Tags: 1990's
Entre Galway et Dublin : polars irlandais.



L’auteur des "Disparus de Dublin" (collection 10/18), Benjamin Black, écrit sous un pseudonyme. Il nous emmène à Dublin, dans les années 50, et situe son intrigue dans la haute société de la ville très proche de l’église catholique. On y voit s’affronter deux personnages l’un légiste, l’autre médecin accoucheur . Le point de départ de leur face à face est la disparition suspecte du cadavre d’une jeune femme enceinte, Christine Falls, dont l’enfant a, lui aussi, mystérieusement disparu.
Un monde de Rap (1-I) Royaume-Uni

Inaugurons cette nouvelle série évolutive sur le rap dans le monde par une scène plutôt méconnue, celle du Royaume-Uni. Dans une première partie, nous évoquerons les années 1980 et 1990 avant d'aborder les années 2000 la semaine prochaine. Nous poursuivrons ensuite notre tour du monde par des pays comme l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Canada et bien d'autres. Cet article est disponible en podcast, vous pouvez donc l'écouter avec le lecteur ci-dessous ou le télécharger en vous abonnant au flux des podcasts de Samarra. Vous trouverez au fil de cet article des vidéos et à la fin une playlist et de nombreux liens pour écouter les titres évoqués en entier. ENJOY !
A l'heure d'entamer cet aperçu du paysage rapologique du Royaume-Uni, posons-nous cette question : le rap britannique est-il un rap de seconde catégorie qui n'aurait jamais pu se développer à l'ombre du grand frère américain ? En juillet, le nouveau Premier Ministre britannique David Cameron a reconnu lors de sa visite à Washington que le Royaume-Uni était le "junior partner" (partenaire de rang inférieur) dans la relation spéciale entre les deux pays. Est-ce également vrai pour le rap ? Quelques éléments de réponse.
Il est vrai que le rap britannique est longtemps resté embryonnaire, mais il semble avoir pris son envol depuis les années 1990. Les amateurs de rap d'Outre-Manche ont longtemps assouvi leur passion en écoutant le rap américain, d'autant plus qu'il n'y avait pas la barrière de la langue (seulement celle du slang....). Depuis les années 1990, ce n'est plus tout à fait vrai grâce à quelques pionniers. Essayons d'y voir un peu plus clair et de voir ce qui fait la spécificité du rap made in UK.
- Qui et où ?
Comme aux Etats-Unis et en France, les rappeurs sont souvent mais pas exclusivement issus des minorités, en particulier les immigrés ou descendants d'immigrés des anciennes colonies britanniques comme les West Indies (Jamaïque, Caraïbes), l'Afrique (Nigeria, Ghana) et le sous-continent indien (Sri Lanka, Inde, Pakistan). Mais précisons, et c'est sans doute une spécificité , que la scène Hip-Hop a toujours mêlé des rappeurs de toutes origines.
Nous allons essentiellement ici parler du rap anglais et principalement de ce qui se passe à Londres. Je ne suis pas suffisamment pointu pour vous parler du rap écossais, gallois ou nord-irlandais, pour autant qu'il existe véritablement !
A la question posée par le magazine Start Up en septembre 2008 : "Pourquoi le Hip-Hop n'a-t-il jamais vraiment percé au Royaume-Uni ?", Roots Manuva répondait : "Commercialement, c'est vrai. Mais philosophiquement, il a pris. La scène est simplement plus petite. Je crois que le multiculturalisme est spécifique à Londres et Birmingham [La deuxième ville anglaise avec plus d'un million d'habitants, 3,8 avec l'Aire urbaine]. Les régions sont lentes à s'adapter. Il y a des petites scènes hip-hop originales comme à Cambridge, Leeds, mais ça reste petit."
Si on regarde la carte du Hip-Hop au Royaume-Uni, Londres est donc surreprésentée, en particulier ses quartiers péricentraux de l'Est (Bow en particlier) et du Sud.
Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande
Mais revenons un peu en arrière et précisément aux années 1980.
- Les pionniers : Tim Simenon et Bomb The Bass

[Tim Simenon au milieu des années 1980; source]
En 1987, Tim Simenon, crée le groupe Bomb The Bass. Il est originaire de Brixton, un quartier multiethnique du sud de Londres qui compte une forte communauté caribéenne. Ce quartier a connu des émeutes retentissantes en 1981 suite à la multiplication excessive des contrôles de police, puis de nouveau en 1985 et 1995.
Dans sa musique, Simenon recourt massivement au sampling. En 1988, assisté de Pascal Gabriel, il se lance dans la réalisation du titre "Beat Dis", présenté au départ comme une production underground newyorkaise. Il est très inspiré par le son de New York. A l'image du "mur du son" du Bomb Squad (les producteurs de Public Enemy), Bomb The Bass empile les samples, pas moins de 72 pour le titre "Beat Dis" qui est un gros succès (2ème au Box-office britannique). Public Enemy est d'ailleurs samplé ainsi que de nombreux artistes hip-hop (Bambaataa, EPMD, Funky 4+1, Scholly D). L'inévitable Funky Drummer de James Brown et Prince sont également de la partie (La liste complète ici). Même si la direction prise ensuite par Simenon et le Bomb The Bass les emmènent davantage vers la dance et la house, preuve est faite que le hip-hop peut s'enraciner en terre anglaise. Pendant une dizaine d'années, de nombreux rappeurs se lancent dans le game, avec plus ou moins de réussite. Les maisons de disque, au départ enthousiastes, retirent peu à peu leurs billes du hip-hop qui continue pourtant en mode underground. Signalons Three Wize Men, Hijack, London Posse, Silver Bullet, Black Prophetz, Gunshot, Rodney P ou The Creators qui font partie de la première génération du hip-hop au Royaume-Uni. Au milieu des années 1990, beaucoup de chemin reste encore à parcourir...

- Le rôle de Big Dada
En 1997, le label Ninja Tune lance Big Dada, sa branche consacrée au Hip-Hop. A l'origine de cette
initiative, le journaliste Will Ashon (ci-contre photo trouvée sur son blog). Ashon était frustré car personne ne pouvait se procurer les titres obscurs dont il parlait dans ses articles. Au mariage d'un de ses amis, il croise Peter Quicke du label Ninja Tune. Il le convainc de sortir un premier single pour voir. Il s'agit de "Misanthropic" du duo Alpha Phryme (voyez ici la version originale). Il faut alors un nom au nouveau label. En hommage au rappeur du Bronx Kool Keith, qu'Ashon surnomme Mac Dada, ce sera Big Dada. Au début, seuls des singles sortent sur le label.
Puis, un peu comme en France, une compilation va mettre sur orbite quelques artistes. En 1998, Big Dada sort donc la compil Black Whole Styles. Elle rassemble le meilleur du rap britannique dont Roots Manuva et l'Américain Saul Williams. C'est en 1999 que Big Dada décolle vraiment en signant le prometteur Roots Manuva. Celui-ci pose comme condition la production d'un album entier. En parallèle, plusieurs rappeurs américains trouvent, de manière fugace ou plus durable, un refuge musical propice à leurs créations au Royaume-Uni, à l'image de MF Doom ou de Saul Williams.
- Roots Manuva : la locomotive
Avec Brand New Second Hand en 1999 (signifiant quelque chose comme "Une occasion toute neuve"), Roots Manuva obtient la reconnaissance. De son vrai nom Rodney Hilton Smith, il est né en 1972. Ses parents sont venus de Jamaïque mais il grandit à Stockwell au Sud de Londres. La musique sur laquelle il rappe
est très inspirée par l'univers sonore jamaïcain (dub, ragga, reggae). Pourtant la musique profane n'était pas la bienvenue dans sa famille. Son père est un pasteur pentecôtiste qui lui a donné une éducation très stricte. Mais comme le dit Roots lui-même, c'est finalement la rue qui l'a emporté. Influence jamaïcaine donc pour la musique. Ajoutez à cela beaucoup d'humour et un délicieux accent cockney (l'accent des quartiers populaires de l'Est et du Sud de Londres). Pour vous donner un petit aperçu de l'humour à la Roots Manuva, regardez ces trois clips que je vous ai choisis. Le premier c'est celui de "Witness (1 hope)", son plus grand tube, issu de son deuxième album (Run Come Save Me). N'ayant rien gagné lors des jeux auxquels il participait à l'école primaire, il revient dans celle-ci vingt ans plus tard pour se rattraper...
Voici donc la playlist des titres évoqués cette semaine et de nombreux autres :
Sources et liens dans l'article qui couvre la deuxième époque, celle des années 2000.
Un tour du monde des plages pour passer l'été en musique.
Nous arrivons à la période des congés d'été, beaucoup iront sur les plages, sur les îles, face à la mer, à l'océan. Une sélection de chansons qui évoquent de façon différentes ces espaces et ces territoires, pour un petit tour du monde au soleil.

1. Sur une plage d'Australie. Avec Angus & Julia Stone et leur "Big jet plane". Un morceau pop très simple, une mélodie entêtante comme le reste de leur récent album "Down The Way" qui sent le soleil et le sable de cette gigantesque île du bout du monde dont ils sont originaires.
2. Sur une plage californienne. Pour contrecarrer les rigueurs de l'hiver New Yorkais où ils étaient exilés, The Mamas & the papas éditaient au milieu des années 60, leur "California dreamin" nostalgique du doux climat de Los Angeles. Une chanson dans laquelle l'or californien a la couleur du soleil. Dernièrement, elle a été réutilisée en fil rouge du magnifique film "Fish tank" avec Katie Jarvis et Michael Fassbender.
3. Sur une plage d'Hawaï. Une version singulière de l'immense classique "Somewhere over the rainbow" interprétée au yukulélé par le chanteur hawaïen Israel Kawakawiwo'ole issu de l'album "Fancing Future", 1993.

4. Sur une plage de Grèce. Extrait de l'album Parlife, "Girls and Boys", fut le tube de l'été en 1994. Emblême de la Britpop. Le groupe Blur y évoque, sur un rythme pop, le tourisme de masse sur les plages de Grèce destination favorite des jeunes européens préoccupés d'oublier la grisaille de leur quotidien.
5. Retour en Californie. Avec les Beach Boys et leurs "California girls", on revient dans l'état de la côte ouest des Etats-Unis. Ecrite à l'issue des expériences lysergiques de Brian Wilson, le texte est pourtant très réaliste "la côte ouest est ensoleillée, ses filles sont bronzées, j'ai déterré un bikini sur une île d'Hawaï, des poupées sous un palmier". Tout un programme!
6. Sur une plage du Brésil. Un grand classique sur une base de bossa nova, "the Girl from Ipanema" nous promène sur les plages de sable blanc du Brésil sur lesquelles se promène, non sans une certaine mélancolie, une belle et jeune fille. Une composition de Stan Getz, Astrudo Gilberto et Joao Gilberto.
7. Sur une plage polluée. Les plages ne sont pas que des paradis immaculés. Dans leur dernier album, les Gorillaz, accompagnés de Snoop Doggy Dog, nous emmènent sur une plage perdue d'une île du Pacifique, dépotoire de l'humanité à l'aube du XIX siècle qui sert de dernier refuge à une bande de larrons peu recommandables : "Welcome to the world of plastic beach".
8. Sur une plage inconnue. La mer, les plages sont parfois propices à la mélancolie et la méditation. Corinne Bailey Rae s'y exerce dans "The sea" le dernier morceau de son album éponyme. Une chanson douleureuse qui transmet des images de séparation et de disparition.
Des séries pour comprendre le monde
Voici les articles que nous avons consacré à des séries plus ou moins connues qui offrent un regard intéressant sur le monde tel qu'il va... ou pas :
- The Wire : les territoires urbains des Etats-Unis.
- Mad Men : une élégante immersion dans la société américaine des années 60
- Tudor or not Tudors ?
- La fin de Urgences
- Le Prisonnier, une série hors norme
- Habiter la ville : le New York de Tony Soprano
- La guerre du Pacifique : du petit au grand écran. (1) à propos de la série The Pacific
- Life on Mars : Manchester, 1973.
A lire et écouter sur la toile :
- Gérald Billard et Arnaud Brennetot, "Le huis clos ou l’exaltation du localisme communautaire dans les séries américaines", in Sarah Hatchuel et Monica Michlin, Les pièges des nouvelles séries télévisées américaines: mécanismes narratifs et idéologiques, GRAAT On-Line, ISSUE #6, DECEMBER 2009. Un article passionnant écrit par des géographes sur l'espace vécu de quelques séries américaines.
- Pour réécouter les émissions « Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes » diffusées à l'été 2008 sur France Culture. C'est par ici.
Un disque par sa pochette : Midlife, un kaleidoscope des années Blair ou années Blur.
Groupe anglais, fer de lance de la "Britpop", Blur nait précisément en 1990. En 1994, sort son 3° album intitulé Parklife, qui propulse le groupe en haut des charts européens; cette même année, Anthony Blair (4°ligne, 1ère vignette) prend la tête du parti travailliste qu'il travaille à "rénover", traçant une troisième voie, avec une orientation libérale nette.
.jpg)
.jpg)
Guru (1966-2010)

Une figure originale du hip-hop, le rappeur Guru, vient de disparaître. Grandi à Boston dans le quartier noir de Roxbury, Keith Elam (son vrai nom) est issu de la classe moyenne. Son père est juge et sa mère travaille dans le monde des bibliothèqyes. Après des études de commerce à Atlanta, il avait fait le choix de vivre à Brooklyn, New York, pour s'adonner à sa passion, le rap. Il crée en 1987 un premier ensemble déjà appelé Gang Starr. A la fin des années des années 1980, alors que le rap est partagé entre la rage et le son brut de New York (à l'image de Public Enemy) et le G-Funk Gangsta de la Côte Ouest (à la manière de NWA), une troisième tendance émerge, celle d'un hip-hop qui puise sa source dans le jazz et la soul. Le mouvement Native Tongue, qui rassemble De La Soul et A Tribe Called Quest, inspire toute une génération de rappeurs et de producteurs dont Guru et DJ Premier.

Associé au formidable producteur qu'est DJ Premier, (aka Chris Martin ou Primo, originaire de Houston), Guru lance alors Gang Starr sur de nouveaux rails. Les deux artistes (en photo ci-dessus, Guru est à gauche) sortent leur premier album en 1990 sur le label Wild Pitch : No More Mr Nice Guy. Les productions de DJ Premier puisent dans le répertoire du jazz et fonctionnent admirablement avec le rap créatif de Guru qui parle de la rue et de ses travers sans valoriser les protagonistes de la violence. La voix particulière de Guru et son flow font mouche. Il donne à son nom de scène une signification précise en en faisant l'acronyme de Gifted Unlimited Rhymes Universal.
En réalisant avec Branford Marsalis le titre "Jazz Thing" pour la bande originale du film de Spike Lee Mo'Better Blues, le duo lance une sorte de manifeste du jazz-rap qui a plus de succès que le film lui-même. Le succès se confirme avec l'album Step In The Arena (1991) qui les inscrit durablement dans le paysage du rap newyorkais. Daily Operation confirme cette place en 1992.
En parallèle, les deux artistes mènent plusieurs projets séparément. DJ Premier entame une brillante carrière de producteur pour de nombreux rappeurs (Nas, Common, Notorious BIG,...). Guru se lance de son côté dans le projet Jazzmatazz (un jeu de mot à partir du mot razzmatazz signifiant tape-à-l'oeil).
Il y rappe sur des morceaux joués par des musiciens de jazz comme Roy Ayers et Donald Byrd. De nombreux invités se joignent à lui comme MC Solaar. (à écouter dans la playlist) Le premier volume de Jazzmatazz sort en 1993. Trois autres suivent en 1995 (The New Reality), 2000 (Streetsoul) et 2007.
Gang Starr se retrouve pour l'album Hard To Earn (1994) à la tonalité moins jazz, , puis pour Moment of Truth (1998). Le début des années 2000 semble marquer un tournant dans leur collaboration et leur relation. Guru sort un album solo en 2001 (Baldhead Slick & Da Click) qui ne reste pas dans les annales. Leur dernier album commun remonte à 2003. Il s'intiltule The Ownerz. La tournée qui suit la sortie de l'album s'achève dans l'amertume et prématurément. DJ Premier décide de jeter l'éponge après un concert à Londres. A partir de cette date, les deux hommes entretiennent des relations compliquées. DJ Premier continue à être un des producteurs les plus demandés. De son côté, Guru continue à sortir des albums solos qui passent plus ou moins inaperçus. Il prête sa voix au jeu Grand Theft Auto (celle de 8-ball) et se rapproche d'un personnage quelque peu étrange, le DJ Solar. Celui-ci suscite la polémique en semblant avoir une emprise importante sur Guru, jusqu'à sa mort le 19 avril 2010 d'un cancer. Un message attribué à Guru est mis en ligne peu de temps après sa mort. Il refuse toute intervention de DJ Premier dans ses obsèques et la gestion de son oeuvre et accorde une place importante à Solar. Ce message sème le trouble, y compris dans la famille du rappeur, d'autant plus que Guru était probablement dans le coma depuis le mois de février.
Je vous ai sélectionné deux vidéos de Gang Starr et quelques titres emblématiques de Guru (en solo ou avec Gang Starr). Retrouvez une sélection de quelques titres de Guru sur l'excellent site abcdrduson. Pour lire le message "d'outre-tombe" de Guru (in english), c'est par ici. DJ Premier consacre un remix à son ancien partenaire sur son blog.
Retrouvez l'ensemble du dossier sur l'histoire et la géographie du rap
Du rire aux larmes, parcours cinématographique dans la Grande-Bretagne du Thatcherisme.
Paradoxalement, le moribond cinéma britannique a retrouvé ses lettres de noblesse en filmant quelques uns des aspects les plus tragiques de la crise industrielle et sociale qui toucha la Grande Bretagne des années Thatcher, (1979-1990), et Major (1990-1997). Si Ken(neth) Loach s'impose comme le metteur en scène attitré de l'injustice sociale et des dégâts du libéralisme (de "My name is Joe", à "Sweet sixteen", en passant par "The navigators" ou "Raining stones") il n'est pas logntemps resté seul derrière sa caméra pour aborder ce sujet. Quitte à lui emboîter le pas, autant y introduire un peu de variété : qu'il s'agisse de la comédie du 'Full monty", de l'humour grinçant (et parfois glaçant) de "Trainspotting", ou du tire-larmes que sont "Les virtuoses", on n'a que l'embarras du choix pour découvrir la diversité des regards cinématographiques sur ces années de croissance ralentie et de flambée du chômage.
Les années 80-90, en Grande Bretagne, ont été marquées par une présence continue des conservateurs au pourvoir. Le poste de "prime minister" fut occupé successivement par Margaret Thatcher, surnommée avec clairvoyance " the iron lady" - la dame de fer- et son successeur, bien moins "charismatique", John Major.
Comme toute l'Europe, la Grande Bretagne est alors affectée par une grave crise industrielle. Celle-ci résulte autant de l'obsolescence de certaines de ses industries, que de l'épuisement de ses gisements miniers entrainant une hausse des coûts de leur exploitation, ou de l'arrivée de nouveaux pays d'Asie sur le marché mondial. Les "tories", inspirés par les économistes de l'école de Chicago, mettent en place une politique néo-libérale consistant à sectionner sans état d'âme les membres malades (non rentables) de l'industrie nationale.
La totalité des films dont il est question ci-dessous a donc pour cadre les régions industrielles, les pays noirs de l'Angleterre (Sheffield, Manchester), et de l'Ecosse (Leith, le port d'Edimbourg, pour "Trainspotting"). Récompensés à l'international ("Raining stones" reçoit le prix du jury à Cannes, "Brassed Off" - "Les Virtuoses"- le César du meilleur film étranger en 1998), ces films ont aussi lancé la carrière de la fine fleur des acteurs britanniques des années 90-2000, parmi lesquels Robert Carlisle ou Ewan McGregor.
"Raining stones" de Ken Loach (1993)/"The navigators" de Ken Loach (2001) :
Nous
sommes dans le Manchester des années post-Thatcher, dans une banlieue ouvrière tellement affectée par le chômage que les discours politiques du parti travailliste ne font plus recette depuis longtemps. Deux amis, chômeurs, la cinquantaine bien sonnée, tentent d'éponger leurs dettes, de lutter contre leur sentiment d'inutilité et de faire face à la nécessité de survivre en enchainant petits boulots, menus larcins et système D. Difficle de rester digne quand c'est votre fille qui vous donne votre argent de poche ou quand il faut, pour payer une robe de communion à sa gamine, accepter que sa femme soit menacée et molestée par des usuriers sans vergogne.
Ken Loach dit qu'il aime l'humour qui ressort de ces situations désespérées et son film n'en est pas dénué (la scène d'ouverture au cours de laquelle les deux comparses s'emparent d'un mouton afin d'en vendre la viande alors qu'ils n'arrivent pas le à tuer, ou encore celle du vol de la pelouse du club de golf des conservateurs en sont des exemples assez savoureux). Le film montre aussi très bien comment la décomposition des espaces publics (l'habitat urbain est ici particulièrement dégradé) menace les fragiles équilibres des cellules familiales et des individus qui, mis en péril, peuvent voler en éclat à tout moment, confrontés à la précarité extrême. "Raining Stones", en dépit d'un happy end en forme de pirouette qu'on pourra trouver facile, puise indéniablement sa force dans l'impact de son discours sur les ravages sociaux des politiques conservatrices.
Il n'est pourtant p
as inutile de porter, en complément, son intérêt , sur un autre film de l'anglais intitulé "The navigators". Le propos cette oeuvre se concentre sur la dénonciation des effets pervers de la privatisation des chemins de fer britanniques. Le film vint également faire écho à l'accident de train de Hatfield survenu en 2000. D'une gravité relative (4 morts néanmoins) l'accident frappa les esprits. Il fut, en effet, attribué, après enquête, à l'entretien défectueux des rails alors même que la compagnie responsable du convoi engrangeait des bénéfices qui auraient dû lui permettre de rénover et entretenir son réseau ferré. Le film de Ken Loach fut évidemment mis en relation avec l'accident qui venait d'avoir lieu, non sans raison : la politique des Tories de destruction du service public et de valorisation des intérêts du capitalisme débridé expliquait la catastrophe, la sécurité de tous étant sacrifiée sur l'autel de l'augmentation des dividendes à verser aux actionnaires. Dans la" fiction" de Ken Loach, on suit un groupe de cheminots, très solidaires au départ, qui se divise progressivement sous l'effet des réformes qui affectent la gestion de leur dépôt de Sheffield. Quand K. Loach montre les conditions de travail qui se dégradent, la dangerosité qui s'accroît en raison des restrictions budgétaires, et la précarité galopante qui accompagne la sous traitance de multiples activités cela lui permet de critiquer vigoureusement la politique de J. Major (rappelons que M. Thatcher n'avait pas osé mettre en oeuvre la privatisation du rail anglais et que c'est son successeur qui franchit le Rubicon). Les solidarités professionelles, syndicales et humaines fragilisées par les menaces sur l'emploi conduisent le groupe de cheminots à des compromissions difficiles. "The navigators" par son sujet et le contexte particulier de sa sortie avance donc un discours politisé, très accessible, sur les orientations des politiques anti crise menées par les conservateurs britanniques.
"Trainspotting" de D. Boyle (1996) : les années de crise version trash.
Adapté d'un roman d'Irvine Welsh l'enfant terrible des letttes écossaisses,sorti en 1993, "Trainspotting" est un protrait au vitriol des enfants de la crise évoluant dans le décor de Leith, le port d'Edimburgh, dont l'écrivain est lui même natif. Chômage, drogue, combines, esbrouffe, gouaille, rythment quelques tranches de vie d'un groupe de comparses liés par l'instinct de survie. "Trainspotting", avec outrance parfois, culot et provocation souvent , ainsi qu'un humour très britannique, se veut le film d'une génération perdue dans les années de crise, renforcée par la politique de M. Thatcher. Pour ces jeunes du Royaume Uni, il n'y a rien à perdre, les perspectives sont bouchées dans le nord, plus qu'ailleurs ; il ne leur reste que la solution de l'illégalité ou alors les paradis artificiels dont ils usent et abusent. S'insérer dans le modèle sociétal proposé par "la dame de fer" est absolument inenvisageable pour cette troupe de paumés qui ne vit qu'au jour le jour, bien en marge, mais ancrée dans un univers de "prolo" très identifiable dans les paysages du film : pubs, terrains de foot, squats improbables, docks ... Résolument rock dans sa bande son, le film est aussi l'héritier du mouvement punk (avec lequel Welsh a beaucoup fricoté) en ce qu'il est habité par cette "philosophie" du rien à perdre. Celle ci est résumée dans la scène d'ouverture qui, à elle seule, est un manifeste contre le conformisme porté par les conservateurs et, la société de consommation que les jeunes du film reccusent puisqu'ils en sont les laissés pour compte. "Trainspotting", c'est une version trash de la crise dans la forme et dans le fond, c'est aussi un rendu (pour son propos mais aussi son visuel) assez fracassant du creusement des inégalités sociales dans les sociétés occidentales de la dernière décennie du XXème siècle.
De le mine au Royal Albert Hall : "Les Virtuoses" de M. Herman (1997)
La nécessité quasi impérieuse de se munir d'un paquet de kleenex ne doit pas pour autant disqualifier "Les Virtuoses". Moins rock n' roll que "Trainspotting" certes, le film trouve toutefois remarquablement sa place dans cette famille des fictions témoignant de la fin des Trente Glorieuses. Nous sommes à Grimley, dans le nord de l'Angleterre où le dernier puits de mine va fermer (le paysage minier avec ses corons de briques rouges est indissociable du film). Les syndicats sont moribonds, les patrons voyous déjà aux commandes, gérant les plans sociaux de grande ampleur aussi vite qu'ils s'enfuient dans leurs grosses berlines aux vitres teintées. Avec la fin de la mine, c'est tout une région qui s'effondre, tout un monde qui disparait. Les familles de mineurs se mobilisent d'autant plus que la fin des activités extractives met en péril l'existence de la fanfare (le Brass Band qui donne son titre original au film "Brassed Off", signifiant aussi "en avoir par dessus la tête"), fierté locale et ciment des amitiés ouvrières. Maintenir son activité et emmener le groupe en finale des championnats nationaux, qui se déroulent au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, est, en soi, une revanche sur le rouleau compresseur qui a broyé l'univers des mineurs et l'occasion pour eux de garder la tête haute face aux requins qui leur avait pourtant fait comprendre que leur temps était révolu. Une belle revanche, si futile soit elle.
Film à petit budget, "Les Virtuoses" fut un des succès cinématographiques de l'année 97 et les multiples récompenses que reçut le film ont donné une nouvelle ampleur au discours politique qui le sous-tend. Il est devenu l'étendard déployé d'une profession brisée par Thatcher-Major, comme un ultime barroud d'honneur d'un univers condamné par la société post-industrielle, par les partis conservateurs auxquels la social-démocratie ne s'est pas privée d'emboîter le pas.
"The full monty" de P. Cattaneo (1997), une synthèse ?
Sheffield,
Yorkshire, ancien fleuron de la metallurgie britannique est devenue une ville fantôme. Les usines sont vides, les halls de l'ANPE , eux, ne désemplissent pas. "The Full Monty" avec son air de comédie légère et son ton badin, réussit, peut être, le tour de force d'opérer une synthèse des multiples regards cinématographiques sur la crise industrielle et le thatchérisme. Par la transformation improbable de chômeurs de longue durée dans l'impasse en une troupe de chippendales redoutables, le film montre avec beaucoup d'autodérision mais aussi une certaine tendresse, la cruauté au quotidien et les humiliations du chômage, l'impossibilité de se contenter du système D et de la vie au jour le jour quand on a une famille à charge, la douleur du déclassement social, la difficulté de rester digne ou d'assumer son rôle de père quand la précarité est ce que l'on peut espérer de mieux. Les moments de franche rigolade ne font jamais disparaître le fond tragique et sérieux de la situation de ces gens simples des pays noirs. La bande son du film a contribué à son succès (voir l'extrait ci-dessous) , tout comme cette galerie de personnages aussi émouvants que drôles.
Voir aussi sur l'histgeobox, la contribution de Blot sur le "Miss Maggie" de Renaud, un vibrant hommage à la "dame de fer".





24.04.11 21:15:31, 






.jpg)
Musique et cultures dans le Monde - magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète
Commentaires récents