Lucian Freud, un génie du portrait
- Sigmund ?
- Non, le petit-fils, Lucian, né en 1922 à Berlin. Ville qu'il a rapidement quittée pour l'Angleterre en 1933, au moment où Hitler et ses sbires antisémites prenaient le pouvoir.
Jeune homme, Lucian Freud entre à l'école des arts et métiers de Londres. A ses débuts, juste avant la guerre, il peint déjà des portraits de femmes et d'hommes dans un style intégrant à la fois la technique flamande (avec le souci du détail) et les proportions et attitudes simplistes et parfois naïves des peintres surréalistes.
Le portrait de sa première femme Kathleen Garnan illustre cette double influence mais surtout la maîtrise technique du peintre (observez par exemple les reflets du regard).
Autoportrait 1962

Autoportrait 1985
Autoportrait 1993
Voici un extrait de Grand'art, avec une belle étude d'une nature morte inédite, le lavabo.
Vous pourrez voir ici, un large panel des portraits et nus du peintre :
Sources : l'excellent n° de Grand'art d'Hector Obalk pour ses commentaires lumineux.
Chine : "Avatar" contre "Confucius"

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Le film de James Cameron bat en ce moment tous les records aux Etats-Unis, en Europe, mais aussi en Asie. Les jeunes Chinois l'apprécient particulièrement. Le film y a déjà fait 100 millions de $ de recettes. Oui, mais voilà, ne fait-il pas l'éloge de la révolte violente contre les démolitions illégales d'habitations ? On le sait, les exemples sont nombreux en Chine d'un développement économique peu soucieux des populations, en particulier dans les marges urbaines qui connaissent une croissance spatiale importante.
Dans le même temps, un biopic financé par les autorités tente de transmettre un message quelque peu différent. Il s'agit d'un film sur Confucius, figure tutélaire de la philosophie chinoise ayant vécu au Vème siècle avant J.-C. Confucius n'a pas toujours été en odeur de sainteté dans la Chine communiste, mais il a opéré un retour en force depuis la fin de l'ère maoïste à la fin des années 1970.
Evidemment, le Confucius du Parti communiste est instrumentalisé. Ainsi le film met en avant l'obéissance et la reconnaissance aux autorités. Confucius demande à un responsable de s'assurer que le peuple est prospère et que celui-ci, en retour, manifeste de la gratitude. Les Chinois y voient une allusion très claire au slogan de "société harmonieuse" mis en avant par le Président Hu Jintao et affiché partout en Chine, y compris dans les rues.
Pourtant, la ficelle est un peu grosse et les spectateurs ne sont pas dupes qui trouvent le film ennuyeux et préfèrent "Avatar". Aussi, dans un premier temps, les autorités ont tenté de réduire le nombre de salles attribuées au film de James Cameron, arguant du moindre succès de la version 2-D. Face aux nombreuses protestations et à l'inflation de discussions sur le sujet sur internet, les autorités ont fait marche arrière.
En même temps qu'une volonté de contrôle, cette affaire témoigne également des fenêtres qui s'ouvrent parfois en Chine, notamment lorsque la population se mobilise massivement.
Les décolonisations africaines en musique (2) 1960-1990
Dans un premier épisode, nous nous sommes intéressés aux premières décolonisations en Afrique noire, de 1957 à l'année 1960. Il semble possible de distinguer deux autres périodes dans ce processus qui court de 1957 à 1990.
- Une deuxième phase s’étend de 1960 à 1965 avec la décolonisation hésitante des possessions britanniques en Afrique orientale (Tanganyika, Kenya, Ouganda) et centrale (les Rhodésies ainsi que le Nyassaland).
- L'ultime phase, particulièrement longue et conflictuelle, oppose d'un côté le Portugal salazariste, les régimes d'apartheid du Zimbabwe et de l'Afrique du Sud aux mouvements nationalistes africains déterminés à obtenir satisfaction.

- La seconde phase des décolonisations africaines (1960-1965).
L'Afrique occidentale.
L'émancipation des deux derniers territoires d'Afrique de l'ouest encore colonisés, la Sierra Leone et la Gambie, ne pose guère de difficultés. Dans ces deux petits pays aux ressources modestes, les Britanniques adoptent le processus gradualiste classique de transfert des pouvoirs qui s'y réalise sans heurts, en 1961.
Dans les territoires britanniques d'Afrique orientale et centrale en revanche, la question politique est compliquée par l'existence d'une population hétérogène: un colonat blanc important, des groupes asiatiques et une population noire majoritaire mais marginalisée.
Julius Nyerere lors de l'indépendance de la Tanzanie.
L'Afrique orientale:
- En décembre 1961, le Tanganyika accède à l'indépendance sous la houlette du Tanganyika African National Union (TANA) de Julius Nyerere (qui présidera aux destinées du pays jusqu'en 1985). Ce leader charismatique rassure les Britannique par sa modération. Membre du Commonwealth, le nouvel État s'unit en 1964 au Zanzibar pour former la Tanzanie.
- En Ouganda, les forces ethniques centrifuges menacent d'éclatement cette entité territoriale. Dans le cadre de l'Indirect rule, les Britanniques s'étaient appuyés sur la monarchie et l'aristocratie ganda au détriment des autres groupes ethniques. Andrew Cohen, nommé à la tête de la colonie en 1952, tente de la conduire vers davantage de démocratie, en assurant désormais une meilleure représentation aux différents groupes ethniques. Craignant pour son autorité, le Kabaka, c'est à dire le souverain du Bouganda, un protectorat administré séparément, proteste (en 1953). Il est aussitôt déposé et déporté ce qui contribue au bout du compte à souder les populations derrière lui. Il est donc réintronisé en 1955 après avoir accepté un compromis. A partir de 1959, des troubles éclatent et des actions de boycottage sont menés contre les boutiques tenues par l'importante minorité asiatique du pays qui a profité du boom économique des années 1950. Ces troubles accélèrent l'obtention de l'autonomie interne en 1961 avant l'accession de l'Ouganda à l'indépendance le 9 octobre 1962. Milton Obote, dirigeant de l'Uganda People's Congress, en devient le président.
- Au Kenya, l'indépendance n'est acquise qu'après une longue lutte. Dans cette colonie de peuplement, l'économie de plantation domine. Les propriétaires blancs monopolisent les terres fertiles des hauts plateaux (Londres leurs accorde l'utilisation exclusive de ces White Highlands) dont ont été expropriées les populations indigènes, contraintes de se louer comme ouvriers agricoles auprès des nouveaux détenteurs du sol.
Répression des soulèvements au Kenya lors de la guerre des Mau Mau.
En 1947, un économiste kikuyu, Jomo Kenyatta fonde l'Union africaine du Kenya, dont le slogan “un homme, un vote” entend remettre en cause les profondes inégalités liées à la colonisation. L'administration coloniale ne pouvait accéder à cette demande. Or, dans le même temps éclate une insurrection paysanne encadrée par les Mau-Mau, une société secrète traditionnelle, dont les membres faisaient serment de lutter pour la libération de leur terre et s’attaquaient aux Kenyans «loyalistes», employés de l’Etat, enseignants… D'une manière générale, les Mau-Mau entendent expulser les colons européens par les armes. Il développent bientôt des techniques de guérillas efficaces. En 1952, les Britanniques refusent toute réforme et proclament l'état d'urgence (il se prolonge pendant 8 ans). Ils en profitent pour arrêter Jomo Kenyatta qui est condamné à sept ans de prison pour collusion avec les Mau-Mau. Pourtant, ce dernier dénonce les violences perpétrées par les Mau-Mau. Finalement la rébellion est vaincue en 1955. Libéré, Kenyatta crée un nouveau parti, le KANU qui remporte les élections et devient l'interlocuteur obligé des autorités coloniales qui acceptent de négocier. L'indépendance est finalement obtenue en décembre 1963.

Jomo Kenyatta dans les rues de Nairobi, le 1er juin 1963.
L'Afrique centrale:
Au nom du principe du partenariat (partnership) et de "l'association des races", le Royaume uni crée la Fédération d'Afrique centrale qui groupe les Rhodésies et le Nyassaland, en 1953. Dans les faits, 290 000 Blancs conservent la suprématie politique. Les minorités asiatiques jouent, quant à elles, un rôle important dans l'économie. Enfin, les Noirs, de loin les plus nombreux, restent marginalisés. Cette fédération, contrôlée par la minorité blanche, permettait donc d'engager une politique d'apartheid, à l'exemple du système sud-africain.
C'est au Nyassaland, où les Blancs restent très peu nombreux, que les contestations se développent d'abord. Sous la direction du docteur Hastings Banda, le Nyassaland African Congress, fondé en 1945, lance le pays dans une action de désobéissance civique contre la fédération à partir de 1958. En Rhodésie du Nord, Kenneth Kaunda se lance dans une confrontation directe et radicale contre le premier ministre de la Fédération, le syndicaliste Roy Welensky. Pour couper court aux velléités contestatrices, les autorités répriment fermement dans l'ensemble de la Fédération, ce qui accuse encore davantage les antagonismes entre Blancs et Noirs. La situation s'avère bientôt ingérable et convainc le gouvernement britannique Macmillan de la faillite de la fédération. Au cours d'une tournée en Afrique au début de 1960, Macmillan demande aux Blancs d'accepter le "vent du changement" en Afrique. Ceci aboutit à la dissolution de la Fédération en 1963. En 1964, le Nyassaland devient indépendant sous le nom de Malawi et la Rhodésie du Nord sous celui de Zambie. La Rhodésie du Sud en revanche conserve alors son statut de self-governing colony.
- La phase finale des décolonisations africaines (1965-1990).
De la Rhodésie au Zimbabwe
En 1965, le premier ministre Ian Smith déclare l'indépendance de la Rhodésie du Sud unilatéralement, rompant avec le Royaume Uni, qui voulait une participation noire au gouvernement comme préalable à l'indépendance. L'importante minorité blanche refuse précisément cette évolution et impose un régime d'apartheid en tout point comparable à celui de l'Afrique du sud. La communauté internationale finit par s'émouvoir. L'ONU et l'Organisation de l'Unité Africaine condamnent ce régime raciste.
A partir des années 1970, une guerre de libération est menée depuis les Etats voisins par deux mouvements:
- la ZAPU, Zimbabwe African Porpular Union, de Joshua N'Komo soutenue par l'URSS et qui opère depuis la Zambie voisine.
- la ZANU, Zimbabwe African National Union, de Robert Mugabe, aidée quant à elle par la Chine et dont la base arrière se situe au Mozambique.
Robert Mugabe et Holden Roberto.
Les deux mouvements parviennent à faire front commun pour lutter plus efficacement contre le régime de Ian Smith. Ce dernier bénéficie du soutien de l'Afrique du sud, mais aussi de quelques puissances occidentales qui réussissent à contourner l'embargo de l'ONU en vendant des armes.
En fait, aucune bataille décisive n'intervient et des négociations s'ouvrent au Royaume Uni en 1979. Le Front de libération se trouve en position de force puisqu'il contrôle de vastes zones du territoire. En décembre 1979, les accords de Lancaster House à Londres sont signés. Les intérêts des Blancs sont sauvegardés, mais des élections multipartites et multiraciales doivent être organisées dans les deux mois suivant la signature de l'accord.
Le parti de Robert Mugabe l'emporte très largement. En avril 1980, la proclamation de l'indépendance de la Rhodésie à lieu. Elle devient alors le Zimbabwe.
La décolonisation portugaise.
A l'exception de la Zimbabwe et de la Namibie, ce sont donc les colonies portugaises qui ferment la marche des indépendances, obtenues au prix de longues guerres très meurtrières. Le dictateur Salazar refusait toute idée d’émancipation. Alors que les autres empires coloniaux disparaissent, l'Estado Novo s'investit soudainement dans un empire jusque là plutôt négligé et n'entend rien des désirs d'émancipation qui se font jour dans la colonie. Lisbonne forge l'idée d'une égalité entre la métropole et l'outre-mer, menant à contre-temps une politique de recolonisation, avec une promesse de réussite outre-mer permettant de soulager la crise économique chronique qui touche alors la métropole. L'immigration est donc facilitée, notamment en Angola, colonie la plus vaste (10X la métropole) et la plus riche (pétrole, diamant, fer, café, etc.) de l'empire.
Le Portugal avait élaboré en Angola une doctrine coloniale fondée sur l’assimilation et l’intégration. Dans les faits, les colons ( les civilisados), citoyens portugais bénéficient de privilèges au détriment des autochtones, victimes de discriminations. Au sein de ces derniers, on distingue:
- une minorité (Noirs ou métis) qui profite du statut d’assimilés (assimilados), conférant tous les droits attachés à la citoyenneté portugaise.
- Les non-assimilés restent soumis au statut de l'indigena (95% de la population de l'Angola). Ils réclament bientôt une évolution sociale et politique de leur pays.
Malgré les promesses, Guinée-Bissau, Mozambique et Angola végètent dans le marasme économique.
Le sous-équipement sanitaire et scolaire, l'immobilisme autoritaire du régime contribuent un peu plus à marginaliser les populations colonisées.
Pourtant, une apathie trompeuse semble régner dans les colonies portugaises au cours des années 1950. Les colons en armes, l'armée, la police politique (PIDE) assurent le maintien de l'ordre, guère perturbé par une population qui semble résignée. D'autre part, le Portugal, membre de l'OTAN, insiste sur son rôle de rempart contre le communisme en Afrique australe.
Face aux inégalités flagrantes, la fiction d'une nation multiraciale vole bien vite en éclat. Les arrestations sous prétexte de subversion se multiplient à partir de 1959-1960, ce qui pousse de nombreux nationalistes à l'exil.

Timbre angolais (1975).
Les meneurs des mouvements de libération (Amilcar Cabral en Guinée, Agostinho Neto en Angola, Marcelino de Santos au Mozambique), des assimilados, formés dans les universités portugaises, adhèrent au marxisme et coopèrent avec le parti communiste portugais clandestin. Ils forment bientôt leurs propres partis:
- le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) d'Amilcar Cabral (en 1956).
- le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) de Samora Machel (il remplace de Santos tué lors des combats) qui entre en rébellion en 1964.
- En Angola, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) d'Agostinho Neto.
Dans ce pays, d'autres organisations, non marxistes, combattent aussi contre les troupes portugaises. Ainsi l'Union des populations de l'Angola (UPA), qui devient plus tard le Front National de Libération de l'Angola (FLNA) de Holden Roberto se réclame de l'ethnonationalisme
Sur le plan international, le Portugal se trouve dans la ligne de mire des pays afro-asiatique à l'ONU. Ainsi, en décembre 1961, l'Assemblée générale de l'organisation adopte une résolution condamnant la politique coloniale portugaise. Par ailleurs, au cours des années 1960, les colonies portugaises se retrouvent cernés par des pays nouvellement indépendants qui servent dès lors de bases arrières aux mouvements de libérations (la Guinée-Conakry pour la Guinée-Bissau, le Congo-Léopoldville pour l'Angola, la Zambie et la Tanzanie pour le Mozambique).
Finalement, une révolte éclate à Luanda en février 1961, bientôt relayée par une insurrection paysanne massive. Les mouvements nationalistes lancent des actions de guérilla. Ces révoltes, mal préparées, sont suivies de représailles particulièrement sanglantes et déclenchent l'exode de populations très nombreuses vers la République du Congo.
La guérilla armée gagne la Guinée-Bissau en 1963 et le Mozambique en 1964. La force militaire portugaise, épaulée par la redoutable police secrète (PIDE) arrête, emprisonne et traque les révoltés, sans pour autant en venir à bout. De nombreux nationalistes poursuivent la lutte en exil depuis les pays voisins.
A partir de 1965, les Portugais doivent combattre sur tous les fronts. Pour vaincre, les autorités engagent des moyens considérables. En 1971-1972, le Portugal consacre la moitié de son budget à la préservation de son empire et porte à 4 ans le service militaire! On compte alors 200 000 soldats outre-mer. Les techniques de contre-guérilla se révèlent assez efficaces sur le terrain. En Angola, le MPLA et le FLNA sont contenus, mais dans le Sud, l'armée affronte un nouvel adversaire, l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola créée par Jonas Savimbi en 1966). En revanche, en Guinée-Bissau, le PAIGC parvient à contrôler de vastes régions à partir de 1968.

Amilcar cabral, le charismatique leader du PAIGC et chef incontesté de guerre de libération en Guinée-Bissau.
Inflexibles, les autorités portugaises accélèrent la politique de peuplement des colonies, surtout en Angola (avec un maximum de 550 000 Blancs dans les colonies portugaises en 1973).Elles tentent en parallèle d'attirer les investisseurs étrangers afin d'assurer le développement économique de la colonie pour mieux convaincre la communauté internationale de la validité de son action outre-mer. Mais il est trop tard.
A partir du début des années 1970, le Portugal se trouve dans l'impasse, de plus en plus isolé. En 1970, le conseil de sécurité de l'ONU obtient la condamnation solennelle du pays. L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) sert également de forum aux nationalistes.
Ces conflits de décolonisation s'internationalisent bientôt, puisque les mouvements nationalistes africains recherchent des appuis extérieurs, principalement dans le bloc de l'Est. La Chine et l'URSS fournissent des conseillers militaires et des armes. La rivalité sino-soviétique est telle qu'elles soutiennent des factions opposées (en Angola, la Chine épaule l'UNITA et le FLNA tandis que l'URSS soutient le MPLA) qui se combattent sur le terrain. Ses divisions expliquent en partie la difficulté des mouvements nationalistes à s'imposer.

Défilé organisé par le MPLA dans un stade de Luanda, en 1975.
En fait, c'est en métropole que le sort des colonies se jouent. Les très lourdes dépenses budgétaires consacrées à la guerre et la conscription obligatoire suscitent un vif mécontentement populaire au Portugal qui entraîne la chute la chute de la dictature en 1974 (Révolution des oeillets). C'est ce soulèvement qui permet le processus d'émancipation dans les colonies aboutissant aux indépendances.
Le PAIGC dirige la Guinée-Bissau indépendante en septembre 1974 et obtient l'année suivante le rattachement du Cap Vert.

Luis Cabral (frère d'Amilcar), nouveau président de la Guinée-Bissau et vice-président du PAIGC s'entretient avec des soldats de l'armée de Libération, en juin 1974 (photo: AFP).
Le cessez-le-feu en Angola et au Mozambique s'accompagne d'incidents très graves entre Blancs et Noirs précipitant le départ des 300 000 colons portugais. Après de très longues négociations entre les factions rivales, le Mozambique accède à l'indépendance en juin 1975 et l'Angola au mois de novembre. Dans ce nouveau pays, l'UNITA, le MPLA se livrent à une véritable course au pouvoir. L'appui de troupes cubaines envoyées par Castro permet finalement au MPLA d'Agostinho Neto de contrôler la capitale, mais les combats ne font alors que commencer. Au Mozambique, ce sont aussi les "marxistes" du FRELIMO qui s'imposent. Les nouveaux Etats se trouvent alors confrontés aux divisions héritées de la période de lutte anticoloniale. La lutte entre formations "marxites" et "antimarxistes" s'avère en outre propice aux interventions étrangères dans le cadre de la guerre froide (nous en reparlerons dans un autre épisode).

Affiche de propagande du FRELIMO (Mozambique).
La Namibie.
L'ancienne colonie allemande du Sud-Ouest africain possède d'importantes richesses minières (diamants, uranium...). Elle est placée sous mandat de l'Union sud-africaine à l'issue de la grande guerre et prend le nom de Namibie en 1967. A cette date, l'Afrique du Sud a annexé le territoire comme cinquième province de l'Union (après un référendum très encadré). Cette appropriation pure et simple du territoire est dénoncée par le comité de décolonisation de l'OUA, mais aussi par l'ONU qui retire en 1966 son mandat à l'Afrique du sud. Reste que, sur le terrain, cette dernière n'entend absolument pas se retirer.
A partir de 1966, la SWAPO (South West Africa People's Organisation), une organisation nationaliste fondée en 1960, lance la lutte armée contre les forces sud-africaines. Les premers affrontements virent au désastre pour le mouvement nationaliste dont les dirigeants sont presque tous arrêtés. Finalement, les combats reprennent de plus bel au cours des années 1970 à partir des Etats voisins (dits de la "ligne de front": Bostwana, Zambie, Malawi et Tanzanie) où se sont repliés les nationalistes.
La guerre civile angolaise complique la donne. En effet, le MPLA au pouvoir dans le pays, jouit du soutien des Soviétiques et des Cubains ce qui convainc progressivement les Etats-Unis d'intervenir à leur tour en épaulant l'UNITA. L'organisation angolaise "non-marxiste" reçoit également une aide importante de l'Afrique du sud. Cette dernière soumet son retrait de la Namibie au départ des Cubains d'Angola. Cette stratégie se fonde sur sa volonté de maintenir à la fois une domination économique sur l'Afrique australe, mais aussi son régime d'apartheid. Dans cette optique, elle a besoin d'un "glacis protecteur" de bastions blancs constitué par les colonies portugaises (jusqu'en 1975) et par la Rhodésie du Sud (Zimbabwe en 1980). Ainsi, elle finance et arme tous ceux qui combattent les mouvements de libération lors de la colonisation (le Portugal, les autorités rhodésiennes), puis les mouvements anticommunistes une fois l'indépendance obtenue (UNITA).
Cette situation complexe et l'incapacité de l'ONU et de l'OUA d'abréger ces conflits expliquent la longueur et la cruauté des guerres d'Afrique australe.
Finalement, la Namibie accède à l'indépendance en 1990 (une fois les Cubains partis d'Angola). Sam Nujoma, ancien dirigeant de la SWAPO devient le président du nouvel Etat.
1. Bob Marley: "War".
L'empereur éthiopien Haïlé Sélassié prononce une allocution devant l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, le 4 octobre 1963, quelques mois seulement après la création de l'Organisation de l'Unité Africaine à Addis-Abeba.
Treize ans plus tard, le Jamaïcain Bob Marley met en musique une partie du discours. Au-delà de la musique, l'intérêt de la chanson "War" est de fournir un instantané de la situation du continent africain en 1963. A cette date, le Maghreb, la plupart des pays d'Afrique noire francophone, anglophone et belge, sont indépendants. L'Afrique australe, en revanche, reste soumise et ferme la marche du processus de décolonisation. De fait, les colonies portugaises restent solidement tenues par le Portugal salazariste (Marley chante "en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui itennent nos frères, en Angola, au Mozambique...)", tandis que le régime d'apartheid sévit toujours an Afrique du Sud et en Rodhésie ("en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui tiennent nos frères (...) en Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humains aient été renversés..."). Au nom du panafricanismeet de la solidarité entre Etats du Tiers-Monde, Selassie appelle à la lutte contre le colonisation et les régimes racistes.
2. Super Mama Djombo: "Alma".
Amilcar Cabral est le fondateur du Parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Pendant 13 ans, il mène la guérilla contre les troupes portugaises. En 1974, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance, mais Cabral n'est plus là pour assister à ce moment tant attendu, car il a été assassiné. Il devient aussitôt le héros national et, d'une manière générale, un des grands martyrs des luttes de libération. Les musiciens et chanteurs ne tardèrent pas à exalter sa mémoire. C'est la cas ici avec le Super Mama Djombo qui devient le groupe officiel du PAIGC et donc du pays. La formation chante ici:
"une âme chante. C'est Amilcar Cabral qui chante pour la victoire / Cabral nous a appris comment nous rassembler pur combattre / et toujours lutter pour l'unité de notre peuple. / Il nous a montré une vision claire du monde
Il nous a donné les outils et un guide pour nous aiderles plus jeunes construiront sur son travail. (...) / nous suivrons toujours les traces d'Amilcar Cabral."

3. Sam Mangwana: "Moçambique oyé".
Une célébration de l'indépendance du Mozambique par le Congolais Sam Mangwana.
4. Mirol: "Independancia". Ce morceau et le suivant évoquent l'indépendance de l'Angola et le surtout le nouveau régime marxiste aux mains du MPLA d'Agostinho Neto dont on vante les mérites ici.
5. David Ze: "Guerrilhero". Au cours des années de guerre civile qui suivent l'indépendance, ce compositeur angolais est assassiné, avec deux autres musiciens de talent, Artur Nunes et Urbano do Casto, en 1977.
6. Sonny Okosun: "Fire in Soweto".
En Afrique du sud, toute tentative de remise en question du régime de l'apartheid est combattue avec violence par le pouvoir blanc tout au long des années 1960 et 1970. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont incarcérés,malmenés, voire tués. Les manifestations sont réprimées avec une brutalité meurtrière. Les manifestations étudiantes de 1976 se soldent par plus de 600 victimes. La répression est systématique et ne laisse que peu d'espoir.
Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. En exil, les leaders de l'ANC continuent d'ailleurs la lutte depuis ces pays.
7. Thomas Mapfumo: "Nyarai".
Dans les années 1970, en Rhodésie du Sud, alors que la Zimbabwe African National Union (ZANU) tentent de renverser le régime d'apartheid. Les musiciens, avec leurs moyens, prennent part au combat pour l'indépendance du pays en développant les chimurenga songs. Ces chants de la guerre de libération introduisent des messages politiques dans les formes musicales inspirées des mélodies traditionnelles d'hommage aux ancêtres. Les autorités interdisent alors ces pratiques musicales traditionnelles, notamment l'usage du mbira, le piano à pouce, à lames métalliques, cher aux shona, l'ethnie majoritaire au Zimbabwe. Dans ce morceau, Mapfumo chante:
"Nous célébrons la naissance du Zimbabwe (...) Félicitations aux camarades / félicitations à tous ceux / qui ont combattu / pour libérer le Zimbabwe / tous les esprits ancestraux les en remercient / la nation toute entière les remercie / félicitations M. Mugabe / ainsi qu'à tous ceux / qui ont combattu dans la guerre de libération / ils ont libéré le Zimbabwe (...) Félicitations à M. Machel / et à tous ceux qui se sont battus / ils ont libéré le Zimbabwe."
8. Bob Marley: "Zimbabwe".
Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités de l'indépendance. De nombreux dirigeants internationaux ou dignitaires, tels le prince Charles sont présents, ainsi que les artistes tels que Thomas Mapfumo et ses Black Unlimited, mais aussi Bob Marley. Le Jamaïcain jouit d'une immense popularité dans le pays, d'autant plus qu'il a composé en 1979 un hymne à la gloire du nouvel Etat, sobrement intitulé Zimbabwe.
Sources:
- Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.
- Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
- L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
- Marc Michel, Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
- Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
- H. d'Almeida-Topor, Naissance des Etats africains, XXème siècle, Casterman, 1996.
- Numéro spécial de L'Histoire consacré à "La fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.
Liens:
- Voir les nombreux articles de l'Hisgeobox et de Samarra rassemblés dans notre dossier Afrique.
- Sur Strabon: "Décolonisation: les ambigüités de l'Union française".
- Le site TV5-Monde consacre un dossier très complet sur les indépendances africaine: “Afrique 1960, un continent en marche vers son indépendance“.
Comprendre les mafias
- Le contrôle d'un territoire, que ce territoire soit un secteur économique ou un espace géographique. 70 % des Napolitains ont ainsi affirmé dans un sondage que la Camorra contrôlait la ville... Ce contrôle ne permet aucune contestation, même de la part de l'Etat.
- Une capacité d'ordre et de domination : "Une mafia représente un ordre juridique alternatif, parallèle et concurrent de celui de l'Etat"
- La hiérarchie et l'obéissance : "L'individu disparaît derrière l'organisation"
- L'ethnie et la "Famille" : chaque mafieux appartient à cette nouvelle "famille" que constitue la mafia et ses liens sont plus forts que les liens du sang. Le recrutement des mafias se fait dans un même groupe ethnique, gage de sécurité et de confiance.
- La poly-criminalité : Les mafias ne sont pas spécialisées dans une activité criminelle mais s'investissent dans les activités criminelles de leur époque. Racket d'activités légales; trafic de drogues, de cigarettes, d'êtres humains, d'organes, d'armes; usure; jeu; contrefaçon; industrie du sexe (prostitution, proxénétisme, pornographie).
- Les mythes et les légendes : Les mafias s'inventent un récit fondateur, "un passé glorieux de patriotisme, de résistance à l'oppression et de pratiques chevaleresques" pour se légitimer.
- L'ancienneté et la pérennité : Il s'agit de sa capacité à survivre quelles que soient les conditions économiques et les pouvoirs en place (démocratie, régime autoritaire, fascisme,...).
- Le secret et l'initiation : Silence, codes entre mafieux, rites initiatiques empreints de religiosité font parite de l'univers mafieux.
En dehors de ce G9, de nombreux groupes criminels organisés ont des points communs avec ces mafias sans pour autant en avoir toutes les caractéristiques (maras d'Amérique centrale, groupes criminels russes, colombiens, balkaniques, nigérians, albanais...).



Des livres :
- Toutes ces informations et les citations viennent de l'excellent ouvrage du commissaire Jean-François Gayraud, aujourd'hui disponible en poche : Le monde des mafias, Géopolitique du crime organisé, paru chez Odile Jacob en 2008.
- Pour comprendre l'origine de ces entités criminelles, il faut lire le livre de John Dickie, Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, paru en poche dans la collection Tempus chez Perrin en 2007.
- Un Atlas des mafias est paru fin 2009 chez Autrement. Ecrit par le géographe Fabrizio Maccaglia et l'historienne de l'Italie Marie-Anne Matard-Bonucci. Grand amateur des atlas Autrement, j'attendais avec impatience cet ouvrage. Pourtant, je dois avouer que je suis un peu déçu. Le livre parle plus de la criminalité transnationale organisée et de la face sombre et illégale de la mondialisation que des mafias elles-même. Les cartes en particulier me semblent décevantes dans leur forme comme par les thèmes qu'elles traitent. On ne perçoit pas vraiment la dimension locale de contrôle d'un territoire.


- Pour suivre l'implantation de Cosa Nostra aux Etats-Unis, je vous recommande la série de BD de Chauvel, Le Saëc et Scarlett intitulée Ce qui est à nous (ce qui est une manière de traduire Cosa Nostra), publiée chez Delcourt dans la collection Sang Froid depuis 2003. 10 tomes sont parus. Ils sont prolongés par la série Mafia Story depuis 2007.
- Un Américain d'origine chinoise, John Chinaman, tente d'échapper aux Triades de Hong Kong en Californie. L'occasion pour nous de retracer l'importance de l'imigration chinoise au moment de l'essor de la côte Pacifique des Etats-Unis, à partir de la ruée vers l'or de 1849.
Deux chansons sur l'histgeobox pour approfondir l'histoire de la mafia en Sicile et aux Etats-Unis :
- Pour avoir un aperçu rapide mais pertinent de l'histoire de Cosa Nostra, écoutez "La Cosca" d'Akhenaton. Je vous en parle en détail sur l'histgeobox où vous pourrez l'écouter.
- 98. Prince Buster : "Al Capone" Sur les traces du parrain de Chicago dans les années de la prohibition...
Des films :
- Ne ratez pas le film Gomorra de Matteo Garrone. C'est une plongée passionnante dans la cité des Vele à Scampia dans la banlieue déshéritée de Naples, rongée par la drogue et la Camorra. Le film suit quelques uns des personnages du livre du même nom , écrit par Roberto Saviano. Saviano, originaire de Scampia, a écrit un livre magistral qui permet de comprendre les logiques économiques au coeur du fonctionnement de la Camorra. Il vit aujourd'hui sous protection policière. Voyez cet entretien qu'il a accordé à l'émission Métropolis sur Arte :
Une première version de cet article avait été publiée en 2008.
Salif Keita:"Mandjou"
L'ascension politique d'Ahmed Sékou Touré reste tout à fait exceptionnelle. Simple receveur à la poste de Conakry en 1946, il fonde alors le Syndicat des Postes et des Télécommunications, le premier syndicat de Guinée. Cinq ans après, il dirige le Parti Démocratique Guinéen (PDG). Dix ans plus tard, devenu maire de Conakry, il représente la Guinée à l'Assemblée nationale française. Finalement,il s'impose comme le dirigeant de la Guinée indépendante (en 1958).
Sékou Touré représenté en Saint-Georges terrassant le dragon du colonialisme.
En l'absence de moyens de communication modernes, Touré perçoit très tôt tout le parti qu'il peut tirer de la chanson. Des airs louant les mérites du PDG sont susceptibles de convaincre une population en grande partie analphabète.
Il trouve un thuriféraire extraordinaire en la personne de Salif Keita. Au sein des Ambassadeurs Internationaux, le chanteur lui rend en effet un vibrant hommage avec son titre Mandjou.
Lire la suite de l'article sur l'histgeobox.
La BD s'en va-t-en guerre sur Arte
Nous vous parlons souvent sur ce blog des BD et mangas qui permettent de mieux comprendre les enjeux du monde contemporain. Arte diffuse lundi 25 janvier à 23 h 15 un documentaire de Mark Daniels intitulé La BD s'en va-t-en guerre qui promet d'être très intéressant. A partir d'entretiens et de nombreuses images, ce documentaire se propose d'explorer les nouveaux regards du 9ème art sur la guerre :
"De Keiji Nakazawa (Gen d'Hiroshima) à Joe Sacco en passant par Marjane Satrapi, comment la BD a changé son fusil d'épaule pour regarder le monde en face."
Ce documentaire s'intéresse à des auteurs dont nous vous avons déjà parlé sur Samarra :
- Gen d'Hiroshima de Nakazawa Keiji, l'histoire vraie d'un enfant de 6 ans en 1945 qui a vécu le cataclysme du 6 août.
- L'Iran, la Révolution, l'exil, l'adolescence : Persepolis de M. Satrapi
- L'Américain Joe Sacco avait consacré plusieurs BD-reportages à la Palestine dans les années 1990, au moment où les premiers espoirs de paix liés aux accords d'Oslo semblaient mettre fin aux abus les plus criants de l'occupation. Sa plongée pleine d'humour et d'intelligence dans le quotidien en Cisjordanie et à Gaza est très instructive. Joe Sacco, Palestine. Une nation occupée et Palestine. Dans la bande de Gaza parus chez Vertige Graphic en 1996. Retrouvez l'article consacré sur ce blog à un autre album de Joe Sacco sur la guerre en Bosnie, Goražde. Signalons que Joe Sacco vient de publier Gaza 1956, en marge de l'histoire.
- Ted Rall a plusieurs qualités, c'est un très bon reporter qui sait dessiner et qui a de l'humour. Illustration avec Passage Afghan, paru en 2004 et La route de la soie en lambeaux, annoncé pour août dernier et qui paraît enfin à La Boîte à Bulles. Rall est américain et a voulu se rendre compte sur place des effets de la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan après le 11 septembre 2001.
Retrouvez le dossier Des BD et mangas pour comprendre l'Asie et des BD sur le Moyen Orient et l'Asie Centrale
Les décolonisations africaines en musique (1) 1957-1960
Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique (voir la sélection en fin d'article), nous vous proposons de revenir sur les années qui ont mené aux indépendances (il s'agit du premier volet d'une série d'articles que nous publierons au cours des semaines à venir).
I. La longue marche vers les indépendances.
La conquête de territoires outre-mer par les pays européens commence au XVIème siècle, mais la constituion de véritables empires coloniaux ne date que du XIXème. En 1914, les pays européens maîtrisent 60% des terres mondiales et 65 % de la population. Deux grands Empires coloniaux dominent; ceux de la Grande-Bretagne et de la France. Ils se trouvent encore renforcés après la Grande Guerre pusiqu'ils récupèrent des mandats territoriaux (les possessions allemandes en Afrique: Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain...). Les autres colonies sont de moindre ampleur: Belgique avec l'immense Congo, l'Italie en Libye et en Somalie, le Portugal dans le sud de l'Afrique.

Les occupations coloniales en Afrique (1914-1918).
- Les contestations de l'entre-deux-guerres.
Dès l'entre-deux-guerre, la contestation monte dans les colonies, notamment en Asie (parti du Congrès de Gandhi, Vietminh de Hô Chi Minh en 1930) et en Afrique du Nord (l'étoile nord-africaine devenue le parti du peuple algérien en 1937 ou encore le Néo-Destour en Tunisie en 1938). Elle se fonde sur la misère et les humiliations dont sont victimes les populations indigènes.
A l'intérieur des empires, la frustration des élites indigènes, marginalisées par une bureaucratie coloniale pléthorique, ainsi que la paupérisation des masses, notamment paysannes, attisent la contestation grandissante au cours des années 1930.
Le contexte international joue également également un grand rôle, notamment le message libérateur du président américain Wilson ("droit des peuples à disposer d'eux-même") et surtout l'activisme communiste déployé par le Komintern, levier d'une contestation radicale du colonialisme occidental, notamment en Asie (Chine, Indochine).
Les puissances coloniales (en particulier la France) répriment sans états d'âme ces contestation (ainsi la révolte de Yen Bay en 1930 remplit les bagnes de Poulo-Condor au Vietnam). En Afrique noire, la remise en cause du fait colonial reste plutôt rare.
- De nouveaux acteurs "au secours" des colonies:
La seconde guerre mondiale entraîne le discrédit des puissances coloniales (particulièrement la France, les Pays-Bas et la Belgique, dans une moindre mesure la Grande Bretagne), car, pour la première fois, l'homme blanc est vaincu, ce qui met un terme au mythe de son invincibilité.
Les deux Grands vainqueurs de la guerre, les Etats-Unis et l'URSS, continuent de diffuser un message libérateur à l'adresse des colonies.
- Les Etats-Unis, ancienne colonie britannique, sont anticolonialistes par tradition historique et idéologique, mais aussi par intérêt économique: les colonies pourraient être de nouveaux marchés. En gage de bonne volonté, ils accordent d'ailleurs l'indépendance aux Philippines en 1946.
- les Soviétiques sont eux aussi contre les colonies, par idéologie marxiste (le colonialisme est vu comme un avatar du capitalisme) et par calcul politique: si ces territoires accèdent à l'indépendance, ils pourraient y installer des régimes proches.
- L'ONU s'impose également comme une tribune pour les mouvements indépendantistes. La charte de 1945, puis la Déclaration universelle des Droits de l'Homme en 1948 appuient le "droit des peuples à l'autodétermination".
Bref, les puissances coloniales se trouvent sur la défensive en 1945, même si leurs attitudes diffèrent quelque peu.
- Des attitudes divergentes.
Les Britanniques ont déjà l’expérience de la transformation de leurs colonies blanches en dominions au sein du Commonwealth (1931 Canada, Australie, NZ, Afsud) et ils favorisent l’émergence des élites. Le Royaume uni mène avec pragmatisme une politique d’association, souhaitant préserver ses intérêts économiques et diplomatiques, quitte à négocier et accorder l'indépendance politique.
Au contraire, la France s'accroche au statut de grande puissance impériale. Déjà traumatisée par la débâcle de 1940 elle ne saurait accepter la nouvelle défaite que serait pour elle la perte de son empire. Beaucoup se souviennent du loyalisme parfait des colonies lors de la tourmente de la grande guerre avec la participation de près de 300 000 coloniaux à la première guerre mondiale. Le second conflit mondial conforte au fond cette idée que l'Empire a contribué à la victoire alliée et qu'il est un élément capital de la grandeur nationale. L'intense propagande coloniale de l'entre-deux-guerre, qui culmine en France lors de l'exposition coloniale de 1931, explique également l'attachement de nombreux Français à leur Empire (pistes 1 et 2 de la sélection audio ci dessous). Par son administration directe la France tient les populations indigènes totalement à l'écart du pouvoir.

De timides tentatives de réformes existent néanmoins.
La conférence de Brazzaville se tient en janvier-février 1944 et réunit les gouverneurs généraux de l'Afrique Occidentale française, de l'Afrique équatoriale française et de Madagascar auxquels se joignent quelques notables coloniaux, mais pas d'Africains. Dans son discours de Brazzaville, en 1944, De Gaulle envisage le droit à la "gestion de leurs propres affaires" des indigènes intégrés à la communauté française, une politique sociale audacieuse, mais refuse catégoriquement toute idée d’autonomie des colonies. Elle se limite à des réformes administratives et sociales, dénuées de tout prolongement politique: suppression du travail forcé, participation de l'élite indigène à l'administration, mesures pour développer l'éducation parmi les colonisés.
La Constitution de 1946 maintient l’essentiel de la domination métropolitaine dans le cadre de l’Union française. Jusqu'à cette date, seuls étaient représentés à l'Assemblée nationale française les quatre communes du Sénégal (Saint Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) et les trois départements d'Algérie. A partir de 1946, les territoires de l'AOF, de l'AEF, ainsi que Madagascar envoient des représentants au Parlement français. La constitution rappelle que l'objectif de la France est de conduire les peuples colonisés à ce point qu'ils pourront s'administrer eux-même un jour. Elle reconnaît la citoyennté à tous les ressortissants de l'Union française qui diffère néanmoins de la citoyenneté des Français des métropole, puisque les populations de l'outre-mer ne disposent pas du droit de vote. Mais ils se voient reconnaître des droits juridiques et judiciaires (restés parfois théoriques), qui constituent une amélioration indéniable. D'autre part comme le rappelle Marc Michel (cf: sources), "les institutions de l'Union française furent des lieux d'apprentissage pour la classe politique en formation en formation et des "espaces de sociabilité" pour les futurs dirigeants africains qui purent y nouer des amitiés personnelles et des alliances politiques.
Par ailleurs, à l'intérieur de l'empire colonial français apparaît le Rassemblement Démocratique Africain. Crée en 1946, ce grand parti politique possède des sections dans toute l'Afrique noire française. C'est qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, on assiste à d'importants mouvements sociaux (grèves, manifestations). Des mouvements syndicalistes se multiplient alors en Afrique (union générale des travailleurs africains). Dans un premier temps, le RDA s'affilie au Parti communiste français, le seul à refuser le maintien des colonies en Afrique, ce qui inquiète beaucoup en métropole dans le contexte de la guerre froide. Finalement, sous la houlette de Félix Houphouët, le RDA se débarasse de l'hypothèque communiste ,ce qui permet de renouer le dialogue avec le personnel politique dirigeant de la IVème République. Il se transforme alors véritablement en un grand parti de masse, prêt à prendre les rênes des gouvernements territoriaux en 1956.
Alors que le Royaume Uni accorde l'indépendance des Indes, la France de la IVème République marque sa volonté de maintenir son Empire. La classe politique communie dans la conviction que la France ne peut se reconstruire qu'avec son Empire colonial, garant de sa prospérité économique. Toute manifestation d'indépendance doit donc être impitoyablement châtiée (l'insurrection malgache est écrasée avec la plus grande violence en 1947). En Indochine, après des hésitations, la France se lance dans une Guerre de réappropriation coloniale.
- Les premiers craquements.
La défaite française à Dien Bien Phu en 1954 constitue un tournant majeur dans le processus de décolonisation puisqu'il s'agit dans l'Empire français de la première grande victoire d'un peuple colonisé. Les Africains, nombreux dans cette armée française qui combat en Indochine, assistent ainsi aux premières loges à la fin d'un des mythes fondateurs de la colonisation, celui de l'invincibilité des peuples blancs. Les accords de Genève qui mettent un terme à la présence française en Indochine (séparée désormais en quatre entités: Laos, Cambodge, Vietnam Su et Nord) précèdent de trois mois seulement le déclenchement de l'interminable guerre d'Algérie qui ne s'achève qu'en 1962.

* Le contexte international remet en effet chaque jour un peu plus en cause le maintien de la colonisation en Afrique noire et ailleurs.
- Du 18 au 24 avril 1955 se tient à Bandung en Indonésie la conférence internationale dite des non-alignés. Elle réunit 29 Etats du Tiers Monde. Il s'agit de la première manifestation publique de ce que l'on appelle le groupe afro-asiatique qui voit le jour à l'ONU en 1950. Si la plupart des pays participants sont asiatiques, l'Afrique est néanmoins présente à Bandung. Elle y est représentée par l'Egypte, l'Ethiopie, le Soudan, le Liberia, mais aussi ce qu'on appelle la Gold Coast (futur Ghana) qui est en train de devenir indépendante. La conférence proclame le neutralisme, exprime l'anticolonialisme, le refus du néocolonialisme, la volonté de sortir du sous-développement et la dénonciation du racisme qui continue de sévir avec virulence en Afrique du sud notamment.
- La crise de Suez en 1956. Le 26 juillet 1956, le chef de l'Etat égyptien nationalise le canal de Suez (prise de possession de la société du canal). Il entend ainsi récupérer l'argent dont il a besoin pour construire le barrage d'Assouan (il escomptait une aide de l'occident qui n'est pas venue). Cette crise revêt bientôt une dimension internationale puisque, parallèlement à la guerre entre l'Egypte et Israël, interviennent les troupes anglaises et françaises. Finalement, les Etats-Unis désavouent la France et de l'Angleterre en parallèle à la menace de l'Union soviétique d'intervenir dans la crise. Nasser exalte alors le sentiment national. Son attitude séduit dans une grande partie de l'opinion publique du monde arabe. L'affaire génère une amorce de panafricanisme et le raïs égyptien ressort grandi du succès de l'opération. Rappelons aussi que la même année, le protectorat français sur le Maroc prend fin. Le pays accède alors à l'indépendance.

II. La "ruée vers les indépendances".
Bref comme nous venons de le voir précédemment, le maintien du système colonial était devenu impossible pour le Royaume uni et la France.
Même si il est difficile de périodiser le processus des décolonisations africaines, il semble néanmoins possible de distinguer quelques grandes étapes. La première couvre les années 1957-1960. Au cours de ces trois années, une vingtaine d’États accède à l’indépendance de manière négociée et relativement pacifique.
- Décolonisation britannique.
C'est la Gold Coast, futur Ghana, qui ouvre le bal en 1957, dans le cadre du Commonwealth (voir piste n°3). Cette indépendance a un retentissement considérable dans toute l'Afrique de l'ouest, d'autant plus que Nkrumah organise dans la foulée une conférence panafricaine à Accra en avril 1958. Elle accélère ainsi la revendication séparatiste de la Guinée française (cf plus bas) et inspire largement Patrice Lummumba qui organise et dirige le Mouvement national congolais, parti indépendantiste et intertribal, qui devient l'interlocuteur obligé des autorités belges qui se voient contraint d'accorder l’indépendance dans la plus grande hâte le 30 juin 1960.
- Le Nigeria
Les Portugais, premiers à établir des contacts dans cette région, avaient été chassés par les Anglais dès le XVIème siècle.
En réponse au nationalisme montant, après la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques dotent le pays d'un gouvernement représentatif en 1951, puis d'une constitution fédérale en 1954. Ils cherchent avant tout à doter chacune des trois grandes régions qui composent la fédération d'une large autonomie. En effet, ils se trouvent confronter au problème de l'unité nationale d'un territoire où les principales forces socio-politiques peinent à collaborer: le Northern People's Congress des émirs très conservateurs du nord, l'Action Group qui représente les revendications des Yoruba, enfin le National Congress of Nigeria and Cameroons très populaire chez les Ibo (la partie est du Cameroun allemand avait été avait été attribuée au Royaume-Uni avec le traité de Versailles).
Récemment affranchie de la tutelle française (voir plus bas), les élites camerounaises qui circulent dans les pays voisins donnent le coup de fouet au mouvement indépendantiste. Nnamdi Azikiwe, fondateur de l'Union pour l'indépendance du Cameroun et du Nigéria, réclame immédiatement l'indépendance du Nigéria au Royaume uni. C'est chose faite le 1er octobre 1960. Le nouvel Etat intègre en même temps le Commonwealth.
Le poids économique (pétrole) et démographique du pays l'impose comme un des pays les plus riches d'Afrique de l'ouest. Néanmoins, les forces centrifuges qui tiraillent la société nigériane se réveillent rapidement et plongent le pays dans une terrible guerre civile en 1967 (la guerre du Biafra, riche région du sud peuplée majoritairement d'Ibos qui aspirent à l'indépendance).

Lors de sa tournée africaine De Gaulle expose son projet de Communauté franco-africaine" pour lequel il prévoit un référendum. Le 26 août 1958, alors qu'il se trouve à Dakar, il aperçoit des porteurs de pancartes indépendantistes, il leurs lance: "Si vous voulez l'indépendance, vous n'avez qu'à la prendre!"
- La décolonisation française en Afrique noire.
La défaite en Indochine, l'insurrection algérienne, pèse d'un point déterminant sur la politique de la France en Afrique subsaharienne. Gaston Defferre, le ministre socialiste de la France d'outre-mer, comprend très tôt qu'il faut y changer de politique et remplacer l'Union française vermoulue par une instance plus adaptée. "Ne laissons pas croire que la France n'entreprend des réformes que lorsque le sang commence à couler" lance-t-il devant le Conseil de la République alors qu'il y présente sa future loi.
La loi Cadre-Defferre, adoptée le 23 mars 1956, entre en vigueur l'année suivante. Elle accorde l'autonomie interne aux territoires d'outre-mer qu'elle dote d'une "personnalité" politique propre, en instituant des exécutifs locaux responsables devant des assemblées législatives locales. Toutefois, la France continuait de contrôler les attributs de la souveraineté internationale (monnaie, défense, politique extérieure). La politique d'indigénisation amorécée par cette loi s'est révélée une bonne école et un vivier de dirigeants africains.
Beaucoup d'élus applaudissent à l'esprit nouveau de la réforme. Le problème reste que les Africains sont divisés en gros entre deux tendances. D'un côté les partisans du maintien des fédérations de l'AOF et de l'AEF telles qu'elles existent alors. De l'autre, ceux qui considèrent qu'il faut constituer les territoires en Etats souverains, au risque de précipiter la balkanisation de l'Afrique.
Lorsqu'il revient au pouvoir, De Gaulle propose la création d'une Communauté française, au sein de laquelle la France conserverait des prérogatives dans des "domaines réservés" (affaires étrangères notamment). Du 20 au 29 août 1958, le général de Gaulle effectue une tournée dans plusieurs capitales africaines. Le but de son voyage est de présenter aux populations son projet de Communauté. Tous les observateurs sont frappés par les ambigüités, involontaires ou pas, du discours. Alors que les Africains attendent le mot indépendance, de Gaulle parle de Communauté. Celle-ci n'est plus la colonisation, elle n'est pas non plus le Commonwealth (puisqu'il suppose des Etats autonomes ou indépendants). Mais en instaurant des gouvernements autonomes, la Communauté mettait l'Afrique sur la voie de l'indépendance.
Une question cruciale se pose du côté des Africains, faut-il prendre l'autonomie avec la perspective d'une indépendance à moyen terme ou faut-il demander l'indépendance tout de suite? Les populations de l'Union française sont donc appeler à se prononcer lors du référendum instituant la Communauté française. La plupart des dirigeants africains appellent à voter oui (piste 4). Parmi les plus radicaux, qui veulent que le mot "indépendance" figure dans le texte et qui souhaitent accélérer le processus, se trouve Sékou Touré. Il avait lancé lors de la campagne électorale précédent le référendum: " Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage". Le oui l'emporte partout, sauf en Guinée où le "non" triomphe. La Guinée devient aussitôt indépendante, rompt avec la France et se rapproche de l'URSS (piste 5).
Le général, outré, suspend immédiatement toute aide à la Guinée. L'administration guinéenne, privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, doit repartir de zéro. Pire, certaines infrastructures sont démantelées sciemment par les anciens colonisateurs. Le divorce est définitivement consommé entre l'ancienne colonie et sa métropole. Paris tentera même d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.
La décolonisation de l’Afrique noire française est octroyée par étapes.
Nous l'avons vu, après la La loi-cadre Defferre accorde en 1956, qui reconnaît l’autonomie interne à des gouvernements territoriaux, la constitution de 1958 en fait des "Etats associés" dans la Communauté Française. Mais cette Communauté ne durera que quelques mois avant l’accession des colonies françaises à l’indépendance complète en 1960. L'indépendance est alors accordée à quinze Etats africains restant liés à la France par la Coopération.
L'évolution commence par le Togo et le Cameroun, deux territoires placés sous la tutelle de la France sous le contrôle de l'ONU:
- Togo, 27 avril. Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Quatre ans après le rattachement du Togo britannique au Gold Coast, devenu l'État indépendant du Ghana, la République du Togo s’en sépare. La question de la réunification des Togo britannique et français au sein d'un même État, avait dominé le débat politique pendant les années 50. La victoire du Comité de l'unité togolaise aux élections du 28 février 1958 sonne le glas de cette union. Le premier président, Sylvanus Olympio sera abattu lors d'un coup d'État, en janvier 1963.
- Cameroun, le 1er janvier 1960:
Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Au cours des années 1940 et 1950, c'est l'Union des population du Cameroun (UPC) de Ruben Um Nyobé (d'obédience marxiste) qui réclame l'indépendance du territoire. Devant le refus des autorités coloniales de transiger, le mouvement se lance dans une guérilla violente qui sera sauvagement réprimée par la France. Alors que les médias braquent leurs objectifs sur l'Algérie, le pouvoir colonial n'hésite pas à utiliser la manière forte et une véritable guerre s'engage au Cameroun. A Paris, l'indépendance est négocié avec des individus beaucoup plus dociles, qui accepte de maintenir le pays dans le giron français.
- Madagascar, 26 juin. Le Parti social démocrate de Philibert Tsiranana, fondé en 1956, joue un rôle de premier plan dans la marche vers l'indépendance, avec un nouvel élan vers la fin des années 50. Colonie française à la fin du XIXe siècle, Madagascar est le théâtre d'une sanglante rébellion en 1947-1948, matée par une brutale répression, avant de devenir une république au sein de la Communauté française, en 1958. Investi des pouvoirs spéciaux en janvier 1960, le président Tsiranana négocie une entente de coopération avec la France qui mène à l'indépendance.
Les autres Etats, anciennes colonies intégrées aux deux fédérations de l'Afrique Occidentale Française et de l'Afrique Equatoriale française seront tour à tour membres de l'Union française (1946), puis de la Communauté, avant leurs accessions respectives à l'indépendance au cours de l'année 1960.
- Bénin (ex Dahomey), 1er août. Ancien point de départ de la traite négrière, le Bénin a accédé à l’indépendance sous la dénomination de République du Dahomey, avant de prendre son nom actuel en 1975.
Après une lutte acharnée du roi Béhanzin, le Dahomey est intégré à l’Afrique occidentale française (AOF) en 1899. En 1958, le pays devient la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française qui accède à l'indépendance deux ans plus tard. Le général Mathieu Kérékou s'empare du pouvoir en 1972 et l'oriente dans l'orbite soviétique. En 1975, la République du Dahomey devient la "république populaire du Bénin".
- Niger, 3 août. Ce riche territoire (or, fer, charbon, uranium et pétrole) est colonisé par la France au début du XXème siècle. Il fait partie de l'éphémère entente Sahel-Bénin (avec le Burkina, la Côte d'Ivoire, le Dahomey).
- Haute-Volta (Burkina-Faso), 5 août.
En 1896, le royaume mossi de Ouagadougou devient un protectorat français, à partir duquel les troupes coloniales organisent la conquête de la majeure partie de l'actuel Burkina. En 1904, ces territoires intègrent l'AOF en tant que colonie du Haut-Sénégal-Niger. Le charismatique Thomas Sankara débaptise la Haute-Volta qui devient le Burkina Faso ("pays des hommes intègres") en 1984.
Félix Houphouët-Boigny.
- Côte d'Ivoire, 7 août
Découverte par les Portugais, elle devient colonie française à la fin du XIXème siècle.Elle accède à l'indépendance sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, un médecin de 55 ans devenu planteur de cacao et militant syndical, député à la Chambre des représentants sous la IVème République, mais aussi ministre d'Etats sous différents gouvernements.
- Tchad, 11 août. La conquête du territoire par la France débute vers 1900 avant son rattachement à l’Afrique équatoriale française en 1910.
La marche vers l'émancipation est menée par le Parti progressiste tchadien de François Tombalbaye qui s'impose à la tête de l'Etat qu'il entend conserver coûte que coûte. L'opposition est éliminée et le pays sombre dans la guerre civile en 1965.
- Centrafrique (Rép. centrafricaine, ex Oubangui-Chari), 13 août
Cette colonie française était connue sous le nom d'Oubangui-Chari (1905). Elle devient la République centrafricaine en 1958 dans le cadre de la Communauté française. Elle accède à l'indépendance un mois après la conclusion d'ententes négociées avec le gouvernement français, le 12 juillet 1960.
- Congo (Brazzaville), 15 août.
La pénétration française débute en 1875 avec Pierre Savorgnan de Brazza. Très vite (1899) l'exploitation du territoire est abandonnée à des compagnies concessionnaires qui se livrent à un véritable pillage de la région. Cette colonie française intègre la fédération de l'Afrique-équatoriale française (A-EF) dès sa création, en 1910. Territoire d'outre-mer en 1946, puis memebre de la Communauté française, le territoire connaît des affrontements sanglants en 1959. La même année, l'abbé Fulbert Youlou à la tête de l'Union démocratique de la défense des intérêts africains triomphe aux élections législatives. Sa volonté de développer la coopération avec la France facilite la passation des pouvoirs (piste 8).
- Gabon, 17 août 1960
Ce petit pays dispose de ressources importantes (manganèse, uranium, bois précieux, pétrole). Depuis le milieu du XIXèmle siècle, ce territoire se trouve dans l'orbite françasie. Il intègre l'AEF (1910-1958). Sous la houlette de Le député-maire de Libreville, chef du Bloc démocratique gabonais, Léon M'Ba, avait demandé la départementalisation du Gabon. De fait, le pays restera un des acteurs les plus sûrs du pré-carré français en Afrique, sous la conduite d'Omar Bongo.
- Mali (ex Soudan français). Jadis connu sous le nom de Soudan français, le Mali obtient une autonomie administrative relative en 1956.
Le Soudan français et le Sénégal s'unissent en 1960 au sein de la Fédération du Mali. Lors de la proclamation d'indépendance, le 20 juin 1960, Léopold Sédar Senghor assure la présidence de l'Assemblée fédérale et Modibo Keita exerce la fonction de Premier ministre. Des différends politiques entraînent le retrait rapide du Sénégal de la fédération, laissant seul le Mali. Modibo Keita prend la tête du nouveau pays, rompt avec la France et oriente son pays vers le socialisme.

Le président Léopold Sédar Senghor, le 18 avril 1966 à Dakar, lors de l'inauguration du premier festival mondial des arts nègres.
- Sénégal, 20 août. Investi tour à tour par les Hollandais, puis les Portugais, ce territoire devient finalement membre de l'AOF en 1895, après de longues affrontements. Après avoir exprimé le désir de se retirer de la Fédération du Mali, le Sénégal proclame son indépendance.
C'est l'écrivain Léopold Sédar Senghor, une des figures de proue du mouvement de décolonisation en Afrique, qui préside aux destinées du Sénégal (jusqu'à son retrait volontaire en 1981).
- Mauritanie, 28 novembre
La Mauritanie devient française au début du XXème siècle.
Lors des élections tenues en mai 1959, le Parti du regroupement mauritanien de Moktar Ould Daddah, seule formation sur les rangs, rafle tous les sièges. La Mauritanie deviendra l'une des premières Républiques islamistes. Les revendications marocaines sur ce territoire restent lettre morte.
- La naissance de la République du Congo.
L'indépendance de la République du Congo, est proclamée le 30 juin 1960, dans des conditions dramatiques. Le système colonial imposé par les Belges reposait sur la ségrégation et le refus catégorique des colons, comme des autorités, de toute élévation sociale des Congolais ("pas d'élites, pas d'ennuis"… pour reprendre la formule des colons belges). Pourtant l'industrialisation et l'urbanisation de la colonie permirent l'essor d'une classe moyenne congolaise. Des associations (l'Abako de Kasavubu), des journaux amorcèrent une timide opposition au sytème colonial. Il semble que ce soit l'accession de la Gold Coast à l'indépendance en 1957 qui ait servi de détonateur au processus de décolonisation du Congo belge. Des émeutes éclatent dès 1958-1959 prenant pour cible les colons européens.

Fêtes de l'indépendance de la République du Congo, le 30 juin 1960 à Léopoldville. Un spectateur congolais vient de s'emparer du sabre du roi Baudoin, le roi des Belges.
Il semblerait que la conférence des peuples africains organisée à Accra par NKrumah en 1958 ait eu une grande influence sur Patrice Lumumba en le convertissant à un anticolonialisme radical. Il crée en octobre de la même année le Mouvement national congolais qui remporte un grand succès lors des élections de mai 1960. Lumumba, devenu premier ministre, préside aux négociations d'indépendance de la Table ronde tenue à Bruxelles en janvier 1960. Le gouvernement belge accorde une indépendance immédiate (piste 6 et 7). Elle s'accompagne de l'exode de la population blanche (environ 100 000 personnes) dans un chaos total.
Très vite un conflit personnel oppose le président de la République Joseph Kasavubu à son premier ministre. Les thèses tiers-mondistes et panafricaniste adoptées par Lumumba l'inquiètent tout comme elles indisposent les forces conservatrices et les pays occidentaux.
La sécession de la riche province minière du Katanga menée par Moïse Tshombé, soutenue en sous-main par la Belgique, complique davantage encore la position du premier ministre. Il fait alors appel aux casques bleus de l'ONU et accepte une aide matérielle de l'Union soviétique pour mater les séparatistes. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est assassiné en janvier 1961.
Surpris par les émeutes de 1958-1959 et n’ayant pas préparé des élites locales , ils concèdent précipitamment l’indépendance en 1960 au Mouvement national congolais du marxiste Patrice Lumumba.
Le pays est livré à des luttes ethniques qui entraînent une guerre civile (compliquée par les interventions indirectes des deux grands et de l'ancienne métropole dans le cadre d'une guerre froide qui se transporte désormais en Afrique) qui entraînent une guerre civile conclue par la prise du pouvoir par le chef de l’armée, le général Mobutu, qui s’empare du pouvoir en 1965 pour longtemps.
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ANNEXE: sélection audio
1 et 2. Propagande coloniale. Deux échantillons types de la propagande coloniale développée alors dans la métropole française. Le premier échantillon met en avant les bienfaits de l'oeuvre coloniale et, dans la lignée d'un Ferry par exemple, développe les arguments classiques des tenants de la mission civilisatrice française:
- le “devoir moral”: Les Européens sont convaincus de la supériorité de la « civilisation blanche » et se doivent donc de porter « la » civilisation chez les peuples « primitifs », “sauvages”.
- Des raisons stratégiques et politiques. La possession des colonies est vue comme une condition pour être une puissance internationale.Les colonies participent au prestige d’un Etat.
- Un intérêt économique. Comme l'avait affirmé Jules Ferry en son temps, la colonisation est “fille de la révolution industrielle”. Les colonies sont ainsi envisagées comme des marchés potentiels pour les entreprises métropolitaines. L’étroitesse des marchés intérieurs pousse les industriels et les financiers à conquérir à l’extérieur des débouchés pour les marchandises et les capitaux. Avoir des colonies, c'est aussi pouvoir disposer d'un réservoir important de matières premières, de nouvelles ressources à commercialiser. Au cours des années 1930, la crise économique mondiale semble conforter cette analyse et les métropoles se tournent tout particulièrement vers leurs possessions ultramarines.
On insiste ici tout particulièrement sur "l'oeuvre fantastique" que la France accomplit dans les colonies au profits des peuples indigènes. Le second extrait rappelle quelques unes des grandes étapes de la conquête coloniale.
3. Lord Kitchener: "Birth of Ghana". En 1949, le charismatique Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à un ancien Empire africain. Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Star de la calypso (très populaire dans de nombreux pays du Golfe de Guinée), Lord Kitchener célèbre ici l'avènement du nouvel Etat, espérant que son exemple soit rapidement suivi par les autres colonies d'Afrique noire.

4. "Oui ou non". Chanson écrite sur une musique américaine en 1958 par les services du ministère de la France d’outre mer et destinée à inciter les électeurs africains à voter « Oui » lors du référendum sur la Communauté franco-africaine.
5. Bembeya Jazz National: "République de Guinée". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de ce morceau.
6. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Independance cha cha". Lors de la réunion de la table-ronde de négociations sur l’indépendance du Congo belge, l’African jazz crée cette rumba congolaise qui devient rapidement un hymne pour les jeunes nations africaines.
7. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Table ronde". Dans la foulée de son tube, Kabalese compose ce morceau consacré à la conférence de la Table Ronde. Organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, cette conférence préside aux destinée du Congo. La date d'indépendance retenue est le 30 août 1960. Elle fixe les détails politique de la séparation de la Belgique te du Congo. Elle sera suivie d’une table-ronde économique qui ne parviendra pas à aboutir.
8. Philos: "Indépendance 28 novembre". Cette chanson célèbre l'indépendance de l'autre Congo, le Congo-Brazzaville, ex-colonie française intégrée à l'AEF.
Sources:
- Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.
- Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
- L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
- Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
- H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996.
- Numéro spécial de L'Histoire consacré à la "fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.
Liens:
- Voir les nombreux articles de l'Hisgeobox et de Samarra rassemblés dans notre dossier Afrique.
- Sur Strabon: "Décolonisation: les ambigüités de l'Union française".
- Le site TV5 Monde consacre un dossier très complet sur les indépendances africaine: “Afrique 1960, un continent en marche vers son indépendance“.
Yabby You (1946-2010).
Compositeur, interprète et producteur, Yabby You (alias Vivian Jackson) a laissé sa marque sur la scène reggae roots durant les années 1970.
Il entre en studio en 1971 et rencontre le succès l'année suivante avec son single Conquering Lion qui impose sa touche personnel au reggae roots en gestation (notamment sa voix troublante marquée par le gospel). Les thèmes de ses chansons se partageaient entre références bibliques et rastafarisme.
Le point d'orgue de sa carrière reste assurément l’album Conquering Lion sorti en 1975, avec des partcipations de King Tubby et Lee Scratch Perry (les deux sorciers du dub jamaïcain). En tant que producteur, Yabby You a collaboré avec Michael Rose, Wayne Wade (ci-dessous), Tony Tuff, Trinity, Dillinger, Jah Stitch, Big Youth ou Tapper Zukie. Ses musiques et mixes basés sur la rythmique basse/batterie, plus lourds et lents que les productions antérieures, se marient particulièrement bien avec le toasting des deejays (titre ci-dessus).
Vivian Jackson s'est éteint subitement à son domicile mardi soir dernier à la suite d'une rupture d'anévrisme. Il avait 63 ans.
Le regretté label britannique Blood & Fire a publié il y a quelques années une compilation intitulée Jesus Dread 1972 – 1977, un double CD reprenant les grands moments de sa carrière de chanteurs, mais aussi ses productions et collaborations avec les plus grands toasters jamaïcains. Bref, un must.

Des chansons pour Haïti

A l'heure où Haïti tente de panser ses blessures, les artistes de la diaspora et du monde entier se mobilisent.
La première communauté haïtienne à l'étranger est celle des Etats-Unis, en particulier à Miami (quartier de la Little Haïti) et à New York. Le pays compte en effet près d'1 million d'immigrés haïtiens ayant fui la dictature des Duvallier dans les années 1960 et la pauvreté.
A Brooklyn (New York), elle compte un représentant très connu : Wyclef Jean, qui est venu vivre aux Etats-Unis à l'âge de 10 ans. Avec son ancien groupe des Fugees (comptant également Pras et Lauryn Hill), il a établi le record des ventes pour un album de rap (18 millions avec The Score en 1996). Ayant poursuivi par une carrière solo, il a consacré plusieurs chansons à Haïti. Il a créé une association, Yele Haïti, qui finance des projets en Haïti dans le domaine de la santé, de l'éducation, des arts, de l'environnement et du sport. Il est évidemment aujourd'hui en première ligne sur place. Vous pouvez suivre la situation dans le pays sur son blog. [Photo : Wyclef Jean lors d'un de ces précédents déplacement en Haïti]
Je vous ai sélectionné deux titres du chanteur qui parlent d'Haïti. Wyclef Jean y mêle l'anglais au créole haïtien. La première, "Yele" date de 1997 et fait partie de l'album Carnival. La deuxième, "Rouge et bleu" (les couleurs du drapeau haïtien), est en fait la dernière partie d'une chanson qui fait une sorte de tour du monde du carnaval (Brésil, Nouvelle Orléans) se terminant par Haïti. Elle fait partie de l'album Memories Of An Immigrant (Carnival Vol. II) dont je vous ai déjà parlé.
Après le pays voisin, la République dominicaine qui compte 500 000 Haïtiens, le Canada est le troisème pays à accueillir des Haïtiens. Dans ce pays, une femme née en Haïti est d'ailleurs depuis 2005 la Gouverneure générale c'est-à-dire la représentante officielle de la Reine d'Angleterre, chef d'Etat théorique. Le pays compte environ 80 000 Haïtiens, essentiellement à Montréal.
Un groupe de Reggae de Montréal, Deya, vient d'enregistrer une chanson, "Haïti pas fini" pour recueillir des fonds. Son chanteur, Nik Myo, a grandi en Haïti et chante en français et en créole. Voici leur morceau :
En Europe, la France, ancienne puissance colonisatrice, est le pays qui compte le plus d'Haïtiens (entre 45 000 et 90 000 dont 70% ont moins de 40 ans). Un titre a été enregistré vendredi "Un geste pour Haïti Chérie" autour de Passi (artiste d'origine congolaise mais proche de Wyclef Jean avec qui il a enregistré une chanson en 2007 sur les émeutes en banlieue), de Charles Aznavour, sur une musique des Neg'Marrons (groupe de ragga), de Youssou N'Dour et de Grands Corps Malade.
Voici la liste complète des artistes et célebrités qui ont participé au titre : Passi, Charles Aznavour, Jacky Brown et Ben-J (Neg'Marrons),Pascal Gentil, Michel Drucker, Sonia Rolland, Noémie Lenoir, Harry Roselmack, Antony Kavanagh, Smaïn, Manu Dibango, Gage, Marc Antoine, Lilian Thuram, Zazie, Thierry Desroses, Axelle Laffont, Lynnsha, Vicelow (ex Saïan Supa Crew), Grand Corps Malade, Ophélie Winter,
Roldan (Orishas), Hélène (les Nubians), Fally Ipupa, Miss Dominique, Mc Janik, Stomy Bugsy, Princess Erika, Tedjee, Daan Junior (Haïtien), Jennifer Ayache et Patrice Focone (Superbus), Mr Toma, Leah, Seth Gueko, Singuila, Thierry Cham, Alibi Montana, Gregg (Original H - groupe Haïtien), Kennedy, Youssoupha, Perle Lama, Leslie, Aysat, Louidorcleff (Haïtien), King Kuduro, Kaysha, Krys, Claudy Siar, Féfé (ex Saïan Supa Crew), Princess Ursula, Larsen, Christiane Obydol (Zouk Machine), Sarah Riani, Kayliah, Maini Dog, Mickaël Quiroga, Erik, Mac Tyer, Phil Darwin, Booder, Pierro Battery, Sara Battery, Demon One (Intouchable), Izé (La Mc Malcriado), King (artiste haïtien), Béné, Soum Bill, Dof, Jeckel (Bisso Na Bisso), Lino (Arsenik et Bisso Na Bisso), Ekila, Tina Ly, Faya D, Ali Angel, Jeff Joseph…
Autre rappeur qui se mobilise, Kery James qui devrait également faire des concerts (notamment le 14 février au Bataclan) et sortir un titre, intitulé "Désolé", pour aider Haïti d'où viennent ses parents.
Terminons par une autre chanson qui parle d'Haïti. Il s'agit d'"Adieu Haïti" enegistré en 2008 par Raphaël et le jamaïcain Toots (chanteur de ska et de reggae). Voici le clip :
Source pour les chiffres : Libération du 15 janvier 2010
P.S. (23 janvier) : Parmi les projets les plus récents, Rod Stewart et Leona Lewis devraient enregistrer le titre de R.E.M. "Everybody Hurts" de 1993 avec de nombreux artistes anglais.
Enfin Rihanna a enregistré une nouvelle version de "Redemption Song" de Bob Marley :
Monsieur tout blanc.
Pie XII - Deutsches Bundesarchiv - Wikimedia Commons - CC
En 1949, Léo Ferré, jeune chanteur de cabaret écrit Monsieur Tout-Blanc, une chanson interdite alors par le Comité d’écoute de la radiodiffusion française, car Ferré y brocarde en effet le silence du pape Pie XII au cours de la seconde guerre mondiale. Alors qu'il prend connaissance de la persécutions des juifs, celui n'intervient pas publiquement.
Monsieur Tout-blanc
L'oiseau blessé que chaque jour, vous consommez
Etait d'une race maudite
En ce temps là, dites
Vous vous taisiez...
61 ans après la sortie de cette chanson, l'attitude du pape reste toujours controversée. Pour y voir plus clair, il faut revenir en arrière.







07.02.10 17:09:14, 









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