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Le ciel au-dessus du Louvre : dans la tourmente révolutionnaire

par Aug Email

 Voilà une BD qui donne envie de connaître les mille et unes histoires, fictives ou réelles, qui se cachent derrière les peintures les plus célèbres. Voilà une BD qui donne également envie de comprendre cette période pleine d'espoir et de désillusions que fut la Révolution française. En s'associant pour retracer un moment de cette Révolution en plein coeur de la Terreur, l'écrivain Jean-Claude Carrière et le dessinateur Bernard Yslaire nous livrent une BD originale et très réussie.

Alors que Robespierre souhaite qu'il réfléchisse à la représentation de l'Être suprême qui doit être célébré pour ne pas "laisser le ciel vide", le peintre Jacques-Louis David n'a qu'une idée en tête : peindre le jeune Bara.

 

Qui est Bara ?

Il s'agit d'un jeune soldat républicain de 13 ans tué en Vendée le 7 décembre 1793. Selon la légende, des insurgés vendéens l'auraient oblogé à crier "Vive le Roi". Préférant crier "Vive la République", il serait mort sous les coups des Vendéens. Depuis l'abolition de la royauté en 1792, les Vendéens s'opposent par les armes à la République. Cette menace intérieure sert de justification à la Terreur exercée par le Gouvernement révolutionnaire. La mort héroïque de Bara tombe à point nommé pour des généraux en échec et pour le Comité de Salut Public dirigé par Robespierre. Il devient un héros, à l'image du jeune Vialla tué en Provence en juillet 1793 dans la lutte contre un autre ennemi intérieur, les fédéralistes. Robespierre demande que Bara entre au Panthéon, Barrère réclame à David une gravure destinée à être reproduite pour toutes les écoles. Il doit également préparé les cérémonies de panthéonisation qui doivent avoir lieu le 10 thermidor.... Mais le 9, Robespierre est renversé puis executé le lendemain. Bara n'entre donc pas au Panthéon mais bel et bien dans la postérité. Les poètes (tel Marie-Joseph Chénier dans "Le chant du départ"), peintres, écrivains, sculpteurs louent ses mérites pendant tout le XIXème siècle. Des rues et des établissements scolaires (comme celui de Palaiseau où il a vécu) portent encore son nom.

En suivant la réalisation de cette oeuvre, Carrière et Yslaire tentent de comprendre le mystère de cette oeuvre. David y représente l'incarnation de la vertu pronée par Robespierre et la défense de la République jusqu'à la mort. Il peint un enfant nu, androgyne, dans une position très allanguie. La violence de la mort n'est pas directement évoquée. Bara sert près de son coeur une cocarde trricolore. David travaille sur cette peinture dans son atelier du Louvre qui vient tout juste de devenir un Musée sur décision de la Convention le 10 août 1793 (l'inauguration a eu lieu le 18 novembre).

 

 

 

 

Robespierre et "l'Être suprême"

 Emprunant aux philosophes des Lumières, en particulier à Rousseau, Robespierre propose à la Convention de rendre un culte à "l'Être suprême". Celle-ci en adopte le principe par décret le 18 floréal an II (7 mai 1794). C'est une manière pour lui de proclamer à la fois le rejet du christianisme et de l'athéisme. Il souhaite ainsi canaliser les tentatives d'un "culte de la raison" (établi par les hébertistes l'année précédente) qu'il juge excessif et de proclamer un déisme officiel qui encouragerait les valeurs civiques (vertu, égalité). La voie est d'ailleurs libre puisque les hébertistes ont été conduits à l'échafaud en mars 1794.

 

 

La première de ces fêtes a lieu le 8 juin 1794, David est chargé de régler les détails des cérémonies qui se déroulent au jardin des Tuileries et au Champ de Mars. Robespierre veut en faire, dans ces temps de guerre civile, un moment d'unité derrière les valeurs républicaines. Les statues de la tyrannie, de l'égoïsme, de l'athéisme et de la superstition sont brûlées. Une "montagne" est bâtie sur le Champ de Mars. Un arbre de la liberté domine la hauteur et une statue de l'Être suprême est placée au sommet d'une colonne.

 

 [Pierre-Antoine Demachy, Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794), 53,5x88,5, huile sur toile-Musée Carnavalet]

 

Cette fête est considérée comme l'apogée de la domination politique de Robespierre, surnommé l'incorruptible. Voici comment il théorise l'importance de la Terreur.

"Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante."

 

Le 9 thermidor, il est renversé par la Convention. Mais revenons à Jacques-Louis David. Prix de Rome en 1774, il devient le peintre emblématique du clacissisme, puisant dans l'Antiquité ses thèmes (Serment des Horaces, L'enlèvement des Sabines) et son idéal de beauté. Il s'enthousiasme pour la Révolution qui puise grand nombre de ses références symboliques dans l'Antiquité grecque et romaine. Il est élu à la Convention en 1792 avec les Montagnards. Lorsque ceux-ci arrivent au pouvoir après la chute des Girondins en juin 1793, il fait partie des personnages importants puisqu'il entre au Comité de Sûreté générale et devient un des agents de la Terreur. Deux de ses toiles ornent d'ailleurs la tribune de la Convention : La mort de Michel Lepeltier et La mort de Marat. Pourtant impliqué dans la politique de Robespierre, il parvient à échaper à l'exécution et entame une "traversée du désert" de plusieurs années. Il trouve ensuite avec Bonaparte un nouveau maître dont il relaie efficacement les idées (Le sacre).

 

Réviser les chef-d'oeuvre de la peinture en musique: solutions.

par blot Email

La boîte de production l'Ogre a réalisé un clip particulièrement réussi et original. Il propose une galerie de chefs d'oeuvre de la peinture, de Vinci à Warhol, revus et corrigés par les membre du groupe parisien Hold Your Horses ! qui incarnent les protagonistes de ces tableaux.

 

 Nous vous proposions il y a quelques jours d'identifier ces tableaux et leurs auteurs. Comme promis, voici les solutions. Vous trouverez ci-dessous les différents tableaux incarnés dans le clip, dans leur ordre de passage.

 

70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.

 

 

Léonard de Vinci: "la cène" (1495-1498), fresque du couvent de Santa Maria delle Grazie, Milan. Plus d'infos ici.

 

 

Sandro Boticelli: "la naissance de Vénus" (vers 1484-1486), musée des Offices, Florence. Une analyse ici.

 

 


Rembrandt: "La leçon d'anatomie du Professeur Tulp" (1632), La Haye, Mauritshuis. Une analyse ici.

 

 

Hans Holbein le Jeune: Portrait d'Henri VIII à quarante ans (1539-1540), galerie d'art ancien, Rome.

 

Johannes Vermeer: "la jeune fille à la perle" (1665), La Haye, Mauritshuis.

 

 

Théodore Géricault: Le radeau de la Méduse (1818-1819), Paris, musée du Louvre.

 

 

 

Jacques-Louis David: La mort de Marat (1793), Musées royaux des Beau-Arts de Belgique.

 

 

Michel Ange: La création d'Adam, voûte de la Chapelle Sixtine à Rome.

 

 

Refrain:

- René Magritte: Le fils de l'homme (1964), thurston royce gallery, Allentown.

 

 

- Piet Mondrian: Tableau I, (1921, Bâle, collection privée.

 

 

 

Frida Kahlo: Autoportrait (1940).

 

 

- Pablo Picasso Tête de femme en gris et rouge (1926), collection privée.

 

- Edvard Munch le Cri (1893), Oslo, galerie nationale.

 

 

Vincent Van Gogh Autoportrait à l'oreille bandée (1889), Chicago, collection Block. Explications supplémentaires ici.

 

 

 

Andy Warhol: Marilyn (1967), collection particulière.

 

 

Anonyme français: Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs (vers 1594), Paris, musée du Louvre.

 

 

 

Cimabue: Vierge et l'enfant en majesté entourés de six anges (vers 1280), Paris, musée du Louvre.

 

 

Le Caravage: la décapitation de saint Jean-Baptiste (1608), cathédrale saint Jean, Valletta, Malte.

 

 

Edouard Manet: Olympia (1863), Paris, musée d'Orsay. Je vous renvoie ici à l'excellente analyse de J.C. Diedrich sur son blog Histoire des arts de Rombas (dont on ne saurait trop recommander la fréquentation).

 

 

Eugène Delacroix: la Liberté guidant le peuple (1830), Paris, musée du Louvre.

 

 

Otto Dix: Portrait de la journaliste Sylvia von Harden (1926), Musée national d'art moderne, Paris. De plus amples informations sur ce tableau ici (fichier PDF).

 

Gustav Klimt: le baiser (1907-1908), Osterreische Galerie du Belvédère, Vienne.

 

 

Refrain

 

Joseph Chagall: La mariée (1950), collection privée.

 

 

Diego Velasquez: Les Ménines (1656), Musée du Prado de Madrid.

 

 

Vincent Van Gogh: Les tournesols (1889), cette version se trouve au Museum of art de Philadelphie.

 

 

  

 

1960-2010: ressources sur les indépendances africaines (web, radio, magazines...).

par blot Email

Alors que dix-sept pays du continent fêtent en 2010 les 50 ans de leur indépendance, les ressources intéressantes fleurissent sur la toile. Petit tour d'horizon:

 

 

A tout seigneur tout honneur...

... sur Samarra nous consacrons une série d'articles au processus de décolonisation et à l'accession des Etats d'Afrique subsaharienne aux indépendances avec la musique comme fil directeur.

- Les décolonisations africaines en musique. Premier volet (1957-1960).

- Les décolonisations africaines en musique. Deuxième volet (1960-1990).

- L’Afrique du sud : ultime décolonisation africaine.

A suivre dans les prochaines semaines avec d'autres volets (sur les "pères des nations africaines", "le panafricanisme et ses aléas", "les espoirs déçus du Tiers Monde")...

Tous les articles consacrés à l'Afrique sur Samarra et l'Histgeobox sont répertoriés par Etienne Augris dans un dossier plutôt copieux.

 

 

1. Des magazines:

 

* le numéro 39 de Mondomix consacre un dossier spécial aux indépendances. Les responsables de la revue ont eu la gentillesse de nous solliciter pour rédiger une courte présentation du processus de décolonisation qui conduit aux indépendances. Le numéro est téléchargeable ici ou consultable en lecture seule.



* Le magazine jeune Afrique revient tout au long de l'année sur cette "marche vers les indépendances".

* "La fin des colonies. Afrique 1960", à la une du magazine l'Histoire n°350, février 2010.

 

2. Sur le Web:

* Jeune Afrique a choisi de revenir sur les enjeux et les symboles culturels:

- "il était une fois les indépendances ... de 1960".

* France 24: "ils sont devenus indépendants en 1960".

* Le panafricanisme:

- "que reste-t-il des Etats-Unis d'Afrique?" (France 24).

- "Le rêve brisé de l'unité africaine" (RFI).


* Le site TV5 Monde consacre un dossier très complet sur les indépendances africaine: “Afrique 1960, un continent en marche vers son indépendance“.

* Rue 89: "l'Afrique a rendez-vous avec l'histoire."

* Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: "Un pays, une musique, un hymne" et de RFI: "L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains". Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée "Horoya"; Sénégal: "Pincez tous vos koras, frappez vos balafons"; Cameroun: "le chant du ralliement".

 

 

3. Des photos:

- Un Diaporama sur le site de RFI propose un retour en photos sur les temps forts de la décolonisation. Un autre  réalisé par trois photographes français en 1963 propose une série de très belles photos au sein des jeunes Etats d'Afrique de l'ouest.

 

 

4. Des émissions de radio:

 Les radios francophones publiques (la première chaîne de Radio-Canada, la Première de la Radio Télévision Belge Francophone, Espace 2 pour la Radio Suisse Romande et France Culture pour Radio France) se sont associées afin de réaliser une série documentaire sur les indépendances africaines. Ces 8 émissions ont pour objectif de comparer différents types de décolonisation et d'accès à l'indépendance. Ainsi, elles s'intéressent à trois anciennes colonies françaises (la Guinée Conakry, le Mali), une belge (le Congo), deux britanniques (la Zambie et le Kenya) et deux portugaises (la Guinée Bissau et l'Angola). Elles sont toujours disponibles en écoute sur le site de la RTBF.

Sur RFI: 

- "Archives d'Afrique" présentée par Alain Foka s'intéresse à "l'histoire contemporaine de l'Afrique à travers ses grands hommes (les dernières furent consacrées à Ahmadou Ahidjo et David Dacko).

- "L'atelier de l'histoire, mémoire d'un continent" présentée par l'historien Elikia M'Bokolo.

Sur france Inter: l'émission "l'Afrique enchantée" dont nous vous parlions récemment

 

 5. Des videos:

- Arte consacre un dossier très complet aux indépendances à travers un web-documentaire interactif.

 

Quelques ouvrages pour approfondir:

  • Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • Marc Michel: "Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accomodements en Afrique noire, 1830-1930", Perrin, 2009.
  • H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996 (très clair).
  • Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation au XXème siècle", Seuil, 2006 (l'ouvrage de référence sur le sujet).
  • Bernard Droz: "la fin des colonies françaises", Gallimard, "découvertes", 2009.
  • Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
  • "Afrique, une histoire sonore". Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny, Frémeaux, 2002.
  • J.P. Gourévitch: "la France en Afrique. Cinq siècles de présence: vérités et mensonges", Acropole, 2008.

 

N'hésitez pas à nous signaler des ressources intéressantes (toile, magazines, radio...) sur ce thème.

Le blues du sénateur McCarthy.

par blot Email

 

Joseph McCarthy en mai 1954.

 

Avec l'installation du monde de l'après-guerre dans la guerre froide, les Etats-Unis sont pris d'une véritable peur des "rouges", confinant souvent à la paranoïa. En 1947, au début de la guerre froide, Truman lance une enquête sur les fonctionnaires américains afin de vérifier s’ils cautionnent ou non les idées communistes.

 

Les craintes s’amplifient avec le blocus de Berlin et la guerre de Corée. Le sénateur républicain du Wisconsin, Mac Carthy mène ces campagnes contre l'infiltration communiste dans l'administration américaine. Il lance une "chasse aux sorcières".

 

Sur l'Histgeobox, nous revenons sur la traque des "rouges" grâce à deux chansons. A découvrir ici.

Liberté de Tony Gatlif : les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale

par Aug Email

Le réalisateur Tony Gatlif  a toujours célébré la liberté. C'est une sorte de fil conducteur dans les films qu'il réalise depuis plus de 30 ans. Certains ont contribué à sa célebrité comme Latcho Drom (1993), Gadjo Dilo (1999) ou Exils (2005).  Né d'un père kabyle et d'une mère gitane, Tony Gatlif a toujours eu à coeur de défendre la liberté et de dénoncer le sort réservé aux Tsiganes. 

 

Avec Liberté, il a décidé de faire oeuvre civique et de faire connaître un sujet difficile. Difficile parce que la persécution dont ont été victimes les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale a rarement suscité l'intérêt. Difficile parce qu'il réveille des souffrances que certains ont voulu oublier. Ne demandez pas à Tony Gatlif de vous faire un cours d'histoire, ce n'est pas son truc. Par contre, il excelle à faire un film qui célèbre la vie, la liberté et la musique pour parler d'une époque de souffrance et de mort.

 

 Pour incarner la liberté, Gatlif a imaginé le personnage de Talloche. Dans le film, il est un peu le "baromètre". Heureux lorsqu'il peut aller où bon lui semble, tourmenté et imprévisible lorsqu'il est sous la contrainte. C'est un peu l'ambassadeur du réalisateur. Contrairement aux apparences, Talloche n'est pas fou, c'est sans doute le personnage le plus lucide et le plus libre du film.  Comme pour les autres personages, Tony Gatlif et Eric Kannay (co-scénariste) se sont inspirés de personnes réelles. Pour Talloche, c'est Joseph Tolloche, un tsigane belge passé par le camp de Montreuil-Bellay avant d'être arrêté dans le Nord de la France puis déporté vers Auschwitz où il est mort (Voyez son histoire racontée par Jacques Sigot).Pour jouer le rôle, Gatlif a choisi un "gadjo" (un non-tsigane), le formidable acteur James Thiérée, qui a appris la langue des tsiganes et s'est initié à leur musique. Plusieurs "justes" ont également un rôle important dans le film, notamment ceux joués par Marie-José Croze, Marc Lavoine et Rufus.

J'ai eu l'occasion de voir Liberté lors d'une projection à Nancy en présence du réalisateur. Il n'était pas tellement intéressé par les discussions autour de ses choix artistiques. On sentait qu'il avait envie de réveiller les consciences sur cette amnésie partielle et sur la perpétuation de politiques d'exclusion vis-à-vis des Tsiganes, en France et en Europe. Car c'est l'autre objectif du film : dénoncer le racisme et l'intolérance dont sont aujourd'hui victimes les Rroms, Tsiganes, Sintis, Yéniches et autres Manouches. Une scène du film montre ainsi des voisins s'opposant à l'arrivée de ces tsiganes supposés voleurs et dangereux. La scène pourrait très bien se passer à notre époque et Gatlif a rappelé que des maires et des préfets en France ont récemment évoqué le "fléau" tsigane, reprenant ainsi (inconsciemment ?) les termes utilisés par les Nazis.

Bien sûr, le sort réservé aux Tsiganes entre 1940 et 1946, sur lequel nous reviendrons, dépasse de loin les persécutions ultérieures.

Pour ma part, j'ignorais que les Tsiganes ne sont sortis des camps d'internement en France qu'en 1946, rare cas de continuité entre le gouvernement de Vichy et le G.P.R.F...

 

Tony Gatlif avec Marc Lavoine sur le tournage

Pour filmer la persécution des Tsiganes, Gatlif voulait éviter le voyeurisme qui caractérise les images prises par les bourreaux. Pour lui, la plupart des images des camps ont en effet été prises par eux et on y sent dans le regard des gens la honte d'être filmés ou photographiés sans pudeur. Les moments les plus durs ne sont donc pas montrés crûment, comme pour rendre leur dignité aux victimes. La gamelle encore chaude des Tsiganes  et leur campement dévasté par la gendarmerie suffissent ainsi  à évoquer leur déportation.

 

La musique est un des personnages principaux du film. Elle apaise, elle libère les coeurs et les corps. Elle désamorce les tensions comme dans ce moment magnifique où Gatlif réussit à enlever toute portée politique à  "Maréchal, nous voilà" en proposant une version tsigane.... Mais juste après, comme pour se laver les oreilles, il nous fait entendre un "Temps des cerises" beaucoup moins apprécié du gouvernement de Vichy ! La bande originale, composée en partie par Tony Gatlif lui-même et par Delphine Mantoulet est magnifique. Le titre "Les Bohémiens" chanté par Catherine Ringer résume superbement le message : "Si quelqu'un s'inquiète de notre absence, dîtes-lui qu'on a été jetés du ciel et de la lumière, nous les seigneurs de ce vaste univers..." Je vous ai établi la playlist des chansons du film ci-dessous :

 

Découvrez la playlist Liberté avec Valentin Dahmani

 

Voici un entretien accordé par Tony Gatlif à Mondomix :


Découvrez Découvrez Mondomix.com, le magazine des Musiques et Cultures dans le Monde!

 

Pour prolonger ce film, nécessaire et magnifique, je vous propose d'évoquer très bientôt sur ce blog la politique nazie à l'égard des Tsiganes en Europe puis leur situation dans la France de Vichy et au-delà.

 

 

Samarra au Royaume-Uni et en Irlande

par Aug Email

Du rire aux larmes, parcours cinématographique dans la Grande-Bretagne du Thatcherisme.

par vservat Email

Paradoxalement, le moribond cinéma britannique a retrouvé ses lettres de noblesse en filmant quelques uns des aspects les plus tragiques de la crise industrielle et sociale qui toucha la Grande Bretagne des années Thatcher, (1979-1990), et Major (1990-1997). Si Ken(neth) Loach s'impose comme le metteur en scène attitré de l'injustice sociale et des dégâts du libéralisme (de "My name is Joe", à "Sweet sixteen", en passant par "The navigators" ou "Raining stones") il n'est pas logntemps resté seul derrière sa caméra pour aborder ce sujet. Quitte à lui emboîter le pas, autant y introduire un peu de variété : qu'il s'agisse de la comédie du 'Full monty", de l'humour grinçant (et parfois glaçant) de "Trainspotting", ou du tire-larmes que sont "Les virtuoses", on n'a que l'embarras du choix pour découvrir la diversité des regards cinématographiques sur ces années de croissance ralentie et de flambée du chômage.

Les années 80-90, en Grande Bretagne, ont été marquées par une présence continue des conservateurs au pourvoir. Le poste de "prime minister" fut occupé successivement par Margaret Thatcher, surnommée avec clairvoyance " the iron lady" - la dame de fer- et son successeur, bien moins "charismatique", John Major. 

 Comme toute l'Europe, la Grande Bretagne est alors affectée par une grave crise industrielle. Celle-ci résulte autant de l'obsolescence de certaines de ses industries, que de l'épuisement de ses gisements miniers entrainant une hausse des coûts de leur exploitation, ou de l'arrivée de nouveaux pays d'Asie sur le marché mondial. Les "tories",  inspirés par les économistes de l'école de Chicago, mettent en place une politique néo-libérale consistant à sectionner sans état d'âme  les membres malades (non rentables) de l'industrie nationale. 

La totalité des films dont il est question ci-dessous a donc pour cadre les régions industrielles, les pays noirs de l'Angleterre (Sheffield, Manchester), et de l'Ecosse (Leith, le port d'Edimbourg, pour "Trainspotting"). Récompensés à l'international ("Raining stones" reçoit le prix du jury à Cannes, "Brassed Off" - "Les Virtuoses"- le César du meilleur film étranger en 1998), ces films ont aussi lancé la carrière de la fine fleur des acteurs britanniques des années 90-2000, parmi lesquels Robert Carlisle ou Ewan McGregor.

 

"Raining stones" de Ken Loach (1993)/"The navigators" de Ken Loach (2001) :

Nous sommes dans le Manchester des années post-Thatcher, dans une banlieue ouvrière tellement affectée par le chômage que les discours politiques du parti travailliste ne font plus recette depuis longtemps. Deux amis, chômeurs, la cinquantaine bien sonnée, tentent d'éponger leurs dettes, de lutter contre leur sentiment d'inutilité et de faire face à la nécessité de survivre en enchainant petits boulots, menus larcins et système D. Difficle de rester digne quand c'est votre fille qui vous donne votre argent de poche ou quand il faut, pour payer une robe de communion à sa gamine, accepter que sa femme soit menacée et molestée par des usuriers sans vergogne.

Ken Loach dit qu'il aime l'humour qui ressort de ces situations désespérées et son film n'en est pas dénué (la scène d'ouverture au cours de laquelle les deux comparses s'emparent d'un mouton afin d'en vendre la viande alors qu'ils n'arrivent pas le à tuer, ou encore celle du vol de la pelouse du club de golf des conservateurs en sont des exemples assez savoureux). Le film montre aussi très bien comment la décomposition des espaces publics (l'habitat urbain est ici particulièrement dégradé) menace les fragiles équilibres des cellules familiales et des individus qui, mis en péril,  peuvent voler en éclat à tout moment, confrontés à la précarité extrême. "Raining Stones", en dépit d'un happy end en forme de pirouette qu'on pourra trouver facile, puise indéniablement sa force dans l'impact de son discours sur les ravages sociaux des politiques conservatrices.

Il n'est pourtant pas inutile de porter, en complément, son intérêt , sur un autre film de l'anglais intitulé "The navigators". Le propos cette oeuvre se concentre sur la dénonciation des effets pervers de la privatisation des chemins de fer britanniques. Le film vint également faire écho à l'accident de train de Hatfield survenu en 2000. D'une gravité relative (4 morts néanmoins)  l'accident frappa les esprits. Il fut, en effet, attribué, après enquête, à l'entretien défectueux des rails alors même que la compagnie responsable du convoi engrangeait des bénéfices qui auraient dû lui permettre de rénover et entretenir son réseau ferré. Le film de Ken Loach fut évidemment mis en relation avec l'accident qui venait d'avoir lieu, non sans raison : la politique des Tories de destruction du service public et de valorisation des intérêts du capitalisme débridé expliquait la catastrophe, la sécurité de tous étant sacrifiée sur l'autel de l'augmentation des dividendes à verser aux actionnaires. Dans la" fiction" de Ken Loach, on suit un groupe de cheminots, très solidaires au départ, qui se divise progressivement sous l'effet des réformes qui affectent la gestion de leur dépôt de Sheffield. Quand K. Loach montre les conditions de travail qui se dégradent, la dangerosité qui s'accroît en raison des restrictions budgétaires, et la précarité galopante qui accompagne la sous traitance de multiples activités cela lui permet de critiquer vigoureusement la politique de J. Major (rappelons que M. Thatcher n'avait pas osé mettre en oeuvre la privatisation du rail anglais et que c'est son successeur qui franchit le Rubicon). Les solidarités professionelles, syndicales et humaines fragilisées par les menaces sur l'emploi conduisent le groupe de cheminots à des compromissions difficiles. "The navigators" par son sujet et le contexte particulier de sa sortie avance donc un discours politisé, très accessible, sur les orientations des politiques anti crise menées par les conservateurs britanniques.

 

"Trainspotting" de D. Boyle (1996) : les années de crise version trash.

Adapté d'un roman d'Irvine Welsh  l'enfant terrible des letttes écossaisses,sorti en 1993, "Trainspotting" est un protrait au vitriol des enfants de la crise évoluant dans le décor de Leith, le port d'Edimburgh, dont l'écrivain est lui même natif. Chômage, drogue, combines, esbrouffe, gouaille, rythment quelques tranches de vie d'un groupe de comparses liés par l'instinct de survie. "Trainspotting", avec outrance parfois, culot et provocation souvent , ainsi qu'un humour très britannique, se veut le film d'une génération perdue dans les années de crise, renforcée par la politique de M. Thatcher. Pour ces jeunes du Royaume Uni, il n'y a rien à perdre, les perspectives sont bouchées dans le nord, plus qu'ailleurs ; il ne leur reste que la solution de l'illégalité ou alors les paradis artificiels dont ils usent et abusent. S'insérer dans le modèle sociétal proposé par "la dame de fer" est absolument inenvisageable pour cette troupe de paumés qui ne vit qu'au jour le jour, bien en marge, mais ancrée dans un univers de "prolo" très identifiable dans les paysages du film : pubs, terrains de foot, squats improbables, docks ...  Résolument rock dans sa bande son, le film est aussi l'héritier du mouvement punk (avec lequel Welsh a beaucoup fricoté) en ce qu'il est habité par cette "philosophie" du rien à perdre. Celle ci est résumée dans la scène d'ouverture qui, à elle seule, est un manifeste contre le conformisme porté par les conservateurs et, la société de consommation que les jeunes du film reccusent puisqu'ils en sont les laissés pour compte. "Trainspotting", c'est une version trash de la crise dans la forme et dans le fond, c'est aussi un rendu (pour son propos mais aussi son visuel) assez fracassant du creusement des inégalités sociales dans les sociétés occidentales de la dernière décennie du XXème siècle.

 
 

 

De le mine au Royal Albert Hall : "Les Virtuoses" de M. Herman (1997)

La nécessité quasi impérieuse de se munir d'un paquet de kleenex ne doit pas pour autant disqualifier "Les Virtuoses". Moins rock n' roll que "Trainspotting" certes, le film trouve toutefois remarquablement sa place dans cette famille des fictions témoignant de la fin des Trente Glorieuses. Nous sommes à Grimley, dans le nord de l'Angleterre où le dernier puits de mine va fermer (le paysage minier avec ses corons de briques rouges est indissociable du film). Les syndicats sont moribonds, les patrons voyous déjà aux commandes, gérant les plans sociaux de grande ampleur aussi vite qu'ils s'enfuient dans leurs grosses berlines aux vitres teintées. Avec la fin de la mine, c'est tout une région qui s'effondre, tout un monde qui disparait. Les familles de mineurs se mobilisent d'autant plus que la fin des activités extractives met en péril l'existence de la fanfare (le Brass Band qui donne son titre original au film "Brassed Off", signifiant aussi "en avoir par dessus la tête"), fierté locale et ciment des amitiés ouvrières. Maintenir son activité et emmener le groupe en finale des championnats nationaux, qui se déroulent au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, est, en soi, une revanche sur le rouleau compresseur qui a broyé l'univers des mineurs et l'occasion pour eux de garder la tête haute face aux requins qui leur avait pourtant fait comprendre que leur temps était révolu. Une belle revanche, si futile soit elle.

Film à petit budget, "Les Virtuoses" fut un des succès cinématographiques de l'année 97 et les multiples récompenses que reçut le film ont donné une nouvelle ampleur au discours politique qui le sous-tend. Il est devenu l'étendard déployé d'une profession brisée par Thatcher-Major, comme un ultime barroud d'honneur d'un univers condamné par la société post-industrielle, par les partis conservateurs auxquels la social-démocratie ne s'est pas privée d'emboîter le pas.

 

"The full monty" de P. Cattaneo (1997), une synthèse ?

Sheffield, Yorkshire, ancien fleuron de la metallurgie britannique est devenue une ville fantôme. Les usines sont vides, les halls de l'ANPE , eux, ne désemplissent pas. "The Full Monty" avec son air de comédie légère et son ton badin, réussit, peut être, le tour de force d'opérer une synthèse des multiples regards cinématographiques sur la crise industrielle et le thatchérisme. Par la transformation improbable de chômeurs de longue durée dans l'impasse en une troupe de chippendales redoutables, le film montre avec beaucoup d'autodérision mais aussi une certaine tendresse, la cruauté au quotidien et les humiliations du chômage, l'impossibilité de se contenter du système D et de la vie au jour le jour quand on a une famille à charge, la douleur du déclassement social, la difficulté de rester digne ou d'assumer son rôle de père quand la précarité est ce que l'on peut espérer de mieux. Les moments de franche rigolade ne font jamais disparaître le fond tragique et sérieux de la situation de ces gens simples des pays noirs. La bande son du film a contribué à son succès (voir l'extrait ci-dessous) , tout comme cette galerie de personnages aussi émouvants que drôles.

 

Voir aussi sur l'histgeobox, la contribution de Blot sur le "Miss Maggie" de Renaud, un vibrant hommage  à la "dame de fer".

 

Réviser les classiques de la peinture en musique...

par blot Email

La boîte de production l'Ogre a réalisé un clip particulièrement réussi et original. Il propose une galerie de chefs d'oeuvre de la peinture, de Vinci à Warhol, revus et corrigés par les membre du groupe parisien Hold Your Horses ! qui incarnent les protagonistes de ces tableaux.

 

Voilà un excellent moyen de réviser ses classiques! Chiche? Nous vous proposons d'identifier ces tableaux et leurs auteurs en commentaire. La solution dans quelques jours.

En attendant, à vous de jouer...

 

70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.

Nitin Sawhney: "Days of fire".

par blot Email

London Undersound est le nom du huitième album de Nitin Sawhney. Un fil conducteur sinistre relie les différents morceaux de cet album d'un grand éclectisme musical: les attentats de Londres en 2005 et leurs multiples conséquences.

L’album s’ouvre sur Days of Fire interprété par le rappeur Natty qui y rapporte sa propre expérience. Il reste en effet très marqué par la mort du Brésilien Charles de Menezes, pris par erreur par la police pour un poseur de bombe à la sortie de la station de métro Stockwell. Nitin Sawhney explique: " Natty était présent lors des attentats du 7 Juillet, puis par une étrange coïncidence, il était tout proche de la scène de fusillade de Jean-Charles de Menezes deux semaines après. En deux semaines seulement, la conception que l’on avait de Londres a été totalement bouleversée."
Ce morceau poignant nous invite à nous intéresser à la recrudescence des attentats perpétrés par des mouvements islamistes depuis maintenant deux décennies.

 

Lire la suite sur l'Histgeobox.

"Tokyo sanpo" : la ville mondiale vue d'une chaise pliante.

par vservat Email

Comme il l'explique dans la préface de son ouvrage, Florent Chavouet, a passé 6 mois en 2006,  à Tôkyô, la "plus belle des villes moches". Il ne prétend pas, loin de là, donner dans "Tokyo sanpo" un compte rendu précis à usage touristique ou  documentaire de cette pieuvre urbaine, mais livre le regard d'un simple  promeneur, immédiatement plongé dans l'inconnu puisqu'à Tôkyô on "peut admirer un panneau de route tout simplement parce qu'il n'est pas comme chez nous". 

 

Florent Chavouet part donc arpenter la capitale japonaise, certains de ces quartiers en tous cas, "armé" de ses crayons, de son vélo et de sa chaise pliante. De Takanadobaba à Roppongi , d'Okubo à Shinjuku ou Shibuya, on suit son butinage tokyote avec délectation. Sans doute parce que les images que nous avons de Tôkyô, sont celles de la démesure, de la verticalité, de l'enchevêtrement, de l'urbanisme délirant et que Florent Chavouet, nous remet la ville en perspective, à hauteur d'homme, et que notre regard s'en retrouve totalement renouvelé, et certainement un peu bouleversé.

 

Chaque chapitre du livre s'ouvre par un plan du quartier  visité ; on entre ensuite dans chacun de ceux que F. Chavouet a exploré par un koban, ou commissariat de quartier (l'équivalent local du monument aux morts de 14-18, dit-il) devant lequel se trouve posté un policier amené à renseigner le chaland. Traquant le cocasse de la vie quotidienne (confrontation avec les taxis ou rencontre avec le "vieux bourré" à  Okubo, notament,) les paysages de la ville, son architecture, ses styles vestimentaires, ses héros anonymes,  ses mystères culinaires, l'agencement de ses maisons, "Tokyo sanpo" est tout autant une merveille graphique qu'un voyage unique et original dans la capitale nippone, succession de croquis librement inspirés des vagabondages de son auteur.

 

"Tokyo sanpo" a reçu le prix Ptolémée du festival internationalde géographie de Saint Dié des Vosges 2009.

Il a été chroniqué par G. Fumey sur le site des cafés géographiques : lire la chronique de Gilles Fumey sur "Tokyo sanpo".

F. Chavouet possède son site internet : http://www.florentchavouet.com/

 et un blog :  http://florentchavouet.blogspot.com/ . Ce sont des outils intéressants pour découvrir son très riche travail.

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