'est sur cette île qu'il a conçu sa fille, c'est dire… Comme la journaliste n'osa pas lui demandé dans quelle position, nous restons un peu sur notre faim et repassons dare dare l'antenne au Skip the Use.



Tout à fond 
 
 
Les Skip The Use ont le pied sur l’accélérateur comme si la vie pour eux ressemblait à route des Tamarins, la 4 voix qui facilite depuis son inauguration le 23 juin dernier, les déplacements des Réunionnais. A fond et sans répit, ces punks-rockers lillois qui s'infusent du disco en intra-veineuse, ont fait le show à vive allure, flashés durant les trois premiers morceaux (consignes obligent) à plus de 180 par les photographes de presse.
 
Le dernier concert de la soirée - Rouge Reggae vs Costa - sera reporté au lendemain du fait des conditions climatiques.

Pendant que tout le monde ou presque est parti dormir, je me pose sur l’île aux deux pitons. Enfin dans le chaudron, la vie peut commencer à bouillir pour moi ! 5h du mat, la Réunion lé enfin là !

 

 

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